Vendredi 5 septembre 2008

Dans 15 heures à Fuveau, dans 15 jours à Lauzerte. Et Anouar Benm.alek

Quelques nouvelles de « Qui comme Ulysse » : il vogue plutôt bien. De nouveaux très bons articles dans la presse, sans parler de ceux qui s’annoncent maintenant comme sûrs, de beaux premiers comptes-rendus dans les blogs littéraires (et j’en attends d’autres), de réjouissantes mises en place en librairies (vos brefs rapports de visite sont importants pour moi), et même de bonnes premières ventes (plus on lance tôt le mouvement, plus il pourra monter en puissance avec l’appui des libraires : votre appui est ici décisif, et je remercie ceux qui y contribuent). Je ferai prochainement un billet sur le sujet.

 Quelques nouvelles de l’auteur : je suis ce week-end au salon de Fuveau « Écrivains en Provence ». Vous me trouverez facilement : je suis en légère lévitation, un mètre au-dessus de mon stand.

 Et dans quinze jours, le dimanche 21 septembre, je serai à Lauzerte. Venez-y nombreux, il y aura des tas de nouvellistes bien plus fréquentables que moi. Car à Lauzerte, les auteurs sont fréquentables, ils sont venus pour ça : c’est l’esprit de Lauzerte. Je cite ici le récent commentaire de Marty, sur ce blog : elle décrit excellemment le climat qui règne dans ces rencontres de Lauzerte où l’on n’attend plus que vous.

« …L'atmosphère est "sympa" et détendue. on se sent à l'aise durant les différentes manifestations du jour (les lectures faites par les auteurs eux-mêmes) - ce qui est bien aussi pour Lauzerte est ce "bouillon de culture(s)" - ça grouille- qui attire beaucoup de gens assoiffés non pas de bière (!) malgré le beau temps mais de mots, de phrases, d'émotions et d'inconnu. J'attends "la place aux nouvelles" cette année comme l'heureux événement de l'année. Qu'ai-je lu ? qu'est ce qui me plait ? qu'a-t-il à dire, cet écrivain, pour défendre sa cause ? tiens, ce n'est pas comme cela que j'avais vu cette scène, surprise, surprise... »

 

Parmi les auteurs présents à Lauzerte, cette fois encore, il y aura Anouar Benm.alek. J’ai beaucoup aimé son recueil « L’anné.e de la putain » (Fayard). L’an dernier, il était candidat, comme moi, au Prix du Scribe (« Place aux nouvelles ») qui se tient à Lauzerte. Quand j’ai lu son recueil, j’ai annoncé à Jacques Griffault, l’organisateur : « Tous les candidats sont bons. Mais il y en a un par qui je serais enchanté d’être battu, c’est Anouar Benm.alek».
Il y en avait une autre, Françoise Guérin et son très bon recueil « Mot Compte Double » (oui, comme son blog-carrefour littéraire), mais elle m’a si souvent battu dans les concours de nouvelles que ça me dérangeait moins de la battre, hé, pour une fois ! Ils ont tous deux été sympa, ils m’ont laissé gagner. J ‘en ai été un peu gêné, mais ça m’a fait tellement de bien : ce prix a été décisif dans ma décision de continuer à écrire des nouvelles, à un moment où je me demandais si…
Tout le monde connaît Françoise Guérin, mais on connaît moins Anouar. Le temps d’un week-end à Lauzerte, j’ai découvert qu’il était excellent mathématicien : c’est même son métier, il est docteur en probabilités et statistiques, qu'il enseigne à l’université de Rennes. Cela me ravit, j’avais toujours cru que la littérature était le seul art interdit aux mathématiciens. Il y en a en dessin (Piranese), en peinture (Duchamp). Mozart était excellent en mathématiques quand il était enfant. Il se débrouillait assez bien en musique aussi. Je crois qu’il voulait faire les deux : en écoutant certains morceaux, on croit voir se dessiner les courbes, légèrement décalées, de ses partitions.

