Avant d'entrer. Ou de sortir.

Vous trouverez dans ce blog des billets écrits au fil des jours et des humeurs. Pour une lecture plus structurée, cliquez donc, juste en desous, dans le pavé "pages" ou dans le pavé "catégories". Pour des informations pérennes, impitoyablement classées, allez faire un saut sur mon site . 
Si vous avez aimé ce blog ou ce site, ou si vous l'avez mis en lien sur votre blog, ou si vous avez chroniqué un de mes livres, aurez-vous la gentillesse de me le dire ?
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Lundi 21 septembre 2009 1 21 /09 /2009 21:02

 

 Je ne sais pas si la lettre d’accompagnement, jointe au manuscrit, est vraiment utile : jamais aucun éditeur ne m’a parlé de ma lettre d’accompagnement. Ce dont je suis sûr, c’est qu’elle peut être affreusement nuisible si elle est mal construite (là, j’en ai parfois eu des échos - mais il ne s’agissait pas des miennes, ouf !).


 

A qui l’envoyer ?

> Moi, je l’ai toujours envoyée au directeur littéraire (en indiquant son nom) dans les petites et moyennes maisons. Au patron quand il n’y avait pas de directeur littéraire. Les noms se trouvent dans l’annuaire du salon du livre.

> Dans les grandes maisons, je l’envoyais à un « éditeur » dénommé, quand j’en avais repéré un. Ce qui est assez difficile. Dans certains cas, il y en a un précis pour une spécialité précise (exemple : les polars), on peut alors souvent obtenir son nom sur les stands, au Salon. Dans d’autres cas, il faut essayer de se renseigner, en traînant sur internet, ou en interrogeant des auteurs de la maison. Le but du jeu est de savoir quels auteurs il pilote dans la maison, pour en déduire le genre de littérature qu’il aime. C’est difficile.

> Quand je n’en avais pas repéré, ou quand je n’étais pas sûr, j’envoyais au « comité de lecture » ou au « service manuscrit » : chaque maison a ses appellations. Contrairement aux légendes, les envois au « comité de lecture » sont lus... s’ils sont jugés présentables au comité de lecture.

 

Contenu de la lettre

Le moins de choses possible.

Ce que je suggère :

- bref  rappel de ce que vous êtes (s’il vous faut des paragraphes pour expliquer votre prodigieuse carrière, bottez en touche : joignez une fiche bio-bibliographique)

- rappel éventuel d’un lien (Exemple : « Vous m’aviez incité, lors d’un précédent envoi, à vous envoyer mon prochain manuscrit : le voici »).

- présentation très brève de l’ouvrage : genre littéraire et pitch compact. Ce pitch est capital. Il faut qu’il soit clairement mis en avant, avec de l’espace autour. Travaillez-le comme si ce devait être la plus belle page du roman.

- si une expérience vécue donne de la crédibilité à ce livre, mentionnez-la  (Exemple : « Ce roman a pour cadre un grand restaurant - monde que je connais bien : j’ai été pendant deux ans serveur au Grand Véfour ».

- si vous bénéficiez d’un appui significatif, mentionnez-le. Significatif, c’est quelqu’un de crédible, quelqu’un du milieu de l’édition ou de l’écriture. Si votre député-maire, votre bibliothécaire, et votre ancien prof de français ont beaucoup aimé, on s’en contrefiche.

 

Evitez tout commentaire, tout adjectif louangeux sur votre oeuvre, sur le ton, sur le style (pas de « Ce roman d’une grande cocasserie.. ».)

 

Le ton : évitez le trop administratif, évitez aussi le trop littéraire.

 

Quoi d’autre ?

Moi, je joins, dans une chemise transparente, une revue de presse de mon dernier livre, sur une page : quelques extraits de chaque bon article, avec le nom du magazine et du journaliste.

Et j’ajoute une fiche bio-bibliographique, sur une page : cela permet de présenter une lettre plus courte.

 

La compacité de la lettre est vitale : tout le temps que la lectrice perdra à la parcourir, c’est une ou deux pages de moins qui seront lues dans votre oeuvre. Peut-être les meilleures.

Comme visuel, j'ai choisi une Renault Clio Campus, car je vais peut-être en acheter une. Remarquez, demain, je vais aussi acheter du Destop pour déboucher l'évier et des croquettes pour le chat.

Par Georges F. - Publié dans : Arduité de la publication
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Mercredi 16 septembre 2009 3 16 /09 /2009 18:53

Quoi de nouveau,
à part nouveau genre, nouveau livre, nouvel éditeur ?

 

Je vous aurais bien parlé de Lauzerte, de cette formidable rencontre entre le gratin des nouvellistes (si, si) et le gratin des lecteurs, de l’accueil chaleureux sous un soleil de plomb, d’une soirée où, m’a-t-on dit (mes souvenirs sont confus, je ne sais pourquoi), je me suis illustré dans une langoureuse démonstration de tango en compagnie d’une pulpeuse créature qui s’abandonnait dans mes bras vigoureux et tentait quelques firuletes le long de mes tibias,. Tous les nouvellistes français (et même quelques étrangers) pourront en témoigner : je danse « La Cumparsita » aussi bien que je la chante.  Aussi bien. C’est tout dire.

J’allais narrer ces péripéties mais tout a été brillamment dit par Françoise Guérin sur « Mot Compte Double ». Dit ici. Dit et bien dit : j’en témoigne, c’était exactement comme ça. C’est la historia oficial, et on n’en démordra pas, on s’est tous mis d’accord là-dessus. Alors, de quoi parler ?

 

D’autre chose : le « je » nouveau est arrivé.

 

Je vous annonce que mon nouveau livre sortira en fin janvier ou début février, dans un nouveau genre, chez un nouvel éditeur.

 

Mon nouveau livre : ce sera le sixième publié depuis l’été 2002, date à laquelle j’ai commencé à m’adonner à l’écriture. Mais je n’ai commencé à publier qu’en 2004.

Ce livre, j’ai commencé à l’écrire il y a exactement deux ans, à l’instigation d’une amie qui m’est chère. Sept mois plus tard, il était fini. Je l’ai laissé refroidir pendant un an, le remaniant périodiquement. Je suis notamment passé par une version où le héros parle à la première personne, puis par une autre au présent — ce qui n’est pas qu’un simple exercice de grammaire : c’est aussi le récit qui change, les regards portés, les incidentes. Puis je suis revenu à la troisième personne, au passé. Je l’ai remanié encore beaucoup en tenant compte des commentaires minutieux de trois lecteurs. Je l’ai peaufiné en me faisant aider, car quelques pages nécessitaient des compétences particulières en néphrologie, en procédure pénale, en prosodie. Et j’ai amplement modifié l’intrigue en dernière minute : il y a comme ça des idées qui aiment se faire désirer et qui naissent dans la douleur. Dans le travail aussi.

