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(Excellente) Présentation

  • : Blog de Georges Flipo, auteur
  • Blog de Georges Flipo, auteur
  • : Dans ce blog : chroniques sur l'actualité littéraire (la mienne et celle des autres), sur l'écriture, sur l'édition, sur les auteurs, et tout ce qui se réclame de lalittérature.
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Il vient d'être entièrement remanié. Tout y est très beau, très chic. Même le chien.

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Des attaches et des liens

Des blogs que je fréquente souvent ou parfois, mais avec plaisir, sans forcément y laisser de commentaires, des blogs dont le tenancier vient parfois faire un coucou en dessous de mes billets, des blogs qui aiguillent vers le mien, des blogs qui ont donné un coup de pouce à un ou plusieurs de mes livres, tout cela crée des liens.

Si vous pensez que votre absence dans cette liste est un scandale, faites un scandale. Ou, plus simple, faites-moi signe.

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Voyage au bout de la lettre (Pitou)

Yspaddaden

Yves Mabon, Prix Orange du Livre
Zoé Lucider
Zoridae

Copinage éhonté.

Voici une rubrique dans laquelle je présente des livres écrits par des auteurs avec lesquels j'entretiens d'amicales relations. Bien entendu, il ne s'agit pas ici d'emplacement publicitaire. C'est beaucoup plus honorable, c'est du copinage. Les livres présentés dans cette rubrique ne seront pas toujours les mêmes : à défaut de renouveler mes copains, mes amis, mes relations, je vais renouveler leurs parutions.

 

Cherche-jeunes-filles-200-x315.jpg

  Le tout dernier de Françoise Guérin

virages-dangereux-copie-1.jpg

La-vieille-dame-du-riad.jpg


Frederique-Martin-Belfond-Le-Vase-ou-meurt-cette-verveine-3.jpg
Tu-ne-mourras-plus-demain.jpg

 

Les pays

Moulins A paroles


L-eau-des-reves.jpg

Lotus Seven

Un homme perdu-copie-1


Langue-de-pub-copie-1.jpg

Livre-Magali-Duru.jpgLe tout dernier de Magali Duru

tous-nos-petits-morceaux.jpg

      Le tout dernier d'Emmanuelle Urien

Fouad.jpg

Dominique-Guerin.jpg

 

Quatre carnages..

 

 

 

  Teignes

 

 

 

 

Un escarpin de soie bleue

 

 

Est-ce ainsi

3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 21:18

Je ne vais pas assez souvent sur le blog de Cuné. J’en sors chaque fois avec des complexes, car je ne comprends pas comment elle peut lire à une telle cadence. Et bien lire : ses notes de lecture en témoignent. Elle peut, en plus, bien écrire, car ses comptes-rendus sont toujours originaux, personnels et bien rédigés.

 

J’aime bien Cuné, car elle est la première de la blogochose à m’avoir dit que j’existais : je n’oublierai jamais le papier qu’elle a publié lors de la sortie de mon premier roman « Le Vertige des auteurs », à l’époque où j’étais complètement inconnu. Tellement inconnu que j’étais encore plus inconnu que je ne le suis maintenant.

 

Cuné a quitté Cabourg et j’en suis marri. Moi aussi, je passais mes vacances à Cabourg. Et elle m’y a reçu un jour de façon délicieuse. N’allez pas y voir quelque copinage : c’était bien après que j’aie publié mes quatre premiers livres, qu’elle avait chaleureusement salués. Il y avait même si peu de copinage qu’elle n’a pas aimé le roman qui est sorti peu après cette rencontre, (Le film va faire un malheur).

 

Non seulement Cuné lit, écrit et sert d’inoubliables zakouskis aux auteurs en détresse, mais elle voyage sur la blogochose. Elle y voyage avec rigueur et curiosité, puisqu’elle répertorie tous les blogs littéraires qu’elle croise en chemin.

 

Elle a trouvé 546 blogs de lecture, et vient d’en donner l’inventaire. Je n’exagère rien, allez recompter si vous ne me croyez pas (elle n’en a compté que 545, mais elle se trompe. Moi, je n’ai rien compté du tout, j’ai fait un copié-collé sur Excel, ça m’a pris 30 secondes).  C’est ici :

 

Et encore, elle n’a compté que les blogs de lectrices (et lecteurs, car il arrive aussi aux hommes de partager leurs émois littéraires). Des blogs comme le mien et ceux de quelques autres amis auteurs ne font pas partie de la liste, car leur objet principal n’est pas de chroniquer les livres d’autrui, même si ça leur arrive aussi.

 

Il y a donc en France 546 personnes qui lisent en se disant « Je vais en parler sur mon blog ». Cette idée me trouble. Il m’arrive de faire des billets sur mes lectures, mais c’est toujours après. Ah bah, me direz-vous, évidemment, il ne manquerait plus que ça ! Je veux dire que c’est une fois le livre refermé que j’envisage d’écrire un billet. Il y a beaucoup de bons livres dont je n’ai pas envie de parler, car je ne saurais qu’en dire. C’est trop riche, trop confus. Notamment les livres que je lis et relis. Je n’ai toujours rien écrit sur Kipling, sur Borges, sur Baudelaire, sur Banville, sur Apollinaire et quelques autres.