  Où en étais-je ? Ah oui, tout ça pour dire que je ne connaissais pas d’écrivain mathématicien (vous en connaissez, vous ?) Maintenant, je connais Anouar. Dans un premier temps, j’ai d’abord trouvé Anouar très sympa, mais je garde un doute : ne serait-ce pas lui qui m’aurait piqué ma bière tandis que j’écrivais mes dédicaces ? Ensuite, je l’ai trouvé drôle, et même vif et très drôle. Bien trop drôle pour un mathématicien, je me demande s’il est si bon que ça en maths. Tiens, à Lauzerte, je lui ferai calculer de tête des racines cubiques pour en avoir le cœur net.

 
Mais je découvre aussi, un peu tard, qu’il sait être très sérieux. Et même grave quand il parle de problèmes graves. Courageusement grave. Lisez ses réponses aux questions de Rémi Yacine pour le quotidien algérien El Watan, c’est tout chaud, ça date de moins d’un mois. C’est beau, ses réponses sur l’enfer et le paradis. C’est à l’honneur de notre métier d’écrivain.

Voyez ce que déclare celui que L’Express appelle « un Faulkner méditerranéen. El Watan le considère comme « l’écrivain algérien le plus talentueux ». Si vous voulez en savoir plus, allez sur son site.

Le questionnaire, c’est celui de Proust. Je vais finir par aimer Proust quand je lis les réponses que lui donne Anouar.

« Docteur d’Etat en probabilités et statistiques, enseignant à l’université, l’écrivain algérien le plus talentueux déroute aussi bien ses lecteurs que ses critiques. Qualifié de « Faulkner méditerranéen » en France, honni par une certaine presse de son pays qui avait appelé au boycott de son dernier livre Ô Maria, Anouar Benm.alek atteint l’universalité dès ses premières œuvres. Il avait fait parler de lui après les émeutes d’octobre 1988, en créant le Comité algérien contre la torture »
(Rémi Y.acine) 
          

 

Que représente pour vous le Paradis ?
« Comprendre », voilà ce que serait pour moi, libre penseur, le Paradis comme objectif ultime d’une vie : comprendre l’univers, comprendre le pourquoi de notre si dérisoire et si microscopique présence dans cet univers. Ou, plus exactement, comprendre sans trop de chagrin qu’il ne saurait y avoir de raison à cette présence autre que celle du hasard, hasard ni bienveillant ni malveillant en soi, s’accommoder de cette terrible constatation de la parfaite contingence de l’existence de l’être humain, en tirer le courage de passer le restant de sa vie à apprécier malgré tout la chance, — écrasante parfois — d’avoir été muni par l’évolution d’un cerveau capable à la fois d’admirer et d’interroger le fonctionnement et la structure de ce monde qui nous transcende si infiniment.
Comprendre, c’est, pour moi, dépasser l’humiliation de l’indifférence de la nature et du temps à notre égard ; c’est l’âpre fierté d’appartenir à la descendance de ce minuscule primate humain capable, après plusieurs millions d’années de tâtonnement dans la jungle et dans la savane africaine, de se dresser sur ses deux pattes arrière pour tenter de fouiller, « les yeux dans les yeux », l’insondable noirceur du cosmos qui l’environne.

 

