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(Excellente) Présentation

  • : Blog de Georges Flipo, auteur
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  • : Dans ce blog : chroniques sur l'actualité littéraire (la mienne et celle des autres), sur l'écriture, sur l'édition, sur les auteurs, et tout ce qui se réclame de lalittérature.
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Il vient d'être entièrement remanié. Tout y est très beau, très chic. Même le chien.

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Des attaches et des liens

Des blogs que je fréquente souvent ou parfois, mais avec plaisir, sans forcément y laisser de commentaires, des blogs dont le tenancier vient parfois faire un coucou en dessous de mes billets, des blogs qui aiguillent vers le mien, des blogs qui ont donné un coup de pouce à un ou plusieurs de mes livres, tout cela crée des liens.

Si vous pensez que votre absence dans cette liste est un scandale, faites un scandale. Ou, plus simple, faites-moi signe.

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Copinage éhonté.

Voici une rubrique dans laquelle je présente des livres écrits par des auteurs avec lesquels j'entretiens d'amicales relations. Bien entendu, il ne s'agit pas ici d'emplacement publicitaire. C'est beaucoup plus honorable, c'est du copinage. Les livres présentés dans cette rubrique ne seront pas toujours les mêmes : à défaut de renouveler mes copains, mes amis, mes relations, je vais renouveler leurs parutions.

 

Cherche-jeunes-filles-200-x315.jpg

  Le tout dernier de Françoise Guérin

virages-dangereux-copie-1.jpg

La-vieille-dame-du-riad.jpg


Frederique-Martin-Belfond-Le-Vase-ou-meurt-cette-verveine-3.jpg
Tu-ne-mourras-plus-demain.jpg

 

Les pays

Moulins A paroles


L-eau-des-reves.jpg

Lotus Seven

Un homme perdu-copie-1


Langue-de-pub-copie-1.jpg

Livre-Magali-Duru.jpgLe tout dernier de Magali Duru

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      Le tout dernier d'Emmanuelle Urien

Fouad.jpg

Dominique-Guerin.jpg

 

Quatre carnages..

 

 

 

  Teignes

 

 

 

 

Un escarpin de soie bleue

 

 

Est-ce ainsi

3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 09:29

Mais non, je ne lis pas que mes propres livres, contrairement à ce que je raconte pour faire l'intéresssant. Je lis aussi des livres récents de jeunes auteurs étrangers.

 

Pas plus tard que maintenant, je suis en train de lire "Le Grand Roman indien" de Shashi Tharoor (paru 1989 à Londres, traduit et publié en 1993 au Seuil), et "Femelles" de Joyce Carol Oates (paru en 2005 àNew-York, traduit et publié en 2007 chez Philippe Rey). Mal traduit, au moins dans le second cas, en ce qui concerne le titre. En anglais, The Female of the species avait plus d'allure. Ce doit être un choix de l'éditeur. Le reste de la traduction est très agréable.

 

Deux livres dont on a peu parlé dans la blogochose littéraire (n'hésitez pas à me contredire en me citant les blogs). 

 

Au risque de me gaspiller, je vais faire une chronique pour le prix de deux, puisque demain, je dois absolument parler d'un autre livre, qui sortira ce jour-là - ah, vous saviez déjà . - si je l'oubliais, l'auteur ne me pardonnerait pas.

 

Commençons par une image. 


Shashi Tharoor et Joyce Carol Oates

 

"East will never meet West", disait Kipling *. Eh bien non, la chose s'est faite, au moins sur ma table de nuit. Et c'est en préparant ce billet que j'ai soudain remarqué l'incroyable symétrie de ces deux livres. Symétrie parfaite : luxuriance de l'un, réserve de l'autre.

 

On retrouve cette symétrie à l'intérieur : le Grand Roman indien est un long et voluptueux récit romancé, très romancé, de l'histoire récente de l'Inde, de la colonisation anglaise à son indépendance, calqué sur la construction du Mahàbhàrata. Evidemment, si vous n'avez pas lu le grand, l'immense Mahàbhàrata, le propos perd tout son sel. Moi, par exemple, je ne l'ai pas lu. Je croyais l'avoir lu à 20 ans, mais j'ai dû me tromper, ce devait être un extrait. Ou un résumé. Ou autre chose. Mais je n'ai rien reconnu en lisant le Grand Roman indien. En tout cas, même sans sel, c'est remarquable. Touffu, prolixe, riche en digressions, en personnages que l'on confond (heureusement qu'il y a un arbre généalogique à la page de garde). Mais aussi drôle (le vrai humour indien n'a rien à voir avec celui des films Bollywood), passionnant. On y retrouve Gandhi, Nehru, Mountbatten et quelques grandes figures, mais transposées, masquées en quelque sorte. Mais je vous rassure, les masques sont transparents. Passionnant, j'insiste. Je pense l'avoir fini avant Noël, mais je n'en suis pas certain, car cela se lit lentement, quelques pages chaque soir. 

 

Juste en face, le livre avec la femme plus réservée sur la couverture, c'est un recueil de nouvelles de Joyce Carol Oates. Donc courtes, donc ne montrant pas tout.  C'est Femelles. Ce n'est pas le meilleur livre de la grande Joyce Carol Oates, mais elle y montre, en une brillante démonstration, de nouvelle en nouvelle, sa capacité à changer de registre, de ton, presque de style (ne craignez rien, c'est toujours du pur J. C. Oates). Des femmes féroces dont l'auteur fait comprendre, presque partager, la férocité. La création d'empathie, c'est le point fort de J. C. Oates. On souffre avec les femmes de ces nouvelles, on espère une vengeance parfois avant elle, on la trouve avec soulagement grâce à elle. Mais des femmes très différentes, dans des histoires très différentes. Jamais glauque ni trash. Elle réussit, comme en démonstration, là où Claire Castillon avait échoué dans "Bulles" : Oates réussit à ne jamais lasser, alors même que le thème est constant.

 

Tout cela pour vous dire que je lis, que j'aime, et que j'aime en parler, et pas seulement de ce que j'écris.

Demain, je parlerai d'autre chose. Si je ne trouve pas les mots, je trouverai bien des images.

 

* En fait, Kipling a plus exactement écrit "East is East, West is West, and never the twain shall meet”, ("L'Est est l'Est, l'Ouest est l'Ouest, et jamais les deux ne se rencontreront"), mais j'ai voulu faire court : le tempérament du nouvelliste a repris le dessus.

 

Il a, en fait, retravaillé le verset 12 du psaume 102 (ou 103, en raison de la double numérotation) : As far as the east is from the west, so far has He removed our transgressions from us”, ce qui claque moins en français "Comme est loin l'orient de l'occident, Il met loin de nous nos péchés".

 

Relisons bien ce verset : en supposant que nous soyons à l'occident, nos péchés seraient donc à l'orient, ce qui mérite une longue méditation. Mais je m'éloigne complètement du sujet, là c'est le tempérament du blogueur qui revient au galop.

 

 



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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 09:44

Puisque j'ai fini d'écrire mes nouvelles (pour cette année), je me goinfre maintenant des nouvelles des autres. Les deux derniers que j'ai lus n'ont rien à voir avec ce que j'écris, c'est pour cela qu'ils sont intéressants. Attendez, je vous rassure, le mien aussi est intéressant. Il commence mal, ce billet, tant pis.


Les voici, ces deux recueils. J'aurais bien aimé vous montrer aussi la couverture du mien : elle est très belle, on vient de m'envoyer (hier soir) le document définitif. Je pourrai bientôt vous la présenter. En attendant, je peux déjà vous donner le titre ; ce sera "Tous ensemble, mais sans plus". Inutile de le celer plus longtemps, il est déjà annoncé sur le site de la Fnac. 


A ce propos, je recommande au vilain individu tout haineux d'attendre la publication du recueil pour en dire le mal qu'il a déjà décidé d'en penser. La première fois, quand sortait La Diablada, il en a écrit quelques lignes toutes fielleuses sur le site de la Fnac, mais il l'a fait trop tôt : le bouquin n'était pas encore imprimé. Ah, il faut savoir patienter quand on veut jeter des cailloux !

 

Je reviens à ces deux recueils : "Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée", par différents nouvellistes coréens, chez Zulma, et "Les bulles", par Claire Castillon, chez Fayard.

Coree.jpgCastillon.jpg

Je n'avais jamais lu de nouvellistes coréens. Je suis sorti de ce recueil comme un ethnologue déconcerté. Il y a là toute la nouvelle vague des nouvellistes coréens. Plein, plein, et des poids lourds. Ils savent choisir leurs sujets, camper leurs situations, installer leurs personnages, trouver leur ton et raconter leur histoire. Bref, ils savent écrire des nouvelles, ce qui n'est pas donné à tout le monde.


Et pourtant, j'ai eu du mal à les lire comme de la littérature. Ce qu'ils décrivent est si étrange qu'on oublie la qualité des textes pour s'intéresser aux personnages, aux mentalités, aux coutumes, aux rapports sociaux. Il en ressort que les Coréens sont beaucoup moins normaux que nous autres. Quand on lit les nouvellistes viet-namiens, par exemple, on doit reconnaître qu'ils font de gros efforts pour nous ressembler, malgré le régime politique qui les encadre. On ne peut que les féliciter, cela facilite le travail de lire leurs nouvellistes, d'en constater l'excellence.


Mais les Coréens - je précise les Sud-Coréens, je n'imagine même pas les nouvelles nord-coréennes, d'ailleurs en existe-t-il ? leur Glorieux Leader Héréditaire leur a-t-il donné l'autorisation d'en imaginer ? - les Coréens, disais-je, sont résolument différents de nous autres, ce recueil m'en a convaincu. Je serai désormais bien plus suspicieux avant d'acheter un grille-pain ou un 4x4 coréen. J'ajouterai que les femmes, là-bas, sont encore plus différentes. Moi, à leur place, je préférerais être un homme. Mais j'aurais mauvaise conscience vis-à-vis des femmes : elles en supportent, les pauvres. C'est peut-être pour cela qu'elles écrivent des nouvelles (elles sont majoritaires dans le recueil). Un besoin de régler ses comptes.


Tout cela pour vous recommander de lire ce recueil et de venir en parler sur ce blog. Même si vous êtes une femme. Surtout si vous êtes une femme.

 

Je n'avais jamais lu Claire Castillon. Mais la quatrième de couv m'annonce d'emblée qu'elle a été traduite dans 20 langues. Je suis d'emblée archi-battu, avec mes pauvres 5 petites langues. J'en étais tout fier jusqu'ici, mais 20 ! Je n'arrive même pas à imaginer où les trouver, ces 20 langues. Le finnois ? Le croate ? Le rajahstani ? Non, le rajahstani, ça ne marche pas, c'est une langue qui, je crois, n'est que parlée. J'avais un ami indien polyglotte que j'avais aidé à préparer sa candidature à des masters français. Dans son dossier, il avait eu besoin de scotcher un rabat pour préciser toutes ses langues, avec son niveau pour chacune. En tête figurait le rajahstani (ou le penjabi ? je ne sais plus), en indiquant : Langue maternelle, parlée, non écrite. Ce qui ne faisait pas sérieux. Tout cela pour dire que je n'avais jamais lu Claire Castillon, pas même en penjabi.


Le sujet de ce recueil, c'est une galerie de personnages vivant dans leurs bulles. Des personnages odieux ou victimes, chaque fois en 4 à 10 pages. C'est bien imaginé, bien écrit. Mais vite lassant, peut-être à cause du propos même. Tous ces odieux qui viennent en jubilant "Tu l'as vue, ma sale gueule ?" ou ces victimes qui chuchotent "Excusez-moi, c'est moi, pauvre de moi ". On finit par se lasser de sa propre indignation ou de sa compassion, ce sont des sentiments vite épuisables, tant ils sortent sous pression.


La lassitude est peut-être accélérée par un petit défaut : une trop grande uniformité de ton. Quand on fait parler des gens, il me semble important que chacun ait sa voix différente (détail souvent oublié par les auteurs débutants dans les dialogues). Claire Castillon n'est pas une débutante, et il n'y a pas de dialogues dans son livre. N'empêche que tous les odieux, quand ils viennent se raconter, semblent avoir la même voix. Leur prénom est différent, son odiosité aussi, mais on a quand même l'impression de déjà le connaître chaque fois qu'il arrive.


Dans ce recueil, une perle : Elisabeth. Une perle de quatre pages, commencez par la lire debout à la Fnac : vous êtes prévenu, vous risquerez de l'acheter, ce recueil.


Il va falloir que je lise un autre recueil de Claire Castillon, j'ai dû mal tomber. Et vous ?



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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 18:41

 

Un homme perdu

J’ai lu avec plaisir le dernier recueil d’Emmanuelle Urien « C’est plutôt triste un homme perdu ». Un beau recueil qui confirme qu’elle a raison de revenir à la nouvelle, son registre de prédilection. Ca commence bien, ce billet, c’est idiot, ce que j’écris : elle était déjà revenue à la nouvelle avec son recueil précédent « Tous nos petits morceaux ». Et, de toute façon, des prédilections, elle en a autant que de registres.

Bon, disons que dans ce tout dernier recueil, j’ai plus l’impression de la retrouver.

Je retrouve sa façon de raconter, en tournant en spirale autour de son personnage. Je retrouve sa façon de rendre naturelles, crédibles, et même intéressantes les situations les plus extravagantes (et, entre « Gaudium », « Mélodie Urbaine » et « Têtes mortes », il fallait quand même oser y entraîner le lecteur). Je retrouve enfin son style, sans effets forcés : chaque phrase semble avoir poussé là car le terrain lui convenait.

C’est un court recueil, mais bien composé. Une sorte mallette d’échantillons de ses talents. Du quotidien étrange, très humain, avec la première, du fantastique scientifique plutôt souriant avec la seconde,  du bizarre avec la troisième – elle sera très déçue de ce qualificatif, mais je n’ai pas trouvé mieux, je ne suis pas habitué aux nouvelles d’autofiction racontées par une pierre, c’est peut-être moi qui suis bizarre, vaguement raciste, mauvais chrétien, je n’arrive pas à considérer une pierre comme mon prochain. Et puis zut, je ne vais pas continuer à vouloir chercher trois mots pour résumer chaque nouvelle, Emmanuelle Urien mérite mieux. Elle mérite que vous le lisiez, ce recueil. Les suivantes, dont je n’ai pas parlé, sont encore meilleures

Vous pourrez le lire, mais vous ne pourrez pas le feuilleter. C’est un livre informatique, virtuel, un cyber-livre. C’est ce qui explique son prix ahurissamment bas (ne cherchez pas dans le TILF, il n’y est pas, cet ahurissamment) : 3,99 €, ce n’est pas assez cher pour un livre. Alors, pour vous rappeler le juste prix des choses, on vous a interdit de le feuilleter. Ce qui peut frustrer les amoureux du papier, comme moi. Si vous êtes, vous aussi, amoureux du papier, je vous suggère d’acheter une ou deux rames de papier avec l’agent économisé, et de longuement les feuilleter.

Mais lisez d’abord ce recueil et revenez me dire si c’est moi qui suis bizarre.

 

Si vous voulez l’acheter, allez chez Amazon / Apple / Feedbooks / ePagine / Bookeen Immateriel. Il ne coûte que 3,99€. Non négociables.

Si vous êtes radin, commencez par un extrait gratuit, en  EPUB ou en PDF

Ne me demandez pas ce que c’est que de l’EPUB, faites comme moi, faites semblant de savoir.

Si vous êtes très radin, limite sordide, volez-le. Mais cela ferait de peine à Emmanuelle Urien, ce sera elle que vous volerez. Et de toute façon, pour voler un livre virtuel, il faut être un peu tordu. Or j’interdis la fréquentation de ce blog aux tordus. Mes personnages le sont suffisamment comme ça.

 

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 17:20

 

Couv Bonnes Nouvelles Sud-Am

Je dépose demain chez Anne Carrière les dernières épreuves de lecture de mon prochain recueil. Revues, corrigées, peaufinées. Généralement, j’apporte très peu de corrections d’auteur sur les épreuves. Cette fois –ci, je n’en ai apporté que deux – dont une faute d’orthographe invisible, que personne n’avait remarquée. Et les quelques personnes qui ont lu le manuscrit ont pourtant un regard des plus affûtés.

 

Les épreuves de lecture ont un charme tout particulier : c’est le moment où l’auteur découvre son texte en quelque sorte « récrit » par les modifications de mise en page. Les caractères ne sont plus les mêmes, les sauts de page ne sont plus situés aux mêmes endroits. Il n’y a donc plus cette lecture « automatique » qui empêche l’auteur de vraiment se lire : quand on connaît trop bien son texte, la mémoire remplace l’œil, et il suffit de lire les deux premiers mots d’un paragraphe pour que le reste se déroule tout seul. Les changements de mise en page perturbent cette mémoire : elle n’a plus ses repères, elle nous laisse tranquilles. On peut enfin lire.

 

Je vais d’ailleurs enfin lire, et plus seulement mon manuscrit. Quand je suis en phase d’écriture, j’ai le plus grand mal à lire d’autres auteurs. J’ai une certaine mauvaise conscience, comme si je trompais le texte que j’écris le reste du temps. C’est pourquoi je ne lis que des bêtises, ou des grands auteurs que je connais presque par cœur. Kipling et Borges, par exemple. J’aime encore mieux les bêtises, elles aident à s’endormir quand on lit couché. On arrête à n’importe quelle page, on reprend à n’importe quelle autre, le plaisir n’est pas perturbé, puisqu’il est inexistant.  Généralement, je ne lis rien jusqu’au bout durant cette période.

 

Maintenant, j’en sors. Je lis. Du beau, du solide, ou de l’amusant. Le tout dernier, c’est un recueil collectif publié chez Gallimard : « Les bonnes nouvelles de l’Amérique latine ». La préface de Vargas LLosa est brève et intelligente. Il y rappelle opportunément que presque tous les grands noms de la littérature contemporaine en Amérique latine ont été aussi de grands nouvellistes. Certains comme J.L. Borges, Cortàzar, Juan Rulfo, Bioy Casares, dit-il, y ont connu leurs plus grands succès (je suis un peu moins d’accord dans le cas de Cortàzar, formidable romancier et je regrette qu’il oublie Quiroga). Les autres ont été de remarquables nouvellistes, même s’ils se considéraient d’abord comme romanciers : Alejo Carpentier, Juan Carlos Onetti, Garcia Màrquez, Roa Bastos, Carlos Fuentes, et quelques autres que je n’ai pas encore lus : Guimaràes Rosa, José Donoso, Jorge Edwards. J’y ajouterais volontiers quelques autres noms qui me sont chers, mais il faudrait que je m’assure qu’ils ont vraiment écrit des nouvelles.

 

Les auteurs de ce recueil sont moins connus : je n’en avais lu qu’un seul, Eduardo Halfon. Mais leurs nouvelles sont impressionnantes.

Les amateurs de couleur locale seront déçus : elle n’est pas absente, mais simplement invisible, diluée, en quelque sorte ; elle colore l’histoire.

Les amateurs d’histoires seront déçus, eux aussi : il y a peu de vraies histoires, plutôt des tranches de vie qui, en quelques pages, vous racontent une époque, un pays, une civilisation, de façon magistrale, par petites touches, très souvent dans un registre d’évidence.

Les amateurs de chutes seront encore plus déçus : pas de chutes dans ces nouvelles, et c’est tant mieux. La nouvelle peut continuer, dans l’esprit du lecteur, bien après le dernier paragraphe. La vitrine aux rêves, du Mexicain Eduardo Antonio Parra, par exemple, nous décrit très bien la journée d’un Mexicain qui, depuis des années, rêve de passer la frontière des États-Unis, avec le vague espoir d’y retrouver son père. Trois paragraphes avant la fin, il réussit, presque par inadvertance. On ne saura pas ce qui lui arrive ensuite, il est passé, lui, mais pas son copain. Et l’histoire s’arrête là, Parra vous laisse la continuer.

Tout cela fait beaucoup de déceptions annoncées. Riez-en. Car si vous aimez les écritures neuves, la littérature originale, vous ne serez pas déçus.

 

Je suis heureux de ne pas avoir lu ces nouvelles tandis que j’écrivais les miennes : j’aurais été très influencé. Trop. Notamment par cette façon très sud-américaine de parsemer les paragraphes de petits détails insignifiants qui créent un climat sans que le lecteur les remarque.

 

La seule influence sud-américaine que je revendique, c’est cette indifférence à l’égard de la chute. Elle ne m’obsède pas quand j’écris : il me suffit de savoir comment finira l’histoire. Je me contente le plus souvent d’ajouter une pirouette à cette fin : une sorte de formule de politesse envers le lecteur français, amateur de nouvelles françaises, pour qu’il se sente chez lui.

 

J’ai d’ailleurs fait un autre effort en ce sens : il y a une nouvelle sur le tango (Qui a crié « Bien sûr » ? Évidemment que bien sûr). Une nouvelle sur le tango, donc, mais elle se passe en France. À Tarbes, pour être plus précis. À Tarbes, durant le festival « Tarbes en Tango ». La ville de Tarbes sera contente, peut-être m’invitera-t-elle à son prochain festival. Je sais que ce n’est pas poli de réclamer, mais je ne réclame pas, je suggère.

 

P.S. Vous m’excuserez pour l’absence d’accents sur les noms des auteurs sud-américains, mais je ne dispose que d’un clavier français des plus franchouillards.

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 12:05

« Quant au Condottière, merde pour celui le lira »

(c'est Georges Pérec qui l'a dit, m'sieur, c'est Pérec, c'est pas moi)

  

 Le Condottière

Je suis en train de lire, dans la douleur, « Le Condottière », premier roman d’un jeune auteur nommé Georges Pérec. Il a écrit plusieurs versions de ce roman, avec différents titres, différents découpages, différents nombres de pages, rien n’y a fait : le roman a d’abord été refusé par Le Seuil, puis par Gallimard qui en a rejeté plusieurs versions, après lui avoir versé un premier à-valoir.

 Pendant trois ans, Georges Pérec remaniera ce roman presque entièrement, ne gardant inamovibles que la première phrase "Madera était lourd" et le nom du héros « Gaspard Winckler ». Il veut à tout prix le faire paraître, devenir « écrivain publié ». J’ai d’ailleurs été surpris que Georges Pérec n’ait pas tenté l’envoi à d’autres éditeurs. Le Seuil, Gallimard, rien d'autre. Snobisme ?

Puis tombera enfin le refus définitif de Gallimard. « Quant au Condottière, merde pour celui le lira », conclura sobrement l’auteur dans une lettre à un ami. Et il abandonnera définitivement le manuscrit, qu’il perdra lors d’un déménagement.

Et je suis d’accord avec lui, merde pour moi quand je le lis. Je suis d’accord avec Gallimard, ce livre est prometteur, mais cela ne suffit pas

Il est de bon ton de s’extasier en 2012 sur ce roman, dont le manuscrit vient d’être miraculeusement retrouvé cinquante ans plus tard. On peut y admirer l’esquisse du fameux  « Un cabinet d'amateur » ; d’autres vont jusqu’à y voir un manuscrit avant-coureur des « Choses », ce que j’ai plus de mal à comprendre.

Et vous, si vous avez lu « Le Condottière », qu’en avez-vous pensé ?

Moi j’en pense surtout qu’il ne suffit pas d’être écrit par Pérec pour être brillant. Je ne lis pas des auteurs, je lis des livres. L’âme ou la vie de leur auteur, qu’on perçoit au fil des pages, c’est en plus. Quand j’achète un DVD, il est rare que je visionne les bonus.

J’en pense aussi qu’il y a là une histoire intéressante à méditer pour les auteurs candidats à l’édition. Une seule histoire, plusieurs morales différentes…

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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 11:42


kaos.jpg

 

Attention, je crois que ce DVD existe aussi avec une autre jaquette.

Je viens de faire une grande découverte : Pirandello n’était pas seulement un homme de théâtre, c’était aussi un grand nouvelliste. Enfin, grand, je ne sais pas, je n’ai pas encore lu ses nouvelles, mais je n’en doute pas une seconde.

Belle révélation, que je dois à un DVD emprunté à la médiathèque municipale.

 

Le nom de Pirandello ne figurait même pas au recto de la jaquette : il n’y avait que Kaos et Taviani. C’était très résumé, mais ça m’a suffi : Taviani, ce sont les frères Taviani, Paolo et Vittorio. Deux réalisateurs italiens pour lesquels j’ai une grande admiration. Au dos, j’ai découvert que ces quatre contes siciliens étaient librement adaptés des nouvelles de Pirandello. Pirandello, des nouvelles ? Je me suis demandé si c’était le bon Pirandello. Mais oui, c’était Luigi, c’était lui. Et il est né au lieu-dit « Le Chaos »  en Sicile, c’était vraiment lui.

 

Assez curieusement, Pirandello ne donnait pas grande importance au théâtre, c’est son théâtre qui en a pris tout seul. Il se sentait plus conteur, et le disait sans détours, notamment à son fils : « Le théâtre, comme tu sais, ne me tente pas beaucoup. Je fermerai cette parenthèse théâtrale pour me remettre à mon travail de narrateur, plus naturel ». C’est comme J.L. Borges qui considérait que sa vraie oeuvre, celle destinée à passer à la postérité, c’était sa poésie : les nouvelles, ce n’était pour lui qu’un divertissement (je rajouterais volontiers « au sens pascalien », ne serait-ce que pour faire chic). C’est comme Tchekhov aussi, bon nouvelliste, triste de voir son théâtre lui faire de l’ombre. Ce qui prouve, dans les deux derniers cas, qu’un auteur est parfois le moins bon juge de son oeuvre.

 

Je ne vais pas vous recommander de vous ruer sur toutes les nouvelles de Pirandello : il en a écrit 237, sans compter les inédites  posthumes. Il voulait en faire un recueil comme un grand almanach, proposant au lecteur une nouvelle par jour, pendant un an. Ce que je vais faire, c’est me ruer sur le recueil paru chez Gallimard — s’il est à la médiathèque, car en ce moment je suis aussi désargenté que Pirandello avant sa consécration par le Prix Nobel. C’est peut-être bon signe, mon Prix Nobel ne devrait plus tarder. Ou peut-être même les Palmes académiques.

 

Je relis ce billet, et je constate que je n’ai même pas parlé du film des frères Taviani auquel je dois tant. C’est un film magnifique, âpre et barbare, pas sicilien pour rien. Admirables plans, très souvent larges : on ne filme plus assez en plan large, on a peur de faire américain. C’est pourtant très théâtral une petite silhouette qui court au milieu d’un paysage.

 Les quatre contes sont très différents. Un terrible mélange de folie et de réalisme. Mais c’est l'extrême réalisme qui paraît fou ("Requiem" et "L'autre fils"), et la folie qui paraît réelle ("Mal de lune").
Le dernier, « Entretien avec la mère », est un long dialogue de Pirandello avec sa mère défunte. Tout pour barber, non ? Non, pas du tout : le dialogue est dense, délicat. Du grand théâtre, peut-être. Je vous en donne juste un extrait. En italien d’abord, parce que c’est plus joli. En français ensuite, parce que c’est plus clair.

 

Sento dentro, ma come da lontano, la sua voce che mi sospira :

 

“Guarda le cose anche con gli occhi di quelli che non le vedono più ! Ne avrai un rammarico, figlio, che te le renderà più sacre e più belle”.

 

J’entends en moi, mais comme venue de loin, sa voix qui soupire :

 

 « Regarde aussi les choses avec les yeux de ceux qui ne les voient plus. Tu en auras un regret, fils, il te les rendra plus sacrées et plus belles ».

 

Superbe, non ? Je vais reprendre le manuscrit de mon prochain roman avec les yeux de ceux qui ne le voient plus. Peut-être que ça le débloquera.
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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 17:07

garcia marquez

J’ai toujours éprouvé une certaine gêne en lisant les autobiographies d’écrivains.
C’est un peu comme si je fouillais dans la garde-robe d’une strip-teaseuse.

 

J’y repense en lisant « Vivre pour la raconter » (Vivir para contarla), l’autobiographie de Gabriel García Márquez. L’auteur sait évidemment bien raconter, il a évidemment bien vécu, est-ce une raison pour raconter ce qu’il a vécu ?

 

J’admets, j’applaudis, les autobiographies de personnes dépourvues de talents littéraires, quand elles ont vécu une expérience exceptionnelle, intéressante pour les autres (parfois même intéressante pour leur réflexion). Il y a là un témoignage, un éclairage sur l’histoire, un apport à la raison, qu’il faut transmettre. "Jamais sans ma fille", le journal intime de Loana ou les carnets de Jean-Louis Debré, c'est très bien.

Mais quand c'est écrit avec talent, c'est beaucoup moins bien : je suis moins convaincu par "J'avoue que j'ai vécu", et  j'ai parfois des regrets en relisant "Les mots" qui est pourtant un livre de grande qualité.

 

Pourquoi raconter sa vie quand elle mérite mieux que ça ? En lisant García Márquez, on le voit déballer joyeusement ses ancêtres, son village et son folklore, ses vieilles tantes, les émois d’adolescent et les tendres prostituées… on en pleurerait. On retrouve tous les éléments de ses romans dans leur réalité crue : ah, ce n’était donc que ça… Et parfois on soupire, devant un passage fort : quel gaspillage, pourquoi n’en a-t-il pas fait un roman ?

Sur un même sujet, le roman avec ses allègres mensonges est toujours plus envoûtant que l'austère vérité de l'autobiographie. Ce qui m'intéresse dans "Voyage au bout de la nuit", ce n'est pas l'éventuelle part de vécu chez Céline, c'est l'art de la déformer pour la rendre grandiose. C'est le roman de sa vie.

 

Toute autobiographie de romancier me paraît pathétique : c’est l’illusionniste qui déballe ses accessoires. On sent le vieil homme pressé d’avoir tout dit avant de mourir. Comme s’il ne l’avait pas fait dans son œuvre.

 

Si un jour j’écris mon autobiographie, ressortez-moi ce billet, mettez-le sous mon nez. J’en respirerai les vapeurs méphitiques et j’en mourrai, c’est promis.

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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 19:19

Si j’avais lu tous les livres que j’ai commencés, tous les livres dont la couverture m’a arrêté, tous les livres dont la quatrième de couverture m’a paru alléchante, tous les livres que j’ai feuilletés en pensant que l’auteur savait créer un climat de lecture, tous les livres dont j’ai zakouské le premier paragraphe en faisant la queue devant la caisse, ou devant la table d’enregistrement de la médiathèque municipale, si je les avais lus, je serais l’auteur le plus cultivé des salons du livre. Encore plus imbuvable que moi, encore plus insupportable que tous les auteurs de la planète blog.

Mais je vais rarement jusqu’au bout des livres que je commence : je n’atteins la dernière page qu’une fois sur trois ou sur quatre. Parce que j’aime lire, sauf quand je n’aime pas le livre. La lecture est un plaisir trop jouissif pour être trouvé dans la douleur.

Un des professeurs que j’ai le plus apprécié dans ma jeunesse était un esprit fort : il nous recommandait de ne jamais nous forcer à lire. Il nous demandait simplement de savoir parler des grands livres qu’on n’avait pas lus, en quelques idées simples et fortes, afin d’éviter de passer pour un inculte. Il n’y avait chez lui aucun cynisme, il aimait vraiment la littérature et savait nous la faire aimer. Les livres du programme, nous les lisions quand même, mais c’était surtout pour le plaisir d’en discuter avec lui. 

Des années plus tard, j’ai retrouvé la même prescription chez J.L. Borges, celle d’arrêter toute lecture, si elle s’effectuait sans plaisir : « Si le livre ne vous plaît pas, c’est que vous n’êtes pas mûr pour lui ; refermez-le et retrouvez-le quelques années plus tard » (Je cite de mémoire).

J’ai mis en pratique leurs préceptes. Je continue à éprouver le même plaisir chaque fois que je referme un livre. Celui d’abandonner des personnages en pleine campagne, hop, ils n’existent plus ! Ils m’ennuyaient, je les ai tués. Mais le plus vif plaisir, c’est l’idée de pouvoir commencer plus vite un autre livre.

Je sors d’une quinzaine bizarre : un peu trop de bonnes pioches, ça fausse les statistiques.

 

1 a consolantegfJ’ai commencé par La Consolante d’Anna Gavalda (livre non choisi, mais trouvé, car abandonné par un invité à la maison, ouf, je suis couvert !).  Je me suis arrêté à la page 2. Je reconnaissais, jusqu’ici, un certain style à Anna Gavalda, à défaut d’histoire ou d’idées fortes. Je n’ai plus reconnu le style que je lui reconnaissais. Il est devenu maniéré, elle fait l’intéressante, elle minaude. Je cite ici, tel quel, le dernier paragraphe, celui où j’ai abandonné :

Alexis, lui, non. Ne se dérobait jamais. Lui tendait son cartable et mangeait son goûter de l’autre, la vacante, en s’éloignant vers la place du Marché.

Alexis, avec son extraterrestre en talonnettes, son monstre de foire, son bouffon des primaires, se sentait plus en sécurité que moi, et mieux aimé.

Croyais-je.

Je ne me voyais pas lire 637 pages du même tonneau. Au suivant !

 

http://a10.idata.over-blog.com/1/33/87/02/Images-5/Ombre-en-fuite.jpgL’Ombre en fuite, de Richard Powers. Cela me paraissait costaud, du Powers. Élu meilleur livre étranger de l’année par Lire avec « Le Temps où nous chantions », National Book Award avec « La Chambre aux échos », ça ne court pas les rues, des titres  de gloire pareils. Il m’a quand même paru prodigieusement ennuyeux. C’était peut-être la quatrième de couv’ qui était trop bonne. Arrêté page 38. Powers, ça vous emmène plus loin que Gavalda ? Non, ça vous fait perdre plus de temps, c’est tout. Et ses petits effets de typo, je ne sais pas qui cela amuse. Pas moi.

Au suivant !

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/8/9/4/9782070763498.jpgUlysse, d’un certain James Joyce. Je le cite pour faire rire, je me suis arrêté, toujours au même passage, celui où ils chantent. Page 19. Un jour, je lirai Ulysse jusqu’au bout, ne serait-ce que pour en parler avec mon cousin qui est grand admirateur de Joyce. Fais gaffe, Jean-Paul, j’arrive. Mais l’année prochaine, ou plus tard, car Borges a raison : je ne suis pas encore mûr.

Au suivant !

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/1/2/7/9782757803721.jpgL’art de la ponctuation, d’Olivier Houdart et Sylvie Prioul. Un pur bonheur. Je vous l’accorde, ce n’est pas vraiment un roman. Mais qu’est-ce que ça se lit bien ! Style irréprochable, idées à toutes les pages. J’ai failli le lire en une nuit, tant j’étais accroché.

A la fin de la deuxième nuit, j’étais triste de passer au suivant.

 

http://www.images.hachette-livre.fr/media/imgArticle/LGFLIVREDEPOCHE/2009/9782253126034-G.jpgLe degré suprême de la tendresse, d’Héléna Marienské. Héléna est une femme jeune. En tout cas plus que moi qui ne suis d’ailleurs pas femme du tout, même par politesse. Héléna est une femme pleine de vivacité, de drôlerie, de finesse, d’intelligence, de charme. Je le sais, elle était invitée en même temps que moi au Festival du Premier Roman, l’année où Le Vertige des Auteurs en a été co-lauréat (n’applaudissez pas si vite, il faudrait applaudir aussi les autres : nous étions 14 meilleurs premiers romans de l’année). C’est un livre de pastiches littéraires, mais ça ne prend pas, c’est dommage. Ce n'est que de la parodie. J’ai quand même bien aimé le pastiche de Céline. Le pastiche est un art très exigeant : il doit aller à la quintessence de l’auteur pastiché. Sinon, ce n’est que du Guignol de l’Info. Il y  a certains auteurs que je n’ai jamais lu, mais dont je parle bien, car j’ai lu d’excellents pastiches de leur oeuvre (notamment dans À la manière d’eux). Un jour, j’écrirai un billet là-dessus. Des promesses, des promesses.

Au suivant !

 

http://pagesperso-orange.fr/tango-dieppe/images/livres-couvertures/Chanteur-Tango.jpgLe chanteur de tango, de Tomás Eloy Martínez. J’ai commencé avec prudence, car j’avais tenté de le lire en espagnol, il y a un an – c’était un cadeau de quelqu’un qui m’avait surestimé, donc  un double cadeau, merci Mariana ! Formidable livre, confus à souhait, mêlant deux intrigues à dormir debout, celle d’un universitaire américain qui tente de retrouver un insaisissable, et vieux, et fabuleux, mais surtout insaisissable, chanteur de tango qu’il pourchasse dans Buenos Aires. Et il est aussi mêlé à un canular où l’on crée de toutes pièces une maison où les touristes sont invités à chercher l’Aleph (oui, celui de Borges). Le tout sur fond d’agonie du régime – mais en Argentine, tous les régimes sont vite à l’agonie. Mon seul regret c’est de ne pas avoir disposé d'un plan de Buenos Aires dans le livre : je l’avais, mais dans mon bureau. La nuit, se lever pour aller chercher un plan de Buenos Aires, c’est une vraie expédition. Je dis ça parce que le vrai héros du livre, c’est Buenos Aires. Je connais assez bien la ville, mais pas toutes les rues. Achetez d’abord le plan de Buenos Aires avant de lire le livre, ce ne sera pas du gaspillage : vous irez certainement à Buenos Aires après l’avoir lu. Au pre, vous pourrez en parler  sans y être allé.

Au suivant ! il fallait bien.

 

http://www.blog-o-book.com/wp-content/uploads/2009/09/9782843044878.jpgContrebande, d’Enrique Serpa. J’ai arrêté à la page 47. C’est pourtant très bien, mais j’étais encore dans le livre précédent : deux auteurs latino-américains en suivant, ça crée des interférences. Je le reprendrai quand j’aurai choisi.

 

http://pitou.blog.lemonde.fr/files/2009/04/mythologies.1238768722.jpgAh, et Mythologies d’hiver, de Pierre Michon. J’allais l’oublier ! Je vous en reparlerai un autre jour, ce billet est déjà bien trop long. Si ça tombe, vous êtes tous partis.

 

Avant de m’en aller, je tiens à rendre hommage au visiteur qui est arrivé avec la requête : « Débuter le début de son roman ». Il avance à petits pas prudents dans l’écriture, il ira loin. Il va revenir un jour,  je le sens. Je prépare pour lui un billet « Comment finir finalement la fin d’un roman ».
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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 12:13

  D'autres blogs auraient-ils parlé de ce livre ? Je ne vois pas lesquels, c'est inquiétant. Tant pis, je plonge : il est parfois bon de se sentir seul.

 

Je viens de refermer « Journées de lectures » de Roger Nimier. En fait, je le referme un jour sur quatre, c’est un de mes livres de chevet depuis trois mois. Je lis une de ses chroniques, et chaque fois je referme ce recueil en me disant «  Je vais arrêter de le lire, ce type a un meilleur style que le mien : il me donne des complexes ».

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/Grandes110/3/6/3/9782070247363.gifDe Roger Nimier, je n’avais lu que « Le hussard bleu », dont je m’étais régalé, il y a plusieurs années. Et j’avais pensé : « Si j’étais écrivain, j’aimerais faire sa connaissance » . Je ne savais pas qu’il était mort (quand je dis que je suis inculte, il faut me croire, c’est le seul cas où je suis sincère). Plus tard, quand j’en ai été informé, je commençais à devenir écrivain. J’ai alors pensé « Pour me consoler, j’aimerais être publié dans la même maison ». C’était La Table Ronde. Vœu réalisé quelques années plus tard. Nimier n’est plus là, mais son esprit perdure. On peut quand même faire connaissance.

 

Nous avons un point commun, Roger Nimier et moi, c’est que nous avons publié cinq livres en cinq ans. On lui reproche alors d’écrire trop vite : il décide donc de ne rien publier pendant dix ans « Je jure de ne plus publier de romans avant dix ans – si la terre et Nimier durent dix ans. « . Et il tient sa promesse, le cher homme. Il la tient tellement qu’il meurt juste avant la sortie de son D’Artagnan amoureux, près de dix ans plus tard.  Le modèle s’arrête là : si je continue à écrire, c'est parce que je n’ai pas envie de mourir si vite.

 

Mais le modèle demeure : le style de Roger Nimier m’enchante, y compris quand il parle du style des autres dans « Journées de lecture ».

 

Pourquoi ai-je aimé ce livre ? Parce qu’on y trouve un esprit cultivé, original, libre, curieux de tout, désinvolte, mordant. On croit qu’il égratigne, alors qu’il va au fond des choses. Le style accompagne la pensée et l'approfondit. Il n’est pas de ces auteurs qui changent de pensée s’ils peuvent en exprimer une autre avec plus de grâce ou d’insolence (moi, par exemple).  Il parle de tous les auteurs de son époque après les avoir vraiment lus – c’est dire son anti-conformisme ! Et il nous conduit, en quelques phrases, à la quintessence de leur oeuvre.

Sur Simenon « Le sentiment le plus positif de cet univers en grisaille, c’est la tendresse ou encore la pitié. Par là autant que par son goût des détails familiers (des détails « réchauffants », Simenon est un romancier russe, tel qu’on les voyait au XIXe siècle. Les âmes mortes parcourent le monde à la dérive, leur héroïsme est d’un instant, leur passion s’essouffle vite. En fait, il est beaucoup plus désespéré que les existentialistes, qui sont gonflés de bonnes résolutions et d’idées morales »
Après un paragraphe pareil, je n’oserai plus jamais écrire sur Simenon.

Sur Céline : « En somme, il est de la famille des grands orateurs sacrés, des prophètes, des poètes épiques. Il utilise une période oratoire rompue, une meute d’exclamations... »  
Ne vous y trompez pas, il n'est pas tendre pour Céline.

Sur Gide : « Gide, c’est le Français moderne, pénétré de son importance, transportant cinquante kilos de culture occidentale soius ses semelles à chaque pas qu’il fait, fervent comme une institutrice anglaise et d’ailleurs bon écrivain, comme l’était Frédéric II ».
Oh ce « comme l’était Frédéric II » ! Et pourtant, j'aime bien Gide.

Et tant d’autres dont il parle : André Breton, Malraux, Jean Genet, Valéry Larbaud, Julien Green, je continue ?

Pas de chronique sur Albert Camus, - se détestaient-ils à ce point ? Une chronique sur Sartre étonnamment recentrée sur « Le Diable et le Bon Dieu, avec un zoom intéressant sur l'importance de l'émotion chez Jean-Paul. C'est original et c'est très bien vu.

 

http://images.mds.prd.skynet.be/NewsFolder/original/SKY20080903094847CV.jpgDeux remarques :

 

- comment trouvait-il le temps de lire, de si bien lire tous ces auteurs pour écrire ces études  ? Facile, c’est qu’il les a lus à l’époque où il a cessé d’écrire des romans. Finalement, j’ai plus de mérite que lui : moi, je tiens un blog tout en écrivant, et même en lisant. Mais faut-il cesser d'écrire pour bien lire ?

 

- quand on s’attarde sur la liste des quarante auteurs étudiés, uniquement des auteurs français, on se dit que Roger Nimier a eu de la chance : c’était un demi-siècle où il y avait au moins quarante auteurs dont on pouvait dire quelque chose. Oui, il a eu de la chance de mourir si jeune : le pauvre, je l’imagine tenter de pondre une étude sur Houellebecq, Christine Angot, Bernard-Henri Lévy, Guillaume Musso. Et moi.

 

La voiture en visuel, c’est une Aston-Martin, comme celle dans laquelle s’est tué Roger Nimier en 1962.
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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 10:47

  ribambelle

 

 

Une visiteuse de ce blog vient de m’envoyer un mail privé, un mail tout embêté qui me laisse bien embêté. Je me sens obligé d’y répondre publiquement, car cette visiteuse a raison - un point pour Corinne.

 

Je synthétise le message :

Après votre billet sur » l’Élégance du hérisson », on n’ose plus dire qu’on peut aimer ce livre. Or moi, je l’ai beaucoup aimé. Je l’ai même offert à d’autres personnes. Et j’ai bien aimé aussi votre dernier roman, je ne dis pas ça pour me rattraper. Vous devez accepter l’idée que chaque livre peut avoir ses lecteurs.

 

Et Corinne explique de façon argumentée – je résume encore plus – qu’un lecteur peut détester un livre pour certaines raisons, et qu’un autre peut l’aimer pour d’autres raisons, voire pour les mêmes raisons.

 

J’en conviens. Et je dois reconnaître que nous, les auteurs, nous avons tendance à l’oublier.

 

Je connais des gens très bien qui ont apprécié « L’Élégance du hérisson ». Certains me l’ont même recommandé : « Je suis sûr que tu vas beaucoup aimer, c’est tout à fait ton genre ». Ces certains-là me connaissent depuis longtemps, lisent mes livres, et les aiment souvent - pas tous, ce qui prouve leur sincérité. Ils ont aimé les personnages extravagants de Muriel Barbery, ils ont aimé leur liberté de digression, leur humour noir, leur vision de la société. Ils ont aimé la légèreté du style de l’auteur. Ce livre n'était pas fait pour moi, il était fait pour eux. Muriel Barbery ne le savait pas en l’écrivant, mais ils l’ont senti en le lisant.  Chaque livre a ses lecteurs. Et lecteur peut être le lecteur de plusieurs livres, de plusieurs auteurs.

 

Comment puis-je oublier cette donnée ? 

 

J’ai pourtant longtemps travaillé dans la communication. J’ai passé des jours à étudier les cibles de tel produit, à resserrer le ciblage (certains produits comme les lessives visent 50% de la population, d’autres comme les parfums ne visent que 5%). Je dois « accepter l’idée » qu’un livre peut, lui aussi avoir, sinon sa cible, au moins son lectorat. Et ce lectorat n’est pas le même, selon les livres d’un même auteur. Après tout, si, de mon côté, je n’ai pas été emballé par Les Onze de Pierre Michon, j’ai beaucoup aimé Abbés. Et j’ai apprécié Mythologies d’hiver.

 

Pourquoi aime-t-on un livre ? Je ne m’étais jamais posé ce problème avant d’écrire. J’ai maintenant la réponse, car je lance fréquemment la question aux lecteurs que je rencontre dans les salons, ou qui m’envoient des mails après lecture. La réponse , c’est qu’on ne peut pas savoir. Les raisons pour lesquelles ils ont aimé tel roman ou même telle nouvelle sont étonnamment différentes. C’est déconcertant et d’ailleurs rassurant : cela évite à l’auteur d’écrire pour chercher à plaire, ce serait trop difficile. Le racolage n’est même pas une tentation.

 

Assez curieusement, les raisons pour lesquelles on n’a pas aimé un livre sont beaucoup plus convergentes.

 

Tout cela pour dire que mes lecteurs ont le droit d’aimer « L’Élégance du hérisson ». Et surtout, les lecteurs de  « L’Élégance du hérisson » ont le droit d’aimer mes livres - hé, je ne vais quand même pas me priver d’un lectorat qui dépasse le million.

 

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