Mardi 16 septembre 2008

Ulysse ? Uuulyyysse ?
Rrraah, encore à faire le beau dans les blogs littéraires !
Depuis un peu plus de trois semaines, « Qui comme Ulysse » est sorti dans le grand monde. Et alors ?

 

 Et alors, même si certains libraires de certaines, euh, appelons-les CNAF, le traitent encore un peu de haut, il commence à se sentir moins intimidé : il joue des coudes dans les librairies indépendantes et dans plusieurs grandes, il regarde sa montre, l’air satisfait, quand arrive la seconde vague des critiques médias, un peu plus puissante que la première. Et surtout il se sent de plus en plus chez lui dans la blogochose. C’est de votre faute, vous l’avez trop bien accueilli. Mais continuez, c’est si bon.

 

Et, puisque le petit Ulysse est trop occupé à se bagarrer pour y penser, vous voulez que je vous dise ? Merci.
(Cet article continue, en bas, après le panorama des blogs).


N.B. Ne vous contentez pas de lire les extraits : les tenanciers de blogs qui ont écrit ces chroniques se sont donné la peine de contruire un vrai et beau billet, avec une introduction, un développement, une conclusion. Allez chez eux pour les lire complètement, et commentez-les d'un bravo quand vous pensez bravo (ou brava, bravi, brave)
  

  

Amanda Meyre  http://www.amandameyre.com/archive/2008/09/12/qui-comme-ulysse-–-georges-flipo.html

«… Au-delà des voyages, au-delà des histoires et des anecdotes, il y a dans ce recueil une tout autre balade que nous offre Georges Flipo : une peinture très subtile de toutes ces petites choses et pensées qui révèlent l’âme humaine, des fragments d’humanités touchants, émouvants, parfois poignants ou révoltants... »

 

Balmeyer http://balmeyer.blogspot.com/

« …Un bon papier chez le Nouvel Obs' ! Une colocation avec Christine Angot ! Soutenez-le, car le colocataire doit se taper toute la vaisselle tandis que la miss est en proie à de rectales pudeurs… ».

 

Calou, L’Ivre de lecture  http://pagesperso-orange.fr/calounet/resumes_livres/flipo_resume/ulysse_flipo.htm

« …Georges Flipo est un sentimental, un tendre qui se venge et se cache derrière une armure de mots qu’il conjugue subtilement pour dénoncer les maux des temps. Ce qui le sauve ? Il ne tombe jamais dans le mélo. Âmes sensibles, ne pas s’abstenir !… »

 

Cathulu  http://cathulu.hautetfort.com/nouvelles-françaises/

« … mais tout n'est pas noir pour autant et de jolies bulles de nostalgie ou de tendresse viennent  réconforter le lecteur embarqué dans un périple qui nous conduit  en Amérique Latine, en Asie, à Venise ou bien plus près de chez nous.. »

 

Culturofil  http://culturofil.net/2008/09/06/qui-comme-ulysse-de-georges-flipo/

« … Surtout, la qualité de ces nouvelles, se situe dans l’écriture. C’est fluide, agréable, comme semblant couler de source, mais pourtant tout en nuances. On a plaisir à suivre le rythme imposé par l’auteur et on n’hésite pas à revenir sur un passage, un extrait ou même une nouvelle dans son intégralité. Tout simplement parce qu’elle est belle !.. »

 

Cuné http://www.cuneipage.com/archive/2008/08/26/et-le-cure-il-est-jeune-non.html#comments

« … Quatorze nouvelles qui nous emmènent en voyage, ou plus exactement dans la tête d'un voyageur. Jamais le même, et dans des horizons très différents les uns des autres, pour nous distraire, nous émouvoir, nous écœurer ou nous interroger… »


Danielle Maux d’auteurs
http://forum.aceboard.net/7663-1490-13330-0-certain-Ulysse-prendre.htm#id170599

« …Point n’est besoin de vanter la qualité du style et sa maîtrise de la délicate technique de la nouvelle. Atterrissage en douceur ou chute bluffante, dans les deux cas, pour le lecteur, bonheur et nostalgie du voyage achevé et envie de prendre sans tarder son billet pour le suivant… »  

Dominique Boudou http://www.cetaitdemain.org/article-22557863.html

« … Actuellement en lévitation, c'est lui qui le dit avec humour, (il) vient de publier Qui comme Ulysse aux éditions Anne Carrière. Vous pouvez aussi visiter son blog. Geoges Flipo a la tête qui lui tourne car son livre a du succès, mais il ne se la prend pas. Il a, je crois, l'humour des humbles… »


En lisant, en voyageant
  http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-22285112.html

« …Voilà, le menu est varié et copieux, et disons-le, savoureux. Style musclé, sans graisse inutile. J'aurais bien aimé un peu de "rab" de nouvelles que j'ai qualifiées de souriantes… »

 

Happy Few http://happyfew.hautetfort.com/archive/2008/09/03/voyages-voyages.html#comments

« … Le tout est servi par un style souvent piquant, parfois acéré et toujours fluide. Un très bon recueil, chers happy few : je vous conseille d'embarquer à votre tour à la suite de ces voyageurs, sans quitter votre fauteuil (ou votre lit, ne soyons pas sectaires), ce qui est quand même la meilleure façon de voyager (mais ça n'engage que moi !) … »

 

Kathel (Lettres exprès) http://lettres-expres.over-blog.com/article-22773940.html

« …Ayant placé quelques attentes dans cette lecture, je n’ai pas été déçue. Ces nouvelles sont pour la plupart courtes, écrites avec concision, précision, l’émotion affleure au détour d’une petite phrase. Elles ont chacune leur univers et leur atmosphère même si elles sont réunies sous le thème du voyage… »

 

Laure, Les jardins d’Hélène http://lesjardinsdhelene.over-blog.com/article-22223017.html

« …Bref, vous l’aurez compris, des nouvelles très différentes, variées, touchantes ou drôles, il y en a vraiment pour tous les goûts, et forcément quelques unes qui vous plairont, si ce n’est toutes !… »

 

Lire, Voir, Entendre  http://lirevoirentendre.blogspot.com.       