Que représente l’Enfer ?
Au contraire du Paradis qui, lui, peine à se concrétiser de notre vivant, l’Enfer est d’abord éminemment terrestre. On peut douter du Paradis, pas de l’Enfer ! Particulièrement protéiforme, il s’adapte à tous les pays, à toutes les cultures, tirant profit de l’éternelle alliance de la cruauté, de la cupidité et de la bêtise des hommes. L’esclavage, la colonisation, les guerres de conquête, les situations de famine, en sont quelques-uns des exemples les plus « réussis ».
Dans nos pays, une de ces versions contemporaines de l’Enfer apparaît lorsque les « Autres » s’évertuent à vous imposer coûte que coûte leur propre variante du Paradis céleste, en ne reculant devant aucune extrémité, la force brute, la propagande imbécile, les manipulations politiques et juridiques les plus indignes ou même l’assassinat pour les plus barbares.
Je pense aux terribles massacres de la décennie dite noire, par exemple où des villages entiers d’Algérie ont pu être décimés. Je pense également, en ce qui concerne l’actualité récente, à ces scandaleuses histoires d’inculpation et de condamnation à des années de prison ferme de certains citoyens algériens au motif que ceux-ci se sont convertis à une religion autre que la religion dominante en Algérie. Il paraît que des « textes » prévoient maintenant dans notre pays une interdiction de facto de ces conversions, relevant pourtant de l’ordre le plus privé de l’existence.
Ces textes scélérats, votés par un parlement aux ordres, ne peuvent être que des textes contraires au texte fondamental censé régir la vie du pays : la Constitution prévoit explicitement le droit à la liberté de conscience. Et qu’y a-t-il de plus fort, en matière juridique, que la Constitution ?
Qui peut ignorer cette règle d’acier de la primauté de la Constitution sur toute élucubration juridique attentatoire à l’intime conviction religieuse : le président, le premier ministre, le gouvernement, le parlement, le sénat, le député de base, le chef de parti dit démocratique ? Et je ne cite même pas le Conseil constitutionnel, juge ultime, bien étrangement absent dans cette question !
Le plus triste, dans cette histoire, réside à mon sens dans le fait que les textes sur la conversion et sur l’exercice des cultes autres que le culte majoritaire aient été malgré tout votés sans opposition par toutes les sensibilités et les partis politiques siégeant à l’Assemblée nationale, de la gauche extrême (mais oui !)  à son symétrique islamiste de l’autre côté ! N’y a-t-il donc pas eu au moins un député s’élevant publiquement contre cet assassinat de la liberté individuelle ou soulevant, même timidement, l’argument de l’inconstitutionnalité de ces nouvelles « lois » ? Notre désespérant parlement ne restera-t-il, quoi qu’il arrive, que la chambre d’enregistrement par des opportunistes de tout poil des desiderata des courants les plus obscurantistes du pouvoir en place ?  Est-ce que les prébendes généreusement distribuées par les caisses de l’État anesthésient à ce point les supposées convictions démocratiques de tous les représentants du peuple ?
Et quel spectacle affligeant la grande Algérie offre à présent aux autres nations, quels dommages profonds infligés de manière durable à l’image internationale de ce pays qui a tant lutté pourtant pour sa liberté et celle des autres peuples ! Comment l’Algérie pourrait-elle à présent siéger sans rougir dans n’importe quelle assemblée défendant les droits de l’homme ?

Quel est pour vous le comble de la misère ?
Si je prends ce mot dans son sens premier, le comble de la misère est atteint lorsque des enfants sont obligés de mendier, de se prostituer ou, plus abominablement encore, meurent de faim. Le lieu géographique importe peu puisque nous sommes tous, que nous le voulions ou non, solidairement comptables du devenir des enfants de l’Humanité. N’ayons surtout pas, dans ce domaine, des indignations à géométrie variable, véhémentes (à juste titre) quand elles concernent les enfants de Palestine, mais criminellement silencieuses quand il s’agit des enfants noirs et animistes (deux « tares » aux yeux de certains) du Darfour !
Sur le plan personnel, presque indécent par la proximité qu’impose l’exercice au fond assez complaisant de l’autoportrait, le comble de la misère serait d’être placé dans des conditions telles que je ne puisse plus lire, lire et encore lire. Je me rends compte qu’il me serait infiniment plus pénible de me priver définitivement de lire que d’écrire : j’écris, au fond, parce que je lis. Le monde peut, bien entendu, se passer de ce que j’écris ; je ne peux, en revanche, me passer, sauf à vivre un déchirement, de ce que le monde a produit de livres !

  Vos qualités préférées chez l’homme ?
L’intelligence, l’honnêteté, la compassion et le courage — plus intellectuel que physique, d’ailleurs, dans ce dernier cas. Le courage physique se retrouve à foison chez les fanatiques les plus divers : qu’y a-t-il, en effet, de plus « courageux » qu’un kamikaze ? ; et qu’y a-t-il, en même temps, de plus fondamentalement lâche et opposé aux trois premières qualités de mon choix ?

