Lundi 6 octobre 2008

Bon, puisque vous êtes là, aidez-moi à préparer le dîner

 

Ne restez pas là les bras ballants, rendez-vous utile, il y a ce dîner à préparer : je dîne prochainement avec une amie américaine, ex-directrice littéraire d’une maison d’édition. Maison américaine, je le précise tout de suite avant que Wrath ne publie sur moi un billet acrimonieux : « Hou, regardez comme c’est facile de se faire publier quand on fait partie des réseaux ! ».

C’est une vieille connaissance, une des premières qui m’ait incité à publier alors que je commençais les concours de nouvelles c’est pour dire si elle a du talent,ha, ha !  Elle est aussi très curieuse : elle a lu, aux U.S.A. mon « Qui comme Ulysse », alors que bien des libraires de la Cnaf ne l’ont pas lu, puisqu’il ne va pas se vendre – c’est irréfutable, c’est la logique cnafienne.

Etant curieuse, elle va, c’est d’ores et déjà prévu, essayer de comprendre cet étrange rituel de la rentrée littéraire en France. Rituel qui constitue une exception mondiale ; ça fait partie de l’exception culturelle française.

Comment vais-je lui expliquer ça ? Elle prend les Français pour un peuple rationnel : je crois qu’elle confond rationnel, rationaliste, et raisonneur. Elle va certainement  me demander : bien sûr, que c’est absurde, en apparence. Mais il doit bien y avoir quelqu’un à qui ça profite secrètement. Alors, à qui ? Aux auteurs ? Aux éditeurs ? Aux attachées de presse ? Aux critiques littéraires ? Aux médias ? Aux libraires ? Aux lecteurs ?

Je vais prendre l’air mystérieux et intelligent du type dans le secret des dieux, et je vais lui répondre : « Euh, c’est en fait très habilement monté, les grands bénéficiaires, ce sont.. »

Et là je vais me lever en faisant semblant de reconnaître quelqu’un à l’autre bout du restaurant. C’est très lâche, très grossier. Et vous, vous avez une réponse à me proposer ?   Faites vite. La meilleure réponse bénéficiera d’une invitation gratuite pour ce soir-là, à l’autre bout du restaurant.

par Georges F. publié dans : Actualité littéraire, vos ??? et vos !!!
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Vendredi 26 septembre 2008

Mélangez le tout un certain temps, et mâchouillez lentement.

 

Être auteur, un métier difficile ? Ha, ha, ha ! Mais non, ce n’est rien du tout, il suffit d’écrire ce qui vous passe par la tête, d’ajouter quelques adjectifs rares pour faire plus chic, de vérifier les fautes d’orthographe, puis, tout bien réfléchi, d’enlever les adjectifs rares pour faire moins pédant.

 

Le seul truc complexe, dans le métier d’auteur, c’est d’en parler. Parler d’une œuvre, ce n’est déjà pas facile. Mais parler de plusieurs en même temps, c’est à vous décourager de les écrire. C’est un peu comme danser le tango et la salsa durant les mêmes trois minutes. C’est ce que je fais depuis trois jours, en y ajoutant le rock et la valse.

 

Mardi, je viens devant la force de vente Volumen qui travaille pour mon second éditeur, le Castor Astral. Deux réunions consécutives (une devant la force de vente du circuit « grandes enseignes », une autre devant celle spécialisée en librairies indépendantes). Il s’agit de présenter mon prochain roman « Le film va faire un malheur », qui sortira en fin décembre. Il est peut-être un peu tôt pour que je vous en dise du bien ; mais, en ce qui concerne les équipes de la force de vente, ça devenait urgent. Il y a déjà un an que j’ai bouclé ce roman, avant Qui comme Ulysse. Il est écrit dans un registre différent : humour noir, description féroce des mondes du cinéma et de la publicité. Le hic, c’est que je ne l’ai plus suffisamment en tête pour bien en causer : je parle de deux personnages principaux, alors qu’il y en a trois. Heureusement, mon éditeur me souffle « Clara ». Ah, oui, bien sûr, Clara ! Et voilà qu’on reparle, dans la foulée, du premier roman, « Le Vertige des auteurs » qui n’a pas mal marché. Ne pas s’embrouiller, rester calme. Ce n’est pas si facile quand vingt commerciaux vous fixent avec l’œil gentiment inquiet d’un jury de doctorat.

