Vendredi 3 octobre 2008

Quelques livres lus récemment, histoire d’y piquer des idées

 

 

L’ennui, quand on est en phase d’écriture, surtout en phase démarrage, c’est que toute lecture est faussée. On a confusément l’impression d’y chercher des pistes, des idées à piquer, pour ce qu’on va écrire. C’est évidemment absurde, mais, le pire, c’est que parfois on en trouve. Pas toujours.

 

Un point rapide sur cette chasse au trésor.

 

Le Cantique de l’apocalypse joyeuse, d’Arto Paasilinna. La plus belle surprise de cette fin d’été. L’arrivée de ce roman sur le marché français est déjà romanesque : Paasilinna écrit un livre par an (Tiens, ça c’est une idée que je vais lui piquer : écrire un livre par an, comme une jument met bas son poulain chaque printemps). Mais Denoël, son éditeur en France, n’en traduit qu’un tous les deux ans. Les livres de Paasilinna ont donc de plus en plus de retard chaque année. Le Cantique de l’apocalypse joyeuse a été écrit en 1992, il nous arrive en 2008. et c’est là que ça devient très drôle : ce livre est un roman de politique-fiction, qui nous prévoit une Europe partant en catastrophe. Une Europe où ne survit vraiment bien qu’une petite communauté vivant en autarcie au fond d’une immense forêt finlandaise. Une communauté rigolarde, en butte aux tracasseries administratives d’une civilisation qui s’écroule. Ça se lit avec des gloussements de plaisir. Et des bêlements d’admiration (désolé pour tous ces bruits de la ferme dès que je lis un bon livre). D’admiration devant l’art avec lequel Paasilinna nous fait entrer dans les histoires les plus invraisemblables. Il a pour cela une ficelle qu’on retrouve dans plusieurs de ses romans (La Cavale du géomètre, par exemple) : il accumule les détails techniques, les précisions d’ingénieur. Il nous écrit pendant plusieurs pages la construction de l’église voulue par le fondateur de la communauté. Les plans, les matériaux, les procédés de construction. Du coup, on ne se pose plus de question quand les fonctionnaires tracassins vont s’y retrouver bloqués. En refermant ce livre, on se demande si ce retard n’est pas providentiel : c’est peut-être maintenant que ce livre va devenir actuel. Je suis clair, là ? Non, pas du tout, tant pis, passons au livre suivant.

 

Ultimes vérités sur la mort du nageur, de Jean-Yves Masson. Un recueil qui serait passé inaperçu s’il n’avait obtenu le Goncourt de la Nouvelle (Tiens, la voilà, l’idée que je vais piquer : je vais demander le Goncourt de la Nouvelle pour passer aperçu). Une série d’histoires de personnages étranges à la recherche de leur secret, de leur passé, de leur mystère. C’est très finement écrit, dans une langue où le drapé des phrases enveloppe parfois de trop près les idées délicatement posées au fil des paragraphes. Il y a dans tout ce recueil une volonté d’esthétique. Une certaine esthétique de la vie, presque une façon de se comporter face aux ombres de son existence. Une façon délicieusement surannée, hésitante. C’est subtil. La subtilité, ce serait aussi une idée à piquer, mais je ne saurais qu’en faire.

 

L’Iliade et l’Odyssée, d’Alberto Manguel. Vous le connaissez sûrement de non, ce Manguel. Il m’agace un peu, car il s’est permis, il y  a quelques années, de publier coup sur coup deux très bons livres sur mes deux auteurs préférés : J.L. Borges et R. Kipling. Je me suis senti dépossédé. Mais, dans le cas de Borgès, il avait une excuse :  Manguel a été le lecteur de J.L. Borges durant deux ans, quand celui-ci était aveugle. Vous imaginez, deux ans avec Borges ? Ça doit rendre cultivé et intelligent. Moi je n’ai passé que deux heures avec le vieux génie (nous étions plus de cent en petit amphi, à la Sorbonne), et ça me marque encore, des décennies plus tard. Deux heures seulement au lieu de deux années, c’est pour ça que je suis moins cultivé, moins intelligent que Manguel. Lui, il l’est un peu trop : son livre sur L’Iliade et l’Odyssée est un monument de savoir. Il nous présente Homère sous tous les éclairages possibles : Homère chrétien, Homère et l’Islam, Homère poète, Homère et la femme, on en sort en sachant tout ce qu’il y a à dire sur Homère, l’Iliade et l’Odyssée. De quoi briller dans les dîners littéraires en ville le jour où j’y serai invité. Mais, bizarrement, en sortant de ce livre, j’avais l’impression de moins bien connaître l’Iliade et l’Odyssée qu’avant. Ulysse ou Hector étaient plus vivants, plus incarnés dans mes souvenirs incultes. Finalement, dans les dîners en ville, je parlerai de mon Ulysse à moi, c’est moins risqué. Surtout s’il y a Manguel. Idée à piquer : s’il y a des auteurs que vous aimez bien, vous devez écrire sur eux des livres avant qu’Alberto Manguel ne se les approprie.

 

Retour en Atlantide, d’Hubert Lampo. Si l’Atlantide vous passionne, achetez autre chose, le livre n’en parle qu’indirectement, pendant dix lignes. De quoi parle-t-il, alors, ce livre ? Je ne sais pas trop l’expliquer, mais il en parle bien. Il parle du temps passé, d’un homme qui le cherche, qui essaie de le comprendre, qui croit croiser des souvenirs, qui mélange tout ça, présent et passé, imaginaire et réalité. C’est très confus, assez lourd à avaler. On le quitte soulagé. Et pourtant, à la sortie, on a la bizarre impression d’être passé à côté d’une vérité essentielle. Le livre reste, obscur, comme lors de ces matins où l’on se réveille en ayant l’impression d’avoir rêvé d’un truc important dont il fallait absolument se souvenir. Lequel ? On ne sait plus, et l’on se sent misérable.

Et voilà : il y a dans ce livre une idée essentielle à piquer, mais je ne sais plus laquelle.