 

Vos qualités préférées chez la femme ?
Les mêmes que chez l’homme, auxquelles j’ajouterais, bien sûr, les qualités complémentaires que l’hétérosexuel de sexe masculin que je suis apprécie le plus chez le représentant du sexe opposé : une certaine harmonie du corps et la sensualité. La beauté ne correspond pas, pour moi, à « coller » stupidement aux canons bien versatiles de la mode. Non, la femme (ou, du moins, certaines femmes…) est bien ce que j’ai toujours pensé : un stade plus évolué que celui du banal mâle humain que je suis. En un sens, la femme, dans la conjonction amoureuse et intellectuelle, peut « réaliser » la quintessence de l’homme ! Le meilleur d’Adam naît d’Ève…

 

Votre vertu préférée ?

L’opiniâtreté. Mais comment la différencier de l’entêtement ? me direz-vous ! Au résultat, répondra le cynique qui est en moi.

 

Ce que vous appréciez le plus chez vos amis ?

La fidélité (on peut toujours rêver…)

 

Pour quelles fautes avez-vous le plus d’indulgence ?

D’abord les miennes ! Je n’ai cependant pas le moindre soupçon d’indulgence ni de compréhension, mais, au contraire, une immense réserve de colère envers les fautes commises contre les plus démunis et, en particulier, les enfants.

 

Le principal trait de votre caractère ?

Le refus de l’argument d’autorité, qu’il soit politique, religieux ou social.

 

Votre principal défaut ?

Une certaine intolérance devant la stupidité.

 

Votre principale qualité ?

Voir la réponse précédente.

 

Votre drogue ?

Le travail.

 

Votre rêve de bonheur ?

Prendre, après une nuit d’amour, le petit-déjeuner avec l’être qu’on aime.

 

Quel serait votre plus grand malheur ?

Je n’ose en parler, parce qu’alors je parlerais de mes enfants.

 

Où aimeriez-vous vivre ?
Dans le pays de mon enfance, quand tout n’était qu’avenir, quand rien n’était encore définitivement joué et que la bonté paraissait, pour moi, le destin naturel de l’humanité. Si je devais lui donner une coloration géographique, je crois qu’il prendrait, pour une part (mais une part seulement) les couleurs de la Constantine des années soixante. Je me rappelle d’une vitrine de la vieille ville où trônait un abat-jour dont la décoration était constituée par un train qui, grâce à la chaleur fournie par la lampe, donnait l’impression de tourner interminablement. L’enfant que j’étais alors pouvait passer de très longs instants à contempler, dans un état presque hypnotique, ce train qui roulait, roulait, roulait sans arrêt vers une destination inconnue, que je supposais confusément, à la fois effrayé et exalté, comme étant celle du mystérieux « Avenir », contrée magique et belle où tout était possible.
Je sais maintenant que tous les trains finissent par s’arrêter quelque part et que les destinations se révèlent en général beaucoup plus prosaïques que ne l’espérait le petit garçon de Constantine.

 

 

Qui auriez-vous aimé être ?
Puisque la question autorise l’immodestie la plus déraisonnable et malgré le fait que je ne possède évidemment (long soupir de l’auteur devant l’injustice de Dame Nature) ni le génie du premier ni celui du second, j’hésite entre Léonard de Vinci et Albert Einstein. Ou encore : entre Ibn Khaldoun et Omar Khayamm…

 

Le don de la nature que vous aimeriez avoir ?

Voler comme un oiseau.

 

Votre occupation préférée ?

Écrire, puis lire.

 
Votre préoccupation principale ?
Celle de ne pas écrire le livre essentiel, irremplaçable, qui justifierait les longues années passées à apprendre sans cesse le métier d’écrivain. C’était également le rêve inassouvissable de l’alchimiste ; c’est dire le caractère fou et présomptueux de mon souhait.

 L’animal que vous préférez ?
Le chat, pour sa fidélité faite plus d’indépendance que de soumission.

  Vos auteurs favoris quel que soit le genre ?
Il y en a tellement que je m’en voudrais de manquer de reconnaissance en n’en citant qu’une poignée.

  Vos peintures favorites ?
Un certain tableau de Michel Ange.

Vos réalisateurs favoris ?
Plutôt des films favoris que des réalisateurs favoris.

  Vos héros / héroïnes dans la vie réelle, la fiction et l’Histoire ?
Ben Mhidi, Nelson Mandela, Pasteur et, de manière plus lointaine dans le temps, le premier homme préhistorique qui, vainquant sa peur du feu, l’a maîtrisé et enclenché ainsi la civilisation humaine.