 

Mercredi, longue interview radio à Lille, pour le lancement de « Qui comme Ulysse », avec la journaliste de France-Bleu Nord, Agnès Delbarre. Elle a beaucoup aimé, ce qui crée une bonne ambiance : comment peut-on faire la gueule à une journaliste qui non seulement a bien aimé, mais a bien lu et bien compris l’œuvre de l’auteur ? Excellente intervieweuse qui me met tellement à l’aise que je me crois constamment en train de prendre un café avec elle. Nous avons ainsi devisé gaiement durant trois quarts d’heure. Elle va devoir monter tout ça en un quart d’heure et je lui souhaite bien du plaisir : finalement, j’ai bien fait de devenir écrivain plutôt que journaliste.

 

Jeudi, interview-présentation au Furet du Nord devant une assistance d’environ 10.000 personnes (je ne saurai jamais le nombre exact, je ne regardais que le premier rang ; et plus exactement la dame rousse qui me souriait mais ne m’a même pas demandé de dédicace en partant, à moi qui lui rendais ses sourires, c’était bien la peine !). Frédéric Launay, le journaliste, a le chic pour poser des questions imprévues, très rebondissantes. Mais voilà, une de ses premières questions parle de mon second recueil, « L’Étage de Dieu », consacré au monde de l’entreprise, qu’il avait apprécié, a-t-on idée ! Et là, le vide total, j’ai beaucoup de mal à rebondir. Ça repart : avec Frédéric Launay, la seule attitude jouable, c’est de rester sincère, naturel, ce que je fais… je suis donc complètement inintéressant. Pour capter le public, je dois être biaiseux et dissimulateur, comme je le fais aujourd'hui dans ces lignes, ça marche beaucoup mieux.

 

Et en fin d’interview, une gentille voix dans la salle me demande… ce que je suis en train d’écrire en ce moment. Séquence charleston !

 Tout ça pour vous dire que, durant ces trois jours, je n’ai vraiment pensé qu’à une chose : la page où je vous expliquerai ma stratégie bloguesque (séquence mambo). Je commence à y voir plus clair, c’est terrifiant. Ce sera l’objet d’un prochain billet, le suspense est insoutenable.

 

Je ne savais comment illustrer ce billet, alors j’ai ajouté le visuel de la couverture de La Diablada. Comme je n’en avais pas parlé dans ce billet, vous auriez pu vous inquiéter. Séquence fox-trot.
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Mercredi 24 septembre 2008

Demain, au Furet du Nord de Lille, un écrivain face à la foule immense


L'écrivain, ce sera moi. La foule immense, ce sera vous. Ou vos petits-neveux qui, plutôt que de sécher leurs cours au bistrot pourront les sécher au Furet du Nord, au moins ils s'instruiront. Ou vos grands-oncles qui se meurent d'ennui devant la télé : dites-leur bien qu'une interview d'écrivain au Furet du Nord, c'est comme à la télé, faites-leur croire que ce sera pour la télé, qu'ils passeront aux informations régionales, on les filmera, il faudra qu'ils mettent une chemise blanche sans rayures, une cravate. Oui, c'est comme à la télé. Avec un vrai journaliste, des vraies questions, et un vrai écrivain terrifié.

Le vrai écrivain, à la télé, il est terrifié parce qu'il pense aux millions de téléspectateurs. Moi, au Furet du Nord, je serai terrifié par la salle immensément vide que je contemplerai. C'est très impressionnant un débat devant une foule absente.