Manifestement, Georges Flipo s’amuse. Il s’amuse à plomber l’ambiance et mettre au net les travers de personnages très enclins à foncer dans des murs qu’ils pensent invisibles. Des personnages qui s’égarent, qui sont à leur propre recherche en regardant les autres, ceux qui vivent, même mal.

 

Marc Sefaris    http://marc-sefaris.sosblog.fr/Premier-blog-b1/Departs-sans-retours-b1-p57057.htm#comments

« … outre le fait que la majorité des nouvelles embarquent sans peine le lecteur (voire le terrassent dans le cas de "L'île Sainte-Absence"), l'ensemble présente la belle particularité d'être à la fois d'une cohérence sans faille et d'une  variété impressionnante… » 

 

Mot compte double http://motcomptedouble.blog.lemonde.fr/2008/09/01/lile-sainte-absence-de-georges-flipo/

« …Le cadre est posé, parlons de l’histoire. Puisque j’ai passé du temps sur la description de l’île, je fais court pour l’histoire, un seul mot : bouleversante. Oui, elle est triste, mais écrite avec douceur, empathie, respect et légèreté, bref, écrite avec intelligence … »

 

Papillon http://journal-d-une-lectrice.over-blog.net/article-22462012.html

« …Il croque avec ironie tous les petits travers humains, c’est drôle, piquant, souvent féroce (Et à l’heure de notre mort), parfois cynique (L’indifférent). On rit, on frissonne et on pleure. C’est la vie, quoi ! Avec ou sans bagages… »

 
Posuto http://posuto.blog.lemonde.fr/2008/09/06/qui-comme-ulysse/#comments

« …Il nous emmène dans la peau d’autres, pas toujours estimables, pas forcément des héros, mais des personnages avec assez de corps pour nous tendre un solide miroir. Ça n’arrive pas très souvent, des voyages comme ceux-là… »

 

Quichottine http://quichottine.over-blog.com/article-22406430.html

« … je dis que tout l'art de ce texte réside dans le passage entre le rêve que l'on se donne et la réalité que l'on vit. Merci Monsieur Flipo. Je retourne à vos histoires, elles me plaisent beaucoup ! »

 

Rue des Livres http://www.rue-des livres.com/livre/2843375002/qui_comme_ulysse.html

« …La grande majorité de ces nouvelles ont quelque chose de fort et de touchant, de révoltant, de drôle, d'original, d'étrange… »  Coup de cœur

 

Thaïs  http://arcetciel.canalblog.com/archives/2008/09/04/10448551.html#comments

« …Georges Flipo nous fait voyager à travers les continents, oui bien sûr, mais surtout il nous entraîne dans des voyages insolites auxquels on ne s'attend pas. Je n'ai pas envie de dévoiler les contours de ses voyages car ils font vraiment partie de la découverte et de l'intérêt de ce livre… »

 

Présentation sans critique  à ce stade.

 

Babelio http://www.babelio.com/critiques/Flipo-Qui-comme-Ulysse--Nouvelles-en-partance/86141

 

Bibliosurf   http://www.bibliosurf.com/  qui me fait la grâce de me citer comme un des auteurs les plus en vue sur les blogs

Ecrivains voyageurs
   http://www.ecrivains-voyageurs.net/pages/actual.htm

 

 Evene

Et bien sûr les sites libraires-marchands.


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Continuez, car les blogs comptent pour une bonne part dans le petit succès actuel de « Qui comme Ulysse ». Je le dis encore très prudemment, car la bataille entre les 676 est assez rude, aucun statut n’est jamais acquis. D’une semaine à l’autre, certains qui paradaient au rayon « Nouveautés » se font rétrograder à la table « récents », parfois même en rayonnages alphabétiques. La réciproque est vraie aussi. Les deux blagues sont survenues à mon recueil, je préfère la réciproque.

 

"Continuez..." c’est facile à dire, mais concrètement ? Concrètement, ça veut dire que la bulle de Qui comme Ulysse devrait faire comme la blogosphère : entrer en dilatation. J'aimerais maintenant toucher d'autres bons blogs qui ne connaissent pas Ulysse et que, pire encore, je ne connais même pas. Tout ce que vous pourrez faire en ce sens vous vaudra ma bénédiction ex-blogo, valable pendant trois générations. Je ne sais même pas à quel huis frapper, mais vous devez le savoir. Alors frappez !

 

Si vous avez déjà publié un article sur votre blog, venez à moi que je vous serre contre mon sein, je graverai de mes ongles ensanglantés votre nom sur le monument triomphal que j’érigerai au quarante millième exemplaire vendu. Vous passerez à la postérité comme compagnon d’Ulysse.

 

Si vous avez un blog où « Qui comme Ulysse » n’a pas encore été chroniqué, quittez immédiatement mon blog, filez sur le vôtre, et écrivez-y dare-dare un article à la gloire de ce recueil. Non, non, ne le lisez pas d’abord, ça risquerait de vous influencer. Achetez-le, bien sûr, mais vous le parcourrez plus tard, ça n’a rien d’urgent. Si vous ne savez pas quoi écrire,  faites comme le patron de Sylvain Vasseur dans le Vertige des auteurs : « Il ne restait plus grand-chose de l’article. Il l’avait alors enrichi de quelques phrases sur le charisme de l’auteur, la vigueur du thème, la singularité des idées, la plasticité du style, et tous les commentaires qu’on peut émettre avec un emballement prudent à propos des livres qu’on n’a pas lus » 

 

* Si vous n’avez pas de blog, vous abusez un peu : hé, c’est trop facile de passer, en pique-assiette, dans ceux des autres. Bon, vous êtes pardonné, mais à condition d’apporter quand même votre contribution : chaque fois qu’on parle ailleurs d’un livre avec un peu trop d’enthousiasme (hé, c’est quand même un concurrent…) déposez un commentaire du genre « Oui, excellent, ce livre d’Hasdrubal Apfelbaum, ça me rappelle une des nouvelles de l’encore plus excellent recueil « Qui comme Ulysse ». Voir à ce sujet la chronique de… ». Et là, vous ne mettez surtout pas mon blog en lien, on va croire que c’est moi qui poste, vous imaginez le ridicule de la situation ? Déjà que je me ruine à me payer chaque jour une perruque différente pour acheter incognito un exemplaire du recueil dans chaque Cnaf, histoire de faire croire qu’il se vend… rrrooh, tout ça finira mal.  (voir * en fin de billet )

 

Alors, quel lien ajouter après « voir à ce sujet la chronique de… » ? Eh bien, un de ceux-ci, là-haut, la liste n’est pas close (si j’en ai oublié un, merci de me l'indiquer). Ce sont tous d’excellents blogs, chacun dans leur genre. La preuve : ils parlent d’Ulysse.