 

 

Nouveau genre : vous l’aurez deviné, c’est mon premier roman policier. Un vrai roman policier, pur sucre, pur sang, avec une enquête et des morts. Ce n’est pas spécifiquement un roman noir : il y a des morts, mais aussi quelques clins d’oeil. C’est plus un roman policier qu’un polar : même s’il y a beaucoup d’action, il y a aussi un regard porté sur le monde. Un regard de femme, puisque l’héroïne est une femme. Un homme comme moi qui fait parler une femme, est-ce crédible ? Je ne m’étais pas posé la question en commençant : après tout, la très féminine Fred Vargas fait parler et penser un commissaire bourru. Mais à la fin, j’ai eu des doutes : j’ai soumis le roman à quelques personnes du sexe d’en face. Réponse : oui, c’est comme ça qu’une femme (enfin, pas toutes) pense et parle de ses régimes, de ses amants, de ses fringues. Ouf ! J’ai dû être une femme dans une vie antérieure.
C’est aussi un roman policier littéraire. Pas seulement parce que j’ai autant soigné l’écriture que s’il s’agissait d’un roman classique, mais parce que le sujet lui-même est littéraire.

Est-ce pour autant un vrai roman policier ? Oui, il a été validé par un libraire spécialiste du genre. Me voici donc dans la noire confrérie !

 

Nouvel éditeur : le registre de ce roman ne semblait pas correspondre aux choix éditoriaux de mes deux éditeurs actuels. J’en ai cherché un troisième. Je n’avais aucune référence en polars, les éditeurs que j’abordais m’étaient étrangers. J’ai donc demandé conseil à un libraire connaisseur en ce domaine : tenant compte des spécificités de ce polar, il m’en a conseillé quatre. Des beaux noms.

Je les ai abordés timidement, comme si j’étais un auteur débutant. Abordés, c’est un grand mot : j’ai déposé le manuscrit chez les quatre. Cela sans rendez-vous bien sûr : je suis passé déposer mon enveloppe kraft à la réception, anonyme, comme un coursier. Et je me suis enfui comme un voleur.

J’aurais pu les confier à la poste, comme je l’ai toujours fait, mais cette fois-ci, il n’y en avait que quatre, tous dans le même quartier : ça coûtait moins cher de passer en scooter.

Sur l’enveloppe kraft, il y avait le nom du directeur littéraire, quand j'avais pu le trouver. 

Dans l’enveloppe kraft, il y avait le manuscrit, relié par un serpentin, et une lettre d’accompagnement.

Dans le manuscrit, il y avait aussi une pochette transparente abritant une fiche bio-bibliographique, et deux fiches « extraits de revue de presse » de mes deux derniers romans. Un feuillet pour chacun, impression noire sur papier jaune, pour ceux que les détails intéressent. J’ai déposé ça un jeudi après-midi.

Le vendredi matin, la directrice littéraire d’un des quatre, et non le moindre, m’a appelé à dix heures. Elle avait commencé à lire, elle aimait bien. Elle m’a rappelé à 13 heures, elle avait continué à lire, et elle continuait à aimer. Elle m’a appelé une troisième fois à 17 heures, me proposant de la rencontrer la semaine suivante. J’avais trouvé mon nouvel éditeur.

 

J’ai donné ces détails techniques pour montrer que les coups de chance existent si on les aide un peu. Le monde de l’édition n’est pas forcément hostile, prévenez Wrath. Cela dit, ça ne se passe pas toujours aussi merveilleusement, je suis bien placé pour le savoir.

 

J’arrête là ce billet, il est déjà un peu long. J’en garde pour plus tard. You know what ? I'm happy.

Par Georges F. - Publié dans : Arduité de la publication
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Lundi 7 septembre 2009 1 07 /09 /2009 15:22

 

Dans le billet précédent, j’ai susurré une idée monstrueuse... ce qu’on appelle abusivement « le piston », sera simplement considéré par beaucoup d’éditeurs comme un meilleur dossier de candidat, porteur de meilleures espérances que la moyenne : manuscrit (puis livre) plus estimable quant à l’écriture, mieux reçu part les médias, ou plus aisément vendable chez Auchan et Carrefour (tout cela n’allant pas forcément ensemble).

 

Mais si, comme moi, vous n’avez aucun de ces atouts dans votre poche ? Aucune relation qui serve de relais à votre candidature ? Que vous reste-t-il à faire ?

 

Soit faire le tour des blogs littéraires pour vous y lamenter, pour dénoncer la pourriture du milieu. Ou même ouvrir votre blog pour tenter de démontrer à longueur de billets que le milieu de l’édition vous est hostile, qu’il est invivable et même insurvivable.

 

Ou, comme moi et comme beaucoup d’autres auteurs, envoyer votre manuscrit par la poste (ou le déposer chez eux, anonymement, comme un simple coursier, si vous voulez économiser les timbres). Les chances d’être publié chez UN éditeur sur lequel vous avez porté votre dévolu » sont infimes, mais ça arrive Elles deviennent plus importantes si vous allez jusqu’à une trentaine d’envois (pas forcément en même temps, on peut faire ça par vagues de cinq ou dix, en envoyant les refusés-retournés lors de la vague suivante). On en reparlera.

 

L’arrivée du sac postal plein de manuscrits chez l’éditeur rappelle, en plus sinistre, l’entrée des poulets dans une chaîne d’abattage. J’en ai été témoin chez Grasset, et la description que j’en donne dans « Le Vertige des auteurs » est malheureusement  authentique :

   Il se dirigea vers un guichet austère, mais ne put y accéder. Un gros homme, porteur d’un baluchon, l’avait bousculé. C’était un facteur, qui déversa son sac à même le sol maculé de taches grasses. Les envois de manuscrits du jour, à en juger le contenu. Sylvain regarda déferler avec pitié ces années de travail, ces moments d’espérance. Toute la misère de la littérature était là, impudente.

   Qu’avait-il de plus qu’eux ? Il le savait bien : une foi en son œuvre, l’originalité de son idée, le soutien de la presse. Est-ce que cela suffisait ? Il fut tenté de jeter son manuscrit dans la jonchée qui encombrait maintenant le passage, pour donner une chance au hasard. Pour la beauté du geste, pour raconter l’anecdote plus tard, dans ses interviews. Mais la réussite était capricieuse, et n’aimait peut-être pas qu’on se moque d’elle. Il s’approcha du guichet, piétina quelques manuscrits – c’étaient peut-être ses concurrents les plus dangereux, ceux avec lesquels il serait en balance, en finale, et remit son œuvre.

 

Comment faire partie des élus ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est comment éviter de faire partie des damnés.

 

Ce que je sais aussi, c’est qu’on PEUT se faire publier sans autre piston que ses bonnes relations avec le facteur : je travaille désormais avec trois bons éditeurs (Anne Carrière, Le Castor Astral, et le troisième, tout récent, que j’annoncerai la semaine prochaine)  et je suis entré chez chacun avec un manuscrit anonyme

 

Je peux donc donner, sinon des prescriptions, un point de vue basé sur mon humble expérience (Humble ? Ha, ha, ha, lui, humble ? Ça va, ça va.)

 

Si la lettre d’accompagnement (on en reparlera) ne vous a pas tout de suite plombé, comment espérer que votre manuscrit soit ouvert, et peut-être même lu, voire lu jusqu’au bout ? En soignant la forme, puis la forme. La forme physique, puis la forme littérale.  Aujourd’hui, je parle de la forme physique, c’est déjà très long.

 

 

 La forme PHYSIQUE du manuscrit.

 

Evitez tout ce qui peut donner une perception d’auteur extérieur au milieu. La proportion de manuscrits « mal habillés » pour entrer chez l’éditeur est impressionnante. A la louche, je dirais un tiers ou la moitié, pour ce que j’ai pu voir chez les uns et les autres.

 

Mise en page :

 

Ne découragez pas la lectrice, pas tout de suite.

Jamais d’impression recto-verso.

Ecrivez dans une typo lisible (le Times est laid, mais  c’est le plus professionnel, le plus courant). Attention au Garamond, très élégant, mais trop marqué Pléiade : à ce stade, ça peut faire rire. Méfiez-vous des typos sans patins, elles sont vite fatigantes pour l’oeil.

Ecrivez dans un corps lisible : selon les cas, je recours au corps 13, ou 13 1/2. On peut aller jusqu’au corps 14, on peut descendre au corps 12 si l’on pratique le double interligne, ce que je ne recommande pas.

Travaillez dans un espacement minimum de 1,5. De l’air, de l’air !

Ne remplissez pas trop votre page, ça fait amateur. De belles marges, plus amples que dans une simple lettre, sont indispensables. N’hésitez pas à donner plus de marge à droite qu’à gauche : certaines lectrices aiment annoter le manuscrit. En tout cas, ça fait déjà manuscrit annotable, donc plus sérieux.

Le remplissage type de la profession, c’est 1.500 signes (espaces et blancs inclus)  par page. Je considère ce chiffre comme une moyenne ; tenant compte des dialogues qui prennent moins de place (ils ne vont pas toujours jusqu’au bout de la ligne), je travaille en 1.800 signes maximum, avec des pages variant entre 1.300 et 1.800 signes, pour une moyenne de 1.500.

Il m’arrive de recourir à de légères variantes, en tenant compte des chapitres : je n’aime pas qu’ils se terminent par une page de deux lignes.

 

Exemples : deux mises en page qui me sont coutumières.

Je commence toujours par un rentré de 3 mm au début de chaque paragraphe. Ça fait moins moderne, mais c’est plus lisible

La première : Times New Roman corps 13, marges en hauteur 3,5 (haut et bas), marges latérales 2,8 (gauche) et 5,4 (droite). Interligne 1,5. Soit 27 lignes maximum par page.

La seconde : Times New Roman corps 13,5 , marges en hauteur 3,3 (haut et bas), marges latérales 2,5 (gauche) et 4,7 (droite). Interligne 1,5. Soit 27 lignes maximum par page.

Dans tous les cas : indication très claire de la pagination en bas à droite.

 

En quatrième de couverture, ne tentez pas de vraie quatrième de couverture. En tout cas,  à ce stade, évitez toute louange sur le texte proposé (surtout pas de « style percutant », « d’histoire haletante », de « personnages inoubliables » ou « d’auteur talentueux »). Cela paraît évident, mais on voit fréquemment de telles vanités.  L’impression produite est désastreuse. Tenez-vous-en à un vrai pitch, en corps 18 ou 20,  en 500 - 700 signes, c’est très bien. Le pitch, c’est un résumé drastique du livre, qui en donne le sujet et le ressort (ce qui rend la lecture intéressante).

 

Couverture : mon expérience est à prendre avec des pincettes. Ce que je fais n’est pas recommandé, et normalement pas apprécié.

Une vraie couverture de tapuscrit, c’est, sur fond de page vide, le titre en gros (genre corps 48 ), et, en plus petit, en dessous : le genre (roman, roman policier, nouvelles, récits, essai, etc.), et le nom de l’auteur.

En bas de la couverture, vous donnez vos coordonnées : adresse, téléphone, mail. (vous les remettrez en page de garde).

 

Et là, je ne respecte pas la règle : j’ai, chaque fois, ajouté un visuel sur la couverture. Ce visuel n’a jamais été le visuel finalement retenu, mais il indique un peu « le climat » et le sujet du livre. Jusqu’ici, ça m’a porté chance, donc je continue. Sur mon premier roman (« Le Vertige des auteurs »), c’est ce qui a permis au manuscrit d’émerger dans les arrivages du jour : l’éditeur m’en a reparlé quand il m’a appelé.

Pour mon tout dernier manuscrit, j’avais fait mieux (ou pire, je ne sais) : j’avais, sous le visuel, donné le pitch en très gros caractères. En tout cas, ça a marché.

Je le redis, ce que j’ai fait n’est pas conseillé.

 

Reliure : pas d’agrafage, évidemment. Et évitez les dos carrés/collés. Ils ne permettent pas de lire aisément le manuscrit à plat.  Alors, que choisir ? Il y a deux solutions :

- la solution « feuille à feuille ». Les pages restent libres, elles sont contenues dans un classeur sur lequel vous porterez une grosse étiquette ou carrément une feuille 21 x 29,7 collée, très bien collée, j’insiste (si elle se perd, c’est votre tapuscrit qui se perdra).

- la solution « reliure serpentin ». Elle permet de lire le tapuscrit plus aisément, notamment dans les transports en commun.

J’ai utilisé les deux solutions. Je préfère la seconde, expérience faite : un éditeur qui avait reçu le roman en feuille à feuille avait perdu une centaine de pages sans s’en apercevoir (si, si, c’est vrai !). Il m’a dit qu’il était gêné par « les ellipses très brutales du récit ». Anecdote dont je garantis l’authenticité.

 

Voilà, c’est tout pour la forme physique. Le très prochain billet sera consacré à la forme « littéraire ». Adjectif impropre, mais je n’en ai pas trouvé d’autre. En lisant le billet, vous comprendrez ce que je veux dire.