Faites un effort, venez. Ce sera à 17 heures très précises, espace-rencontre au Furet du Nord. Venez de Paris s'il le faut : le Furet du Nord vaut le voyage, c'est la plus grande librairie d'Europe. C'est pour ça qu'ils m'ont invité, j'en suis sûr, il fallait un grand écrivain comme moi pour la plus grande librairie d'Europe. Mais il faudrait aussi une foule encore plus grande que l'écrivain. Je compte sur vous : pour jouer le rôle de la foule, vous serez excellents, j'en suis certain. Ce sera le rôle de votre vie. Moi, je ne serai que votre figurant.

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Mardi 23 septembre 2008

Lauzerte : arrosoir, vendetta, relève, carrière, bulle, tango, roman.

 

    Rappel préalable : ce jeudi 25 septembre à 17 h       

interview-présentation-débat au Furet du Nord de LILLE.

--------------                     pour le recueil Qui comme Ulysse                  ----------------

----                                               Présence exigée                                           ----

………….          Précédée le même jour, à 15 H d’une interview radio           …………

----                       sur l ‘émission littéraire de France-Bleu Nord                  -----.

 

 J’ai connu ce dimanche à Lauzerte de grandes émotions qui vont avoir une importance décisive pour l’avenir de la littérature. Classons ça pour y voir plus clair.

 

J’ai rencontré une femme de parole. Loïs de Murphy avait annoncé qu’elle viendrait avec un arrosoir plutôt qu’un chapeau à fleurs. Elle est dûment venue me voir avec un immense arrosoir vert. Aussi immense que son sourire qui, lui, était cependant très blanc. Loïs a eu raison, l’arrosoir lui va beaucoup mieux que le sombrero.

 

J’ai conclu la paix avec quelqu’un ! Moi qui pratique la vendetta comme l’un des beaux-arts ! J’avais, paraît-il, menacé Flo la blogueuse d’homicide par jet de livres invendus. Elle était, tout bien réfléchi, trop sympa pour que je la tue. D’autant plus que je n’avais pas un seul « Qui comme Ulysse » à gaspiller. L’armistice a été signé. Je lui ai même confié mon stand pendant que je donnais une lecture publique face à des milliers de spectateurs captivés ( ou des centaines, ou des dizaines, ou un peu moins, quand on s’aime on ne compte pas). Revenons à Flo : je suis arrivé au moment où elle allait écrire à ma place les dédicaces. Sa bonne volonté n’a pas de limites, c’est comme ma paresse.

 

Après un long travail mené sur mon ego, j’ai admis que je pouvais avoir un successeur, et je l’ai intronisé (attention, hein, je dis bien un successeur, pas un remplaçant) comme lauréat du Prix du Scribe « Place aux Nouvelles » Lauzerte 2008. Moi, c’était en 2007. Pour 2008, c’est Yves Lériadec avec son recueil « Les hommes aussi ont besoin d’amour » (assertion contestable, moi j’ai surtout besoin de lecteurs et de soutien médias). Je ne votais pas, et heureusement, car j’aurais exigé 5 bulletins de vote pour soutenir les 5 talentueux finalistes : Magali Duru, Laurence Barrère, Pierre Le Coz et Bertrand Runtz. Et Yves Lériadec, bien sûr, car je suis toujours du côté des gagnants, c’est pour moi une règle morale. Quasiment un impératif kantien. Ça s’est joué finalement à deux ou trois voix près, sur plus de vingt jurés. Le débat a été féroce, ils se sont entre-déchirés. Tout ça pour de la littérature. C’est beau.

 

Ma carrière de commercial paraît de plus en plus prometteuse, plus que celle d’auteur. J’ai dédicacé une fois encore tout mon stock de « Qui comme Ulysse ». Avec du recul, j’ai quelques remords concernant le dernier acquéreur, ce passant égaré dans la nuit : je l’ai alpagué, j’ai pratiqué sur lui un incontestable forcing. Il a perçu la vibration meurtrière qui sourdait sous mon sourire mercantile. Effrayé, il a sorti son chéquier, et s’est enfui avec son Ulysse dans les ruelles obscures.