Et si vous n'avez pas de connexion internet, allez chez votre libraire et saoûlez-le de louanges sur ce livre. Quand il craquera, sortez discrètement, sans oublier de payer le recueil en sortant. Si vous avez déjà le livre, offrez le nouvel exemplaire à votre marraine, avec quelques mots gentils : c'est dès maintenant qu'il faut lui rappeler les étrennes. Si vous avez un filleul, offrez-lui le livre aussi, ça remplacera les étrennes : c''était idiot, son idée de console Wii.
 

Mon rêve est d’aller voir les Cnaf rebelles dans quelques semaines, avec mon book de chroniques bloguesques sous le bras, et de leur faire constater leur erreur historique : les libraires de la Cnaf  s’inclineront devant la toute-puissance de la blogochose littéraire, ils porteront le deuil, se couvriront la tête des cendres de l'encens qu'ils auront fait brûler, me feront monter à la table de leur « Sélection rentrée littéraire » par un escalier aux marches couvertes de tapis rouge. Ils organiseront pour Ulysse une cérémonie expiatrice. Ulysse aura peut-être même droit à la danse des sept voiles exécutée par Christine Angot et Catherine Millet. Je vous inviterai. Les quelques places seront attribuées par ordre de date parution de votre billet sur votre blog.  Pour les autres, on vous racontera, ce sera bien mieux.

 

* Le paragraphe précédé d’un astérisque ("Si vous n’avez pas de blog.."), ne le prenez pas au pied de la lettre. La planète blog a ses usages, et l’iconolâtrie a ses limites.
publié dans : QUI COMME ULYSSE
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Mercredi 10 septembre 2008

Entrée en littérature : des belles chutes sans se faire mal ?

 Après quelques agressions trollesques, j’avais décidé de ne publier que très épisodiquement le point sur les critiques, celles que les médias consacrent à « Qui comme Ulysse » et je suis donc resté discret. Je publierai très prochainement un billet faisant le point sur les retombées dans les blogs. En attendant, je cite aujourd’hui un bel article qui me permet un double billet.

  

 

1. Je suis entré en littérature.

 C’est fait, et j’en suis encore tout pantelant : ce n’est pas encore le Lagarde et Michard, c’est la marche juste en dessous : Qui comme Ulysse fait l’objet d’un long (plus de deux pages) et chaleureux article dans la très chic Revue littéraire, numéro de la rentrée.

Il n’y a que du beau monde dans ce numéro, et je suis un peu intimidé d’être aux côtés d’écrivains dont tout le monde parle. Comme dans ces dîners d’été où l'on arrive en bermudas et tee-shirt alors que tous les hommes sont en costume –cravate. Tous les sélectionnés pour le Goncourt sont dedans, mais tous ceux qui sont dedans ne sont pas sélectionnés pour le Goncourt, c’est un peu décevant, j’aurais bien aimé, le Goncourt. Bon, comme l’article est intelligent, subtil, je me console.

Cet article est opportun, il facilitera la bonne mise en avant chez les libraires. Vous avez bien lu, eh, les libraires ? Je dis que cet article facilitera la bon-ne-mise-en-a-vant-chez-les-li-brai-res. 57 auteurs sur les 676 de la rentrée ont été sélectionnés par la Revue Littéraire, je suis dedans, on s'arrête là, c’est un nombre idéal, une sélection parfaite ! Pourquoi mal refaire ce qui a été bien fait ? Ne cherchez pas plus loin pour composer votre table « Sélection Nouveautés », pour distribuer vos « Coups de cœur » ou « Nous avons aimé ». Et pour les invitations aux conférences-débats-présentations, soyez simple, mailez-moi, je reste quelqu’un de très abordable, surtout depuis que je n’ai pas eu le Goncourt. Je peux, si vous le souhaitez, venir avec Christine Angot, je la connais très bien, nous cohabitons depuis huit jours.
Fin de mon message aux libraires, et notamment aux grandes librairies à succursales multiples, vous voyez ?

Je vous donne la version intégrale de cet article. Il y en a une version encore plus intégrale sur internet, mais avec des commentaires qui me font rougir : je suis marié, père de famille et vertueux.

 
Qui comme Ulysse

Le voyage d’Ulysse, c’est une errance de vingt ans – longue initiation –, ce sont les sirènes aux chants enchanteurs, le cyclope Polyphème, la nymphe Calypso, la magicienne Circé… Quel rapport avec les personnages de ces quatorze nouvelles ?

Ici, pas d’aventures grandioses, de récits fantastiques ou de personnages mythiques. Mais, comme dans L’Odyssée, le voyage est raconté à travers les épisodes qui le composent : conversations, rencontres, instants, menus événements. Surtout, le thème du voyage est décliné à l’infini : voyage d’affaire, dernier voyage, voyage à l’envers, voyage imaginaire, voyage source d’inspiration, voyage organisé, exil, voyage spirituel, cyber-voyage, voyage aux sports d’hiver, voyage dont on ne revient pas. En fin de compte, ce n’est même pas le voyage qui est raconté, mais des morceaux de voyage : un départ, une arrivée, un séjour, un retour.