 

Par Georges F. - Publié dans : Arduité de la publication
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Mardi 1 septembre 2009 2 01 /09 /2009 14:49

Beaucoup d’auteurs qui ne parviennent pas à se faire éditer se consolent en mâchonnant le vieux leitmotiv : en édition, hors du piston, point de salut ! Pour être publié, il FAUT (cf billet récent) :
- venir d’un sérail : Normale Sup, Sciences Po, journalisme, show-biz, people, famille en vue, ou bien sûr avoir un parent travaillant dans l’édition.
- connaître une relation bien placée dans les milieux de l’édition, de l’écriture ou de la critique, qui poussera votre manuscrit auprès des éditeurs
- avoir un physique avenant et ne pas hésiter à plier ce physique aux caprices libidineux des directeurs de collection
- écrire des histoires très intimes, très scandaleuses, ou honteusement défalquées de romans à succès - habiter Saint-Germain-des-Prés
- fréquenter les fêtes, cocktails et pince-fesse de l’édition

Tout n’est pas faux dans cette idée fixe. Ce qui est faux, c’est qu’elle soit toujours vraie. Mais il me paraît normal que les candidats à l’édition ayant dans leur cartable un ou plusieurs de ces atouts passe devant (cela n’empêche pas qu’on puisse passer derrière).

- Il est normal que les anciens élèves de Normale Sup soient, a priori, considérés comme des meilleurs candidats que la moyenne : ils sortent d’une école où l’on a plongé dans la littérature pendant 2, 3 ou 4 ans de khâgne, avant d’affronter un concours où la qualité d’expression compte pour beaucoup. Si je dois faire soigner mon chat, c’est pareil, je serai plus rassuré par un type diplômé de l’Ecole Vétérinaire de Maisons-Alfort.

- Il est normal qu’un éditeur soit, a priori intéressé par un manuscrit signé par un type du show-biz. Cela ne voudra pas dire qu’il sera bien écrit, mais qu’il sera bien vendu : l’auteur est connu, le lecteur achètera en espérant quelques confidences de salle de bains. Et l’auteur fera plus aisément le tour des télés pour en parler.

- Il est normal qu’un candidat bénéficiant d’un appui dans les milieux de l’édition soit, a priori, considéré comme plus intéressant qu’un autre lambda : cela signifie qu’il a pu montrer son manuscrit à une personne compétente, qui l’aura lu, qui aura suggéré des modifications, qui aura jugé le texte présentable (les « gens bien placés » seraient très vite mal placés, s’ils se mettaient à recommander n’importe quoi.)

- Il est normal qu’un physique avenant soit préféré à une sale gueule patibulaire : mettez deux inconnus, l’un avenant et l’autre patibulaire, l’un à côté de l’autre dans un salon du livre. A votre avis, lequel dédicacera le plus ? Lequel sera le plus facilement invité par la télévision locale ? C’est triste, mais c’est comme ça. Quand j’arrive à la Journée Sciences Po du livre, en compagnie de Florian Zeller, je sais que les cris d’extase des groupies seront pour lui, pas pour moi. Si vous êtes celle qui a poussé les cris d’extase pour moi, faites-vous connaître, que je vous embrasse.

- Il est hélas normal que les histoires très intimes, très scandaleuses, même défalquées de romans semblables précédemment parus, soient jugés intéressants, à condition qu’elles soient encore plus intimes, encore plus scandaleuses. La turpitude et le voyeurisme n’ont de limite que celles que se donnent les auteurs. On a les lecteurs qu’on peut, on les attrape par où l’on peut.
On peut préférer les lecteurs férus de littérature (c’est mon cas), mais ils sont plus exigeants.

- Il est normal qu’on veuille habiter Saint-Germain-des-Prés si l’on souhaite publier : on y rencontre plus facilement des écrivains connus. On peut même y nouer des amitiés. J’ai longtemps habité ce quartier. Je dînais fréquemment en face de Pierre-Jean Rémy, aux Ambassadeurs. Je faisais mes courses le dimanche matin en même temps que Romain Gary à l’ancien petit marché du haut de la rue du Bac (il achetait plutôt des carottes et des champignons, et moi des légumes verts). Il m’aurait été aisé d’entamer une conversation. Mais à l’époque, je ne fréquentais que les publicitaires. Tttt, que d’années perdues !

- Il est judicieux de perdre son temps dans les fêtes et cocktails littéraires : on y rencontre des tas de gens très intéressants si l’on ambitionne de faire partie du paysage littéraire. Des candidats-auteurs avec qui vous pourrez échanger vos projets, des auteurs qui pourront vous conseiller, des journalistes qui pourront vous donner des points de vue sur vos manuscrits. Vous y entendrez des échos passionnants sur les nouveaux directeurs littéraires, sur les changements de cap des éditeurs. Je ne fréquente pas ces pince-fesses, mais, à un niveau très inférieur, je suis souvent allé aux remises des prix , à l’époque des concours de nouvelles. C’était parfois obligatoire si l’on voulait repartir avec le chèque bien mérité. Le buffet était souvent maigre, l’assistance aussi. Mais j’y ai noué des connaissances, des amitiés entre auteurs, qui me sont chères. Nous continuons à correspondre, et même parfois à nous entraider.

Imaginez maintenant un candidat-auteur qui réunisse tous ces atouts. Avec le mal qu’il se donne pour cela, il est normal qu’on lui donne la priorité. L’important, c’est qu’il ne prenne pas toute la place, c’est qu’il en laisse aux ploucs comme moi qui arrivent derrière avec un carnet d’adresses ou un livret de famille aussi décourageant que leur physique.

Or il y en a. Oui, il y a des places à prendre quand on arrive chez l’éditeur (chez presque tous), inconnu, présenté par la poste, caché dans une grande enveloppe kraft. Il y a une place à prendre, encore faut-il savoir l’occuper. On en parlera dans quelques prochaines rubriques.

Par Georges F. - Publié dans : Arduité de la publication
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Samedi 29 août 2009 6 29 /08 /2009 08:44
Je prépare la série de billets sur le thème "Comment essayer de se faire éditer en passant par la poste". Peut-être vous sera-t-elle utile ; au pire, cela vous fera un beau sujet de conversation dans les dîners de copains.

Pour vous faire patienter, juste pour vous mettre en bouche, je cite un passage d'un roman, paru il y a un peu plus de deux ans, qui éveillera peut-être chez certains une étrange résonance : il narre les déboires d'un candidat à l'édition. A lire comme ça, il paraît un peu méchant, mais je vous rassure : c'est une histoire tout en tendresse. Elle finit d'ailleurs presque bien. Voici le passage :


 
                                                                        
( .....) Les trois auteurs passèrent l’après-midi à échanger leurs récits de visite chez les éditeurs. Ils le
savaient, ils étaient comme des gueux, tournant en psalmodiant autour d’une citadelle aux mille portes. Parfois, une porte s’ouvre, une main happe un gueux, il entre. Et les laissés-pour-compte voient bientôt le gueux triomphant en haut des murailles, l’entendent crier « Gardez courage », et tous continuent leur ronde implorante. Les plus heureux, ceux qui ont connu l’élu, qui l’ont vu entrer, en parlent longtemps autour d’eux, s’attribuent un peu de sa réussite, et tous gardent espoir. Un jour, la porte s’ouvrira pour eux.


Il n’y avait jamais de porte pour Raymond. Il avait, lui aussi, étalé son dossier de lettres de refus, et en comparait le contenu avec celui de Blandine : mêmes regrets, mêmes vagues encouragements, mêmes conseils, mêmes souhaits de le voir disparaître.

Ils évoquaient leurs souvenirs, comme d’anciens étudiants parlent de leur vieille faculté. Le minuscule escalier et les portes bleues de L’Olivier. L’odeur de soupe et de moisi, à l’entrée des Éditions de Minuit. Tous ces échecs avaient soudain leur charme.

Les heures passaient, l’euphorie les gagnait. Entre miséreux, le monde devenait plus beau. Ils exhibaient en riant les lettres les plus vexatoires. Ils se montraient leurs plaies, comme des lépreux hilares. Grasset n’avait pas aimé le recueil de Blandine : " ils se concentraient exclusivement sur les textes qui les enthousiasmaient par leur force, leur originalité, leur style. En toute franchise, ils n’avaient pas ressenti cet élan dans le cas présent". L’Arpenteur expliquait à Raymond que " son texte n’entrait pas du tout dans la catégorie des textes qu’on désirait publier" . Refuser les auteurs ne suffisait pas, il fallait les blesser pour éviter toute nouvelle tentative d’intrusion, peut-être même d’écriture. (................)

Dans les prochains billets, nous parlerons donc des façons d'entrer dans la citadelle ou de s'en faire éjevter. Il arrivera aussi que je parle d'autre chose, pour ne pas vous lasser. Ni me lasser. A bientôt !

Par Georges F. - Publié dans : Arduité de la publication
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Jeudi 27 août 2009 4 27 /08 /2009 15:09

Comment optimiser ses chances de trouver son éditeur

en envoyant son manuscrit par la poste

 

 

Préalable : je vais publier sur ce sujet quelques billets au fil des jours, car je suis scandalisé de voir la même antienne ressassée à longueur de semaines sur certains autres blogs. Le message principal de ladite antienne n’est pas toujours faux, mais il est encore moins toujours vrai. Le répéter comme une vérité absolue, c’est faire preuve de malhonnêteté intellectuelle. Ou de sottise. Que l’on soit sot ou malhonnête, cela ne me dérange pas tant qu’on ne se pose pas en conseiller ou coach des auteurs aspirants à l’édition. Mais lorsqu’on risque ainsi de briser des vocations d’auteur, cela devient scandaleux.

 

Je ne prétends pas me poser en modèle de carrière des futurs édités, ni en conseiller de personne dans l’aventure éditoriale. Je viens simplement apporter une expérience d’auteur qui a toujours trouvé des éditeurs, des vrais éditeurs, référencés à la Fnac, et dont les livres, y compris les mien, trouvent échos dans les grands médias. Ces éditeurs, je les ai toujours trouvés par la poste, ou en déposant anonymement mes manuscrits chez eux, comme un simple coursier.


 

Certains de ces prochains billets vont recouper d’anciens billets publiés sur ce blog, il y a un an ou plus. Désolé pour ces répétitions. Après tout, il y a bien des blogs qui répètent le même message chaque semaine, alors, hein...

 

La litanie contre laquelle je m’inscris en faux est déballée ci-dessous. Elle s’appuie sur deux idées fixes. Et fausses.

 

Idée fixe et fausse  N° 1. Si vous voulez être publié, il faut pouvoir compter sur un ou plusieurs des atouts suivants :

 

- venir d’un sérail : Normale Sup, Sciences Po, journalisme, show-biz, people, famille en vue, ou bien sûr avoir un parent travaillant dans l’édition.

- connaître une relation bien placée dans les milieux de l’édition, de l’écriture ou de la critique, qui poussera votre manuscrit auprès des éditeurs

- avoir un physique avenant et ne pas hésiter à plier ce physique aux caprices libidineux des directeurs de collection

- écrire des histoires très intimes, très scandaleuses, ou honteusement défalquées de romans à succès 

- habiter Saint-Germain-des-Prés

- fréquenter les fêtes, cocktails et pince-fesse de l’édition

 

Idée fixe et fausse N° 2. Si vous n’entrez pas dans la grille ci-dessus :

 

-  le manuscrit que vous enverrez ne sera pas ouvert

- s’il est ouvert, il ne sera pas lu

- s’il est lu, il ne passera pas en comité et sera aussitôt refusé avec une lettre standard

- s’il passe en comité de lecture, il ne sera pas publié

- s’il est publié, il n’aura droit à aucun écho dans les médias : il est condamné à mort.

 

Soyons clairs : il n’est pas interdit de disposer des atouts mentionnés en idée fixe N° 1. Et si on veut être édité, il est parfois bon de les faire jouer (à part le physique avenant etc.). Beaucoup d’auteurs - y compris des excellents - sont entrés dans l’édition par cette voie.

 
Mais on peut aussi être édité, bien édité, si...

- si l’on ne connaît personne d’autre que le guichetier du bureau de poste,

- si l’on habite la banlieue parisienne ou un hameau perdu au fond de sa province,

- si l’on est professeur des écoles, chômeur ou cartographe, totalement inconnu.

- si l’on est trop timide pour faire des connaissances ne serait-ce qu’au bal des pompiers,

- et si l’on écrit un roman qui ne ressemble à rien, dans un style qui ne ressemble à celui de personne. C’est même préférable.

 

Dans les prochains billets, j’aborderai, de façon cousue ou décousue, les points suivants :


- tous les atouts de l'idée fixe n° 1 ne sont pas forcément une injustice : ne gémissez pas, dépassez-les.
 

- envoyer son manuscrit, mais dans quel état ? Points de vue sur la présentation.

 

- envoyer son manuscrit, mais avec quelle garniture ? Les pièces jointes.

 

- envoyer son manuscrit, mais à qui ? À quel éditeur ? À qui chez l’éditeur ?

 

- envoyer son manuscrit, mais avec quelle stratégie ? Actions préalables ou postérieures.

 

- envoyer son manuscrit, mais avec quelles chances de succès ?

 

- envoyer son manuscrit, mais avec quelle approche quantitative ? Nombre d’exemplaires distribués ? Quel budget ?

 

- autres questions ? Vous en aurez peut-être. Je vous laisse les poser.

 

Remarque conclusive : je ne suis pas gourou. Je ne suis pas même expert. Je ne suis qu’auteur et  témoin apportant une expérience personnelle qui donne des résultats qui me conviennent (6 livres  publiés en 7 ans, chez 4 éditeurs différents, avec de bons échos dans les médias). Je ne donnerai donc aucun conseil particulier "de personne à personne" : je ne veux pas et ne peux pas en donner. Je répondrai aux questions si elles semblent d’intérêt général. C’est déjà beaucoup,non ? Hé, il faut aussi que j'écrive !


Si vous pensez que ces billets peuvent intéresser des amis, des lecteurs de votre blog ou d'un blog que vous fréquentez, des visiteurs d'un forum, n'hésitez pas à les signaler ou à donner le lien, mais en évitant tout caractère parasitaire SVP.

Par Georges F. - Publié dans : Arduité de la publication
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Lundi 24 août 2009 1 24 /08 /2009 19:13

 

Comment faire publier un manuscrit ? Il y a, chez certains candidats à la publication une ferveur, une foi touchante en un vieux dogme : il est impossible, absolument impossible, de se faire éditer si l’on ne dispose pas de relations, de réseaux, et autres confréries para-maffieuses. Il y a soixante-quinze ans, on aurait pris un air entendu pour parler des Juifs et des francs-maçons. Aujourd’hui, on susurre, en hochant gravement le menton, qu’il faut être ancien de Normale Sup ou de Sciences Po, habiter Saint-Germain-des-Prés, appartenir à une famille en vue ou aristocratique.

 

C’est toujours aussi nul comme état d’esprit.

 

 Et ça conduit tout droit à l’échec : en se donnant cet alibi pour excuser ses premiers échecs, on plombe tous ses nouveaux projets. À quoi bon écrire si l’on est enseignant dans une petite ville de province, ou chômeur perdu en grande banlieue parisienne, hein ?

Et pourtant, c’est possible.

 

Si l’on veut être publié, il faut commencer par avoir à la fois une grande conviction, une orgueilleuse conviction « Oui, ce que j’écris doit mériter la publication ». Il faut aussi une grande opiniâtreté : « Si dix maisons ont refusé mon manuscrit, ce n’est pas forcément qu’il est dix fois mauvais ; c’est peut-être, simplement, que j’ai écrit à dix mauvaises maisons, je vais en essayer dix autres ». Il faut aussi une grande humilité « Si cinquante maisons ont refusé mon manuscrit, peut-être est-il perfectible... comment ? »

 

Mais cela suffit-il ? Oui et non.

 

Ce qui complique la situation, c’est que la vérité en ce domaine est toujours composite. Oui, il peut être plus facile de vous faire éditer si vous êtes une silhouette publique, ou si vous êtes ami d’enfance d’un directeur littéraire d’Actes Sud. C’est possible, mais ce n’est pas toujours vrai : faire passer un manuscrit par une personne influente, proche d’une maison d’édition, c’est parfois condamner l'oeuvre à des mois de ni-oui ni-non chez l’éditeur ; on n’ose pas le refuser pour ne pas déplaire à Monsieur Linfluent, mais on ne va pas non plus l’accepter. Alors on cherchera à décourager l’auteur : on fera traîner, on demandera des changements d’intrigue, de personnages, on inventera de mystérieux cheminements de l'œuvre  dans la hiérarchie de la maison...

 

J’ai vécu cela, et je ne suis pas le seul.

 

Il y a une autre méthode plus simple : la poste. J’ai déjà abordé le sujet il y a plus d’un an, je vais le reprendre en l’étoffant, car il revient à l’actualité. Je me suis rtécemment permis de témoigner de cette possibilité sur un blog très fréquenté par les ouhanabis de l’édition - ou plutôt par les désespérés de l’édition. Mon témoignage était simple, argumenté, sans polémique. Certains auteurs ont témoigné de son bien-fondé. Que croyez-vous qu’il arriva ? Le témoignage a été rejeté :

- premier  temps : « Ah, si Georges Flipo a été publié, c'est parce qu’il est publicitaire ». J’ai alors expliqué que cette origine professionnelle ne m’a jamais servi. Je n’ai d’ailleurs jamais eu droit à une ligne dans CB News ou dans Stratégies

- deuxième temps : « Ah, il a été publicitaire, c’est donc un menteur. Son histoire de livres publiés après avoir été envoyés par la poste, c’est évidemment un mensonge de pubard ».

Bref, c’est  impossible ; donc il est impossible que ce soit possible.

 

 

N’ayant pas de goût pour la polémique, je vais laisser les mal-aimés gémir dans leur marigot, et j’expliquerai ici que l’on peut faire publier son manuscrit par la poste, sans aucune relation, sans aucune lettre de recommandation 

Ce sera l’objet d’un prochain billet.

 

Par Georges F. - Publié dans : Arduité de la publication
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Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /2009 14:18
Je dépose ci-dessous (en typo noire, Times)  un billet qui n'est pas de ma main. C'est un appel aux visiteurs.


LISEZ-VOUS DES NOUVELLES ?
N'ayez pas peur de lever la main : ici, ce n'est pas honteux. Vous pouvez en parler sans rougir, sans bafouiller.
N'hésitez pas à signaler, en commentaires de ce billet, les recueils que vous avez aimés cet été - à condition qu'ils aient été publiés entre juin et septembre 09.  Les nouvelles d'auteurs étrangers sont, je crois, également concernés par l'appel de Pascale. La précision "09", c'est moi qui l'apporte. C'est idiot de ma part, je perds un beau prétexte pour parler de  "Qui comme Ulysse" (fin août 08).



" Amis critiques, libraires, écrivains, éditeurs, avez-vous un recueil de nouvelles (exclusivement des nouvelles) imprimé, pas numérique, à me conseiller dans les livres de la rentrée littéraire ? Je cherche une parution entre juin, juillet, août, septembre, période imposée par les médiathèques à qui je vais présenter mes coups de coeur de la rentrée littéraire. Je suis toute ouïe, merci ! " (Pascale)

Nicolas, vous pouvez re-publier ici votre réponse, en commentaire.
Par Georges F. - Publié dans : Arduité de la publication
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Mercredi 9 juillet 2008 3 09 /07 /2008 14:20

 

 

 

Faire éditer un manuscrit, c’est aussi facile que de passer dans Gala

 Mon dernier billet sur « la démarche pilotée » permettant de trouver un bon éditeur pour son bon manuscrit s’est poursuivi par de nombreux commentaires fort intéressants, et quelques mails privés assez éclairants.

Rappel de la question de cours : La méthode pilotée consiste à entrer avec un bon manuscrit X dans une maison d’édition A pour vous y adresser à un interlocuteur précis B, en étant chaleureusement recommandé par un influenceur C. Il faut que les trois paramètres A, B, C soient réunis pour que l’on puisse parler de méthode pilotée. Il est aussi préférable d’avoir le manuscrit X, mais je ne suis pas sûr que ce soit indispensable, surtout après avoir lu ces réactions. 

Je vais essayer de synthétiser les réponses apportées à la question : à quoi servent ces influenceurs C ? Pourquoi se verraient-ils remettre des meilleurs manuscrits que les comités de lecture ? 

Parce que, si la recommandation de l’influenceur est active/impliquée, « cela rassure l’éditeur ».

> MAIS… En quoi, sur quoi, cela devrait-il le rassurer ? Sur la capacité de l’auteur à mobiliser l’influenceur ? Donc sur son réseau d’appuis ?  Est-ce que ça suppose que ce réseau d’appuis sera déterminant pour l’avenir du candidat auteur ? pour un auteur, est-ce important de rassurer un éditeur sur sa peoplabilité ?

 

Pour Nicolas Ancion, qui semble bien placé pour en parler, « ce jeu-là est parfaitement normal : être éditeur, c'est avoir un réseau et un prestige qui attirent les bons manuscrits mais aussi les bons lecteurs et les bons auteurs, qui, lorsqu'ils connaissent bien la maison, jouent les filtres et les barrages, pour ne proposer que des manuscrits qui leur semblent correspondre à la ligne et à la qualité attendues ».

> MAIS…il y a pour moi un couac dans cette logique :

pourquoi les bons auteurs sont-ils supposés connaître suffisamment la maison pour savoir jouer des filtres et des barrages ? Est-ce que vraiment cela fait partie des tests de sélection ?


Une correspondante, qui tient à garder l’anonymat, me donne par mail une réponse longue et argumentée, plus inquiétante, que je résume : NON,
l’influenceur C ne rend pas service à l’éditeur, c’est l’éditeur qui rend service à l’influenceur C. En clair : certains influenceurs ont un pouvoir suffisant (pouvoir de nuisance, pouvoir de prescription) pour que l’éditeur ne puisse pas leur refuser de publier le manuscrit poussé par l’influenceur. Ce serait d’ailleurs la raison pour que le système implique une prescription personnalisée, insistante (appel téléphonique).

> MAIS... Mais rien. Je reste abasourdi par ce point de vue, dont je ne peux apprécier la pertinence. Qu’en pensez-vous ?


Quelques remarques complémentaires :

-          on me signale que l’appui d’un influenceur peut être un facteur de nuisance : l’éditeur, s’il n’est vraiment pas emballé, n’osera pas le dire franchement, pour ne fâcher personne. Il jouera la stratégie du pourrissement, laissera traîner le manuscrit pendant des mois, tout en le couvrant de louanges, il invoquera des hésitations au sein du comité de lecture, des problèmes (illusoires) qu’il fera traîner, des modifications qu’il demandera en espérant que l’auteur lui claquera la porte au nez. Pendant ce temps, l’auteur n’osera pas proposer son manuscrit ailleurs, de crainte de se griller avec l’influenceur. Le petit jeu peut durer très longtemps jusqu’à ce que l’auteur reprenne son manuscrit sans jamais avoir reçu de niet.

-          Il n’est pas déshonorant de passer par un influenceur, si on en connaît un, me rappelle-t-on, ne serait-ce que pour gagner du temps, ou pour éviter les lectures trop hâtives de la première page.  De très bons auteurs arrivent ainsi, chaque année, sur le marché. J’en suis entièrement d’accord.

-          Envoyer un manuscrit à un interlocuteur « éditeur » trop précis dans une maison d’édition peut s’avérer dangereux, plus dangereux qu’un envoi au comité de lecture, si vous n’avez pas très bien identifié les profils d’auteurs qu’il pilote. En cas d’erreur de ciblage, il prendra rarement la peine d’aller voir le collègue du bureau d’à côté « Hé, Lulu, j’ai un manuscrit dont je ne veux pas, c’est trop mélo, tu serais intéressée ? »


-         
À ce propos, je crois que les grosses maisons d’édition pourraient faire un effort ; je parle de celles qui disposent de plusieurs « éditeurs » en leur sein. Elles pourraient aisément prendre une mesure qui rassurerait sur leur volonté de transparence : afficher, sur leur site, la liste de ces éditeurs. Bien sûr il est douteux qu’elles puissent afficher un « profil » de chacun de ces éditeurs, mais elles pourraient au moins donner la liste des auteurs que chacun a en portefeuille. Cela ne ferait aucun tort à ces éditeurs, et cela aiderait les auteurs à moins gaspiller leurs manuscrits.


Bilan ? La méthode pilotée, je ne sais qu’en penser. J’ai découvert qu’elle existe, qu'elle est ardue et quand même aléatoire, c’est déjà beaucoup. Quant à la méthode courageuse, elle ne demande comme courage que celui d’aller à la poste déposer une grande enveloppe, et elle donne de bons résultats.
Bien sûr, on ne peut négliger le climat de compétition dans lequel chaque manuscrit débarque sur la table de la lectrice, il faut simplement en tenir compte. Mais ce climat existe aussi pour les manuscrits arrivant « pilotés ».


Pour en finir avec ce sujet que je maîtrise beaucoup moins bien après l’avoir traité, il y aurait donc deux types d’auteur.

 

Les auteurs en arroi. L’arroi, rappelons-le, c’est l’ensemble des personnes entourant un grand personnage.

Les autres resteront des auteurs en désarroi. Ils continueront à entretenir d’excellentes relations avec le facteur.


Le visuel tout en haut, c'est un poisson-pilote, vous l'avez certainement reconnu. Oui, je sais, ce n'est pas extraordinaire, comme idée. Vous en avez de meilleures ? 

 

 

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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /2008 19:31


La méthode pilotée, c’est celle qui consiste à entrer avec un bon manuscrit X dans une maison d’édition A pour vous y adresser à un interlocuteur précis B, en étant chaleureusement recommandé par un influenceur C. Il faut que les trois paramètres A, B, C soient réunis pour que l’on puisse parler de méthode pilotée. Il est aussi préférable d’avoir le manuscrit X, mais ce n’est, paraît-il, pas indispensable. 

 

Pendant longtemps, la méthode pilotée, je la voyais un peu comme les zoologues du début du XXème siècle voyaient l’okapi. Quand on leur en parlait, ils se marraient avec indulgence. L’okapi, c’était pour eux une baliverne commode,  une vieille légende colportée par des chasseurs bredouilles « C’est à cause de l’okapi, il rend toute chasse impossible ».

Et je viens de me retrouver dans la peau du zoologue nez à nez avec le fabuleux okapi : je viens de découvrir que la légende, la méthode pilotée est une réalité. Découverte qui fait vaciller toutes mes certitudes.

 

Elles étaient pourtant bien, mes certitudes : je proclamais partout que la vraie et bonne méthode pour se faire publier, c’était la méthode courageuse, celle qui consiste à envoyer son manuscrit par la poste aux « services manuscrits » des éditeurs qui nous paraissent intéressants.

 

Et voilà que tout s’est écroulé lors de la plus formidable des rencontres : le festival du premier roman, à Chambéry. Nous étions quatorze, tous débutants dans l’univers du roman, évidemment. Quatorze à avoir produit un roman qu'on peut supposer bon, puisqu’on nous avait élus comme les meilleurs premiers romans de l’année. Quatorze héros à avoir déposé nos bébés au guichet de la poste, à avoir tapé dans l’œil de la lectrice anonyme, à avoir franchi l’épreuve du comité de lecture, bref quatorze courageux témoins du bien-fondé de la méthode courageuse, c’était du moins ce qui me paraissait évident. Je me suis quand même renseigné : résultat, pas du tout, une majorité était arrivée sur la cime en passant par la voie pilotée. 

 

Ces bienheureux étaient, je le précise, des auteurs tout à fait normaux, des gens charmants pas snobs pour un euro, de sympathiques profs ou fonctionnaires (genre banlieue moche ou province enfouie), des auteurs qui ont aussi un vrai métier plus racontable qu’auteur, des collectionneurs de bulletins de salaire d’entreprises obscures, des individus sympas mais qui ne passent pas leurs nuits dans les boîtes de Saint-Germain des Prés et qui n’ont pas leur rond de serviette au restaurant des Editeurs, place de l’Odéon. Je crois qu’ils ne tutoient même pas Frédéric Beigbeder.

Et pourtant, ils connaissaient « quelqu’un » ou ils l’ont rencontré, « quelqu’un » qui a apprécié leur manuscrit et qui les a recommandés à « quelqu’un » chez…

Cela ne diminue pas leur mérite : leur place à Chambéry, ils ne l’avaient pas volée, leur bouquin était bigrement bon (pour ceux que j’ai lus), et ils s’en seraient certainement aussi bien tirés s’ils étaient passés par la méthode courageuse.

 

Mais il y a trois trucs que je ne comprends pas :

 

1.                  Quand on ne connaît personne, comment s’organise-t-on pour faire connaissance avec « quelqu’un qui.. » ? C’est déjà dur d’être auteur, faut-il en plus se balader partout avec son manuscrit sous le bras, et interpeller chaque quidam bien mis ? Dans quel ordre faut-il procéder ? Faut-il d’abord lui infliger la lecture de quelques pages puis lui demander s’il connaît « quelqu’un » dans une maison d’édition, ou le contraire ?

 

2.                 Quelle est la logique économique du système ? Les maisons d’édition paient pour avoir des « Services des manuscrits », dans lesquelles les lectrices essaient chaque jour de dénicher la perle rare. Mandatent-elles en plus des émissaires : tiens, si tu traînes à Juvisy ou à Villiers-le-Bel, fais un tour au L.E.P., au cas où un enseignant aurait un manuscrit à te soumettre… Ce ne sont même plus des émissaires, ce sont des anges, au sens étymologique du terme, des aggelos, des messagers portant les requêtes des uns, les missives des autres. Ces anges auraient-ils des pouvoirs surnaturels ? Ceux d’apparaître aux génies méconnus, de les attirer ? Pourquoi ces anges se verraient-ils remettre des meilleurs manuscrits que les comités de lecture ? Je pose la question sans aucune ironie, je ne comprends pas comment ça marche. Et pourtant, le résultat est là : les manuscrits arrivant ainsi du ciel sont bons. 

 

 

3.                 Je ne comprends pas, d’autant moins que j’ai essayé. J’ai tenté le coup aux deux bouts de la chaîne, et je me suis pris des vents pas possibles.

J’ai tenté de jouer ce rôle d’aggelos (et j’ai vraiment une tête d’ange) auprès d’éditeurs que j’aime bien « Je connais des auteurs non publiés qui ont de très bons manuscrits, éventuellement je pourrais… ». Non, je ne pouvais rien du tout : on m’a répondu par un silence ennuyé.

A l’opposé, j’ai tenté d’entrer par la filière pilotée il y a quelque temps. A la suite d’un malentendu, j’avais cru que mon éditeur ne retenait pas mon second roman, et j’ai commencé à aller voir ailleurs. Le manuscrit en avait été lu par un nom respecté dans la critique, qui m’en avait fait un commentaire élogieux. Cette personne m’a donné quelques noms précis chez de bons éditeurs, et m’a autorisé à leur écrire en faisant état de cet appui. Résultat ? Rien du tout. En fait, si : des lettres de refus prouvant une lecture un peu plus approfondie. Je n’ai pas poursuivi l’expérience, car le malentendu a été vite dissipé, et la publication de mon manuscrit a été confirmée. Mais le résultat était là : la voie pilotée, ça ne marchait pas. En tout cas, pas pour moi. Il doit manquer un élément dans la combinaison. Et pourtant, les trois termes A, B, C, de l’équation magique étaient là, et le manuscrit X n’était pas nul (il a même eu le temps de trouver un deuxième éditeur).  Peut-être que mon appui devait en plus porter lui-même le manuscrit chez l’éditeur. Mais si l’aggelos doit aussi jouer au facteur, mon facteur pourra-t-il jouer à l’aggelos ? Les deux méthodes vont-elles finir par se confondre.

 

 

 Bilan ? Je ne sais que conclure. La voie courageuse, je vous garantis que ça marche, et je vous ai expliqué comment. La voie pilotée, je dois constater que ça marche pour certains, mais j’ai du mal à vous expliquer comment. Ce qui me perturbe le plus, ce n’est pas l’échec ou le succès, puisque l’autre voie me suffit : ce qui me déroute, c’est la logique chez l’éditeur. Pourquoi une telle confiance en une méthode aussi aléatoire ?

 

La parole est aux commentaires. Ils vont certainement vous aider à y voir plus clair, parce que si vous comptez sur moi, hein…

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