 

À la différence de la chère Loïs de Murphy, je vais manquer à ma parole : je m’étais promis de m’enfermer dans ma bulle pour réfléchir à ma stratégie bloguesque. Impossible. Trop allègre ambiance, trop bons échanges avec les visiteurs lauzertins et forestieri, trop d’embrassades et de pots entre auteurs, trop d’enthousiasme contagieux de la part des organisateurs et des bénévoles, trop joyeuses festivités. Ma bulle a explosé. Du coup, je n’ai toujours pas de stratégie, mais ça vient.

 

Le dernier soir, j’ai laissé jouer un tango (brillamment exécuté par Cathy, la médiathécaire lauzertine à l’accordéon), un beau tango, sans inviter la nouvelliste Frédérique Martin, ni Blandine, libraire d’un jour et de tant d’autres. Je suis déshonoré. Mais si on m’avait vu le danser, j’aurais été encore plus déshonoré. L’an prochain, je reviens : je chanterai La Cumparsita puis A  Medialuz, et je les danserai ensuite. Avec qui ? Mon carnet de bal est ouvert dès maintenant, avis aux impétrantes.

 

J’ai retrouvé mes sœurs de lettres, Emmanuelle Urien, Françoise Guérin, Magali Duru, nous nous sommes connus quand nous étions pauvres, inconnus et ambitieux. Rien n’a changé, c’est merveilleux. J’ai aussi retrouvé toute la joyeuse bande des nouvellistes de Lauzerte. J’étais tellement heureux que j’ai préféré ne pas leur dire que j’écris un troisième roman. Je suis un dissimulateur.

 

Merci et mercis. Je vais sûrement en oublier, tant pis, je me lance. Merci à Jacques et Brigitte Griffault, inépuisables maîtres d’œuvre de cette manifestation, à Blandine libraire volante à qui j’ai oublié de dire au revoir, c’est le seul point noir de cette journée, à René et Nicole formidables et généreux taverniers, à tous les rayonnants bénévoles, et tout particulièrement à Michel et Jacqueline pour leur accueil.
Merci à Françoise Guérin qui, non contente de me supporter comme voisin de stand, m’a soufflé trois idées de dédicaces qui n’ont pas fini de faire de l’usage. Merci à tous pour ne pas m’avoir volé ma bière : je l’ai pourtant plusieurs fois déposée à l’écart, fraîche et moussue, tentante, pour repérer le malandrin de l’an dernier.  

 
Ah, j’allais oublier, l’avenir de la littérature ! Après un dimanche pareil, c’est décidé : dès que mon roman sera terminé (peut-être même avant), je recommence à écrire des nouvelles.

La photo ci-dessous n'a rien à voir avec le reste de ce billet : ces petits trucs gris immondes sont des jeunes topinambours en train de se livrer à la reproduction. Il faut ça pour la survie de l'espèce. Je les ai ajoutés pour répondre au souhait de l'illustre Balmeyer, tenancier d'un blog dont je vous recommande la visite, ne serait-ce que pour y causer de la copulation des topinambours.

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Jeudi 18 septembre 2008

Calendrier des apparitions

 

Les signes du succès s’accumulent : hier soir au Super U, quand on m’a vu, le caddy plein de surgelés, achats typiques d’un écrivain célibataire, on a ouvert une deuxième caisse rien que pour moi. Et ce matin le marchand de journaux m’a rappelé que le supplément Le Monde des Livres, c’est ce soir. J’ai bien vu qu’il avait dit ça en pensant qu’on y trouverait une pleine page sur Qui comme Ulysse.

 

Mais je suis resté très simple, très abordable : je me dois à mes lecteurs, je vais à leur rencontre, glorieux, certes, mais affable et disert.  Et voici le calendrier de mes prochaines apparitions :

 

-          Dimanche 21 septembre, « Place aux Nouvelles 2008 » à Lauzerte. Le plus grand événement littéraire depuis Place aux Nouvelles 2007 à Lauzerte. Les plus impatients pourront m’y croiser dès le samedi en fin d’après-midi. Ils pourront me toucher : je guéris les écrouelles et les prurits suintants.