 

Quelle comédie la vie ! de Danielle Akakpo.  Danielle Akakpo est une héroïne de la littérature. Je ne dis pas une héroïne de roman ; non, mieux encore, un personnage important de l’écriture. Elle a le courage, l'héroïsme, d'animer depuis des années un forum littéraire très fréquenté, Maux d’auteur. On voit s’y croiser beaucoup d’auteurs amateurs, candidats à l’édition, ou amateurs volontaires, débutants ou confirmés, des lecteurs librovores, des auteurs publiés, des  concouristes, dont certains sont des serial winners et d’autres de bons soldats, voire de braves soldats Schweick. Et Danielle, par passion de l'écriture, y accomplit un formidable travail :  inlassable, elle encourage l’un, félicite le deuxième, remonte le moral du troisième, relance des ateliers d’écriture, des lieux d’échanges, des chroniques, avec un magnifique amour. Amour de la chose écrite, amour des gens. C’est ça l’idée à piquer, l’amour des gens, mais je n’y arrive pas, il me fait peur cet amour-là. Il ne fait pas peur à Danielle, même quand elle écrit. Dans son recueil qu'elle vient de m'envoyer, on la sent quand même plus à l’aise quand il y a des gens à aimer. Ça manque un peu de méchants, même ses méchants, elle les aime bien, c'est sa nature. Dans le cas de ses nouvelles noires, j’en ai été parfois frustré. Ses meilleurs textes sont ceux où elle entre dans l’intimité des gens, l’observe doucement, sans cruauté : une femme qui découvre, après le décès de son père, que celui-ci avait une fidèle maîtresse, et qu’elle était la seule à ne pas le savoir. Une autre jeune femme qui n’en peut plus de jouer la comédie de la vie, qui n’y croit plus, et tire le rideau un soir de Noël. Pas de dramatisation, peut-être pas assez, mais c’est l’histoire qui se dramatise toute seule. Sans méchanceté.
Autre idée à piquer : demain, je serai gentil.
 

par Georges F. publié dans : Divers, vos ??? et vos !!!
ajouter un commentaire commentaires (12)    recommander
Jeudi 4 septembre 2008

J’ai rempli un questionnaire sans réussir à parler d’Amélie Nothomb, encore une occasion de ratée. 

 

 

Je fuis les tags, et je n’aime pas les questionnaires : mes réponses ont le chic pour les rendre inintéressants. Non seulement je n’aime pas les remplir, mais je n’aime pas les lire. Très souvent, les réponses sonnent faux. On a l’impression que l’interrogé cherche, pour chaque question, la réponse la plus subtile possible, celle qui semblera à la fois candide et brillante. Et, en traitant les questions une par une, il rend une copie non cohérente, mensongère. Une identité fabriquée.

 

Quand j’ai vu débarquer sur ce blog le questionnaire d’Éric Poindron, j’ai grogné, ce questionnaire mono-thématique me paraissait répétitif, suspect. Le genre de questionnaire assené par un flic soupçonneux ou un sergent finaud qui cherche à vous coincer (le flic soupçonneux, je ne le rencontre que dans les polars, tandis que le sergent finaud, j’y ai eu droit pendant quelques heures en Amérique du Sud, je raconterai ça un jour. Dans une nouvelle, on ne me croirait pas. Sur ce blog, ça passera.). Mais le questionnaire venait d’Éric Poindron, le cher tenancier du Cabinet de curiosités, l’illustre fondateur du Club des prosélytes de Jeeves, alors je m’y suis collé. Histoire de montrer le bon exemple que vous suivrez, bien sûr. Eh, Éric, sors la bouteille de Noilly Prat et les vieux biscuits salés, ceux de la boîte en fer, je t’envoie des visiteurs !

 

Finalement, il n’est pas mal du tout, ce questionnaire, bravo Eric, c’est ce que j’ai écrit de mieux depuis très longtemps. Et, tiens, puisqu’on en cause, dans mon prochain billet, il y aura les réponses d’un autre auteur, Anouar Ben Malek, à un autre questionnaire. Vous le lirez, vous méditerez, et là je ne plaisante plus. Anouar est un type bien ; vous le rencontrerez à Lauzerte. Si, parmi vos amis, vous n’avez pas de types bien, venez vous en faire de nouveaux, de meilleurs, à Lauzerte.

 

1 – Qu’est-ce qu’un livre ?

Quand il est bon, c’est un auteur qui raconte une histoire. Quand il est excellent, c’est une histoire qui raconte un auteur.

2 – À quoi sert un livre ?

À rien, par pitié ! La peste soit de la littérature utilitaire. Celle qui sert à prouver, à convaincre, à démontrer, par exemple, ne sert qu’à me faire fuir.

3 – Quel est le livre qui vous à la plus marqué (vous pouvez expliquer pourquoi) ?

« L’Odyssée », d’Homère, en version pour enfants puis en version intégrale, lu dans la foulée. Pourquoi ? J’étais encore très enfant, c’était le premier livre sans images que je lisais, et j’avais visé gros. Je l’ai avalé jusqu’au bout. Avalé est le bon terme : une bonne partie des « Chants » a évidemment échappé à mon entendement. Ils ne m’en paraissaient que plus magiques.

4 – Quel est le livre que vous préférez (vous pouvez en citer plusieurs) ?

« Histoires comme ça », et toutes les nouvelles de Kipling. J’y ajoute « Kim » et « Puck, lutin de la colline », du même auteur. Les nouvelles de F.S.Fitzgerald. « Le Livre de sable » de J.L. Borges et quelques autres nouvelles du même auteur, dont « La loterie de Babylone » et « Guayaquil ». « Le nom de la rose » d’Umberto Eco. « Les Fleurs du mal » de Baudelaire. Il en manque, j’en ai d’autres, je ne les trouve plus. Ils ne devaient pas être si préférés que ça. Ah, tiens, « Cent ans de solitude » de Garcia Marquez.

5 – Quel est le livre qui vous a le plus dérangé (en bien, en mal, qu’importe) ?

La Bible.

6 – Quel est le livre que vous n’avez pas pu terminer (vous pouvez en citer plusieurs) ?