Dans « Nocturne », c’est à qui aura pris le plus de photos, à qui aura le plus de pittoresque à ramener d’Inde. Monsieur Dupont est agacé lorsque sa femme s’attriste devant tant de misère. C’est vrai, quoi, la misère après tout, ils sont venus pour ça. C’est comme aller à Abou Dhabi et se plaindre du désert, ça n’a pas de sens. Dans « La marche dans le désert », Raoul Danville – « Raoul Danville, nappes, serviettes et accessoires de tables, pour que les fêtes soient inoubliables » –, petit chef d’entreprise en quête de nouvelles méthodes de management, décide d’organiser un séminaire dans le désert tunisien. Dans le package : danseuses du ventre, chakchouka épicée, lampes frontales, GPS, délocalisation et un rachat de la marque par un groupe hollandais. « La route de la soie » est un récit de voyage, sur le blog de Joseph. Peu importe où l’on part, du moment que l’on peut en raconter quelque chose… Le tout oscille entre les constats topographiques à la Bougainville, le romantisme de Gérard de Nerval et les bonnes astuces style Routard.

Ces nouvelles prennent leur temps, parfois restent suspendues, s’arrêtent sur un détail. Si bien que l’on a parfois l’impression d’une berceuse. L’ambiance est feutrée, le rythme lancinant. Le même thème revient de nouvelle en nouvelle, tel un leitmotiv, mais avec un autre décor, une autre ambiance, d’autres personnages. Georges Flipo joue avec les espaces paradoxaux des voyages. Il nous balance entre de grandes évasions et des destinations proches. Mais c’est lorsqu’il nous emmène le plus loin géographiquement qu’il parvient le mieux à créer un espace confiné à l’intérieur de la nouvelle. Le paradoxe tient donc du jeu entre l’espace ténu de la scène qu’il raconte, et le grand large des voyages dans lesquels il les inscrit. Ou inversement : un voyage presque sur place donne lieu à un imaginaire débordant. Comme dans toute nouvelle, la résolution est primordiale, et l’auteur manie cet exercice avec talent. La fin est toujours surprenante, inattendue, déconcertante. Cependant, parfois, justement, elle est amenée de manière trop fabriquée. On a alors l’impression que la nouvelle n’a été écrite que pour raconter cette fin ; que le voyage n’a été fait que pour pouvoir en faire le récit à son retour. Quoi qu’il en soit, le plaisir n’en est en rien altéré.

 « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage »… Le point commun entre le voyage d’Ulysse et ces quatorze nouvelles réside dans ce sentiment d’accompli, cette quête personnelle, cette fin heureuse, quoi qu’il arrive. Quant à nous, nous avons passé un bon moment, nous avons été pris dans l’enchaînement des récits comme s’ils n’en formaient qu’un. Le livre parvient à nous emmener dans chacun des lieux qu’il évoque, c’est donc une évasion réussie.

Marion Prigent

 
Je suis troublé, charmé, par ce texte : il pointe des rapprochements, des volontés vagues, qui m’avaient accompagné dans la création de ce recueil, parfois inconsciemment, et les voici soudain décodées. « Le point commun entre le voyage d’Ulysse et ces quatorze nouvelles réside dans ce sentiment d’accompli, cette quête personnelle, cette fin heureuse, quoi qu’il arrive. »
Oui, Marion Prigent, vous avez compris ce que je n’arrivais pas à formuler, c’est exactement cela. Merci et bravo.  Si vous m'écrivez encore d'aussi beaux articles, j'écrirai encore d'aussi beaux recueils. Ou même un roman.


2. Des belles chutes sans se faire mal ?

Il n’y a qu’un point qui me crée, dans ce superbe article, un léger flottement : « La fin est toujours surprenante, inattendue, déconcertante. Cependant, parfois, justement, elle est amenée de manière trop fabriquée. On a alors l’impression que la nouvelle n’a été écrite que pour raconter cette fin ; que le voyage n’a été fait que pour pouvoir en faire le récit à son retour. Quoi qu’il en soit, le plaisir n’en est en rien altéré. »

J’aimerais que ce fût vrai. Il n’en est rien, je n’ai pas ce talent. Je n’écris pas de nouvelles pour aboutir à leur fin. Sur ce point, je suis beaucoup plus proche de l’école sud-américaine que de la française : la chute m’importe peu. J’écris mes nouvelles en sachant comment elles finiront, ne serait-ce qu’en termes de situation, mais je ne cherche généralement pas de chute qui résolve l’énigme posée par le texte, ou qui renverse brutalement la situation, spécialités bien françaises. Je ne refuse pas l'idée de la chute, mais ce n'est pour moi qu'une figure de style parmi d'autres, une option parfois intéressante. Rarement. J’aime les fins qui laissent flotter l’imagination du lecteur, qui lui laissent continuer l’histoire.

C’est si vrai que la plupart de mes nouvelles ont été tentées avec trois ou quatre fins différentes, entre lesquelles j’ai du mal à choisir (mes quelques correspondantes-conseil pourraient en témoigner). Je cherche plutôt une jolie phrase de fin pour créer ce flottement.

À force d’hésiter, il m’arrive de faire des fins un peu lourdes, et la remarque de Marco Sefaris sur la fin de Confitería Ideal ne m’est pas indifférente : j’ai probablement écrit une dizaine de sorties pour cette nouvelle, que je sentais finie avant la fin.

Il m’arrive quand même de terminer par des fins qui, une fois bouclées, me demandent une marche arrière, des petites inclusions dans le texte, qui donneront plus de force à cette sortie (« Et le curé ? » dans Rapace, ou les parties de Pictionary dans Une incartade).