-          Jeudi 25 septembre, à 17 heures, au Furet du Nord de Lille (Espace-rencontre) présentation-interview pour mon recueil « Qui comme Ulysse ». C’est Frédéric Launay qui posera les questions, ce ne devrait pas être triste. L’ennui, c’est que je devrai y répondre, c’est le hic, avec ces interviews.

-          Jeudi 2 octobre, de 19h à 23 h : présence au 10e anniversaire de la collection  « Escales des lettres » (Le Castor Astral). Mais je dis ça juste pour vous faire envie : seuls les invités y sont invités. Je deviens terriblement snob.

-          Samedi 11 et dimanche 12 octobre : Le Mans, Salon des 24 heures du livre. J'y dédicacerai mes livres, bien sûr, mais je participerai aussi au débat "Vers d'autres terres, d'autres ailleurs" dimanche à 14 heures. Il y aura aussi François F.eer (Le Dilettante) et Pierre de V.allombreuse (La Martinière). Vont-ils bien comprendre qu’ils ne sont là que comme faire-valoir ?

-          Samedi 18 et dimanche 19 octobre : Saint-Étienne, Salon du LivreVous m’y trouverez probablement sur une estrade dressée au milieu du salon. Six nymphes lascives m’éventeront.

-          Samedi 8 et dimanche 9 novembre : autre salon à confirmer. Je suis en train de négocier mon cachet. Il est pharamineux. Je l’écris ph pour faire plus faramineux.

-          Dimanche 30 novembre : journée paroissiale de C.lamart. Là, je sens que je vais faire un tabac. Toutes mes groupies seront là.

-          Samedi 6 décembre : journée Dédicaces de Sciences Po. Les organisateurs annoncent plus de cent auteurs, dont plusieurs académiciens, mais il n’en est pas question : je ne veux être entourés que d’académiciens. Et encore, en uniforme.

 

Pour ces manifestations, l’immuable cérémonial sera le suivant :

 

-          Première sonnerie de clarines : une grande lumière tombe sur les lieux, j’apparais sur mon éléphant blanc qui, de sa trompe, me dépose devant ma table de vermeil.

-          Deuxième sonnerie de clarines : le cortège se forme pour approcher de ma table. On fera passer devant les plus âgés qui ont plus de descendants, donc plus de « Qui comme Ulysse » à offrir pour leur édification. On s’avancera en chantant le « Et clamor meus ad te veniat ».

      -    Troisième sonnerie de clarines : le héraut annonce que les stocks sont presque épuisés. La foule se rue, l’émeute est proche. Pour approcher de ma table, l’usage de l’épingle à nourrice subrepticement maniée est recommandé. On peut aussi recourir au bon vieux machete tropical, mais c’est moins subreptice.

Des questions ? Ah, oui, le prix des dédicaces ? Oh, il est très raisonnable : 18 euros seulement pour une dédicace. Le "Qui comme Ulysse", je le donne en prime.

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Vendredi 12 septembre 2008

Un complot contre Angot, un autre contre moi. On est inséparables.

 

Je viens de trouver sur mon blog un commentaire posté ce matin à 3h48 par un certain Despoint. Il est très beau, il mérite mieux qu’un passage en commentaires ; il faut lui donner sa chance, je vais en faire un billet. C’est comme les livres qui sortent pour la rentrée : pour leur donner le droit de survivre, il faut les mettre sur la table « Nouveautés » du libraire, sinon ils sont condamnés à l’oubli. Je dis ça comme ça, en l’air, bien sûr, vous verrez. Revenons à ce merveilleux commentaire que je cite intégralement, orthographe incluse :

 

Catherine Clément Philosophe et romancière française, révèle lors de la matinale de France Culture du 10/09/08, comment s’est organisé une cabale contre le livre "Le marché des amants" de Christine Angot, Editions du Seuil.

http://www.dailymotion.com/kenestaf/video/x6q0u8_cabale-antiangot_news

 

Ça mérite un commentaire de textes. Je vais faire ça comme je peux, je ne suis pas agrégé, je ne suis même pas un littéraire.