Environ deux sur trois, et je n’exagère pas. J’ai une pratique donjuanesque de la lecture, je ne me fais jamais un devoir de finir un livre qui ne m’apporte rien. Ou plus rien au bout de cent pages.

7 – Quel est le livre que vous n’avez jamais lu et que vous vous êtes promis de lire (vous pouvez en citez plusieurs) ?

(L’intégralité de)  La  Comédie humaine. C’est déjà beaucoup.

8 – Quel est le livre que vous souhaiteriez faire découvrir (à un ami, au public) ou éditer si vous étiez éditeur ?

Les Fleurs du Mal, à l’époque de leur condamnation.

9 – Quel est le livre que vous ne lirez jamais (vous pouvez en citer plusieurs) ?

Jamais ? Je suis incapable de répondre à cette question, car une telle pensée ne m’a jamais traversé l’esprit. Et si je vous citais le livre X d’un auteur Y, il est à parier que je m’empresserais de le lire. Même Musso ? Même Marc Lévy ? Roooh, vous alors….

10 – Quel est le livre le plus « illisible » que vous ayez lu (vous pouvez en citer plusieurs) ?

- Ulysse de James Joyce, que je n’ai pas encore pu complètement lire mais je le lirai un jour jusqu’au bout (j’ai cependant lu le début et les quelques pages de la dernière phrase).

- Marelle de Cortázar (illisible mais très bien quand même).

11 – Quel est le livre que vous avez le plus acheté pour offrir (vous pouvez en citer plusieurs) ?

Longtemps, je n’ai jamais acheté de livres pour les offrir, cela me semblait constituer une sorte d’immixtion de ma pensée dans celle d’autrui.

Maintenant que j’écris, mon point de vue a changé, et je ne me gêne plus pour m’immiscer. « Le plus acheté pour offrir », c’est, ce sont les miens (La Diablada, Le Vertige des auteurs) je suis désolé de cette immodestie. Et plus fréquemment encore « L’Étage de Dieu », difficile à trouver hors du Nord-Pas-de-Calais. Je vais aussi offrir « Qui comme Ulysse », mais pas tout de suite, je ne veux pas plomber les ventes en période de lancement (hé, chaque unité compte).

Mais, récemment, j’ai aussi acheté pour offrir « Le Cœur cousu » de Carole Martinez, « La Princesse et le pêcheur » de Minh Tran Huy, « La Collecte des monstres » d’Emmanuelle Urien, et « La Donation » de Florence Noiville. Je ne sais pourquoi, j’aime offrir des livres dont je connais personnellement l’auteur (il faut aussi que je l’aime bien, et son livre aussi). Avant, je n’en connaissais aucun, je ne savais donc pas quoi offrir.

Maintenant que je rencontre des écrivains , c’est très chic, je peux offrir leur œuvre en ajoutant « C‘est une amie ». Le récipiendaire s’en fiche (de cette amitié, pas du livre), mais je me sens meilleur. Je précise ici, pour ne pas me fâcher, que ce n’est pas parce que je n’offre pas un livre que je ne l’aime pas. Ni que je n’aime pas son auteur. Je dis ça pour quelques autres amies qui ont écrit de très bons livres.  Je pense notamment à Françoise Guérin (A la vue, à la mort) et à la troisième mousquetaire. 

Ah, j’ai aussi offert, il y a peu, les Ultimes dialogues de J.L. Borges avec Osvaldo Ferrari. Et pourtant nous n’avons pas vraiment été amis, Borges et moi. Disons que je suis son ami, son proche, mais il ne l’a jamais su.

13 – Quel est le livre dont la « bonne » réputation vous semble la plus injustifiée (vous pouvez en citer plusieurs) ?

« À la recherche du temps perdu » de Marcel Proust. Il y a dans le statut de cette œuvre une vertu qui m’échappe.

14 – Quel est le livre dont vous connaissez des phrases ou des passages par cœur (vous pouvez en citer plusieurs) ?

 « Histoires comme ça » de Kipling. Il y en a d’autres, mais c’est en poésie et en théâtre.

15 – Quel est le livre dont… Vous pouvez continuer la question… et y répondre.

« Quel est le livre dont vous voudriez retrouver la trace, ou le titre ? » , c’est bien ça, la question ? Il y en a deux.

Une bande dessinée des années 50-60 dans laquelle les héros arrivent à Bagdad par un métro clandestin expressissime qu’ils découvrent par hasard dans un souterrain.

Un roman français du XXème siècle dans lequel on dit, à propos d’une femme qui vient de mourir « Encore une qui ne pétera plus ». Ce livre a été la quête de toute une vie, j’en parlerai prochainement dans un billet sur l’excellent, - l’autre excellent – blog Mot compte double

 
Je me relis, il est très bien, ce questionnaire. Mais je n’ai pas réussi à parler d’Amélie Nothomb. C’est dommage. Maintenant que je cohabite avec Christine Angot, j’aimerais bien devenir ami d’Amélie Nothomb. On parlerait peut-être de moi dans Lire. Tandis que là, pas une ligne sur moi dans leur numéro spécial sur les auteurs de la rentrée littéraire. Je suis vexé comme un pou. Si vous connaissez des gens bien placés chez Lire, dites-le leur, il en est encore temps.

 Et maintenant, retirez-vous au cabinet de curiosités d’Eric pour répondre au même questionnaire.

publié dans : Divers, vos ??? et vos !!!
ajouter un commentaire commentaires (10)    recommander
Dimanche 10 août 2008

Cet espace n'est aucunement consacré aux jeux dits olympiques, mais à deux sujets littéraires bien plus intéressants : le sport, et la Chine.  Le hic, c’est que je m’y connais à peine en littérature du sport, et pas du tout en littérature chinoise. J'ai quand même ouvert un billet sur ces deux thèmes, mais j’ai besoin de vous, passants, visiteurs et chroniqueurs.
Le principe est simple : cette chronique fonctionne en espace littéraire ouvert, sous ma responsabilité légale d’administrateur. La durée de l’action sera celle du spectacle à Pékin.
Ceux qui ont une lecture à nous proposer, concernant le sport ou la Chine, peuvent :
-          nous la signaler simplement. Mais il ne faudrait pas que ça tourne à la liste encyclopédique. L’idéal serait alors de pouvoir en dire quelques mots, même inspirés d’ailleurs.
-          nous la décrire avec un billet de 3.000 signes maximum.
-          nous la relayer, s’ils y ont déjà, précédemment, consacré un billet plus long dans leur propre blog. Dans ce cas, merci de nous donner le début du billet (disons 1.000 premiers signes environ) complétés d’un lien « à suivre » qui fera arriver sur ledit billet complet de leur blog.