  Ce que vous détestez par-dessus tout ?
La suffisance des dogmatiques, l’arrogance et la cruauté des puissants, la soumission acceptée avec joie par les faibles.

  État présent de votre esprit ?
Il ressemble à un bulletin météo : plutôt couvert par de lourds nuages de pessimisme, avec des éclaircies d’optimisme.

  Avez-vous un regret ?
C’est celui, bête et tragique, de tous les êtres humains : n’avoir qu’une vie, alors qu’une seconde vie serait si nécessaire pour essayer d’autres possibilités et éviter les erreurs commises dans la première.

  Comment aimeriez-vous mourir ?
Aimé par mes proches.

Votre devise ?
Vivre libre, autant que faire se peut.

 

  Entretien réalisé par Rémi Y.acine pour le quotidien algérien El Watan, 12 août 2008

 

par Georges F. publié dans : Nul n'aura de l'esprit hors nous et nos amis
ajouter un commentaire commentaires (7)    recommander
Dimanche 20 avril 2008




« Nul n'aura de l'esprit hors nous et nos amis »

 

C’est Armande qui dit ça, dans la scène 2 de l’acte III des Femmes savantes.
Elle est bien, Armande.

Cette petite phrase m’a toujours enchanté, tant elle résume la mentalité du monde des lettres, mais elle résume encore mieux celle des blogs.
Est-ce une bonne idée de créer une telle catégorie ? Vais-je brouiller l'image de ce blog qui est suffisamment confuse, ne serait-ce que dans ma propre vision ?
Je me suis posé la question avant d'ouvrir une nouvelle catégorie, celle des billets où je dirai du bien des autres.
Et puis j'ai pensé qu'un blog qui ne dirait que du bien de moi serait vite à court d'idées, vite lassant. Surtout pour moi.
Voici donc cette nouvelle catégorie.
Afin que les choses soient claires, je n'y dirai du bien que de mes amis :

- certains dont j'ai déjà lu et relu et relu encore les oeuvres. J.L. Borges, Kipling, F.S. Fitzgerald, Mrozeck, par exemple. Oui, ce sont d'excellents amis, mais ils ne le savent pas.  Il y en aura d'autres moins connus, ne vous inquiétez pas.

- certains dont je connais le talent, même si je n'ai pas encore lu leur dernière oeuvre. Mais c'est toujours chic, pour un blog, d'être le premier à célébrer un livre qui émerge sur le marché. Et il est parfois bon d'envoyer ses visiteurs en découvreurs, surtout quand il n'y a aucun risque. C'est une façon de les associer à ce blog.

Ce sera le cas aujourd'hui pour Eric Fouassier qui vient de publier un recueil de nouvelles "Petits désordres familiers", aux éditions d'un Noir si bleu. J'ai déjà lu une douzaine de nouvelles d'Eric Fouassier, et j'en ai toujours été impressionné. Notamment quand je le voyais arriver devant moi aux concours de nouvelles, dans ma vie antérieure.
Je me demandais d'ailleurs pourquoi il y participait si rarement, en ajoutant un léger petit ouf !
Maintenant, je sais : il donnait priorité à l'écriture de "vraies nouvelles", pondues spécialement pour l'édition.
Les nouvelles d'Eric Fouassier ont plusieurs particularités : il choisit de bons sujets, et n'écrit que pour intéresser. C'est dire si c'est piégeux. La construction est également surprenante : il y a toujours une vraie histoire, forte, avec un début, un milieu et une fin, le tout dans le bon ordre. C'est très déroutant, mais on s'y fait vite. Le style est propre, sans fioritures, avec juste ce qu'il faut d'effets littéraires pour relever la page, comme des brins de coriandre dans une sauce.
Je vous recommande donc la lecture de ces Petits désordres familiers et je serai ravi d'accueillir ici vos commentaires avant les miens, qui ne devraient pas tarder (mais actuellement j'ai quelques travaux qui brûlent). Si vous ne le trouvez pas encore en librairie, il est déjà disponible sur fnac.com.