 

COMMENTAIRE DE TEXTE

 

On commence le plus vite possible, très scolairement, presque universitairement, par se placer sous une autorité. Catherine Clément, c’est bien, c’est du solide. Mais peut-être pas assez, se dit Despoint. Il ajoute philosophe, il a besoin de ça pour faire passer la suite. Mais attention, pas n’importe quelle philosophe, ce sera Philosophe avec une majuscule, qui n’a aucune raison d’apparaître ici, mais ça en impose. Aïe, ça fait peut-être trop théoricien, on précise aussi romancière. Beau métier. 

Et non seulement, selon Despoint, Catherine Clément aurait été invitée à parler à la Matinale de France-Culture, mais elle serait allée plus loin. Elle aurait révélé. Elle aurait pu protester ou expliquer, défendre ou exposer, non, elle a RÉVÉLÉ. Bon verbe, ça. On ne révèle jamais que des vérités cachées. Si on révèle, hé, c’est que c’est vrai, incontestable, et si on le fait révéler par Catherine Clément, c'est du béton, du marbre, de l'acier brossé. 

Et qu’est-ce qu’elle aurait révélé ? Elle aurait révélé comment s’est organisée (oui, Despoint, avec un e, ça s’accorde) une cabale. Parce qu’on ne sait jamais, il pourrait y avoir une cabale sauvage, non organisée, vous imaginez comme sont les cabalistes, ils cabalisent à des degrés divers. Celle-là, ils l’ont minutieusement OR-GA-NI-SÉE, tant la cause était importante. Une cabale, une vraie, avec tout ce que ça induit : complot, intrigues, manœuvres secrètes dirigées contre quelqu’un ou quelque chose. Il est vraiment bien, ce mot cabale, il évoque aussi la science occulte, la communication avec un monde invisible, infernal, peut-être même des trucs de mystérieux talmudistes. Hé, il faut au moins tout ça pour abattre Christine Angot. Il faut organiser une cabale. Pauvre Christine, petite innocente, sait-elle ce qu’on prépare dans son dos ?

 

La cabale va-t-elle triompher ? Non, Despoint arrive en jouant de la trompette, écoutez, écoutez Catherine Clément, Philosophe, romancière ! Elle a révélé le complot ! La littérature est sauvée !

 

Et pour être sûr, Despoint donne en partant le lien vers l’émission qui vous apportera la lumière. Un peu comme les missionnaires mormons essaient de vous filer leur Cinquième Evangile à la fin de leur baratin « Voyez vous-même, vous serez convaincu ».


Despoint est un garnement. Il avance bravement en terrain dangereux, mais en poussant Catherine Clément devant lui. C'est d'autant plus vilain qu'on lui fait dire ce qu'elle n'a jamais dit, encore moins révélé. Je cite ici une visiteuse de ce blog, en qui j'ai plus confiance qu'en Despoint : c'est Dominique. Elle réagit à une première version de texte, dans laquelle je croyais que Catherine Clément avait révélé ; après tout, ç'aurait pu être son droit. Mais non, rien de tout ça :

Ah j'ai écouté France-culture ce matin-là ( le 10 il me semble?) où Christine Angot était l'invitée des " matins" et je n'ai pas du tout saisi qu'il y avait un complot contre son bouquin.
Elle a seulement dit en substance : " Il y a des journalistes qui n'ont retenu qu'une seule phrase de mon livre celle où je dis à mon amant "Ne te trompe pas de trou". On se moque de moi, en faisant des blagues dégoûtantes à propos de cette phrase qui ne comporte aucun élément de vulgarité".

( Les guillemets, c'est moi qui les ajoute, pour faciliter la compréhension. Mais ce n'est pas un verbatim. Elle a raison d'être mécontente, la pauvre Christine Angot  : elle sort une petite phrase gentille, exempte de toute vulgarité, une petite boutade comme on entend, par exemple, quand les mamans attendent la sortie de l'école maternelle. Et il y a des gens très sales qui font des blagues dégoûtantes.)