Mais la chute ? Je suis comme le héros de la nouvelle éponyme Qui comme Ulysse  : « Il a un petit souci dans cette histoire, c’est cette absence de chute. Il se demande si c’est important »

Tiens, c’est comme ce billet, je n’arrive pas à le conclure. Faites ça vous même…

par Georges Flipo publié dans : QUI COMME ULYSSE
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Mardi 2 septembre 2008

 Allez, un peu de tapas pour faire descendre les zakouski (littéraires ? ) 

 J’ai été très sensible au commentaire de Françoise Guérin qui, la semaine dernière, me déconseillait de publier des extraits de mes nouvelles. Et cela, très joliment : «  Quelle horreur ! Mis bout à bout, ces extraits couperaient l'appétit d'un ogre ! Ca me fait penser à ces cocktails où on avale, en discutant, des petites bouchées de n'importe quoi, toutes plus délicieuses les unes que les autres, mais, au final, on ne sait pas ce qu'on a mangé et on rêve d'avaler des pâtes au beurre pour faire tenir le tout au fond d'un estomac malmené. Georges, ton travail, c'est de la littérature, pas de la restauration rapide ! Tes textes méritent mieux que ce traitement de goujat ! »

 Elle a bien sûr raison, Françoise dont je vous recommande plus que jamais l’excellent carrefour littéraire, elle a raison une fois de plus. Ah oui, mon travail est de la littérature, et pas qu’un peu ! (Maintenant que j’ai les honneurs de la Revue Littéraire, je me le répète toutes les heures). Et l’on est le 2 septembre, la paie est arrivée, vous n’avez pas encore fait les achats scolaires de rentrée ni payé le troisième tiers, il vous reste forcément 18 euros dans votre portefeuille pour vous offrir l’intégrale de Qui comme Ulysse avant que le tirage ne soit épuisé.

 Mais seulement voilà, je suis en retard, je n'ai pas le temps de parler de sujets sérieux, je vais donc parler de moi, ça va plus vite, je ne m’en lasse pas, et c'est déjà écrit. Voici, en tapas, pour changer des zakouski, la nouvelle série d’extraits des nouvelles de Qui comme Ulysse. Mais après ça, pas question de rester assoupis à table, vous filez chez votre libraire, même pas le préféré, le plus proche car ça devient urgent, et vous achetez Qui comme Ulysse pour comparer les extraits et la version intégrale. Vous préférerez l’intégrale, si vous êtes bien élevés. Ensuite, vous publiez sur votre blog un billet pour dire tout le bien que vous en avez pensé. Si vous n’avez pas de blog, allez donc bloguer chez les autres : il y a plus de 400 blogs littéraires ouverts aux commentaires en France (oui, Daniel Fattore, il faut penser à la Suisse, oui, Nicolas Ancion, il faut penser à la Belgique, et j’allais oublier le Canada de Jules).

 Ah, pendant que vous y êtes, laissez quelques mots pour ma coloc’ de présentoir au Furet du Nord, la pauvre Christine Angot : tous les passants se ruent sur elle (enfin, sur son bouquin), feuillettent en laissant des traces de doigts gras et suintants, rougissent et gloussent en passant dans les zones les plus érogènes, et repartent palpitants, sans oublier de prendre Qui comme Ulysse pour faire bonne figure.

 

Quelques extraits à citer dans les dîners en ville
(Et à la cantine, on peut aussi ? Mais comment donc, faites, faites...)

   Ici, le temps n’était plus qu’une grotesque pelote de fils élastiques enchevêtrés, dont chaque individu tirait un brin, au gré de ses humeurs. Les brins se mêlaient, se nouaient, s’allongeaient, se rompaient, et alors ? Chacun avait ses tronçons de temps et ne se souciait pas de ceux des autres. Zlatko le savait bien, chaque heure avait ici sa durée propre : celle qu’on savoure en buvant une bière morne avec un ami, celle qu’on brûle à veiller gaiement un parent mort, ou celle qu’on égrène, poussiéreuse, dans l’espérance d’un autocar qui ne viendra jamais. Il fallait la folie raisonneuse d’un Occidental pour tenter de les superposer. Parfois, par miracle, quelques brins se croisaient, se tressaient, et le temps commun de quelques-uns devenait alors un toron plus solide, presque un câble. Mais chacun savait qu’une telle coïncidence était éphémère : le temps, le vrai temps, ne pouvait qu’être individuel, discontinu. Impartageable.

(La partie des petits saints)

 

  Il leva les yeux et vit le gris du ciel, cerné de lourdes montagnes blanches. Jamais il n’avait eu si froid. C’était un froid pénétrant, presque doux dans son étreinte, et ce froid le paralysait avant de le tuer. Non, ce n’était pas le froid, c’était simplement l’étrange lit dans lequel il était couché. Pas un lit, un cercueil. Michel Pelluaz se réveilla en nage, encore frigorifié. C’était donc encore et toujours ce même cauchemar.

(Le voyage vers le frère)

 
   Elles ont presque tout en commun, presque tout pour presque toutes. Elles sont toutes de Meudon,sauf Betty qui habite Sèvres, c’est bien mais c’est plus mélangé, et Margot qui vit exilée à Vélizy du vilain côté de la nationale, à cinq minutes, une autre planète. Elles jouent presque toutes au tennis le vendredi après-midi, sauf Marie-Do qui monte à l’Étrier de Meudon, et Martine qui n’a pas le temps, elle n’a jamais le temps de rien. C’est d’ailleurs pénible, sa façon de le rappeler à tout propos.

   Elles envoient toutes leurs enfants à Notre- Dame, sauf Vicky qui préfère mettre les siens au lycée Rabelais – il faut qu’ils apprennent à se frotter à toutes les catégories sociales, ce sera une force dans la vie. Et Isabelle qui les confie à l’École alsacienne, parce qu’on peut dire ce qu’on veut mais... Elles sont toutes plus ou moins actives à la paroisse Saint-Martin, même Margot, mais pas Martine qui dit fréquenter Notre-Dame de l’Assomption – tu parles, elle ne connaît même pas les heures des messes.

(Une incartade)

 

 Guillermo R. était natif de Séville, vicaire à Séville, aficionado à Séville. Il avait reçu du Seigneur ces trois grâces et les vivait en une confusion fervente : quand approchait la fête de Pâques, en son for intime, il s’apprêtait aussi à fêter la résurrection de la saison des corridas.

  D’un pas allègre mais recueilli, il traversait alors le Guadalquivir au pont de San Telmo,  empruntait le long paseo Cristóbal Colón et, tremblant d’effusion, s’engouffrait dans la Plaza de Toros de la Maestranza comme on pénètre dans une cathédrale : il venait communier à la joyeuse messe de la mort, l’office noir et chamarré.

(Et à l’heure de notre mort)

 

  C’est le jour du blog de voyage. Joseph l’écrit chez lui, confortablement installé devant son PC. Il s’est servi un café allongé, il a choisi la musique qu’il écoutera ; aujourd’hui ce sera l’intégrale des sonates de Liszt, c’est si agréable de voyager en compagnie de Franz Liszt. Sur sa table traînent des atlas, un dictionnaire français-anglais. Son étagère est pleine de Guides du routard, de Lonely Planet.

  Joseph hésite : où partira-t-il cette fois-ci ? Il ouvre l’atlas, surfe sur internet, consulte les blogs de voyage des autres. Tiens, la route de la soie, ce ne serait pas mal. Un peu long, peut-être. Il la prendra à la sortie de la Turquie, ça raccourcira le voyage.

(La route de la soie)

 

   Venise ? Que m’importe Venise ? Je me moque de Venise comme de son carnaval, mais j’aime Watteau, et c’est à cause de lui que nous sommes allés au carnaval de Venise.

  À cause de Watteau, et plus précisément de son Indifférent, une huile plus petite qu’une feuille de courrier. Proust le classait parmi les huit plus beaux tableaux du Louvre, je me demande ce qu’il trouvait aux sept autres. L’Indifférent n’est que grâce. Il s’avance, solitaire, léger et gravement insouciant. Il ignore, il s’en va. Il me fascine, comme un miroir : je suis l’Indifférent, j’ai la certitude d’avoir un jour posé pour ce tableau. J’ai toujours rêvé de m’habiller en Indifférent, de me promener comme lui dans la foule, les bras dansants. Admiré, mais pas trop regardé, comme on ne peut le faire qu’à Venise, quelques jours avant le carême.

  Va pour Venise.

 (L’Indifférent)

 

 Nous passons devant la cathédrale aux murs rose et crème : les mendiants sont toujours là. Elena donne une pièce à l’aveugle :

¡ Dios le bendiga !

Elle le gratifie de quelques bonnes paroles. Mais les plus belles sont pour moi, quelques mètres plus loin :

– Tu sais qu’il vit avec la grosse folle ? Il l’a séduite quand elle était encore jeune, toute belle et innocente, la pauvre.

  Bien sûr, j’avais la tragédie devant moi, et je l’avais manquée. Un drame shakespearien. Le tombeur au regard tendre séduit la jeune folle qui vivait recluse chez son père. Ce dernier est outragé, le vaurien a vu la nudité de sa fille, il lui fait crever les yeux. La jeune éplorée comprend, elle suit son amant. Ils s’installent sur les marches de l’église où le don Juan chantera toute sa vie les splendeurs cachées de sa belle. Grand scandale chez les prudes paroissiens.
                                                                                                                                         (Rapace)   

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Vendredi 29 août 2008

Un scoop : depuis huit jours, je cohabite avec Christine Angot.

 

Elle bouge beaucoup, et moi un peu. Mais ne croyez pas que je vais vous déballer ça comme ça, il faudra d’abord lire ce billet. Et défense de sauter des paragraphes.

Pour calmer votre impatience, je vais vous parler du libraire. Celui qui vend les livres, c’est le libraire, celui qui les achète, c’est le client. On ne le dira jamais assez. Sans client, pas de libraire. Sans libraire, pas de client. Ah, il y a aussi le livre, c’est celui-là qui embrouille tout.

Quand un libraire aime un livre, il en favorise la vente. Quand il ne l’aime pas, il laisse le livre se défendre tout seul, ou de défendre ailleurs. Là où tout se complique, c’est que pour aimer ou ne pas aimer, il faut l’avoir lu. Imaginons un livre qui sort, je dis une période au hasard, bien sûr, qui sort, euh… en fin août. Il débarquera au milieu de 675 autres. Si le libraire veut les avoir tous lus dans le mois qui suit leur sortie, ça lui en fait 22 par jour. Si on laisse le libraire dormir deux heures par jour, il devra donc lire un livre par heure. Pendant cette heure, il devra aussi, s’il est consciencieux, vendre les livres déjà lus, en dire du bien. Ajoutez à cela que certains libraires veulent dormir plus de deux heures par jour en septembre. Tout ça pour dire que c’est dur d’être libraire, bien plus dur que d’être client.

Il faut donc aider les libraires. 

Pour cela, certains éditeurs viennent lui présenter leurs livres très en avance. Ils en disent généralement du bien, pour aider le libraire à se faire son opinion. Quand ils en pensent beaucoup de bien, ils en font un peu plus, pour prouver au libraire qu’ils croient vraiment à ce qu’ils disent. C’est, par exemple, ce qu’a fait mon éditeur en envoyant à son réseau de librairies-partenaires un petit livret, avant même les vacances : le livret, c’était un recueil de 4 courtes nouvelles. 4 parmi les 14 qui composent « Qui comme Ulysse ». Et ça a beaucoup aidé. Ne serait-ce qu’à son référencement. Car il faut maintenant vous souffler une vérité cruelle : il y a des livres qui  ne seront pas lus par le lecteur, pas lus par le libraire, et pire encore, même pas mis en place dans la librairie. Il n’y a pas de place pour tout le monde dans la librairie. Je ne le leur reproche pas : dans ma bibliothèque, il doit aussi y a voir 600 ou 700 livres, et ils ne sont toujours pas rangés. Ça fait des années que j’essaie, mais c’est chaque fois pareil : je commence à ranger, je redécouvre un livre timide qui se cachait depuis des années, je commence à le lire, et je laisse tomber les autres.  Oui, je sais, je suis bavard, je m’éloigne du sujet,  Chris-tine An-got, An-got ! clamez-vous en trépignant. Je suis en plein dans le sujet, je vais y venir.

Que peut-on faire de plus pour aider le libraire, surtout celui qui veut dormir deux heures de plus ? On peut lire les livres à sa place. C’est ce que font les critiques. Et les critiques, me direz vous, comment font-ils ? Ils s’y mettent à plusieurs, dans le même magazine. Certains lisent les critiques des autres, pour savoir quoi lire — si j’étais critique littéraire, c’est ce que je ferais. Je ne lirais même pas les livres, je lirais les critiques, j’en ferais une synthèse, en ajoutant quelques phrases de mon cru « L’auteur a un ton bien à lui », ou « Il y a des longueurs au milieu du roman ». C’est pour cela que je ne suis pas critique littéraire, on finirait par démasquer l’imposture. Je préfère être imposteur chez les auteurs, on mettra plus longtemps à me démasquer. Comment, An-got, An-got, An-got ? J’y viens. Mais, ce que je voulais dire, c’est que c’est très utile, pour aider le libraire,  d’avoir très vite de bonnes critiques. Le pavé du Nouvel Obs avec ses trois étoiles, la colonne de Femmes, les autres qui suivent et dont je vous parlerai bientôt, c’est une grosse bouffée d’oxygène pour mon « Qui comme Ulysse ».

Il y a aussi les blogs littéraires, très prisés de certains libraires. Ils ont raison de priser, il faut surtout priser ceux qui disent un peu ou beaucoup de  bien de mon livre. Merci Cuné, Hélène dans ses jardins, et quelques autres qui ne vont pas tarder à être mis en ligne. Je répète « qui ne vont pas tarder à être mis en ligne », en gras, au cas où des gestionnaires de blogs littéraires ne sauraient pas de quel livre parler en cette rentrée. Inutile de lire les 676 pour trouver des idées.

Une autre façon d’aider le libraire, c’est de lui proposer une sélection. Le libraire pourra la modifier, l’enrichir, la restreindre, mais il a une base de départ. C’est ce que fait La Revue Littéraire, très lue par les libraires ; elle propose une sélection  de 57 livres sur les 676 de la rentrée : http://www.leoscheer.com/blog/2008/08/26/722-rl-36-la-rentree-litteraire   Formidable, initiative : les libraires pourront-ils dormir ainsi 22 heures par jour ? Je ne sais. Mais ils pourront en tout cas soutenir « Qui comme Ulysse », puisque mon livre fait partie des 57 élus. Ouf ! Ce qu’il y a de bon, quand on fait partie des 8% de survivants, c’est qu’on peut regarder les autres se noyer, avec de bonnes paroles compatissantes. C’est bon d’être humaniste, quand on est sur le ponton.

Tout ça pour dire que la situation se présente bien pour Ulysse, me direz-vous (en pensant An-got, An-got ! fugacement, car votre éducation est excellente). Eh bien oui, mais même comme ça, il y a des aléas, des impedimenta. Un joli mot que je pique à Mauriac qui le met dans la bouche d’un de ses personnages. Vous savez, Mauriac a écrit… oui, An-got, An-got ! Je vous entends, j’abrège.

En exemples d’impedimenta, trois anecdotes qu’on m’a rapportées

Guylou dans les commentaires de ce blog :

J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c'est qu'il y a, à la librairie Privat d'Orléans, trois exemplaires de "Qui comme Ulysse", la mauvaise, c'est que nul ne sait où ils sont rangés ! Après une heure de pérégrinations entre la rentrée littéraire, les nouveautés, la littérature française, les nouvelles, les deux vendeurs et moi-même avons renoncé et je suis repartie bredouille ! L'éventuelle bonne chose qui en découle, c'est que les deux vendeurs vous connaissent désormais et qu'ils ont fait un commentaire tout à fait élogieux sur la couverture de votre livre ! Mais moi, que vais-je faire ?

Rolando, par mail :

Je suis allé samedi à la Fnac, je venais d’acheter le Nouvel Obs où j’avais lu la critique de ton recueil : pas moyen de trouver « Qui comme Ulysse ». Je demande à un vendeur qui ne le trouve pas non plus. Il allait laisser tomber, mais j’ai fait un petit scandale en montrant l’article : « Comment, il a les trois étoiles du Nouvel Obs, et on ne le trouve pas à la Fnac ! ». Là, il s’est pris par la main, et  il a fini par le trouver.

Du coup, un proche à qui j’avais raconté l’histoire est directement allé à la Fnac, le Nouvel Obs ouvert à la bonne page. Qui comme Ulysse n’était toujours pas en « nouveautés » Il a demandé au vendeur « je voudrais ce livre-là, celui qui a les *** ». Stratégie crédible, puisque le billet du Nouvel Obs ne présente pas la couverture du livre. C’est bien, si tous mes lecteurs font la même chose, je ne sais pas si « Qui comme Ulysse » finira par être présenté sur la table des nouveautés de toutes les Fnac, mais les vendeurs finiront par tous lire le Nouvel Obs.

An-got, An-got ! Oui, j’y suis. Je suis allé hier visiter la plus grande librairie d’Europe, le Furet du Nord à Lille. J’y serai le jeudi 25 septembre à 17 heures, dans l’espace-débat, pour une interview-présentation publique de mon recueil. « Qui comme Ulysse », lui, y est déjà présent. Très présent, fortement mis en valeur au rayon nouveautés : trois facings verticaux. Le livre à côté a lui aussi trois facings verticaux : c’est « Le marché des amants » de Christine Angot. Les deux autres, c’étaient « Peut-être une histoire d’amour » de Martin Page, et « L’incertain » de Virginie Ollagnier. Un tel voisinage est-il favorable ou préjudiciable ? Je suis resté un quart d’heure à observer le présentoir. A la fin, j’avais vendu un livre, et Christine Angot zéro. Je vends donc plus que Christine, c’est constaté, c’est scientifique. Et seuls les esprits perfides feront remarquer que l’exemplaire du recueil, c’est moi qui l’avais acheté.

Le présentoir est là, tout en bas. J’avais pris une photo avec mon téléphone, mais elle est assez confuse. Comme ce billet, direz-vous. J’ai donc redessiné le présentoir avec Photofiltre, excellent logiciel. Dommage qu’il ne redessine pas aussi les billets.

Tout ça pour dire que c’est bien d’aider le libraire, mais qu’il faut aussi aider le livre. En achetant « Qui comme Ulysse », n’hésitez pas à évoquer devant le libraire tout le bien que vous en avez lu… ne serait-ce que sur mon blog.

Et j’allais oublier le plus important (mais, je le crains, vous ne serez plus là pour le lire, maintenant que vous savez tout sur mon histoire avec Christine Angot. Tant pis, je continue, car c'est vraiment important) : si vous envisagez d’acheter Qui comme Ulysse, passez très vite à la réalisation. Car le libraire donnera plus volontiers un coup de pouce aux livres qui commencent déjà à bien se vendre, et je le comprends. C’est bien beau de lire 22 heures par jour, mais il faut aussi qu’il bouffe, le libraire !


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Mardi 26 août 2008

En guise de zakouski, voici quelques premiers extraits des nouvelles de "Qui comme Ulysse".

C'est uniquement pour ceux qui sont obligés d'attendre le 1er septembre et le renflouement de leur compte courant avant se se ruer chez leur libraire, les autres n'ont pas le droit de lire, je compte sur votre probité. Et attention, ce ne sont que des zakouski, ne manquez pas le plat principal !

Une petite et amicale prière : l'idéal serait que ceux qui envisagent d'investir 18 € dans ce recueil (ou de l'offrir, allons, rêvons !) le fassent le plus tôt possible. Non parce que j'ai l'oeil rivé sur les chifffres de vente (ce sera dans six mois), non parce que je leur prédis des ruptures de stock (restons calmes), mais parce que... les déferlantes de la rentrée de septembre ont commencé. Il n'y aura pas de place pour les 676 impétrants, et la loi des chiffres sera impitoyable : même si les critiques sont bonnes ou excellentes, seuls resteront sur les tables des libraires les livres dont les ventes démarrent le plus fort. Le succès ira au succès.

J'en profite pour remercier les nombreux visiteurs qui, sur ce blog ou par mail, m'ont envoyé quelques phrases plus que sympa. Certes, il faut que je m'endurcisse, mais en attendant cela fait du bien.

Assez causé, passons aux sakouski. Et avec ça, qu'est-ce que je vous sers ? Un jus de pomme-tequila ?


  C’est triste, quand même, cette misère, soupira gravement Dupont Madame.

– Tu ne vas pas recommencer ! s’agaça son mari. C’est comme si tu étais à Abou Dhabi devant le désert.

– Ben, il n’y a pas de rapport !

C’était la réplique qu’attendait Dupont Monsieur.

– Mais si : quand on va à Abou Dhabi, est-ce qu’on se plaint du désert ? Est-ce qu’on dit que c’est ennuyeux ? Non. Le désert, c’est ce qu’on est venu voir. En Inde, c’est pareil, la misère, tu es venue pour ça, tu n’as pas à trouver ça triste. La misère, le désert, c’est pareil, c’est le tourisme.

– Oui, mais quand même...

Dupont Madame savait bien qu’il y avait une faille dans l’argumentation, mais elle ne voyait pas où. Toute sa vie, elle serait bernée par les sophistes.

 

[…………………..]

 

  Les tables avaient été dressées au bord de la piscine. Le vent du soir, en passant sur l’eau, nous apportait une certaine fraîcheur. Sur l’autre bord, l’estrade avait été montée, et une troupe folklorique s’y installait. Comité et Dupont Monsieur préparaient leurs appareils.

– Vous ne prenez pas de photos ? demanda Dupont Madame.

C’était à moi qu’elle avait posé la question, comme chaque fois. Dans sa vision du monde, il appartenait à l’homme de photographier, et à la femme de poser, en inclinant la tête de côté, avec un petit sourire chic, sur fond de Taj Mahal ou de lépreux. Je n’aime pas la photo, Dupont Madame me considérait donc comme peu viril et s’en souciait.

J’ai soupiré, avec un geste d’impuissance, et, l’ayant ainsi contentée, j’ai regardé le spectacle. Les danses se succédaient. Les danseurs manipulaient maintenant sabres et boucliers, Comité était enchanté : les photos seraient superbes, toutes ces couleurs étaient vraiment très locales.

(Nocturne)

 

 

  Elle alla derrière l’oranger. Jadis, c’était là qu’il y avait le trou du grillage par lequel on passait, avec les cousins, pour rejoindre les petits voisins qui leur faisaient payer dix centavos pour aller regarder leur mère, voyante. Il fallait s’approcher de la salle obscure où elle officiait, recevant ses clients dans la plus grande discrétion. La voyante les surprenait toujours, de loin, et les chassait, furieuse. Les enfants en repartaient palpitants. L’endroit évoquait pour eux le mystère absolu, le péché aussi, puisque le curé avait proscrit ce commerce.

Il n’y avait plus de trou dans le grillage, plus de voyante, plus de voisins, mais un parking de banque. Le macadam avait recouvert son enfance.

(Les sources froides)

 

 

En massant sensuellement la pâte, il lui vient une idée, un thème directeur pour son recueil : des histoires de Sud-Américains exilés, de nostalgie, de bruits oubliés, d’odeurs absentes, des vagues à l’âme de voyageur avec billet aller simple, toutes ces bêtises que seul un immigré peut comprendre.

 

[…………………..]

 

Tandis que la farce refroidit, Ulises se demande ce qu’il fait ici. Si le parfum des empanadas lui apporte un tel bonheur, pourquoi avoir quitté son pays où ces senteurs de viande, de graisse et d’épices flottaient sur les trottoirs des boutiques ? Il hésite à rentrer, il inventera une excuse, des histoires de visa. Il reviendra comme un Ulysse d’ici, plein d’usage et de raison. Comme un Ulysse de là-bas, sans illusions et sans un rond.

(Qui comme Ulysse)