 En pratique : vous m’envoyez votre proposition en commentaire. Voici les premières chroniques qui nous ont été envoyées (merci aux chers correspondants)

 

Côté Chine

 

>>> Les conseils de Turquoise.

 Pour commencer, il faut absolument lire le merveilleux Lao She (auteur qui a décrit la vie à Pékin dans les années 1920 environ et qui est mort mystérieusement ; on l'aurait suicidé...)

Pour un premier contact avec cet auteur, choisissez "La cage entrebâillée", par exemple, mais surtout pas son oeuvre majeure "Quatre générations sous un même toit", qui est beaucoup plus difficile d'accès et risquerait de vous décourager. Ce serait vraiment dommage de passer à côté de cet formidable écrivain plein d'humour (je pense qu'il devrait beaucoup vous plaire !)

Ensuite, je pense à 2 romancières contemporaines :

 Fang Fang avec "Début fatal" (hélas épuisé pour l'instant, mais elle a écrit d'autres livres, disponibles à la vente, eux) ou "Une vue splendide" ;

Chi Li
avec "Un homme bien sous tous rapport" (décidément, il faudra que je me pousse plus vite pour écrire mon billet sur ce titre) ou "Préméditation".
Je vous conseille aussi Ye Mang, avec son recueil de nouvelles "La fille de l'ascenseur", qui m'avait beaucoup plu.
Ouf ! J'espère ne pas avoir été trop longue ou trop ennuyeuse avec cette énumération ! Promis, la prochaine fois, je serai légère légère...comme un haïku!!!;-D


  La cage entrebâillée, de Lao She, chronique de Turquoise

Ne vous fiez pas au résumé à mon avis peu attrayant de la 4ème de couverture. Ce n'est pas le divorce qui est au centre du roman, mais la vie de famille, et "La cage entrebâillée" est beaucoup plus drôle qu'il n'y paraît.

Suivez donc les pérégrinations tragi-comiques de Zhang Dage, marieur très fier de ses succès, et d'un de ses "clients", le pauvre Lao Li. Coincés entre leurs femmes choisies selon la tradition, leurs enfants envers lesquels ils éprouvent des sentiments mitigés, et les (mauvais) collègues de bureau (et la bureaucratie chinoise, c'est quelque chose !), nos héros ne savent pas toujours comment faire face à toutes leurs obligations. Et quand leurs épouses respectives se révoltent...
                     La suite sur le blog de Turquoise

 

 

 Début fatal, de Fang Fang, chronique de Turquoise

Ce court et formidable roman d'une romancière chinoise contemporaine m'a beaucoup marqué.

Une jeune fille issue d'une famille révolutionnaire très conformiste choisit de s'enfermer dans le mutisme, alors qu'à l'intérieur de sa tête, elle hurle des torrents d'insultes et d'obscénités.

Un sujet original, une écriture simple et agréable à lire... L'histoire est assez mélodramatique (et finit tragiquement), mais le portrait psychologique de l'héroïne, très juste, rend le récit passionnant.
Source ; le blog de Turquoise, Billet en bas de page  

 

 

>>> Deux billets que je vous recommande, trouvés sur le blog de Kalistina, (encore un blog qu’il me reste à découvrir !)

 

La joueuse de Go, de Shan Sa.

Sur le blog de Kalistina

 

 







Chinoises
, de Xinran 

 
Sur le blog de Kalistina

 

 

 

>


>>> Les conseils de Daniel Fattore
Côté Chine, merci de rappeler Gao Xingjian - sa "Montagne de l'âme" est une splendeur. Et dans le genre "presque chinois, presque français", rappelons M. François Cheng, de l'Académie française.

>>
 Les conseils de Dominique Poursin

 Oui Ye Mang je l'ai lu il y a peu de temps ces trois nouvelles sont excellentes. Je vais bientôt en faire une chronique.
Dernièrement j'ai lu aussi La Danseuse de Mao de Qiu Xiaolong c'est un polar de critique sociale. Entre nous sur vos blogs favoris de lecteurs vous trouverez beaucoup de Xiaolong notamment "Mort d'une héroïne rouge". Cet auteur est exilé aux USA et écrit en anglais.
Vous avez Gao Xingjian, qui fut prix Nobel de littérature en 2000. Je le trouve d'un abord difficile mais ça vaut le coup d'essayer par exemple " La Montagne de l'âme" aux éditions de l'Aube. Je ne l'ai pas encore terminé mais je suis paresseuse, moi. Il ya aussi Xu Xing, exilé lui aussi, qui est très particulier comme auteur mais aussi intéressant. L'ouvrage auquel je pense s'intitule " Variations sans thème" ; il est déconcertant... Vous me faites penser que j'ai emprunté des nouvelles d'un autre chinois Yu Ha : j'ai u peu calé car la première histoire est terrifiante... je vais m'y remettre. Bonne journée

 

 

>>>  Les conseils de Quichottine

 Sans aller dans le détail comme le fait Turquoise... je voulais seulement vous parler d'une amie, Chen Jie, dont le blog devrait vous apporter quelques belles pistes.
Sinon, il y a également parmi mes visiteurs quelques "passeurs" de la culture Chinoise et qui vivent là-bas, ce qui n'est pas le cas de Chen-Jie.

 

>>>  Les conseils de Marianne

Si vous en êtes intéressé, je vous propose ces articles publiés antérieurement sur mon blog relatifs à deux auteurs chinois, de sensibilité littéraire très différente :


La Montagne de l’âme, de Gao Xinhjian
,
chronique de Marianne
4ème de couverture  : "Après avoir tutoyé la mort, un homme quitte Pékin pour partir en quête de son Graal intérieur : la mystérieuse "montagne de l'Âme". Entre tradition millénaire et vestiges de la Révolution culturelle, il sillonne la Chine des années quatre-vingts, égrenant récits fantastiques et légendes populaires au fil d'un voyage picaresque, poétique et profondément moderne.
Né en 1940, GAO Xingjian est peintre, dramaturge, critique littéraire, metteur en scène et traducteur. Réfugié politique depuis les événements de Tian'anmen, il vit à Paris. La Montagne de l'Âme est son premier roman. En 2000, il a reçu le Prix Nobel de Littérature pour l'ensemble de son oeuvre."
La suite sur le blog de Marianne

 

 

Amour dans une petite ville, de Anyi Wang, chronique de Marianne
Présentation de l'éditeur : "Dans une petite ville comme les autres en Chine, à l’époque de la Révolution culturelle, un garçon et une fille vivent une passion physique intense et bouleversante. Tous deux danseurs dans la même compagnie luttent avec violence contre l’irrésistible attirance qui les lie l’un à l’autre en défiant tous les interdits. Les corps qui dansent, qui se battent, qui s’aiment avec une fureur désespérée ou une joie radieuse, leurs odeurs, la sueur, la mélopée des porteurs d’eau près du fleuve où ils se rencontrent en secret, l’ardeur du soleil et le refuge de la nuit : dans une langue envoûtante, lancinante, ces pages racontent l’irruption du désir et des corps à une époque où ils étaient bannis. Les deux adolescents combattent en vain cette flamme qui jaillit du plus profond de leur être et qui incarne la force même de la vie.
La suite sur le blog de Marianne

 

>>>  Les conseils de Katell (Chatperlipopette)


Funérailles célestes, de Xinran, chronique de Katell
1956, Wen et Kejun sont jeunes mariés, médecins ayant l'avenir devant eux. Kejun décide de partir au Tibet pour soutenir l'Armée Révolutionnaire et libérer le Tibet. Peu après, l'Etat Major annonce la mort de Kejun à Wen. La douleur est insupportable pour Wen qui se lance à corps perdu à la recherche de son époux: peut-être que l'armée a été mal informée et que Kejun est toujours vivant?

Commence alors pour Wen, une quête interminable qui la mènera aux confins du Tibet où elle rencontrera le peuple tibétain, entre nomadisme et sédentarité, entre espace infini et temple, entre spiritualité et combat pour la liberté d'être eux-mêmes.
Wen découvre les paysages époustouflants des hauts-plateaux du Tibet, la vie rude mais joyeuse des nomades avec la famille de Ge'er et Gela, frères et époux d'une même femme Saierbao, et Zhuoma, une héritière tibétaine rencontrée au hasard du voyage...
La suite sur le blog de Katell 

Quatre générations sous un même toit, de Lao She, chronique de Katell
Lao She met en scène une famille chinoise traditionnelle, au mode de vie ancestral. Quatre générations vivent ensemble dans une maison que l'imagination voit jolie, agréable, pleine de vie et de rires d'enfants. La famille s'est élevée socialement à chaque génération: les petits fils ont reçu une éducation de lettrés.
Dans cette Chine occupée par les Occidentaux, des fissures lézardent le mode de vie millénaire: un vent de changements commence à se lever.
L'angoisse du vieux Qi (le patriarche) est de ne plus voir ses descendants vivre sous le même toit que lui et de ne pas fêter son anniversaire entouré de tous.
Puis c'est la guerre contre le Japon envahisseur. La Chine est asservie et Lao She nous emmène dans les ombres inquiétantes et sordides de l'occupation. Il nous peint une société particulière: la société pékinoise, une Chine dans la Chine. Une société profondément confucéenne: la fatalité est présente, il faut composer avec cette dernière afin de garder la tête haute et l'estime de soi...
La suite sur le blog de Katell 




Côté sport

>>> Les conseils de Daniel Fattore
 
 Le Cimetière de pianos", côté sport (voir infra) - sans oublier certaines nouvelles de Michel de Saint-Pierre. Il y a aussi "L'Angoisse du gardien de but..." d'un certain Peter Handke.
Et si l'on considère la chasse comme un sport, la liste devient soudain infinie...  (Note du tenancier : non, non, on ne la considérera pas comme un sport, la corrida non plus, les échecs non plus, SVP)

 .. et dans le genre grand public et sportif à sa manière, il y a toujours "Marche ou crève" de Stephen King: une course d'endurance où cent personnes courent jusqu'à en crever... avec une seule personne à l'arrivée! Là, ça ne rigole plus.  A noter que Stephen King a une piscine et conduit des motos. Un autre type de sport, encore...

J'oubliais... le sport occupe une place prépondérante dans "Moi, Charlotte Simmons" de Tom Wolfe.
(Note du tenancier : dans ce cas, ajoutons Le Monde selon Garp, de John Irving)

"Le Cimetière de pianos", de José Luis Peixoto. Chronique de Daniel Fattore.

  Une autre étape d'endurance
A plus d'un titre, l'accroche du présent billet s'applique au roman "Le Cimetière de pianos", roman signé de l'écrivain portugais José Luis Peixoto. Il s'agit en effet d'un ouvrage à la lecture difficile, lente, ardue comme un marathon. A ce régime, on s'attache au style plus qu'à l'histoire, et c'est tout bénéfice ! Ceux qui lisent le portugais seront donc bien inspirés de lire ce texte dans sa langue originale pour en savourer les plus fins éléments.
"Le Cimetière de pianos" est un roman déconcertant, découpé en cinq ou six parties, décliné à deux voix. A ma gauche, vous avez Francisco Lazaro, marathonien. A ma droite, son fils - qui sera élevé par son oncle. Le fils est né, en effet, le jour même où son père s'éteint, au trentième kilomètre du marathon des Jeux Olympiques de 1912 à Stockholm. "Quand je suis tombé malade, j'ai su que j'allais mourir", commence le récit. Et les toutes premières pages plantent le décor sur cette base, baignée d'un deuil qui ne quittera jamais l'ambiance du récit...

La suite sur le blog de Daniel Fattore



 >>>  Les conseils du tenancier (avec l'approbation de Nicolas Ancion) 

325 000 Francs, de Roger Vailland. Mini-chronique de Georges Flipo.
Roger Vailland était sportif et libertin.
Dans cette chronique, nous ne parlerons que du sport. Ha, ha, ha et voilà comment on écoeure les blogueurs du sport !
Cela dit, pour vous réconcilier avec lui, lisez 325 000 Francs. 
Il y a eu de très grands textes sur le vélo, notamment ceux d'Antoine Blondin, de Louis Nucera, de Paul Fournel et de René Fallet. Mais celui de Roger Vailland n'est pas largué, il roule avec eux dans le peloton de tête.



 


 

>>>  Les conseils de Quichottine


Le monde de Julien, de Patrice Baluc-Rittener Chronique de Quichottine.
Un roman d'initiation sur fond d'équipe de Rugby, cela vous plairait-il ? Il s'agit d'un vrai roman, celui d'un jeune garçon qui va grandir dans le monde de l'équipe de rugby dirigée par son père. J'ai aimé cette entrée "par les coulisses" dans un monde auquel je ne connaissais rien et qui m'a permis de comprendre ce qui se passait, du plus petit match à celui de coupe du monde. Le sport est là, mais aussi tout ce qui gravite autour de lui, sans oublier ce qui peut faire l'intérêt d'un roman : des personnages forts, des liens qui se tissent entre eux... Bon je ne vais pas continuer à en parler, j'en ai pour des heures !
La suite sur le blog de Quichottine, ici ou .
 

 


 
>>>  Les conseils du tenancier 


Les Héroïques
, de Guy Lagorce.
Mini-chronique de Georges Flipo

Ce sera la chronique la plus courte de ce blog : je l’ai lu il y a dix ans, j’avais beaucoup aimé, je l’ai prêté, je ne l’ai jamais revu. Ce sont des nouvelles qui sentent bon l’algipan et les lauriers, écrites par un ancien sportif de haut niveau, devenu journaliste puis auteur de tout aussi haut niveau.  

 

 

 

 

Si vous avez des messages à proposer sur ces thèmes, déposez-les en commentaires.


 

publié dans : Divers, vos ??? et vos !!!
ajouter un commentaire commentaires (6)    recommander
Mercredi 16 juillet 2008


Le chat qui s’en va tout seul prenait beaucoup de place

 Dans un peu plus d’un mois sortira mon troisième recueil de nouvelles, et je commence à ressentir une certaine impatience. Vous aussi ? Merci, je n’en doutais pas, et je vous remercie pour votre civilité.

 Pour passer le temps, je vais parler d’une nouvelle qui, pendant près de quarante ans, m’a empêché d’écrire quoi que ce soit et surtout pas des nouvelles. Je vais vous parler du « Chat qui s’en va tout seul » de Rudyard Kipling. Si vous ne l’avez jamais lue, laissez tomber ce billet et filez la lire sur http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Chat_qui_s'en_va_tout_seul, c’est beaucoup plus intéressant que mon blog.

 Je n’oublierai jamais la nuit où j’ai découvert cette nouvelle. C’est la nuit où j’ai eu l’impression d’atteindre un certain absolu de la littérature. J’avais dix ans, je dormais chez ma grand-mère, dans une immense maison qui avait vu passer une ribambelle d’oncles et tantes. La chambre qui m'accueillait n’avait pas de rideaux, et je n’en avais pas fermé les volets. Devant la fenêtre, un platane éclairé par un réverbère projetait son ombre sur mon mur. Une ombre inquiétante, agitée, car il y avait une bonne brise ce soir-là. De temps à autre, une voiture passait dans la rue et, sous son faisceau plus puissant, l’ombre se déformait affreusement et venait tourner autour de mon mur avant que les phares n’emportent les monstres brièvement esquissés et ne me rendent mon arbre. Bref, une nuit délicieuse, cauchemardesque, une nuit où l’on ne veut surtout pas s’endormir, une nuit où l’on veut jouer le plus longtemps possible à se faire peur.

 Pour résister à l’assoupissement, j’ai attendu le passage de ma grand-mère venue s’assurer de mon sommeil réglementaire ;  j’ai ouvert la petite lampe de chevet pour fouiller dans la bibliothèque qu’avait laissée un jeune oncle, dernier occupant ; et j’en ai tiré un vieux livre, sans couverture, à demi débroché, d’un certain Rudyard Kipling : « Histoires comme ça » (« Just so stories »). Je l’ai feuilleté, et me suis arrêté sur une histoire de chat.

 Ce fut un tremblement de terre littéraire.

 J’avais déjà lu tous les Tintin, l’Odyssée, et quelques autres monuments de la culture, mais là il me semblait découvrir le livre originel. Le livre qui semblait le livre-source de toute l’humanité. Jamais personne ne m’en avait parlé, et il m’a semblé avoir mis la main sur un livre sacré, un livre magique que je venais de sortir d’une armoire interdite.

 Comment peut-on ne pas trembler quand on lit un dialogue comme celui-ci :

 Chien Sauvage leva le museau et renifla l'odeur du mouton cuit et dit :

       J'irai voir ; je crois que c'est bon. Chat, viens avec moi.

      Nenni ! dit le Chat. Je suis le Chat qui s'en va tout seul et tous lieux se valent pour moi. Je n'irai pas.

      Donc, c'est fini nous deux, dit Chien Sauvage. Et il s'en fut au petit trot.

Il n'avait pas fait beaucoup de chemin que le Chat se dit : « Tous lieux se valent pour moi. Pourquoi n'irais-je pas voir aussi, voir, regarder, puis partir à mon gré ? » C'est pourquoi, tout doux, tout doux, à pieds de velours, il suivit Chien Sauvage et se cacha pour mieux entendre.

 J’ai lu deux fois cette nouvelle ce soir-là. Nouvelle, ou conte, ne venez pas me gâcher mon plaisir avec vos soucis de nomenclature. C’est une histoire, juste une histoire. Just so story.

 Je l’ai lue encore toute ma vie. Pendant longtemps, elle est restée pour moi la nouvelle étalon. Celle qu’il me serait toujours impossible d’égaler, évidemment, mais aussi celle à laquelle je comparais toute nouvelle qui me transportait. Elle est tout ce que j’aime en littérature.

 Elle s’est construite dans un langage propre, quasiment une nouvelle langue étrangère, qu’on ne retrouvera bien sûr chez aucun autre auteur. Un grand art, comme dans quelques nouvelles de Saki, et notamment sa prodigieuse « Sredni Vashtar ».

 Elle s’appuie sur un mécanisme récurrent, sans complexes, sans crainte des répétitions. Comme dans, ah, c’est malin, je ne trouve plus l’exemple auquel je pensais. Bon, vous, vous avez certainement un exemple de récurrence en tête et vous le donnerez en commentaire. Enfin, récurrent, quoi, comme dans, ah, comme dans certains contes du folklore juif, euh… dont je ne retrouve évidemment plus les noms au moment où je ponds ce billet.

 Elle semble fondatrice de l’histoire de l’humanité. Comme peut l’être, par exemple, « La Loterie de Babylone », de J.L. Borges.

 Elle joue avec la magie. Je dis bien la magie, pas le fantastique. La très simple magie qui permet à l’homme de dominer l’ordre naturel. Un peu comme dans « La  Dame de Pique » de Pouchkine.

 Elle se construit de façon inéluctable. On sent un emboîtement des faits qui peu à peu se referme, de façon évidente, à laquelle le lecteur participe, sans se soucier de la chute, qui n’est qu’un jeu pour enfant. On retrouve ce procédé dans « Guayaquil » de J.L. Borges.

 Il y a tout ça dans « Le chat qui s’en va tout seul ». Il y a tout ce que je voudrais mettre dans mes nouvelles, et j'y renonce, bien sûr, car on ne peut dormir dans le lit de Kipling.  Et il y a surtout ce héros, ce chat exceptionnel, auquel, depuis, tous les chats du monde se croient obligés de ressembler.


 
Il m’arrive de me prendre pour un écrivain, de sentir un léger renflement de chevilles. Ces jours-là, j’ouvre Histoires comme ça. Je n’ai pas besoin de chercher la page, le livre s’ouvre tout seul sur :

 « Hâtez-vous d'ouïr et d'entendre ; car ceci fut, arriva, devint et survint, ô Mieux Aimée, au temps où les bêtes Apprivoisées étaient encore sauvages. Le Chien était sauvage, et le Cheval était sauvage, et la Vache était sauvage, et le Cochon était sauvage — et ils se promenaient par les Chemins Mouillés du Bois Sauvage, tous sauvages et solitairement. Mais le plus sauvage de tous était le Chat. Il se promenait seul et tous lieux se valaient pour lui ».

 Je la lis, je crois la lire, car je la connais presque par cœur, et je me remets, plus humble, au travail. Mais je la lis aussi les jours où je n’ai pas le moral et où je désespère de l’écriture.

Et vous ? Avez-vous aussi une nouvelle absolue, une nouvelle de référence comme on dit maintenant, disons simplement une nouvelle angulaire sur laquelle vous voudriez que se construise toute la littérature ?

 

publié dans : Divers, vos ??? et vos !!!
ajouter un commentaire commentaires (17)    recommander
Dimanche 6 juillet 2008

 

C’est Sacha Guitry qui raconte (je le cite de mémoire) :

 « Je prépare une lettre à Madame X. J’en écris le brouillon, le corrige et je le passe au propre. Je jette le brouillon à la corbeille, et je fais poster la lettre. Une heure après, je sors le brouillon de la corbeille et le relis. J’en suis insatisfait. Je le corrige, puis le rejette à la corbeille, apaisé

 Sacha Guitry n’était pas le seul auteur assidu au travail de correction, même gratuit. Ils sont nombreux dans le club, et je crois me souvenir que les manuscrits de Flaubert ou de Victor Hugo ont désespéré plus d’un claviste.

 Il n’y a là rien d’ahurissant : écrire, c’est se relire. Et récrire. Les écrivains sont d’abord des récrivains.  

 J’en suis convaincu, mais j’ai du mal à en convaincre les autres. On me demande parfois combien de temps je mets à écrire une nouvelle. Je réponds la vérité : ça peut varier entre trois nuits et dix-huit mois. Il m’a fallu trois nuits (une d’écriture, deux de corrections) pour pondre « La route de la soie », qui figurera dans le prochain recueil, mais je la connaissais presque par cœur avant de l’avoir commencée : j’y pensais depuis des mois. J’ai mis près d’un an à écrire une nouvelle comme « Un éléphant de Pattaya », tant le sujet était difficile (la prostitution des très jeunes filles), tant le traitement était périlleux. La nouvelle figurera également dans le prochain recueil. J’ai mis dix-huit mois à écrire « Le passage du Sphinx » tant le bon rythme était dur à mettre au point. La nouvelle figurait dans le précédent recueil « L’Étage de Dieu ». Dans les deux derniers cas, j’ai mis beaucoup plus de temps à récrire le texte qu’à l’écrire jusqu’au mot « fin ». Je ne progresse pas en rapidité, et tant mieux.

 Souvent, on ne me croit pas. On tente alors une question de contrôle : « Et votre roman, le Vertige des auteurs, combien de temps avez-vous mis à l’écrire ? »  La vérité est encore plus simple, le ratio est toujours le même : quatre mois d’écriture, huit mois de relecture et réécriture. Et deux personnes qui m’ont apporté sur le manuscrit un regard attentif peuvent en témoigner.

 Cette seconde partie du travail n’est pas moins glorieuse que la première, au contraire. C’est là que l’idée devient texte. C’est là que se cristallise le style de l’auteur. C'est souvent cette humilité devant le travail de relecture qui distingue le professionnel de l'amateur

 Il m’arrive encore d’être juré dans des concours de nouvelles — de plus en plus rarement, car je suis un juge exécrable. Je suis parfois stupéfait par la faiblesse d’écriture de certaines nouvelles que l’on me propose. Encore plus stupéfait quand elles plombent une idée forte ; car il y a souvent d’excellentes intrigues chez les auteurs amateurs. Mais l'écriture ne leur donne pas leur chance.

 En les lisant, je pense à ces convives timides qui tentent de placer une histoire drôle dans le brouhaha du dessert : ils bâclent le récit, le dévident sans rythme, sans clins d’œil, pressés d’atteindre la chute avant qu’on ne la leur gâche. Je ne parle même pas des fautes d’orthographe ou de grammaire, ni des répétitions, parfois d’une ligne à l’autre, ni de la surabondance des verbes mous. Ce qui me chagrine le plus, ce sont ces descriptions superficielles dont on achève la lecture sans avoir imaginé aucune image, ces dialogues qui passent d’une langue empruntée à une autre qui se voudrait populaire et n’est que minimale. L'auteur semble pressé d'en finir, pressé de tuer son idée. Comme s'il n'aimait pas vraiment écrire.

 Dès qu’on se pose la question « Mais combien de fois a-t-il relu son texte ? » le plaisir est mort. Surtout quand on devine la réponse. J’arrête alors la corvée, et j’écris « Pourquoi devrais-je lire ce texte que vous n’avez même pas relu ? ». Et je sens alors monter, en une étrange pulsion rancuneuse, l’âme des profs vachards que j’ai toujours détestés. Je ne suis pas très fier de ma franchise, mais elle me paraît nécessaire.

 Ce travail de réécriture paraît simple à décrire ; il est en réalité complexe, fragile, aléatoire. Après cinq ou six passages sur le métier, on connaît son texte par cœur, on croit le relire, c’est faux : la première phrase d’un paragraphe déclenche les suivantes, c’est la mémoire qui lit, se contentant d’aller chercher les mots qui lui font défaut.  

 Chaque auteur a ici sa technique. La mienne est un peu mécanique : j’alterne les lectures rapides, continues, (ou par chapitres, dans le cas d’un roman) qui permettent de rester sensible au rythme du texte, d’en repérer les passages trop languissants ou trop expédiés, et les lectures besogneuses, très fractionnées, ou je lis chaque paragraphe comme s’il s’agissait d’un billet. Parfois, la neuvième lecture (rythme) m’obligera à censurer les précisions, les incidentes apportées à la huitième (fractionnée). J'essaie de laisser passer quelques semaines avant chaque double relecture. Souvent, je me lance, en parallèle, dans l'écriture d'une autre nouvelle.

 Désespérant ? Non, c’est ce qui rend le travail de relecture amusant. Encore faut-il aimer…

 À l’arrivée, un texte bien corrigé et re-corrigé doit donner l’impression d’avoir été lâché au fil de la plume. En écrivant cela, je pense à la légende du grand coureur cycliste Hugo Koblet qui, avant de gagner détaché une classique ou une étape, perdait quelques secondes pour se recoiffer avant de franchir la ligne d’arrivée : il voulait, suprême élégance, donner l’impression de n’avoir pas souffert.

J'en suis encore très loin. Et d'abord, où est-elle, cette ligne d'arrivée ?

publié dans : Divers, vos ??? et vos !!!
ajouter un commentaire commentaires (12)    recommander
Dimanche 1 juin 2008


Mon billet précédent semble avoir été mal compris par certains : non par les commentateurs qui ont laissé un message sur ce blog, mais par quelques lecteurs qui m'ont directement adressé des mails surpris ou peinés dont je fais la synthèse "Alors, dans votre prochain recueil, vous donnez moins d'importance aux histoires ? C'est dommage, c'était un peu le point fort de vos nouvelles..."
Etant charitables, ils n'ont pas ajouté "Déjà qu'elles n'étaient pas terribles, si on retire les histoires, il ne restera vraiment rien du tout".

Je re-précise donc : oui, pour moi, les nouvelles nécessitent d'abord une histoire. Mais la mise au point de l'histoire me pose des difficultés moins importantes que la définition du ton.

Pour mieux l'expliquer, je laisse la parole au cher W. Somerset Maugham :
"J'aime les histoires avec un commencement, un milieu et une fin. J'ai la faiblesse de croire qu'elles doivent mener quelque part. Je pense que l'atmosphère est une excellente chose mais l'atmosphère sans rien d'autre me fait l'effet d'un cadre sans tableau : elle n'a pas vraiment de raison d'être."

Et puisque vous êtes encore là, en train de lire des lignes qui ne sont pas de moi, c'est que vous aimez les citations. Je vous en offre une autre, extraite d'un interview de Bioy Casarès, le vieux et jeune complice de J.L.Borges :
- A quoi, dans une nouvelle, accordez-vous le plus d'importance ?
- A l'histoire. Dans un roman, les personnages sont aussi importants que l'histoire, du moins est-ce notre souhait. Moi, je suis un inventeur d'histoires.

Tout ça pour dire que je reste plus que jamais attaché à l'histoire qui va tendre le déroulé de chaque nouvelle. Mais, pour moi, ce n'est pas le plus important en termes de difficulté. J'ai la chance d'imaginer assez vite des histoires qui tiennent. Mais le plus difficile, ce sur quoi je peine le plus, c'est le ton juste, le climat. L'histoire sert à capter l'attention, à entraîner le lecteur. Mais c'est ce ton qui rendra le cheminement agréable, c'est lui qui fera le charme du texte. Il y a des nouvelles dont on sort haletant, mais à quoi bon, si les halètements se concluent par un soupir de fatigue ?

Et puisque je suis lancé, voici un dernière citation, que certains visiteurs reconnaîtront peut-être :
"Une bonne nouvelle ne doit laisser aucune chance au lecteur. Il faut d'abord l'embobiner doucement, puis l'entraîner très vite, irrésistiblement, vers une chute qu'il guette sans pouvoir la deviner."
Cette définition figurait sur la quatrième couverture de mon premier recueil de nouvelles, la Diablada, également paru chez Anne Carrière. Je n'en renie rien.