Elle a ajouté que les femmes avaient deux trous contrairement aux hommes, et l'animateur l'a remercié pour cette leçon d'anatomie matinale. Tout le monde rigolait, les auditeurs y compris. D'autant plus que miss Angot se trompe la femme possède trois orifices aux parties basses et non deux.

(Là, je fais confiance, je n'y connais rien en anatomie. Je vais demain à un mariage chic, je poserai la question à table, ça relancera la conversation, ce sera très apprécié).


Il est vrai que Catherine Clément est arrivée dans le studio mais je croyais que c'était pour parler de la femme à Byzance ou un truc dans ce genre... Bah! je n'ai rien compris alors?

commentaire n° : 1 posté par : Dominique
(site web) le: 12/09/2008 15:08:08



 
Merci Dominique. Je crois que Despoint, errant sur la blogochose, poste où il peut ses billets en mobilisant qui il veut  pour défendre la cause sacrée. Il a cru trouver ici un terrain favorable, il a lu trop vite mes billets où je joue les défenseurs de Christine Angot. C’était pour rire, Despoint, je suis hou, hou, un méchant, un moqueur, ce billet n’était pas pour de vrai. Je vais donc préciser.

 

Non, il n’est pas besoin de complot cabaliste pour abattre Christine Angot. Elle le fait toute seule. J’ai lu plusieurs pages, pas forcément celles où elle parle de son sphincter et de son clitoris. C’est mal écrit, sans grâce, bébête. C’est du bouquin d’exhibitionniste pour voyeur sorti d’un peep-show. C’est à vous dégoûter de la chose, littéraire ou non. Je vais changer de coloc, ça pue et c'est plein de branleurs qui cognent à la porte, je me demande avec quoi. 
Fin de ma critique, me voici répertorié comme nouvel affidé de la cabale.

 

Et si France-Culture aime vraiment dénoncer les cabales, je leur suggère d’organiser (très vite, c’est une urgence, SVP ; ne vous inquiétez pas pour l’organisation, je peux fournir la philosophe, et même la romancière et les témoins à charge) d’organiser, disais-je, une matinale pour expliquer pourquoi je ne suis pas présent à la table « Nouveautés » dans les Fnac parisiennes.

  Moi, je sais, c’est un complot, remarquablement organisé, personne ne s’en aperçoit, sauf moi et les quelques copains parisiens qui m’ont signalé leur difficulté à trouver mon livre bien caché à la Fnac.  Alors, pourquoi suis-je absent de la table Nouveautés ? Est-ce un complot des forces obscures ? J’ai pris mon scooter, ma cagoule, je suis monté à la capitale pour enquêter sur le complot. Les chefs de rayon de la Fnac ont d’autres explications ; c’est amusant, elles varient :

 

Une Fnac m’explique que « c’est réservé aux livres qui se vendent bien ». Mais elle ne peut pas m’expliquer pourquoi certains livres y ont droit dès le jour de leur parution, dès le déballage du carton, alors qu’il ne s’est encore rien vendu (je l’ai vu, j’ai assisté à la mise en place de la table). « Mais ils se vendront bien » me rétorque-t-on. Effectivement, s’ils sont mis en évidence sur la table « sélection nouveautés », ils finiront bien par se vendre, c’est indémontable, ce raisonnement. Il doit y avoir une faille, je ne la trouve pas.

 

Une autre Fnac m’explique que c’est réservé aux livres qui ont obtenu une bonne critique médias. La bonne critique médias de Christine Angot, je ne l'ai pas encore lue, et son Marché aux amants trône pourtant, bien mis en valeur. Mais on n'attaque pas une femme qui tombe. Je me contente de signaler avec étonnement quelques livres sortis dans un formidable silence médiatique à ce jour « Oui, me répond-on, mais ceux-là, on sait qu’ "ILS VONT AVOIR" une bonne presse. ». La table Nouveautés de la Fnac est dotée de mystérieux pouvoirs prophétiques ! Roooh, j’espère que les critiques qui ne savent pas de quels livres parler viendront y chercher l’inspiration : il faut que s’accomplissent les prophéties.