 

De toutes façons, il doit bien  avoir, dans les 546 blogs, quelques billets qui pensent exactement comme moi. De quoi j’aurais l’air ? Si les auteurs se mettent à plagier les blogueurs, où va-t-on ? Moi je vais me coucher : je suis debout depuis 5 heures du matin : mon roman a beaucoup avancé. Demain, j'effacerai ça. 
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Published by Georges F. - dans Du côté d'ailleurs
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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 17:19

La biennale du livre et du film de voyages, à Marly, avait tout pour faire un triomphe, elle avait même mon Ulysse, et son auteur. L’endroit était agréable, juste un peu moins que je ne le croyais : quand je me suis inscrit, je pensais que c’était à Marly-le-Roi. En fait, c’était à Marly-la-Ville. Et la ville c’est quand même moins bien que le roi. Bien plus loin, bien plus au nord, et au milieu de nulle part. Cela dit, c’était très bien.

 

Il ne manquait que des visiteurs.

 

Alors, nous nous sommes visités entre auteurs, pour nous redonner le moral. J’ai retrouvé des auteurs que j’aime bien, notamment Philippe Frey, le routard du désert. D’autres avec lesquels j’ai été heureux de faire connaissance. J’ai découvert un libraire que je reverrai sûrement l’an prochain, puisqu’il est le libraire du  Salon du Polar, à Montigny-les-Cormeilles : dans deux mois, je serai écrivain dans la famille polar, il va falloir que je m’habitue à cette idée. Vous aussi d’ailleurs.

 

Mais cette année, je suis encore écrivain famille littérature de voyages. J’ai donc voyagé de stand en stand, j’ai exploré des paysages littéraires inconnus. Mais, pour la rencontre la plus forte, il ne m’a pas fallu aller très loin. Mon voisin de stand, Mudeya Kepanga, était un type extraordinaire. Et pour commencer, c’était un chef papou.


Le matin, il faisait encore un peu froid, alors il a gardé ses Converse et son blouson. Même comme ça, il a eu beaucoup de succès, notamment auprès des enfants. Comme sur la photo. Il ne parlait pas français, les enfants ne parlaient pas pidgin (mais qu'est-ce qu'on leur apprend à l'école ?), ça n'empêchait pas le dialogue d'être fécond. J'étais jaloux.




 
L’après-midi, quand la température a monté, il s’est mis à l’aise.  Donc en tenue de Papou, comme sur l’autre photo. Très coloré, très chic. Surtout le chapeau. Avec son pauvre galurin, Amélie Nothomb peut aller se rhabiller. Mudeya Kapanga attirait à lui tout seul la moitié des visiteurs du salon. J'étais encore plus jaloux.

 

Nous, les autres auteurs, on s’est partagé l’autre moitié. J’ai signé cinq livres, en un week-end. Dans un bon salon, c’est ce que je signe en une heure. C’est ça aussi, la vie d’auteur.

 

J’ai participé à un débat sur la littérature de voyages. Nous étions deux auteurs à débattre. Plus exactement à parler. En fait, non. Nous n’étions qu’un. L’autre auteur était un spécialiste du Kafiristan. Oui, le Kafiristan, vous avez bien lu. Ça ne vous dit rien ? Moi ça m’a dit tout de suite : le Kafiristan, c’est le pays où se passe un merveilleux roman de Kipling, « L’Homme qui voulut être roi » (on dit aussi « qui voulait », le plus recommandé, c’est de dire « The Man Who Would Be King » avec un sourire rêveur). Vous imaginez le choc ? J’avais toujours cru que le Kafiristan était un pays inventé par Rudyard Kipling. Et je découvre que c’est une région, très isolée dans les montagnes, au nord du Pakistan. Ce que j’avais à raconter, je le connaissais pas cœur, ça m’intéressait beaucoup moins que le Kafiristan. Le type y avait fait de nombreux voyages, il  y avait vécu plusieurs années. Alors je lui ai laissé presque tout mon temps de parole. C’est ça aussi, la vie d’auteur.

 

Et le reste du temps ? Le reste du temps, j’ai écrit. J’avais apporté mon PC, pour continuer l’écriture de mon nouveau roman, en cas d’heures creuses. Des heures creuses, il n’y en eu qu’une, qui commença le samedi à 10 heures, pour s’achever le dimanche à 17 heures. J’ai donc eu le temps d’écrire, malgré la musique, malgré la voix stridente de l’animatrice de l’atelier de contes pour enfant qui beuglait en s’accompagnant du tam-tam. Mudeya Kepanga,n’était pas gêné, il ne comprenait que le pidgin. Moi, je m’y suis fait au bout de trois ou quatre heures. J’ai réussi à écrire. J’ai même réussi à écrire un chapitre entier, sur lequel je coinçais depuis un mois. Il y a comme ça des miracles, des lieux propices. C’est ça aussi, la vie d’auteur.

 

Le soir, à l’hôtel, pas moyen de dormir, tant la tempête soufflait en faisant chouiner la persienne en plastique. J’ai lu un livre que j’avais dans mes bagages, il y a toujours un livre dans mon sac de voyages. C’était L’élégance du hérisson. Et malgré ça, je ne me suis pas endormi. C’est dire si la tempête soufflait fort.

 

Dans un prochain billet, je parlerai de « L’élégance du hérisson » si je m’endors pas en l’écrivant. Mon conseil, c’est de plutôt lire « Le long, long voyage », de Marc Dozier. Il raconte la découverte de la France par Mudeya Kepanga. Vous ne pouvez imaginer à quel point nous sommes exotiques.

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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 19:11

 

 


Je suis très heureux, je viens de retrouver mes pantoufles d’hiver. De merveilleuses pantoufles d’écrivain, à jacquard bleu et gris, très chic, formidablement rembourrées, avec une semelle crêpe qui donne à mon pas une séduisante allure de grand félin. Nous nous apprêtons donc, mes pantoufles et moi, à passer un merveilleux week-end de retrouvailles.

 

Vous imaginez déjà un fauteuil, une télévision ? Foin de tout cela, je suis un aventurier. Un dur, un vrai, un aventurier pour qui l’aventure commence à Roissy. Je suis un aventurier, et je vais passer le week-end à Roissy, et plus exactement à Marly-la Ville, puisque je suis invité à la Biennale du livre et du film de voyage (28 & 29 novembre 2009, Espace culturel Lucien Jean, 95670 Marly-la-Ville. J'y présenterai mon recueil "Qui comme Ulysse", fraîchement ceint de son bandana rouge décerné par les jurées du Prix Ozoir'Elles.

 


Et je participerai à un débat le dimanche à 14 h 30. Je dirai n’importe quoi, c’est encore comme ça que je dis le moins de bêtises en interview.

 

L’entrée est gratuite, le programme à l’air bien – à part ce débat auquel je participe. Pour plus de renseignements, allez faire un saut sur

 http://www.roissy-online.com/Culture/Lecture-publique2/2eme-Biennale-du-livre-et-du-film-de-voyage

 

Que vous dire de plus ?  Je pompe dans le programme :

L
a Biennale du film et du livre de voyage met à l’honneur les peuples du monde, avec un regard porté sur les populations autochtones et les dangers qui les menacent (citons notamment le peuple des écrivains en pantoufles, qui semble en voie d'extinction. On n'en voit plus jamais à la télévision).


Vous découvrirez des écrivains, aventuriers, réalisateurs et éditeurs qui vous feront partager leur passion des peuples et des voyages.
Mais moi, je vous préviens, je ne partage pas comme ça, gratuitement : il faut avoir acheté Qui comme Ulysse. Comment voulez-vous que je les paie, mes billets d'avion vers les bouts du monde ?


Venez, ça vous fera des trucs plus intéressants à raconter que les dégoulinades des invités de Ducker. Vous serez la vedette des dîners en ville. Je vous y attends. Vous me reconnaîtrez facilement : comme j’ai le pied frileux, je viendrai en pantoufles. Elles sont très contentes, ça leur fera voir du pays.

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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 18:46

Je lis parfois avec bonheur de la science-fiction. Mais les histoires qu’on y raconte me passionnent rarement, à quelques exceptions près : je citerais, par exemple, le cycle des Fondation, celui de Dune, et quelques romans isolés : La terre demeure, L’Enchâssement. Ce qui m’intéresse dans la S.F., c’est la sociologie et la psychologie que l’auteur peut créer de toutes pièces. Des nouvelles sociétés, de nouveaux rapports humains, construits sur de nouveaux axiomes.

 

J’ai souvent pensé à cela en lisant « Très mauvaises nouvelles » de  William Trevor.

 

Trevor est considéré comme un des plus grands nouvellistes anglais de notre époque – même s’il est né en Irlande. Il est donc assez naturel qu’il mette en scène des personnages proches de son milieu ambiant. Mais je ne suis pas dupe : ce sont des extraterrestres, en un peu moins humains.

 

Trevor raconte très bien. Et même mieux que moi : il préfère ne pas s’immiscer dans l’histoire. Il narre sobrement des histoires très quotidiennes. Tristes et quotidiennes. Une gourde un peu confiante qui se fait emballer par un Casanova de bureau. Des histoires de couples mal emboîtés. Du quotidien, je vous dis.

 

Mais ce quotidien devient extravagant par le fonctionnement des personnages. Ce sont  évidemment des extraterrestres. Je ne comprends pas leurs réactions, leurs sentiments, les phrases qu’ils échangent. Tout est logique, cohérent, mais incompréhensible. Ce qui crée, dans ses nouvelles, un merveilleux climat d’étrangeté. Nous lisons Trevor dans un monde parallèle.


Oui, oui, bien sûr, je sais, ce sont peut-être simplement des Anglais.

 
J’aimerais savoir, comme lui, assembler des personnages à programmation biscornue. Pour les voir ensuite s’échapper dans ma nouvelle, ou mon roman. Pour les voir s’approprier l’histoire, la déformer. C’est un exercice auquel je me livre dans mon roman en cours d’écriture, et cela donne des résultats surprenants. Il est bon, pour un auteur, d’être dérouté par ce qu’il écrit.

 

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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 12:06

Je suis rentré d'Ozoir-la-Ferrière tout heureux, mais tourmenté.
Tout heureux car ce fut une belle journée pour mon Ulysse : il porte très bien le bandana rouge, cela lui donne un petit air de pirate débarquant en conquérant dans les salons du livre.

Tout heureux aussi pour moi ; je n'ai jamais aimé pleurer sur mes bonheurs. Les jurées qui avaient élu mon livre ont eu des mots stimulants pour un auteur. L'organisation était aimable, détendue sans être bordélique, efficace sans être adjutantesque. Véronique Genest, qui m'a remis le prix, n'a pas besoin de se forcer pour être sympa (moi aussi, mais mon décolleté est moins enchanteur). Mon éditrice, Anne Carrière, m'a fait la douceur de venir me soutenir (oui, des éditeurs comme ça, c'est rare mais ça existe, faites-le savoir). Le maire d'Ozoir a fait un bon et bref discours, en tenantdes propos pertinents sur la nouvelle. J'en ai rarement entendu dans la bouche des politiques : à l'époque des concours de nouvelles pour amateurs, j'ai bénéficié de merveilleuses et buresques envolées, où maires-adjoints et présidents de conseils régionaux nous expliquaient, doctement, à nous auteurs, ce que devait être une bonne nouvelle, et comment nous devions nous y prendre pour en accoucher. Rien de tout ça hier : ambiance détendue, bon enfant. Jusqu'au bout, et même ensuite, pour une dernière rencontre chez l'organisateur (merci encore pour les endives au crabe).

Pour une fois, j'ai passé une journée d'auteur en rteprésentation sans me demander "Qu'est-ce que je fiche ici ?"

Assez curieusement, je me pose rarement cette question dès que je viens chercher des honneurs et des coups d'encensoir. J'ai un pathétique besoin d'être reconnu, célébré, et peut-être simplement aimé. Un besoin dont je connais très bien le ressort : je nourris, en tant qu'auteur, un lourd complexe d'imposture.

Je n'ai pas fait d'études littéraires, je n'ai jamais rêvé d'être auteur, j'ai commencé à écrire par hasard, en été 2002, pour occuper des vacances où le vélo m'était interdit à cause d'un accident de scooter. J'ai commencé à participer, sans y croire, aux concours de nouvelles. C'est là que j'ai eu le bonheur de rencontrer d'autres amateurs, devenus de vieux et chers amis. Mais la plus forte rencontre fut ce complexe d'imposture qui commença à poindre.

J'ai cru qu'il allait se résoudre quand j'ai commencé à publier, en 2004. Ce fut pire encore : dans les premiers salons, je croisais des auteurs qui, à 20 ans, avaient déjà écrit leurs premiers romans. D'autres qui avaient pleuré des années pour avoir le droit d'être édité. Je me souviens de l'un d'eux qui n'eut droit à son nom sur la couverture qu'à son septième roman. Vous imaginez ? L'amour de l'écriture, la confiance en son talent qu'il faut avoir pour persister ? La littérature, ça se mérite, il faut lui consentir quelques sacrifices.

Je n'avais pas d'états de service à faire valoir, il était évident que j'étais là par erreur. Une faute de jugement d'Anne Carrière qui avait eu la faiblesse  de me donner ma chance. Et les quelques bonnes critiques obtenues ne pouivaient être que du copinage. Imposteur, imposteur, j'avais l'impression de lire ce leitmotiv en filigrane.
Sans doute est-ce pour cela que j'apprécie tant les prix littéraires. Le bonheur que j'ai à les recevoir m'est étrange, je ne me reconnais plus : dans ma carrière de créatif publicitaire, j'ai obtenu une jolie moisson de prix et trophées. Je ne suis jamais allé les chercher, on ne m'a jamais vu monter sur une estrade. Cela me paraissait dérisoire, puéril.
Et soudain je découvre le bonheur de respirer les vapeurs de l'encens, d'écouter les trompettes. Est-ce parce que je me sens glorifié ? Peut-être, je ne crois pas. C'est surtout parce, sur le moment, j'ai l'impression qu'on me chuchote "Bien sûr que tu es un imposteur. Mais on te pardonne."
Cela dit, je dois tout avouer : chaque fois que je rentre, tout faraud, avec le petit bandana rouge sur l'un de mes rejetons, je me sens encore plus imposteur.  La seule solution, c''est d'écrire pour ne plus y penser. D'ailleurs j'y retourne.


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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 07:19

Que faites-vous sur ce blog ? Vous devriez être à Ozoir-la-Ferrière, comme tout le monde. En tout cas comme moi.
Pour ceux qui auraient raté quelques billets précédents : au jourd'hui, de 10 heures à 19 heures, se tient le Salon du livre à Ozoir-la-Ferrière. C'est juste à côté de Paris, à 20 minutes par l'autoroute de l'Est (1)

Il y aura là la fine fleur des nouvellistes (2) : installés derrière leurs piles de livres, ils n'attendent que vous pour causer et pour dédicacer. Précisons les rôles : c'est vous qui causez ("Oh, c'est drôle, vous faites bien plus vieux que sur les photos !"), qui posez les questions ("Je n'ai pas lu votre livre, je suis en train de lire Que serais-je sans toi ? de Musso. Vous aussi, vous aimez bien Guillaume Musso ?"), et c'est vous qui écoutez les réponses (¨£PFE FGµ £ £ERZTàçe'taâ !;:ù^zert àà !!!).

Moi, je serai comme les autres. Mais je vous préviens, je n'ai pas lu Guillaume Musso. C'est déjà difficile d'écrire, si en plus on se laisse écraser par des maîtres. Je serai comme les autres, sauf à 15 heures : ce sera le moment de la remise du Prix Ozoir'Elles, décerné par un jury exclusivement féminin. C'est pour ça que je préfère les femmes. Je serai là, traînant discrètement au cas où l'on annoncerait au micro "Georges Flipo est appelé à monter sur l'estrade". Une seconde trente plus tard, je serai là, l'air surpris : "Vous m'avez demandé ? J'ai mal garé ma voiture ?".

En attendant, je m'entraîne à regarder mon Ulysse paré d'un bandana rouge. Cela lui irait bien. Je m'illusionne, c'est si bon. On ne sait jamais...

Que faites-vous ici à lire ? Vous devriez déjà être là-bas. Et moi je vous y attends, je m'ennuie, seul devant mon immense pile de livres, intacte.  Tiens, j'en profite pour rappeler que j'offre aux 50 premiers dédicataires une nouvelle inédite. Une trouble nouvelle qui parle d'un tango dans un bouge glauque de Montevideo. Il s'en passe des choses à Montevideo ! Mais à Ozoir-la Ferrière aussi, surtout au Salon, Ferme Péreire, Centre d'exposition artistique et littéraire, Avenue Desiderius Erasme, 77330 Ozoir-la-Ferrière. Vous le saviez, qu'Erasme se prénommait Désideriues ? Désiré pour les intimes.



1. On peut y venir en voiture ou en train, voir dernière page
du dossier de presse

2. Si, si : voyez la liste dans le dossier de presse . Bon il y a aussi quelques rares auteurs très bien parmi les absents. J'espère qu'ils ont un mot d'excuse s'ils veulent rester presque très bien.

 

 

 

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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 11:44

 Il y a des jours où l’on a envie de tout changer. Mais, concrètement, le choix est vite limité. D'autant plus que je viens de changer de voiture, alors que la précédente avait à peine quinze ans : il faut avoir les moyens de ses caprices.


Dans ces conditions, que me restait-il ? J’ai hésité à changer l’intrigue de mon roman en cours, mais j’ai déjà suffisamment de mal à l’écrire. Et maintenant que j’ai à peu près toute ma documentation, il ne faut pas gâcher… Mon PC, j’en change tout le temps, c’est compulsif : changer de PC, ce ne serait donc pas vraiment changer. Changer de métier, oui, bien sûr, mais je ne sais déjà pas quel est le vrai. Changer de liens conjugaux, c’est exclu, je suis très attaché à ceux que j’ai noués. Le chat, je n’aurais pas dit non, mais il a deviné, il se cache dans le jardin.


Alors j’ai changé de bannière. Ai-je bien fait ?


Je vais peut-être changer aussi de photo d’auteur. La photo de la bannière n'est que provisoire, il m'en faut une meilleure, notamment pour mes prochains dossiers de presse et vanités similaires. Mais on m’en a tiré une dizaine, et je ne sais laquelle retenir. Sérieusement, si je vous demande de choisir entre les dix, est-ce que ça va vous faire mauvaise impression ? Aurai-je l’air d’un écrivain dont l’ego est en peine expansion? Je cherche une douzaine de volontaires pour m’aider à me décider ; c’est simple : je vous envoie les photos et vous sélectionnez les deux que vous préférez, les deux que vous détestez.


Vous pouvez vous proposer en utilisant
le lien contact . Merci.
J'offre à tous les votants, par mail, une sulfureuse nouvelle inédite (prévue pour Qui comme Ulysse, mais censurée - je dis ça pour allécher).


S’il y a trop de volontaires, nous organiserons le vote directement sur ce blog. Là, vous ne vous poserez plus de questions : vous saurez que l’ego de l’auteur a explosé. Vous pourrez m’aider à ramasser les débris, ça servira à mon futur musée.
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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 10:05

Ceci n’est pas une amende honorable, ni un reniement. Encore moins une concession. Je viens sans me couvrir la tête de cendres, sans me vêtir de robe de bure. Je viens dire quelques mots d’un livre que j’ai beaucoup aimé : « Abbés » de Pierre Michon.

 

« Les Onze » m’avait (oui, bizarre, ce singulier ») agacé par la décoration « Grand Prix du roman »  dont l’Académie française l’avait affublé, alors que ses quelques chapitres n’avaient rien de romanesque.

 

« Abbés » m’a enchanté : ce livre ne ressemble à rien. Ce qui est, pour moi, la première des qualités en matière artistique. Et s’il ressemble à quelque chose, c’est au Satyricon de Fellini, à quelques films de Kurosawa. Car il y a dans ce livre de la brume, du silence, du temps qui s’écoule par sursauts. Et de l’ironie très douce, presque respectueuse. Il y a des abbés qui voudraient incarner en même temps le sacré, l’histoire, et accepter le poids de la chair. Il y a donc des femmes. Et des manants, des pêcheurs qui mettent la main à la charrue.

 

Il y a des non-dits que l’auteur laisse flotter avec une subtile maîtrise. Un admirable laconisme. Ce qu’il y a de plus beau, dans ce livre, c’est ce que l’auteur n’écrit pas.

 

Je ne voudrais pas terminer ce billet sans citer l’auteur, sans mentionner ce qu’il dit de son livre : « C'est un truc qui a été écrit en quinze jours. (...) C'est l'inverse exact des Onze. Pour l'écriture, j'avais très peu de documentation et je l'ai fait en trois coups de cuiller à pot. »

Un truc ! Marco avait raison de me le glisser à l’oreille :  Pierre Michon est un farceur.

 

Je remercie les visiteurs qui, par leurs commentaires, m’ont empêché de m’enfermer trop vite dans une vision tronquée de Pierre Michon.

 

Si ce billet vous a donné faim, lisez la série de chroniques que William Irigoyen (Arte) consacre à Pierre Michon sur son blog « Le poing et la plume » ou lisez simplement celle qui parle d' « Abbés ».  

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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 11:05

L’horoscope des visiteurs de ce site est formel : votre week-end du 14 et 15 novembre sera un bide total. Votre conjoint sera acariâtre, vos enfants invivables. Il fera froid et humide, la chaudière tombera en panne. Votre sœur passera déposer chez vous son vieux chat (juste deux jours, je t’en supplie, rends-moi ce petit service, je pars à Monte-Carlo avec un joueur de castagnettes). L’affreux animal perdra ses poils, vomira et déféquera un peu partout pour exprimer sa contrariété. Le repas prévu chez votre meilleur ami sera mémorable, il va inviter un couple de copains odieux : elle, jeune retraitée, passera le repas à vous raconter ce qu’elle a vu à la télé cette semaine. Lui s’est mis à la poterie : il tourne et décore des plats à couscous, il en a offert un au maître de maison et vous parlera des techniques de cuisson de la céramique avec l’enthousiasme d’un militant ségoliste. Et le dimanche, quand vous irez faire le tour des blogs littéraires pour vous changer les idées, ils parleront tous de Marie N'Diaye.

 

Mais souriez quand même. Gardez l’espoir : le prochain week-end, celui du 21 et du 22 sera doux et joyeux comme un avis de dégrèvement fiscal. Surtout le samedi 21, car vous irez au salon du livre d’Ozoir-la-Ferrière.

 

C’est à une encablure de Paris, disons vingt-huit minutes. Vous arriverez à 10 H 00 pour ne pas perdre une miette de bonheur de cette inoubliable journée. Il n’y aura personne sur l’autoroute de l’Est, les anges auront aplani et dégagé le chemin. Vous débarquerez sans aucune difficulté * à la Ferme Pereire**, en un lieu tellement beau que vous serez tentés de faire demi-tour « C’est trop chic pour nous, on rentre ». Non avvete paura…

 

Restez. Entrez. Respirez. sentez-vous cette intelligence littéraire qui flotte de stand en stand dans les allées où de délicieux auteurs vous présentent le meilleur de leur production artisanale. On se croirait au marché des fromages à Saint-Saturnin-le-Vieil.

 

Il y a là tant de bons auteurs que je ne sais lesquels citer, tant je risque un impair. J’en recommanderai quand même plus particulièrement une dizaine : Régine Deforges, Madeleine Chapsal, Atiq Rahimi, Emmanuelle Urien, Alain Emery, Karine Fougeray, Georges-Olivier Châteaureynaud,  les illustres frères Fouassier (Eric et Luc-Michel),  Jean-Claude Dunyach. La dizaine * est atteinte, si j’avais la place, je citerais aussi ceux pour lesquels j’ai de l’admiration, ceux pour lesquels j’ai de l’amitié, celles pour qui j’ai de la gratitude (elles ont voté pour moi). Mais ce serait trop long, voyez donc le dossier de presse :

 

De 10 heures à 19 heures, le bel esprit coulera à flots, le champagne aussi, car il y aura, en milieu d’après-midi la remise du Prix Ozoir’Elles, qui portera à la connaissance du public le nom de l’heureux gagnant. Ce sera l’un des moments forts de la journée. Je me demande bien qui ce sera, et vous aussi, bien sûr. Je vais quand même venir en chemise blanche et je me ferai un shampoing pour les photos, on ne sait jamais. Et je vais aussi préparer un petit discours de remerciement improvisé, au cas où.

 

A cela s’ajoutent flopées de rencontres et tables rondes entre auteurs, d’interviews publiques des uns et des autres (le public y participera donc. Si, si, même vous !).

 

J’allais oublier de parler de moi, ce qui est indispensable dans un bon blog d’auteur : je serai présent, et je dédicacerai mes livres gra-tui-te-ment (le livre, lui, reste payant). Mieux encore, sans supplément de prix, mon dernier recueil, Qui comme Ulysse, vous sera proposé avec un bandeau rouge du meilleur effet.

J’offrirai même, en tiré à part, une nouvelle inédite à toutes les jolies femmes.  Et toutes les femmes qui me demandent une dédicace seront jolies, c’est comme ça les jours de fête. En ce qui concerne les hommes, je ne sais que dire, ni que faire, c’est moins mon truc. Le plus simple, c’est qu’ils viennent avec une jolie femme. S’ils sont vraiment seuls, qu’ils en abordent une dans les allées, ah, ça c’est un bon alibi.

 

Et à 19 heures, tout s’arrête. Moi aussi, j’arrête là, c’est n’importe quoi, ce billet. Lisez plutôt le tract.


* Je ne suis pas certain qu'Annie Saumont soit présente. Si elle est là, ne manquez pas de la rencontrer : il n'est pas d'auteur plus charmant. Ni d'auteur plus talentueux. Que les dix me pardonnent.


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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 11:20

Assez, assez, je vais rougir ! Ma modestie légendaire est au plus mal : les médias, magazines, radios, télés, et toutes les trompettes de la renommée ont tellement parlé du Prix Ozoir’Elles de la nouvelle qui m’a été attribué, l’ont tellement célébré, commenté, louangé, qu’ils en ont presque passé sous silence le pauvre petit Grand prix du roman de l'Académie française qui a été attribué à Pierre Michon pour "Les Onze".

Je considère donc que c’est à moi de réparer cette carence.

 

Ce sera facile : au vu de ce que j’ai lu comme critiques, dans les blogs comme dans la presse, je sais que chacun est tenu de s'extasier. Pour m'extasier à bon escient, j’ai poussé la conscience littéraire jusqu’à le lire, sans sauter une page, pas même une ligne, avant de participer à l’éloge de la nation. J'en conviens donc :  il faut s’extasier. Reste à savoir sur quoi.

 

 Je m'extasie mais je pleure :  en lisant Pierre Michon, j’ai compris que je n’aurai jamais le grand prix du roman de l'Académie française.

 

Je me suis senti revenir à l’époque, pas si lointaine, des concours de nouvelles auxquels je participais quand j’étais auteur amateur. Il m’arrivait de gagner ces concours. Il m’arrivait aussi, plus souvent, de les perdre. Notamment quand je croisais en finale Emmanuelle Urien, Françoise Guérin, Éric Fouassier, Jean-Paul Didierlaurent, Magali Duru ou Joël Hamm. J’en oublie d’autres valeureux, qu’ils me pardonnent.
Dans ces cas-là, il me restait à applaudir et à me remettre au travail. Il m’arrivait aussi d’être défait par d’illustres inconnus qui avaient pondu un excellent texte. J’allais jusqu’à leur écrire pour les féliciter.

 

J’avais quand même un principe : je lisais toujours attentivement la nouvelle gagnante en imaginant les commentaires du jury. Je me posais la question « Si c'est ça qui plaît au jury, s’il faut écrire ça pour gagner, ai-je envie d’écrire ça ? Y suis-je prêt ? ». Et il advenait que la réponse soit un non, un énorme NON. Un non dégoûté, voire effaré. Le test n’était pas gratuit : c’étaient parfois des concours très bien dotés auxquels je me sentais tenu de renoncer. Des pages royalement rémunérées. Beaucoup mieux que la publication d’un roman ou d’un recueil chez un éditeur : il y avait, il y a encore, des concours où l’on attribue 3.000 euros, 4.000 euros au vainqueur.

 

Mais en lisant le texte couronné, je pensais que ce ne pouvait être que de l’argent honteusement gagné. Je ne me sentais pas prêt à enfiler les clichés, à déployer les nobles sentiments, à me livrer aux afféteries que semblait apprécier le jury. J’écrivais alors aux organisateurs pour leur exprimer ma consternation et ma ferme intention de ne plus jamais concourir. C’est ainsi que j’ai fini par prendre mes distances avec le Prix Hemingway, le Prix Albertine Sarrazin, le Prix de la Nouvelle gourmande, le Prix Gérard de Nerval, et quelques autres. Je n’avais aucun mérite : il était patent que je ne les gagnerais jamais.

 

J’ai remué ces tristes souvenirs, ces fiertés empoussiérées, en lisant le dernier livre de Pierre Michon, Les Onze, qui a reçu le Grand prix du roman de l'Académie française. L'Académie considère donc que c'est un roman. On se demande où elle est allée chercher ça.

 

La langue est superbe, le vocabulaire est raffiné, la documentation est impressionnante, mais ce n’est pas un roman. Et l'histoire, où est l’histoire ?

 

Je sais, je sais « La littérature, c’est ce qui reste quand on enlève l’histoire ». Et j’ai un certain mépris pour les romans qui ne sont que récit sans regard. Mais affirmer que « La littérature, c’est ce qui reste quand on enlève l’histoire » c’est induire qu’il doit quand même y avoir une histoire à enlever, non ? 

 

Qu’est-ce que raconte ce livre ?
Il y 136 pages, légèrement remplies, toujours moins de 1.500 signes par page.
 C'est donc facile à raconter. Ily a deux histoires pour le prix d'une. Plus exactement deux moitiés d'histoires. Deux débuts de moitié d'histoires, car aucune n'a de fin.

La première moitié narre l’enfance du héros, il y a plus de deux siècles. Comme cela ne suffit pas, on ajoute la vie du papa, celle de la maman, du grand-papa. Toujours bien contées, mais un arbre généalogique, ça ne fait pas un roman. Et puisque ça ne suffit pas, on y glisse d’admirables pages sur les Limousins qui, dans l’infâme gadoue noire, curent le canal, s’y épuisent, s’y engloutissent.

Entre la première moitié et la seconde, pas de vraie transition. Sans doute trop compliquée à poser. Une bonne ellipse, et hop, nous voilà à la seconde moitié.  

Cette seconde moitié est consacrée au tableau des Onze, les onze meneurs révolutionnaires du Grand Comité de l’An II. Pas à la peinture du tableau, juste à sa description, puis à sa commande. On commande l’œuvre au héros. Comme le tableau ne suffit pas, on fait aussi le portrait de chacun des onze, on remonte parfois à leur enfance - là, j’ai craint qu’on n’ait droit encore au papa, à la maman, au grand-papa de chacun, mais la documentation manquait. Alors, pour remplacer on commente les commentaires de Michelet sur la révolution, et même sur le tableau. On est arrivé aux 200.000 signes, on peut terminer par un joli paragraphe :

« Et les puissances dans la langue de Michelet s’appellent l’Histoire. »


Cela m’amuse qu’on finisse par invoquer l’histoire après l’avoir oubliée pendant tout le euh, j'allais dire le roman. Le livre.

 

J’allais oublier de parler du style : il est ample, délié, coquet. On sent là un énorme travail. Mais ce style est comme les trop beaux gâteaux de communion à la vitrine des pâtissiers : on admire, mais on n’est guère tenté d’entrer. Je me relis et je m'arrête :  je n'ai pas fait exprès, mais c’est exactement ça. Ce style est une vitrine du talent de l’auteur, il est conçu comme une démonstration. Ce n’est plus un style, c’est un exercice de style. Un admirable exercice de style.


Pierre Michon a beaucoup travaillé ce style, il en est fier. Il en parle d’ailleurs très bien dans l’interview accordée au Nouvel Obs :

" Et j'ai tâté le terrain pour une seconde partie, mais je n'y suis pas arrivé. C'était la scène de la commande. [Le banquier Proli demande au peintre Corentin de représenter les onze membres du Comité de Salut public] Il y a une phrase que dit Proli à Corentin, qui était : «Veux-tu honorer une commande, citoyen peintre?» Ca ne marchait pas. Alors que : «Tu veux honorer une commande, citoyen peintre?», là, oui. Là, ça y était."
Roooh, une trouvaille, cette non-inversion de la question dans le dialogue, non ? Vous voyez, le mal qu’il se donne ! Cela m’arrive d’en faire autant, et  je ne savais pas que c’était intéressant. Je vais désormais en parler à chaque interview,

 

Pour les descriptions, il se donne encore plus de mal, hé, il faut ça quand on veut faire littéraire. Je vais vous citer une phrase. Pas un paragraphe, une simple phrase. Je suis allé la chercher au hasard, juste à la moitié du livre, là où l’on devrait trouver la transition. Paré ? Envoyez !

 

 « Et c’est là peut-être, en juillet, avec des cris de femmes et des glaïeuls, que je peux disposer le cadre d’une de ces anecdotes que nous connaissons tous, qu’on trouve dans toutes les biographies écrites de Corentin, les gentilles et les graves, dans les tartines vite-fait du Louvre comme dans les études savantes, et qu’on pourrait trouver aussi bien à propos de cette poignée de peintres qui ont été élus on ne sait pourquoi par les foules, ont bondi dans la légende quand les autres demeuraient sur le rivage, simplement peintres — et eux, ils sont plus que peintres, Giotto, Léonard, Rembrandt, Corentin, Goya, Vincent Van Gogh ; ils paraissent plus que peintres, ils sont plus qu’ils ne furent. »

 

Voilà, ce n’est qu’une phrase. C’est beau. C’est un peu long — il y en a de plus longues, je n’avais pas la patience de recopier. Cela fait un beau gâteau, un livre couronné par le Grand prix du roman de l'Académie française, mais ça ne fait pas un roman.


Je reviens sur cet extrait : vous avez remarqué la technique ? Pierre Michon s'adresse continuellement au lecteur. Et il le flatte, le lecteur. il tient pour acquise son érudition. En fait, il le rabaisse : comme le lecteur n'est jamais aussi cultivé que le suppose l'auteur, que fait-il en lisant ? Il baisse la tête et continue humblement la lecture. Il est quand même vexé. Tellement vexé qu'il ne faut pas s'étonner s'il publie ensuite des billets pefides sur son blog d'auteur : il se défoule comme il peut, le lecteur.

Voilà, j'ai fini de me défouler. C’est publié chez Verdier, un éditeur que j’apprécie (mais moins que les trois avec qui je travaille). Un éditeur qui semble avoir un faible pour les auteurs au style un tantinet suranné, mais irréprochablement élégant. Un faible pour les textes en gabardine.

 

Si vous croisez des académiciens dans vos dîners en ville, ou à la cantine, vous les entendrez certainement  s'étonner de mon absence en short-list au prochain Grand prix du roman de l'Académie française, : pouvez-vous leur expliquer mes états d'âme ? Merci. Mais rassurez-les, je ne méprise pas l’Académie française, j’accepte d’y siéger un jour. Une partie de mon prochain roman se situe d’ailleurs à l’intérieur et à l’extérieur de l’Académie. Mais ce sera quand même une histoire.

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