publié dans : Nul n'aura de l'esprit hors nous et nos amis
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Jeudi 17 avril 2008


L’autre jour, sur ce blog, Pascale Arguedas (Calou), critique littéraire, parlait de l’écrivain Éric Faye, et signalait l’interview qu’il lui avait donnée :

   http://pagesperso-orange.fr/calounet/interview/fayeexclusivite.htm

J’ai lu cette interview, et je vous la recommande : elle est excellente. Elle donne envie de connaître cet auteur et même ses livres. Suis-je passé par les bonnes portes ? Je commence par « Le syndicat des pauvres types » et j’ai du mal à entrer, je ne le retrouve pas. C’est peut-être une question de moment mal choisi, je reviendrai cet été.

Dans une de ses conférences, J.L. Borges expliquait à ses étudiants qu’ils ne devaient jamais se forcer à lire un livre : si un livre ennuie, il faut le refermer sans se fâcher sur lui, lui dire au revoir. Peut-être ne sommes-nous pas mûrs pour sa lecture.

Peut-être ne suis-je pas le bon lecteur de Faye, peut-être le trouvé-je simplement plus captivant dans ses interviews. Il n’y aurait là rien de déshonorant. Certains auteurs fuient les interviews, les considèrent comme une certaine mise sur le trottoir de leur pensée, de leur œuvre. Dans toute sa vie, Julien Gracq n’a donné qu’une interview – très intéressante d’ailleurs. Et je repense à cette interview de Yasmina Reza à propos des interviews :

 

Q. Vous trouvez qu’aujourd’hui on interroge trop les artistes ?

Y.R. Un artiste n’a pas à répondre de sa création. Elle devrait se suffire à elle-même.

 

C’est oublier qu’une interview peut aussi être une création. À condition qu’elle ne cherche pas à vendre.

Les interviews de J.L. Borges (décidément, j’y reviens) sont, par exemple, captivantes. Je pense à celles menées par Osvaldo Ferrari qui sont parues aux Éditions de l’Aube (collection Regards croisés), ou celles racontées par Alberto Manguel. Passionnantes aussi, celles qu’il a données conjointement avec Ernesto Sabato (très vite, elles tournent au dialogue). La Fnac les mentionne d’ailleurs comme « roman », elle n’a pas tort.

Ce qu’il y a de fascinant dans ces interviews, c’est que J.L. Borges ne répond pas à la question. Il commence par la répéter, ou la reformuler, puis dérape, passe de Cervantes à Shakespeare, nous noie dans les sagas scandinaves, s’arrête sur Voltaire. On a l’impression de voir folâtrer la pensée créatrice en liberté, en direct. Associations d’idées, comparaisons, tout est bon pour sortir du sujet.

J’ai eu la chance exceptionnelle de le voir répondre publiquement à une telle interview/conférence, à la Sorbonne, alors que j’étais un de ses jeunes lecteurs. Il était supposé parler de Martin Fierro et de la littérature gauchesca. Le seul qui en ait parlé est l’intervieweur, universitaire parisien, qui ne se résignait pas à le voir divaguer si librement. Le plus étrange était qu’il cherchait à capter le regard du vieil aveugle, pour mieux lui exprimer son inquiétude. Et chaque fois, il ne rencontrait que les yeux délavés du conteur qui semblaient sourire avant de l’entraîner vers L’Iliade, Goethe, et Kipling. La voix avait la douceur traînante des Argentins de Buenos Aires, l’articulation était celle d’un vieillard fatigué, mais la pensée était aussi enthousiaste et zigzagante que celle d’un adolescent qui, à la rentrée, veut parler de tous les auteurs qu’il a découverts pendant les vacances.

Quand on a entendu cela, quand on l’a lu, on a du mal à s’intéresser aux interviews de soixante secondes que la télévision concède aux écrivains. Mais il est déjà si rare qu’elle les concède…

Avez-vous trouvé sur internet d’autres belles interviews (je précise interviews non promotionnelles) à nous signaler ? Ne soyez pas égoïstes, faites-en profiter les passants.

 

publié dans : Nul n'aura de l'esprit hors nous et nos amis
ajouter un commentaire commentaires (4)    recommander

Présentation

Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus