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(Excellente) Présentation

  • : Blog de Georges Flipo, auteur
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  • : Dans ce blog : chroniques sur l'actualité littéraire (la mienne et celle des autres), sur l'écriture, sur l'édition, sur les auteurs, et tout ce qui se réclame de lalittérature.
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Il vient d'être entièrement remanié. Tout y est très beau, très chic. Même le chien.

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Des blogs que je fréquente souvent ou parfois, mais avec plaisir, sans forcément y laisser de commentaires, des blogs dont le tenancier vient parfois faire un coucou en dessous de mes billets, des blogs qui aiguillent vers le mien, des blogs qui ont donné un coup de pouce à un ou plusieurs de mes livres, tout cela crée des liens.

Si vous pensez que votre absence dans cette liste est un scandale, faites un scandale. Ou, plus simple, faites-moi signe.

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Yves Mabon, Prix Orange du Livre
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Zoridae

Copinage éhonté.

Voici une rubrique dans laquelle je présente des livres écrits par des auteurs avec lesquels j'entretiens d'amicales relations. Bien entendu, il ne s'agit pas ici d'emplacement publicitaire. C'est beaucoup plus honorable, c'est du copinage. Les livres présentés dans cette rubrique ne seront pas toujours les mêmes : à défaut de renouveler mes copains, mes amis, mes relations, je vais renouveler leurs parutions.

 

Cherche-jeunes-filles-200-x315.jpg

  Le tout dernier de Françoise Guérin

virages-dangereux-copie-1.jpg

La-vieille-dame-du-riad.jpg


Frederique-Martin-Belfond-Le-Vase-ou-meurt-cette-verveine-3.jpg
Tu-ne-mourras-plus-demain.jpg

 

Les pays

Moulins A paroles


L-eau-des-reves.jpg

Lotus Seven

Un homme perdu-copie-1


Langue-de-pub-copie-1.jpg

Livre-Magali-Duru.jpgLe tout dernier de Magali Duru

tous-nos-petits-morceaux.jpg

      Le tout dernier d'Emmanuelle Urien

Fouad.jpg

Dominique-Guerin.jpg

 

Quatre carnages..

 

 

 

  Teignes

 

 

 

 

Un escarpin de soie bleue

 

 

Est-ce ainsi

8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 13:25

 

Je vois arriver de nombreux visiteurs avec une requête de la plus grande gravité : comment préparer un beau gâteau d’anniversaire ? Certains précisent même : original et réussi.

 

Ne cherchez plus de recette de gâteau d'anniversaire : celle proposée ci-dessous annule et remplace toutes les recettes antérieures. Virez-moi ces liens vers les sites concurrents. 

 

Oui, vous êtes bien tombés, chers visiteurs : ce blog est réputé pour ses recettes de pâtisserie.  Il est connu dans toute la blogochose par la recette de son fameux gâteau d’anniversaire-par-le-haut, contribution majeure à la gastronomie et à la littérature culinaire. Il a, accessoirement, beaucoup contribué au réchauffement des relations franco-externomongolesques. Encore plus acccessoirement, ce blog est aussi spécialiste des pantoufles et des formules d’accompagnement ( Ah les « veuillez trouver ci-joints les documents comme convenus… »). C'est peut-être moins intéressant, mais sait-on jamais. C'est aussi un blog d'écrivain à succès, mais je reste modeste. Le succès aussi. Revenons à notre sublime gâteau d'anniversaire par le haut.


gateau-anniversaire-par-le-haut.jpg

 

    Je dis bien par le haut.Tous les grands chefs le savent, le secret d’un bon gâteau d’anniversaire, c’est de commencer par le haut.

 

    La recette est très simple. Je ne vous donne pas les ingrédients, vous irez les chercher au fur et à mesure de vos besoins. En cas de manque, allez chez mon épicier tunisien : ouvert 24 h /24, il a tout, à prix compétitif face aux hyper-marchés (bon, d'accord, la compétition, il la perd, mais c'est beau d'avoir essayé). Revenons à notre sujet, revenons à la première étape, revenons au haut du haut.  


      Préparez d’abord les bougies, en y ajoutant une si la personne fêtée a moins de 20 ans, en en retranchant une par dizaine d’années de la personne fêtée si elle en a plus de 30. Oui, je sais, c'est complexe, mais c’est un usage qu’il serait malséant d’oublier. En tout cas, c’est comme ça qu’on fait pour un gâteau d’anniversaire vraiment réussi. Surtout s'il s'agit du gâteau d'anniversaire-par-le-haut.

 

Allumez les bougies dès le début de la préparation du gâteau, cela porte chance. Vous en aurez bien besoin pour la suite.

 

Sous les bougies, préparez une couche de sucre glace ou mieux, une couche de sucre fondu coloré. Bleu pour les garçons, rose pour les filles, je ne sais pas pour les je ne sais pas. Cette couche de sucre sert à recueillir la cire fondue qui ne doit pas tomber dans la pâte. De toute façon, cette couche de sucre, personne ne la mange, on la laisse sur le bord de l’assiette. A la différence du reste, bien sûr.

 

Sous la couche de sucre, vient la couche de rhubarbe. Les bâtons de rhubarbe, posés serrés, doivent être crus, bien rosés, comme une fesse de jeune fille timide. L’idéal est de les faire cueillir à la pleine lune par la jeune fille timide qui pourra ainsi comparer en permanence la validité du coloris ; cette cueillette s’effectue sans témoin – à la rigueur la personne fêtée, à condition qu’elle soit discrète. Je signale que j'ai de la rhubarbe au fond du jardin, au cas où. Et je suis très discret.

 

Sous la rhubarbe, vous disposerez une pâte molle et gluante, de couleur grisâtre et d’odeur fétide, obtenue en mélangeant quatre œufs d’oie, 215 g de maïzena, 345 g de maté (uruguayen de préférence), ajoutez-y un truc fétide ad libitum pour obtenir l’odeur requise, et deux verres de champagne. Videz cul-sec le reste du champagne, et poursuivez le travail en entonnant l’hymne national de la Mongolie Extérieure dont je rappelle les paroles ci-dessous *.

 

Dès que le champagne a fait son effet, commencez à faire n’importe quoi avec la plus grande attention. Malaxez la durée exacte, c’est essentiel. Laissez reposer et vous aussi. Quand votre sieste est achevée, mettez le tout dans un moule ennéagone. Le nanogone est toléré, faute de mieux.  Glissez le tout dans un four à chaleur tournante ; si le vôtre est un four normal, tournez le four vous-même, la chaleur tournera ipso facto. Tout cela se fera en veillant bien sûr à ce que les bougies ne s’éteignent pas. La température en degrés est la racine cubique de 9.938.375. On peut arrondir à 10.000.000, mais le calcul devient plus compliqué - c'est comme vous voulez.

 

A la fin de la cuisson, si vous êtes toujours là, ajoutez-y les deux louches de beurre clarifié, comme indiqué ci-dessus. Ah zut, à  la relecture, je n’ai plus trouvé la préparation du beurre clarifié ci-dessus. Cherchez vous-même. Si le beurre clarifié vous paraît trop gras, ne le versez pas sur le gâteau : gardez-le pour votre shampoing. Vous obtiendrez ainsi la belle chevelure soyeuse et luisante qui fait le charme des jeunes mariées de Mongolie extérieure.

 

Vous sortez le gâteau exactement dix minutes après avoir commencé à sentir l’odeur de brûlé. Ne trichez pas.

 

Bien entendu, vous ne devez pas cesser de chanter l’hymne national de la Mongolie extérieure avant la fin de la recette. En apportant à table, vous pouvez remplacer l’hymne par un « Happy birthday » du meilleur effet.

 

Ce sera même le seul bon effet du gâteau d’anniversaire apporté.

 

Après soufflement, inutile de garder les bougies du gâteau pour l’anniversaire de l’an prochain : on ne vous demandera plus jamais de préparer un gâteau d’anniversaire. On ne vous invitera même plus. Consolez-vous en vous shampouinant de beurre clarifié et en vous gorgeant de champagne. Ou vice versa, c’est selon.

 

Ah, les paroles, j'allais les oublier ! Les voici :

 

 

Dar khan manai khuvsgalt ulas
Dalaar mongolyn ariun golomtoo
Daisny khold khezeech orokhgui
Dandaa enkhzhizh uurd monkhzhene.
Refrain
Khamag delkhiin shudarga ulastai
Khamtran negdsen egneeg bekhzhuulzhee
Khatan zorig bukhii chadlaaraa
Khairtai mongol ornoo manduuliaa.
Zorigt mongolyin zoltoi arduud
Zovlong tonilgozh zhargalyg edlev
Zhargalyn tulkhuur khogzhliin tulguur
Zhavkhlant manai oron mandtugai.
Refrain

N'est-ce pas joli, poétique et entraînant ? Surtout le refrain : 
Dar khan manai khuvsgalt ulas, Dalaar mongolyn ariun golomtoo, Daisny khold khezeech orokhgui Dandaa enkhzhizh uurd monkhzhene.  Ca y est, je l'ai en tête, ce sera pour toute la journée.



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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 15:59

 

 

lit-de-Procuste.jpg

 

Cette chronique fait suite aux trois chroniques précédentes, répondant comme elles peuvent à la question "Comment écrire une bonne nouvelle littéraire". "Bonne" et "littéraire", je ne sais pas. Le reste, j'essaie. Je vous recommande de lire l'ensemble avant de finir par cette dernière fournée de suggestions. Vous y trouverez peut-être  quelques évidences, mais ce ne seront pas les mêmes pour chacun.

 

Mes précédentes chroniques sur mes techniques, certains diront même conseils, pour écrire des nouvelles m’ont valu très peu de commentaires, ce qui m’a déçu. J’aurais aimé entendre sur ce blog quelques points de vue différents. Je révère la contradiction (merci, Didouchka). D’autant plus que je suis toujours d’accord avec mes contradicteurs, ce qui les frustre beaucoup.

 

Très peu de commentaires, dis-je, je les apprécie donc particulièrement.

 

Mais beaucoup de visites.

 

Les unes viennent de forums littéraires,  disons fora pour faire plus pédant, ou laissons au singulier : disons le bon forum « Maux d’auteurs »  où j’ai toujours de bons amis et de bons souvenirs, datant de l’époque de mes débuts.

 

D’autres visites viennent de recherches Google.  Je suis admiratif devant tous ces auteurs qui ont l’humilité de chercher à apprendre sur Google « comment écrire une nouvelle ». Il y a les plus ambitieux, j’en ai déjà parlé, qui ne tergiversent pas et veulent savoir : « comment écrire une bonne nouvelle littéraire ». Sans oublier les plus circonspects qui ne viennent que pour « écrire une nouvelle policière », « écrire une nouvelle fantastique », « écrire une nouvelle de S.F. » ou même "écrire une nouvelle érotique".  Pour eux, c’est simple : écrivez une bonne nouvelle, mais parlez-y  de police, de fantastique ou de SF. Ou d'érotisme, si ça vous fait du bien.

Et saluons le paresseux venu demander comment « écrire une nouvelle à plusieurs mains ». Celui-là, je lui conseille de chercher d’abord les autres mains, hé, profiteur. En revanche, pas de requête "comment écrire une nouvelle érotique à plusieurs mains". Là, je ne suis pas la bonne adresse : je n'aurais pas pu répondre, ne voyant que faire de toutes ces mains désoeuvrées. 

 

Tous  ces visiteurs arrivent chez moi, et je suis honteux de les recevoir si simplement. Asseyez-vous, je n’ai qu’un paquet de chips, ça ira ? Il est entamé, ce n’est pas grave ? Et à boire, un verre d’eau, je suis certain que vous aimez ça, vous avez une tête à aimer l’eau. Moi aussi, mais je la préfère avec un verre de vin à côté, ça permet de mieux apprécier.

 

Bon, puisque vous êtes là, deux autres conseils, notamment pour ceux venus savoir « comment gagner des concours de nouvelles ».

 

Mon premier conseil, c’est de jouer au lit de Procuste. Si vous ne savez pas ce que c’est, allez sur Google. Inutile de chercher ce lit sur « Au bon coin ». C’est un « truc » qui m’est resté de mes débuts dans la nouvelle, quand je m’adonnais aux concours. Ceux-ci avaient souvent un calibrage imposé, parfois par maximum (exemple : 15.000 signes, blancs et signes inclus), parfois, plus rares, aussi par minimum (exemple : 10.000 signes).

Il m’est donc fréquemment arrivé de devoir alléger une nouvelle de 20 ou 30% (mon calibrage naturel tourne plutôt vers les 20.000 signes). Très souvent, cette nouvelle n’en souffrait pas, au contraire. Il ne s’agissait pas de supprimer seulement quelques adverbes ou adjectifs, mais de couper des paragraphes entiers, dans des pages apparemment indispensables, pour produire des nouvelles plus nerveuses, notamment dans les introductions, mais aussi dans les portraits ou cadres, que j’ai appris à brosser en deux ou trois touches.

Il m’est aussi arrivé de devoir rallonger, de devoir muscler des nouvelles trop rachitiques. Là encore, pas question d’ajouter des adverbes ou adjectifs (pouah !), mais d'épaissir un personnage secondaire, de me permettre une séquence plus nonchalante, souvent à caractère plus psy, ou de donner plus de souffle à l’action.

 

Pourquoi vous raconter tout cela ? Parce que je continue à pratiquer l’exercice, alors que je n’ai plus de calibrage imposé.  Quand une nouvelle me paraît terminée, j’en tente pârfois, en parallèle, une version allégée, en me posant la question « Et si je supprime 20 %, où vais-je les trouver ? ». Puis de tenter, en parallèle à la parallèle (donc toujours en parallèle, on apprend ça en géométrie), une version avec rondeurs, avec 20% de plus. Et je compare. J’obtiens souvent des résultats intéressants, parfois surprenants.

Il m’arrive même que la nouvelle finalement retenue soit de même longueur qu’au départ, mais avec à la fois une partie des dégraissements et des ajouts apportés. C’est le cas dans certaines nouvelles de mon prochain recueil, (Tous ensemble, mais sans plus) notamment dans « La montée vers le ciel ». Il va bientôt être temps que je vienne en parler.

 

Mon deuxième conseil, c’est de lire des nouvelles de bons auteurs, surtout ceux écrivant souvent des nouvelles. Cela ne manque pas. En France, bien sûr. Mais aussi chez les Sud-américains, les Espagnols, les Russes, les Vietnamiens, les Coréens, je vous laisse faire votre marché chez votre libraire. Demandez-lui des conseils, il en sera ravi. Ou changez de libraire.  S’il vous conseille Georges Flipo, félicitez-le et donnez-moi son nom, j’irai lui porter un paquet de chips – même pas entamé.

 

Et lisez-les. Pas seulement pour passer vite à la suivante. Décortiquez votre bonheur ou votre admiration après chaque nouvelle qui vous a plu. Comment a fait l’auteur pour entrer dans son texte ? Quelles sont ses digressions qui créent du plaisir  ou de l’intérêt ? A quels moments change-t-il de rythme pour tonifier le récit ? Quel ton utilise-t-il pour dérouler son texte ? A-t-il des techniques propres, des trucs ? C’est en pratiquant ces exercices que j’ai appris à écrire des nouvelles. En lisant Kipling, Borges, Buzzati, Mrozeck, Maupassant et quelques autres. Pas en allant sur internet.

 

Bon, Pierre, ai-je bien répondu à votre question de la semaine dernière ? C'était bien Pierre ? Pfff, les prénoms et moi, si je vous disais que pas plus tard que cet été...  bon, c'est une autre histoire.

 

Le visuel, c’est le lit de Procuste. En fait, on devrait dire les lits de Procuste, puisqu’il en avait deux. Mais dans le cas présent, on peut se contenter d’un seul, c’est vraiment son lit, et même son lit de mort, puisque Thésée y vient lui couper le chef. Mais Thésée n’est pas un méchant, c’est Procuste qui est un brigand. Ayons une pensée pour tous les voyageurs athéniens qui se sont fourvoyés dans ces lits, et gardez-les à l’esprit quand vous relisez vos nouvelles.

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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 21:33

Omelette.jpg

 La chronique précédente a obtenu un succès immesurable : aucun commentaire. Une seule explication : chaque visiteur, après lecture, a décidé de s’engloutir dans son PC pour écrire quelques nouvelles.

 

Attendez, ne vous lancez pas si vite, j’ai encore quelques trucs à déballer, des trucs que je trouve parfois utiles, notamment quand je tente d’écrire "une bonne nouvelle littéraire" puisque c’est mon seul et noble objectif – enfin, ne prenons pas les moyens pour les fins : mon seul véritable objectif reste d’obtenir les Palmes académiques. Eh, vous, les nouveaux, là-haut, vous pourriez y faire quelque chose ?

 

 Je vais ici parler du rythme de la nouvelle, de l’ellipse et du ralenti, du ton de narration, de la focalisation interne, de la réécriture. Et je ferai un zoom sur les personnages et les dialogues. Ah que ce sera instructif !

 

Le rythme, l’ellipse et le ralenti, ça va ensemble. On croit souvent qu’une nouvelle doit être courte, ce qui est idiot, elle doit simplement être de la longueur nécessaire. Exactement comme celle des pattes des vaches, vous savez, les fameuses pattes qui descendent jusqu’à terre.

 

Une nouvelle n’est pas une contraction de texte. Elle n’est pas non plus une P.M.E. soumise à la rage d’un consultant venu dégraisser. Pour avoir de l’appétition, une nouvelle doit avoir ses rondeurs, ses replis, comme une nymphe de Rubens. Et si vous devez alléger pour tenir dans le calibrage d’un concours de nouvelles, supprimez des paragraphes, mais ne supprimez pas de phrases, sauf si elles sont moches ou plates. Elles devraient l’avoir été de toute façon.

 

Comment donner du rythme à une nouvelle ? Justement en changeant ce rythme. N’hésitez pas à la ralentir pour quelques légères digressions, même à la limite du hors-sujet : c’est souvent là que la nouvelle devient intéressante, si ces digressions sont brossées d’un pinceau léger et preste. N’hésitez pas, à la page suivante, à supprimer des paragraphes de transition, à faire des ellipses brutales (j’ai fait une fois une ellipse de plusieurs années dans une nouvelle, après avoir consacré longues deux pages au seul parfum d'une femme. C'était dans Le parfum des profondeurs ; l'ellipse était non seulement possible mais indispensable au rythme). L’ellipse brutale passera toujpursmieux si la narration s'offre, par ailleurs, d’indolentes remarques presque des notules.

 

Pour donner de la nervosité à une nouvelle, une fois qu’elle est terminée, n’hésitez pas à couper la première page. C''est presque toujours possible. Vous verrez alors que le lecteur, plongé brutalement dans le récit, ou dans un dialogue, y surnagera volontiers.

 

Trouvez un ton pour chaque nouvelle.  Le ton, c’est la voix, l’intonation que prendrait un comédien s’il la lisait à haute voix. Une fois que vous avez trouvé ce ton, gardez-le pour toute la nouvelle, mis à part les dialogues (et encore…). Il peut-être narquois, rigolard, admiratif, distancié, dégoûté, glacial, naïf, mais il doit être là. Le lecteur ne le percevra pas forcément, mais il sera dans l’ambiance. Le ton se crée dès le départ avec quelques adjectifs, quelques verbes bien choisis, quelques premières digressions qui, l’air de rien, orienteront la lecture. Il m’arrive de chercher plusieurs semaines le ton d’une nouvelle. Il m’arrive même de l’abandonner, faute de lui trouver un ton. J’a failli le faire dans la nouvelle « Les choses du marais » (dans le prochain recueil Tous ensemble mais sans plus), avant de trouver le ton distancié, légèrement navré, qui colore la nouvelle.

 

Une ficelle personnelle : quand vous écrivez le premier jet d’une nouvelle, ne vous arrêtez pas pour corriger un passage qui vous paraît maladroit. Contentez-vous de le surligner pour le retrouver, et continuez pour ne pas perdre l’élan, et surtout pour ne pas perdre le ton. Ensuite, revenez-y, mais seulement quand vous aurez fini. Et quand vous y revenez, relisez lentement depuis le départ, pour être bien dans le ton. Ne retravaillez pas en zoomant aussitôt sur un passage précis. Baignez-vous, ne plongez pas.

 

Focalisez votre récit. L’auteur tient une caméra légère qu’il doit poser sur une épaule. Elle peut être la sienne, pour les nouvelles narrées de l’extérieur. Le plus souvent, je la pose discrètement sur celle du personnage principal (même dans les séquences où il ne joue pas, cela paraît paradoxal, mais vous écrivez comme s’il était là). La focalisation n’est pas la narration en moi-je, c’est une façon de décrire comme si vous étiez à la fois dans la tête du héros et dans son œil. Vous savez ce qu’il pense, ce qu’il cache, vous observez ce qu’il veut voir. Ne changez pas de focalisation dans une nouvelle : un regard, un seul, sinon le lecteur se perd, et l’auteur aussi. Si, dans quelques passages, la focalisation vous embarrasse, abandonnez-la, et passez au récit neutre. Mais ne posez la caméra sur aucune autre épaule, vous n’êtes pas au cinéma.

 

Contentez-vous de quelques traits pour décrire vos personnages : le regard, les mains, ou le vêtement par exemple. Ou plus souvent un trait de caractère. Ces traits, il n’est pas élégant de les décoder : glissez-les très vite dans l’action, pour les rendre évidents. Dans la nouvelle « Le club Vie intense » (là aussi, dans le prochain recueil Tous ensemble mais sans plus), je me contente de mentionner que le héros ne porte pas de cravate et qu’il porte tristement la quarantaine. Cela suffit pour le décaler par rapport à l’assistance, et de crédibiliser ses premiers propos : il est là pour surprendre. Soyez encore plus elliptiques pour les personnages secondaires, sauf si leur description participe à l’ambiance.

 

Soyez prudent dans l’usage des dialogues, sauf si vous avez la virtuosité d’une virtuose comme Annie Saumont qui sait écrire de superbes nouvelles uniquement faites de dialogues. Le dialogue est souvent là que craque la nouvelle qu’elle montre ses faiblesses. Les faiblesses les plus courantes sont :

La confusion des voix. L’auteur amateur fait souvent parler tous les personnages de la même voix, même vocabulaire, mêmes idées, mêmes constructions : ils parlent tous comme lui. Le lecteur ne sait plus qui parle. Différenciez ces dialogues.

Le bavardage. Nous ne sommes pas au théâtre, sabrez tous les dialogues intermédiaires, tous les « Bonjour, c’est moi » « Ah, je suis content de vous voir, ça va ? »

La balourdise. Il y a parfois des choses indispensables à dire, mais qui paraissent pataudes dans les dialogues. Si vous ne parvenez pas à leur donner de l’allure (difficile, car elles doivent aussi rester naturelles), si vous ne pouvez pas les supprimer, il reste une solution très simple, passez en mode indirect. « Je vous ai toujours aimée, ça m’est tombé dessus, qu’y puis-je ? », c’est plaffieux.

        Si c’est raconté par le narrateur, ça passe mieux.

     Il lui dit, comme un reproche, qu’il l’avait toujours aimée. Il aurait voulu trouver un autre verbe, aimer, ça faisait pauvre. Il ajouta, comme pour s’en excuser, que ça lui était tombé dessus. Il n’y  pouvait rien, conclut-il. Oui, c’était ça, il n’y pouvait rien. C’est plus long, mais plus léger. Bon, là ce n'est pas très concluant, je viens d'improviser. Quand vous relisez vos dialogues, posez-vous souvent la question « Et si je passais en indirect, est-ce que ça ne sonnerait pas mieux ? »

 

Dernier conseil : relisez. Ne relisez pas seulement pour trouver des fautes, relisez-la pour la redécouvrir avec chaque fois un œil neuf. Vous y trouverez beaucoup plus de fautes. Et, même si tout vous paraît bien, relisez encore en vous demandant « Où cela pourrait-il être mieux ? ». Je passe beaucoup plus de temps, vraiment beaucoup beaucoup plus à corriger mes nouvelles qu'à les écrire. En fait, c'est en les corrigeant que je les écris vraiment.

 

Ah, avant de finir, j’oubliais un truc. C’est significatif : j’oubliais la chute. Ne vous inquiétez pas de la chute. Ayez une fin en tête, bon, très bien. Ne cherchez pas forcément à en faire une chute, c’est une manie française, un rituel désuet. Arrangez-vous pour trouver une jolie phrase, qui sonne bien. Ne cherchez pas à surprendre ou à bouleverser la perception de votre nouvelle.

 

La chute, c’est une obsession bonne pour les jeunes comiques passant en première partie à l’Olympia. Vous ne racontez pas une histoire drôle à la fin d’un dîner, vous racontez une histoire dans l’intimité à un lecteur confiant. Respectez-le, ne cherchez pas à tout prix une pirouette qui dise « Ah, je t’ai bien eu, hein ! »

Les auteurs étrangers, à l’Est comme à l’Ouest, au Sud aussi, écrivent de remarquables nouvelles sans chute. Elles se contentent de finir, souvent fortement. Et parfois même en ne finissant pas, en laissant le lecteur continuer, imaginer la suite. Ils ne refusent pas la chute, ils en glissent parfois, mais seulement quand ça les arrange. C’est une option, rien de plus. Ce ne doit pas être l’objectif de la narration.

 

Bien des lecteurs, bien des auteurs, pensent autrement. Il y en a pour tous les goûts, c’est comme la cuisson des omelettes.

 

Je vous ai tout dit, vous savez désormais comment écrire une bonne nouvelle littéraire. Ne me remerciez pas, ou, si vous y tenez, faites le nécessaire pour m’obtenir les Palmes académiques. Je crois vous en avoir déjà parlé, j’y reviendrai.

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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 17:24

 

J’écris ce billet pour Pierre (oui, excusez-moi, je dis bien Pierre, pas Patrick, voir hier), qui voulait savoir "comment écrire une bonne nouvelle littéraire ", mais j’autorise les autres visiteurs à le lire.

 

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Puisque, cher Pierre, vous me posez la question avec une telle confiance, mieux vaut être prudent : je ne suis que nouvelliste, je ne suis pas tous les nouvellistes. D’autres répondraient autrement, et leur réponse serait néanmoins très respectable. Surtout s’ils s’appellent Kipling, Quiroga, Maupassant, Ambrose Bierce, J.L. Borges, Francis Scott Fitzgerald. Ou, si vous préférez les vivants, Annie Saumont, Claude Pujade-Renaud, et presque tous les chers nouvellistes qui sont invités à « Place aux Nouvelles », chaque année à Lauzerte. Je dis presque tous, car il y en a que je n’ai pas encore lus.


 

"Comment écrire une bonne nouvelle littéraire ?" Je réponds pour moi, ce qui est déjà assez difficile. D’autant plus qu’il y a deux adjectifs de trop dans la question : bonne et littéraire.


 

Il m’arrive rarement d’ouvrir mon PC en me disant « Ah, cette semaine, je vais écrire une mauvaise nouvelle, j’ai déjà une bonne mauvaise idée de départ ». Et pourtant, j’ai écrit de mauvaises nouvelles. Vous ne les avez pas lues, car elles n’ont pas été publiées. Une mauvaise nouvelle, ça s’écrit exactement comme une bonne, sauf qu’à l’arrivée elle est moins bonne sur tous les piliers – quels piliers, on verra ça un peu plus loin.

 

 

De même, il m’arrive rarement de me décider à écrire "une bonne nouvelle littéraire". Comment écrire une bonne nouvelle policière ? Là, oui, d’accord. Comment écrire une bonne nouvelle fantastique ? Oui aussi. Ou noire, historique ou science-fiction . Tout cela a un sens, car il s’agit d’un genre, d’un registre, avec parfois ses codes. Mais il n’y a pas de genre "littéraire", et heureusement. Tout peut être littéraire si c’est bien écrit. Ou si cela apporte quelque chose à l’histoire de la nouvelle : un style, une vision du monde, etc. C'est un autre débat.

 

Le sujet traité sera donc, plus simplement "Comment écrire une nouvelle". Vous ajouterez autour les qualificatifs qui vous arrangent. Et tant mieux si elle est bonne ou littéraire. 


Ouvrez les cahiers, sortez les crayons, et notez.

 

Je pars presque toujours d’une situation : la confrontation de deux ou plusieurs personnages, ou d’un personnage face à un obstacle. Très vite, je donne un cadre, un décor, autour de cette situation. Généralement, je ne fais qu’esquisser ce décor. Mais il m’est arrivé de traînasser volontiers sur ce décor, même quand je l’installe dès le début de la nouvelle. Mon record de traînasserie, c’est le début de l’Étage de Dieu :

 

 

Il y avait sept étages. Le septième, c’était celui de Dieu.


Dans l’agence de publicité Théodos & Associés, toute carrière ne pouvait être qu’ascensionnelle, on l’avait expliqué à Tanguy dès son entrée. Au rez-de-chaussée, derrière le hall d’accueil, il y avait les services généraux et les coursiers. Les seuls qui avaient le droit de sentir la transpiration. Au premier, la fabrication, le studio d’exécution et les stagiaires, le petit peuple taillable et corvéable sans un merci. Au deuxième, les départements hors-média, le marketing direct, le hors-média, ceux qui n’osaient pas toucher à la publicité ; on parlait d’eux avec un sourire condescendant, comme de cousins de Belgique. Au troisième, la création. Jadis, elle avait occupé le cinquième, mais elle était redescendue – un signe des temps. Au quatrième, les commerciaux, les chiens de chasse : ils tenaient les clients, ils rapportaient l’argent. Au cinquième, la finance-comptabilité qui traquait et qui encaissait, le département médias qui brassait les millions, et les Relations Humaines qui considéraient toute humanité comme trop humaine. Au sixième, les seigneurs et les salles de bal : les directeurs et les espaces de réunions.


Le septième, c’était l’étage de Dieu.


Achille Théodos, le président Théodos, savait que personne au sein de l’agence ne l’appelait Achille, ni Théodos, encore moins le Grec ou le président. On disait Dieu, et il en parlait avec un sourire indulgent. Il régnait sur l’agence, elle n’était qu’une cathédrale à sa gloire. Dieu est partout, Dieu voit tout : il était réputé pour sa capacité à débarquer dans une réunion client qui tournait mal, et à la reprendre en main. Dieu était omniprésent dans les étages. Chacun craignait sa terrible requête Où en est-on sur le dossier X, voyons un peu ça… Il pointait du doigt la stratégie approximative, refusait le casting d’un film, recadrait la mise en page d’une annonce, modifiait un plan-média ou gonflait un devis. Il n’y avait là aucun excès de pouvoir, simplement un surcroît de compétence, tout le monde le reconnaissait. Puis il repartait à son étage, seul, et chacun diffusait quelques nouveaux versets de la divine parole : Les signatures jeux de mots, c’est fini, ça ne se fait plus chez nous ou Il ne veut plus voir une stratégie sans un volet Relations Presse…


Juste en dessous de l’étage de Dieu, il y avait maintenant Tanguy.


J’ai patiemment gravi tous les étages  disait Tanguy avec un sourire modeste. Et le patiemment en faisait ricaner beaucoup, car on le trouvait très pressé ce jeunot. Assistant, chef de publicité, directeur de clientèle, directeur commercial, à vingt-huit ans il avait déjà pris ses quartiers au sixième. Mais comme Dieu l’aimait, tout le monde lui trouvait beaucoup de talent. Il était d’ailleurs fréquemment invité au septième étage, celui de Dieu. Car on n’allait pas au septième étage, on y était invité.


 

Un peu long, n’est-ce pas ? C’était un cas extrême : ce préambule volontairement bavard permettait en même temps d’installer les personnages majeurs et la tension qui les relie. En fait, toute la nouvelle était posée dans ce long incipit. Il ne restait plus qu’à imaginer l’histoire. La tension, qu’est-ce ? me direz-vous, si vous n’avez pas encore décroché. Parlons-en.


 

La tension, c’est le fil rouge qui guidera le récit, c’est aussi l’épice qui donnera un goût aux dialogues, aux focalisations sur tel ou tel personnage. Il n’est pas nécessaire qu’elle soit décodée, mais elle doit être constante, même invisible, omniprésente dans l’esprit de l’auteur.

 

 

Exemple de tension : dans la nouvelle L’incartade in « Qui comme Ulysse », la tension se pressent puis se précise : « Qu’est-ce qui va craquer dans la micro-société trop parfaite de ces sept copines bourgeoises aux sports d’hiver ? » ou dans L’indifférent (même recueil) : « Comment se dénouera la confrontation entre deux personnages qui, chacun, joue jusqu’à l’incarnation son personnage au Carnaval de Venise ? »


 

Une situation avec des personnages, plus une tension, il ne reste plus qu’à créer une histoire.


 

Quand je débutais, cette histoire me paraissait primordiale. J’y réfléchissais dans son déroulé, ses rebonds, je me la récitais comme si je racontais un scénario à un producteur. Après en avoir écrit ainsi une bonne quinzaine, le résultat n’était pas satisfaisant (et d’ailleurs seules cinq sur les quinze ont plus tard été publiées, après amples modifications). J’ai fini par remarquer que, dans presque toutes ces nouvelles, les meilleurs passages étaient ceux en décrochage du récit, ceux qui ne lui semblaient pas indispensables.  J’ai donc changé de méthode, et j’ai tenté quelques nouvelles où l’histoire se contentait de quelques évolutions, de quelques changements des états d’âme des personnages, annoncés par les dialogues ou par la voix off, en focalisation. Des nouvelles psy, ou à effets artistiques. Des nouvelles sans intérêt, qu’on quittait avec soulagement. Je n'ai pas persisté longtemps. La solution n'était pas entre les deux, elle était plus ou moins les deux.


 

J’ai fini par comprendre qu’une solide histoire est nécessaire, mais qu’elle ne doit être que le support sur lequel s’accrochent la situation, le cadre, la tension. C’est avec ces trois éléments qu’on crée de la beauté, « de la littérature ». Je ne néglige nullement l’histoire – TOUTES mes nouvelles publiées sont construites sur une vraie histoire, une histoire de conteur. Mais je n’ai aucun scrupule à modifier cette histoire, si son déroulé nécessite un passage trop laborieux, une explication trop balourde. Dans mon prochain recueil (Tous ensemble mais sans plus, sortie début octobre), l’histoire de certaines nouvelles a été complètement modifiée, à plusieurs reprises, sans dommages.


 

Généralement, les « histoires » de mes meilleures nouvelles sont simples à résumer : quelques phrases suffisent. Les histoires à multiples rebonds, à entrelacs, donnent des nouvelles laborieuses, pénibles à lire : le lecteur y devine une structure de roman, et s’y sent frustré : il y manque le souffle, le drapé du roman. La pauvre nouvelle court de toutes ses forces pour tout raconter en moins de 30.000 signes, elle pue la transpiration. À titre d’exemple, mon roman « Le film va faire un malheur » était, à l’origine, une nouvelle. Une de mes toutes premières. Epouvantable, il faut le reconnaître. C’est bien plus tard après l’avoir transformée en scénario, puis en roman, qu’elle a commencé à respirer, à devenir lisible. Je le raconte dans mon site, voir http://www.georges-flipo-auteur.com/pages/9._le_film_va_faire_un_malheur.html


 

Je vais m’arrêter là pour aujourd’hui.


 

Dans la prochaine chronique, je parlerai de mes « ficelles », du rythme de la nouvelle, de l’ellipse et du ralenti, du ton de narration, de la focalisation interne, de la réécriture. Et je ferai un zoom sur les personnages et les dialogues. Ah que ce sera instructif !


 

En attendant, dépêchez-vous de réfléchir, d’inventer une situation, un décor et des héros, une tension, une histoire. Vous aurez déjà votre prochaine nouvelle presque prête


 

Hasta luego ! 

 

Le visuel, c'est un bébé hippopotame. Cela n'a pas de rapport, mais ça fera plaisir à mes petits-enfants.

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 08:32

 

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Je trouve ce matin dans ma boîte à mails un petit courrier touchant de simplicité : un certain Pierre me demande "Comment écrire une bonne nouvelle littéraire ?" Il ajoute que ça ferait un billet intéressant, le cher Pierre. C'est tout juste si je ne devrais pas le remercier de me donner un si beau sujet à traiter.

Je pourrais me dépêcher de l'oublier, mais pas moyen. La question trotte dans l'hémisphère droit du cerveau. C'est comme un tube de Dalida qui traîne en tête, pas moyen de s'en débarrasser. Je vais me la poser toute la journée, et je reviens y répondre demain matin. Mais à une condition : promets-moi, cher Pierre, de ne pas venir ensuite me demander "Comment écrire une bonne nouvelle fantastique", "Comment écrire une bonne nouvelle policière ?" "Comment écrire une bonne nouvelle de science-fiction ?". 

Comment écrire une nouvelle, je pourrais volontiers répondre. Ce qui me tracasse, c'est ce "bonne", que Pierre glisse ingénument. Et ce "littéraire" qu'il ajoute. Comment une bonne nouvelle pourrait-elle ne pas être littéraire ? Ah, ça ç'aurait été une bonne question.

On se revoit demain avec la réponse. Ou, à défaut, je vous chante un tube de Dalida.

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 10:35


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Mon dernier recueil de nouvelles n’est pas encore fini-fini, et j’ai déjà parcouru un bon bout de chemin sur mon prochain livre, qui sera un roman policier, une nouvelle enquête de la douce commissaire Viviane Lancier.

J’ai rarement enchaîné aussi vite l’écriture de deux ouvrages aussi différents, mais quand le tonus est revenu, il faut en profiter. Et je constate plus que jamais une évidence : une nouvelle et un roman policier, ce n’est pas le même genre. Je dirais même que ce n’est pas le même métier.

La nouvelle n’est pas forcément « un jaillissement ». Le point de départ, c’est d’abord une situation.

Reste à définir ce qu’est une situation, sinon ce serait trop facile, hé…

Une situation, c’est un ou plusieurs  personnages placés dans un cadre, qui vont être soumis à une tension.

 

Exemples de situation à tension (qui peuvent être simples)


Une jeune femme, dans un bal, est invitée à danser un tango. Son danseur est un aveugle.

 

Deux personnes âgées que tout sépare se rencontrent en se promenant au bois. Elles ont un chien identique.


      > Au cours du cocktail littéraire qu’il a organisé, un jeune éditeur découvre que la serveuse au buffet est la femme avec laquelle il a jadis failli construire sa vie.


Ensuite, seulement ensuite, il faut chercher l’histoire.  Quand j’ai commencé à écrire des nouvelles, je travaillais en scénariste, je voulais partir de l’histoire, la raconter comme si je parlais à un producteur. Les héros n’étaient pour moi que des marionnettes. J’ai fini par comprendre mon erreur (des collègues m’y ont aidé, merci Jean-Michel !) Cela dit, l’histoire n’est pas secondaire, en tout cas pas pour moi : une nouvelle, c’est toujours une histoire racontable, avec un point de départ, un déroulement, et une ligne d’arrivée.


Mais, avec la même situation, on peut imaginer plusieurs histoires, on pourrait même écrire plusieurs nouvelles. L’histoire peut être très succincte, ou riche, s’étendre parfois en plusieurs épisodes, voire sur toute une vie (la magnifique Loterie de Babylone, de J.L. Borges, dure plusieurs milliers d’années).  Elle peut mettre en action une ou plusieurs personnes (six à huit, c’est déjà beaucoup). Tout est possible, mais l’histoire, dans la nouvelle, présente une contrainte majeure : il faut qu’elle soit constamment intéressante, littérairement intéressante à raconter. Si une séquence se traduit par un paragraphe laborieux ou balourd, mieux vaut supprimer le paragraphe et modifier l’histoire.


L’histoire est une ardente obligation, le rythme en est une autre : je n’aime pas les nouvelles diesel, dont le rythme est constant. J’aime qu’il y ait des ralentissements, voire des digressions, puis des accélérations ou même des ellipses. Cela aide le lecteur à lire attentivement.


Et puis la chute. Chute à gag, chute à basculement de révélation, chute à révélation, pff… C’est le dernier de mes soucis. Au vrai sens du terme : celui qui vient en dernier, en fin de travail. Beaucoup d’auteurs considèrent la nouvelle comme une sorte d’histoire drôle, qui ne prend son sel que par la toute dernière phrase. Ce n’est pas mon cas : je trouve cette contrainte très vaine, castratrice. Et même stupide. Il m’arrive d’écrire des nouvelles qui prennent toute leur force dans la chute, mais ce n’est pour moi qu’une option, une sorte de figure de style.  


Je ne suis pas le seul à travailler de cette façon. Parmi les nouvellistes qui m’impressionnent, beaucoup finissent leurs nouvelles sans véritable chute ; certains laissent même carrément flotter l’histoire, laissant au lecteur le soin de la terminer. D’autres la finissent par une pirouette, ou simplement par une conclusion. La chute n’est une obsession qu’en France : les nouvellistes contemporains, au Viêt-Nam (beau terroir de nouvellistes), en Russie, en Argentine, aux U.S.A. traitent la chute avec autant de détachement que moi, ce qui me rassure.


Dans le roman policier, c’est presque pareil, mais pas du tout.


Presque pareil, car un roman policier c’est d’abord un cadre. On peut raisonner autrement, je ne donne que ma façon de travailler. Quand j’ai trouvé le cadre, je me sens mieux, j’ai l’impression d’avoir une scène de théâtre avec les décors. Le cadre peut être géographique ou social : club de vacances pour la deuxième enquête de la commissaire, milieu des collectionneurs de manuscrits pour la première. Pour la prochaine, ce sera une bourgade bretonne en retrait de la côte, avec son manoir et son musée.


L’histoire, c’est bien plus complexe. On commence comme dans une nouvelle, avec un pitch de cinq lignes. Mais si l’on s’en contente, un bon enquêteur va trouver la solution en un chapitre. Il faut la complexifier, un peu à la fois.  Moi, je préfère y réfléchir avant de commencer à écrire. D’autres, et non des moindres,  le font au fil de l’écriture. Simenon, par exemple, ne savait pas où il allait avant la centième page. Ce qui nécessitait parfois un gros travail de reprise des précédentes, mais Simenon était un surdoué travailleur.


 Et vient ici un autre problème, LE gros problème : faut que ça saigne. Le lecteur moderne est trop gâté, il ne se contente plus d’un cadavre comme  dans les années cinquante. Il faut qu’on lui en apporte plusieurs, pour lui montrer qu’on a bien travaillé. Moi qui suis le plus doux des hommes, je suis donc condamné à jouer les serial killers pour être considéré comme un vrai auteur de roman policier. Le pire, c’est que j’y prends goût : parfois, en commençant à camper un personnage, un figurant,  je suis envahi par une mauvaise pensée « Tiens, en cadavre, elle ne serait pas mal.  Comment pourrais-je la tuer ? ». Quand on manque d’idées, il y a un ouvrage de référence à ce sujet : « 500 façons d’éliminer son prochain », d’Alfred Eibel et Françoise Monfort. On y prend tellement goût que, dans la vraie vie, face au moindre trublion, on se met à…  J’arrête là, l’incitation au crime est un délit, même quand c’est soi-même que l’on incite.


Ce besoin de voir fleurir les morts toutes les cinquante pages est pour moi la contrainte la plus gênante de l’écriture policière, car elle entrave le rythme : on ne peut ralentir, bavasser, emprunter un chemin de traverse : le prochain mort est là, qui attend, qui trépigne, il va refroidir. On ne peut non plus trop accélérer, ellipser, car il faut accompagner l’enquêteur dans son quotidien, le voir accumuler les indices.


C’est, pour moi, la plus grande différence entre la nouvelle et le roman policier.


Reste la chute. Je suis encore moins chutiste en roman policier qu’en nouvelle. Mais, paradoxalement, j’ai besoin d’écrire la toute dernière phrase du roman policier dès que je commence à en écrire le premier chapitre. C’est une sorte d’obsession qui m’accompagne durant les mois d’écriture. Je peux donc vous annoncer comment finira le roman policier sur lequel je travaille actuellement.


Ce sera : « Vous croyez que c’est gras ? »

Il ne me reste plus qu'à écrire 300.000 signes pour y arriver.

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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 14:05

 

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Personnages passagers, vies perdues, romans oubliés

 

Mon prochain recueil de nouvelles est achevé, il va entrer en phase corrections. En attendant, je suis en train d’écrire un nouveau roman. Le cinquième.

 

Et je croise à nouveau le problème des personnages passagers. Je veille de plus en plus à donner du corps et du caractère à mes personnages, et même une histoire qui, parfois, facilite cette entreprise de définition.


Je ne pousse pas la conscience professionnelle jusqu’à imiter les scénaristes américains qui, pour chacun de leurs personnages, créent une fiche d’identité indiquant l’origine, la carrière, les aventures, les problèmes professionnels et sentimentaux et autres turpitudes, car j’en ai trop souffert dans ma vie antérieure, quand j’étais créatif publicitaire. Un de mes clients, admirateur de ces méthodes américaines, s’obstinait à me faire tracer le portrait complet de chaque héros de mes films publicitaires ; l’entreprise était dérisoire, car ces héros ne passaient parfois que cinq secondes dans le film de pub, le temps de s’exclamer « Oh, ça sent bon, j’ai l’impression que tu as changé de lessive ! ». J’avais donc décidé que chacun de mes personnages masculins était second violon aux Concerts Pasdeloup. Cela n'influençait en rien le casting, mais cela désespérait mon client : « Un peu d’imagination, enfin, ils ne peuvent pas être tous seconds violons aux Concerts Pasdeloup » Ce à quoi je lui répondais : « Non, avant il était troisième violon, mais son prédécesseur vient d’être viré par le chef d’orchestre qui ne supportait pas l’odeur de ses chemises ».


Simenon avait une méthode assez proche : il attribuait à chaque personnage une enveloppe sur laquelle il notait son caractère, ses comportements. J’aimerais pouvoir un jour lire ces enveloppes pour voir jusqu’où allait cette fiche d’identité.


Je ne vais pas aussi loin, mais, quand je  commence un roman, j’aime fréquenter (dans ma tête) les différents personnages avant d’agir. J’ai besoin d’imaginer leurs réactions en diverses situations, leurs phrases-fétiches, leur portrait, même si je n’écris rien encore. Pour cela, je m’inspire souvent du physique d’un acteur ou d’une actrice, d’une amie, d’un présentateur de télévision. Le personnage y gagne tout de suite plus de cohérence, je le vois plus aisément en train de prononcer telle ou telle phrase, je supprime certaines répliques en pensant « Non, ça ne lui va pas ».


Parfois, le personnage prend involontairement plus de poids que prévu : la tentation est alors grande d’épaissir aussi sa propre histoire, de lui inventer une vie. Le passage qui devait durer un paragraphe prend ses aises, et occupe bientôt deux ou trois pages. En tant qu’auteur, on se passionne soudain pour cette vie, on lui donne des rebondissements, des contradictions. On devient géniteur émerveillé.


Puis l’on redevient raisonnable : on sabre, on allège, on ne garde que ce qui entre vraiment dans le fil du roman. Pour se consoler, on se dit « Ce personnage, avec son histoire, est vraiment intéressant, je veux lui donner sa chance, je lui consacrerai un roman, plus tard. » – illusion, le projet de roman est vite oublié, ce n’est plus qu’une vie perdue.


J’ai quand même vécu une exception : en 2008, pour un second roman, j’ai repris le personnage d’une de mes toutes premières nouvelles, assez mauvaise, mais l’histoire était intéressante, le héros aussi. Je n’ai pu retrouver la nouvelle dans mon ordinateur, mais je l’avais bien en tête. J’ai écrit « Le film va faire un malheur » en repensant constamment à ce pauvre type, si content de lui, qui creusait avec enthousiasme sa propre tombe. Plus tard, après la sortie du roman, j’ai retrouvé la nouvelle. Grosse surprise : le récit était resté assez fidèle, mais le personnage n’avait plus rien à voir. Il avait changé sans me prévenir. Un pauvre type, vous dis-je.


J’ai repensé à tout cela ce week-end, en conduisant sous la pluie pour aller à un mariage en Savoie. Je constatais avec inquiétude que l’un des personnages était en train d’envahir mon roman, en devenait le héros. Que faire ? C’est en franchissant le col du Petit-Bornand cerné par la neige que j’ai trouvé la solution : je vais me dépêcher de le tuer. Ca lui apprendra, à faire l’intéressant.

 

Et vous, autres auteurs, comment faites-vous ? Et vous, lecteurs, êtes-vous parfois frustré par le caractère trop abstrait des personnages qui défilent sur vos pages ? Je pose la question mais réfléchissez bien avant de répondre : hé, pas des miens, hein !

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 09:04

 

Ce soir, vous allez sortir ; et je vais même vous dire où : vous irez au vernissage de l'exposition du sculpteur Gilles Blanchard, à Paris. Cela se passera à la galerie Images de fer, tout en bas de la rue de Seine, donc côté Seine. Gilles Blanchard a créé la superbe sculpture en couverture de Qui comme Ulysse. Il vous montrera bien d'autres merveilles lors de cette exposition. 

Vous trouverez une invitation sur son blog, en rubrique "Quelques nouvelles" (http://www.gillesblanchard-artiste.com/)

Il vous faudra un solide alibi pour ne pas y aller. Du genre "Je suis en train de lire un roman policier, je veux savoir comment ça finit ". En tout cas, je vous souhaite un bon soir.

 .Blanchard 3

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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 18:45

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Quels concours de nouvelles choisir ? Gagner des concours de nouvelles, est-ce que cela facilite les entrées chez les éditeurs ? Les concours de nouvelles sont-ils truqués ? Ce sont quelques-unes des requêtes par lesquelles je vois arriver des visiteurs sur ce blog. Je prends ces requêtes au sérieux : je n’ai même pas la vilenie de les utiliser pour la Chambre des requêtes.

 

Je les prends au sérieux car j’ai une grande gratitude envers les concours de nouvelles. Sans eux, je n’aurais jamais eu l’idée stupide de me lancer dans l’écriture. Sans eux, je n’aurais jamais eu l’effronterie d’envoyer un recueil ni fait ni à faire (La Diablada) aux éditeurs, alors que j’avais le profil-type du looser fantasmé du côté de chez Wrath : je n’avais pas de formation littéraire, je n’avais aucun autre réseau que mes copains de vélo, je vivais dans une ville de banlieue et je ne savais même pas que le Quartier latin était le repère de la plupart des éditeurs. Certes, toutes mes amies vous diront que j’avais un physique irrésistible, mais je le cachais sous des cheveux hirsutes et grisonnants.

 

J’ai commencé à écrire deux nouvelles, en été 2002, pour un concours local (Espace Icare) dont le règlement était affiché à l’entrée de la bibliothèque municipale. Un concours peu connu, mais qui avait précédemment couronné Anna Gavalda à l’époque où, amateur, elle écrivait de bonnes choses. Un antécédent pareil, ça encourage. J’ai continué à écrire quelques autres nouvelles et à les envoyer aux concours que je dénichais sur internet. Elles ont généralement été bien accueillies. Lors de remises de prix, j’ai rencontré des écrivains (Serge Brussolo, Henri Vernes, Grégoire Pollet) qui m’ont incité à publier. J’ai cru que c’était facile, j’ai envoyé un recueil à un paquet d’éditeurs moyens et grands. Anne Carrière m’a dit oui. Le temps que ce premier recueil, puis un second, soient publiés, j’ai participé à beaucoup de concours de nouvelles (près de 150), j’en ai perdu plus que j’en ai gagné, et j’en garde, dans tous les cas, de très bons souvenirs. J’ai ensuite cessé de participer, étant devenu vraiment professionnel, mais je regrette cette époque de fraîcheur, d’enthousiasme, d’innocence.

Fin de la parenthèse ; c’était pourtant l’époque où je me suis senti le plus écrivain.

 

Je relis ces paragraphes, et j’ai l’impression d’être chez Michel Drucker. Je vais bientôt lui parler de mon chat. En attendant, je parle des concours de nouvelles, puisque je crois avoir quelque expérience en ce domaine. Il y a 4 idées toutes faites qui circulent sur les blogs, je m’y arrête :

 

1. Les succès dans les concours de nouvelles aident les auteurs à entrer chez les éditeurs.

Non mais un peu oui.

 

La plupart des éditeurs ne sont pas plus intéressés par les concours de nouvelles que par les tournois de scrabble. C’est un monde qui leur est étranger, ils ne pourraient en citer un seul.

Peut-être parce que la qualité demandée pour être lauréat d’un concours est inférieure à celle demandée pour être publié. Une preuve ? Mes nouvelles lauréates ont toutes été sévèrement corrigées avant de recevoir la griffe Anne Carrière.

Cela dit, on entrera plus aisément chez les éditeurs si l’on est serial winner des concours : plus on en gagne, plus on apprend à ne pas avoir peur de l’originalité, à la mettre en valeur par le peaufinage de l'écriture. Plus on en gagne, plus on prend confiance : on assume plus de bons risques dans le choix du registre, dans la personnalisation du style.

 

2. Il y a près de 200 concours de nouvelles pour auteurs francophones. On n’a pas de repères pour distinguer les bons des foireux.

Si, mais on met du temps à les trouver.

Les frais de participation ? Ce n’est pas parce qu’un concours est gratuit qu’il est plus estimable. Il est normal qu’un concours demande une petite participation aux frais, de 5, 10 ou même 15 euros Au-delà, soyez prudents : il y  a de vraies arnaques dans ce petit monde. Notamment les concours qui demandent une première participation, puis une seconde pour les finalistes, puis une troisième pour impression du recueil des finalistes, et il y a pire...

Le nombre de participants ? Les concours qui, chaque année, attirent plusieurs centaines de participants sont presque toujours bons, on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps. Mais pas forcément bons pour vous : certains ont des goûts bien précis en matière de rédaction. Il existe aussi d’excellents petits concours à 50 participants, notamment dans leurs premières années.

La qualité des textes lauréats ? C’est LE critère par excellence. Les textes vainqueurs sont souvent publiés sur sites. Lisez, et posez-vous la question : « Si c’est ça qu’il faut écrire pour gagner, ai-je vraiment envie de gagner ? »

Le montant des prix ? C’est un critère qui m’était cher (l’écriture me nourrissait mieux comme amateur que comme professionnel). Mais je connais d’excellents concours où l’on ne gagne rien. Et je connais des concours richement dotés qui couronnent des nouvelles lamentables (Prix de la Nouvelle gourmande de Périgueux, par exemple. Pouah !)

Le bouche-à-oreille. En ce domaine, les meilleures bouches sont celles des serial winners des concours. On les repère vite dans les palmarès. N’hésitez pas à leur écrire pour leur demander conseil. C’est ce que j’ai fait à mes débuts : j’ai envoyé un mail à la chère Emmanuelle Urien qui m’a répondu avec une confiance déraisonnable. Merci, Emmanuelle.

Les expériences vécues des participants. Vous en trouverez notamment sur trois forums bien connus :

Tir Na N’Og : http://tnncie.aceboard.fr/244406-2798-0-concours-nouvelles-contes-autres-recits-courts.htm

Maux d’auteurs : http://mda.xooit.com/f20-COIN-CONCOURS.htm

Bonnes Nouvelles : http://www.bonnesnouvelles.net/lesconcoursdenouvelles.htm

 

 

À ce propos, je recommande un nouveau concours qui démarre, le Prix Thierry Jonquet. Ce concours a tout pour lui, notamment les compétences littéraires des organisateurs. Allez donc voir sur : http://toulouse.polars.du.sud.over-blog.com c’est du sérieux, et c’est animé par une association réputée. Il faut simplement aimer écrire du noir ou du policier.

 

 

 

3. Les concours de nouvelles sont souvent truqués.

Non, non, enfin... presque toujours non.

C’est une légende entretenue par les perdants. Les concours sont presque toujours dépouillés et notés dans l’anonymat, par un système de code qui marche très bien. J’ai souvent été juré, je peux en témoigner. C’est une fois le classement fixé que l’on dévoile les noms des lauréats. Il y a parfois de bonnes surprises, notamment quand on voit surgir un inconnu.

Cela dit, il y a quand même quelques concours qui ont une étrange propension à couronner les régionaux de l’étape pour être sûrs de les avoir à la remise des prix. Comment font-ils pour les repérer ?

 

4. Les résultats des concours de nouvelles, c’est à relativiser.

Oui, oh que oui !

Vous perdez, vous gagnez ? Ne vous prenez pas tout de suite pour un moins que rien, ni pour un plus que tous. On peut gagner des concours avec de mauvais textes (ça m’est arrivé), on peut en perdre avec d’excellents (ça m’est arrivé – enfin, je dis excellents, c’est moi qui le dis).

Une même nouvelle peut être massacrée dans un petit concours, puis glorifiée dans le suivant (Ma nouvelle La Diablada a fini 36ème sur 42 à Montrouge avant d’être 1ère sur quelques centaines à Bruxelles (je ne suis pas sûr du nombre, je mets quelques centaines pour me vanter).

Une bonne nouvelle peut être blackboulée partout, c’est qu’elle n’est pas faite pour les concours : parmi mes préférées, « Et l’ange passa » et « Le Parfum des profondeurs » (publiées in La Diablada) et l’Étage de Dieu (in recueil éponyme) n’ont jamais rien gagné, et ce n’est pas faute de les avoir présentées.

Les résultats des concours de nouvelles commencent à devenir significatifs s’ils sont répétés, positivement ou négativement, dans plusieurs concours, avec des textes différents. 

 

A votre disposition pour d'autres questions sur ce sujet. 

 

Bon, cher Michel Drucker, vous m’aviez posé une question sur mon chat... 

 

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 17:13

Overblog me fait la tête depuis un mois : dès  que je veux insérer une image, il se met en panne. Pas moyen de les importer : il faut frapper à la porte au bon moment, quelques heures ouvrables par jour. Apparemment, la nuit c'est plus facile.

 

Cela me rappelle cet hôtel de Cuzco, au Pérou, où l'eau (froide ou chaude) dans la salle de bains ne coulait que  quelques heures par jour, et plus exactement par nuit, souvent vers 2 ou 3 heures du matin.  

Nous nous en étions plaints à la patronne :

- Ah, c'est parce que nous avons peu de réserves, alors nous sommes obligés de rationner.

- Mais dans ce cas, vous pourriez ouvrir l'eau juste un peu le soir, et le matin, en annonçant les heures d'ouverture. 

- Ah bah non, je préfère ouvrir la nuit, sinon tous les clients essaieraient de se laver à ces moments-là !

 

Si Over-Blog marchait bien, je vous aurais mis la photo de l'hôtel en visuel de cet article.

 

Je vous aurais mis aussi une photo du dernier recueil de nouvelles de Christine Jeanney  "Une heure dans un supermarché ". Christine a du talent, il suffit de lire son blog pour s'en convaincre. Et si vous ne connaissez pas son blog, sachez que ce recueil est publié chez Quadrature, ce qui est une autre preuve de talent.

 

Une autre photo que je vous aurais proposée, c'est la mienne, en train d'écrire la suite des aventures de la commissaire. Je passe mes journées, seul face à mon écran de PC. J'ai l'air triste, mais je cache mon jeu. C'est la commissaire qui est triste, car cette affaire la déprime. Elle n'aurait jamais dû accepter de partir enquêter dans un club de vacances. Et si elle savait où je la conduis, elle serait encore plus déprimée. Là, normalement, je devrais mettre une photo de club de vacances. Mais allez sur le blog des vacanciers du Club Lookea, vous trouverez ce qu'il vous faut.

 

J'aurais ajouté une photo de Lauzerte, au cas où vous n'auriez pas compris que ce sera dimanche. Pour ceux que ça intéresse, je viendrai avec quelques exemplaires de "l'Etage de Dieu" - un recueil rarissime (là, photo de la couverture, même si elle est affreuse) il vaudra de l'or quand j'aurai le Goncourt. Ou les Palmes Académiques. Là, photo des palmes.

 

J'aurais pu mettre des palmes de natation, histoire de faire bien rire. Depuis que j'ai l'esprit club, mon humour est irrésistible.

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