 

Toujours à la Fnac, je demande qu’on me désigne, sur la table Nouveautés, les livres qui auraient obtenu, comme le mien, les trois étoiles du Nouvel Obs. On me regarde l’œil soupçonneux, comme si j’avais acheté ces *** : « Vous les avez eues, vous ? Avec ça ? Quand ? » « Fin août » réponds-je. « Ah, soupire la dame, fin août ! C'ÉTAIT TROP TÔT, C'EST POUR ÇA ! ».

 

Et on m’abandonne, poignardé devant la table Nouveautés.

 

Le complot a réussi, les conspirateurs s’enfuient, drapés dans leur ample manteau anthracite.

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Lundi 8 septembre 2008

Fuveau, Lauzerte, et le bonheur de tenir sa boutique au marché


FUVEAU
 

Je reviens de mon premier salon littéraire de la saison, celui de Fuveau  « Les Ecrivains en Provence ». C’est très bien Fuveau. J’y suis allé avec mon « Qui comme Ulysse » sous le bras, ému de le présenter pour la première fois dans le grand monde. Comme si j’allais exhiber mon tout jeune King Charles au ventre encore mou dans un concours d’élégance canine.

 

C’est très bien, Fuveau, redisons-le. C’est une jolie petite ville provençale entre Aix et Aubagne, que j’ai longtemps subventionnée : quand je faisais les concours de nouvelles avec une ardeur d’amateur, j’ai plusieurs fois participé à celui de Fuveau, j’ai plusieurs fois versé mes droits d’inscription pourtant assez élevés, j’ai chaque fois été largement battu. Avec pourtant de bons textes, je crois même y avoir présenté la nouvelle « Qui comme Ulysse » qui s’appelait alors Empanadas. Je suis donc arrivé en jubilant, ah, j’allais jouer « Le retour du banni ».

 

Et j’ai jubilé, mais autrement : j’ai jubilé parce que l’accueil est bon enfant, chaleureux, et l’ambiance formidable. Nous les auteurs, sommes traités comme des amis de la famille. Un peu mieux, car les amis de ma famille, je ne les invite pas dans de très bons restaurants le soir, je ne les convie pas, le midi, à un grand buffet sous les platanes (je dis platane pour faire plus chic, je n’ai pas de photos pour vérifier, je vais dire hêtres, ça va faire encore plus chic), où toute l’équipe des bénévoles a préparé pour nous un immense buffet de spécialités provençales. C’était bon, c’était généreux, le rosé était goûteux, on était bien, on serait volontiers restés tout l’après-midi à baguenauder de la table au buffet en des trajectoires de moins en moins rectilignes ; mais on était là pour signer, on est partis signer.

 

Et c’était bien aussi.

 

On nous a installés en plein air, sous de grandes tentes blanches ouvertes à la brise, et aux visiteurs. Parce que j’allais les oublier, il faut aussi des visiteurs ; et ils étaient très bien, les visiteurs fuvelains, ils sont venus caresser mon King Charles sur la truffe et lui trouver belle allure. Résultat : ils ont aimé « Qui comme Ulysse ». Le dimanche, avant même le grand rush de l’après-midi, j’avais déjà dédicacé tout mon stock disponible de « Qui comme Ulysse ». Une heure après, j’avais épuisé celui de « La Diablada ». J’ai grogné, j’ai fait l’artiste offensé, avant de me rendre compte, le lendemain, que les quantités d’exemplaires, euh… c’était moi qui les avait indiquées il y a trois mois. De quoi j’avais l’air, hein ? Pardon, pardon, ô Fuvelains ! Je tombe sur la seule ville en France où l’on aime bien les nouvelles, et je joue les stars.


"ALORS, ON AURAIT DIT QU'ON SERAIT DES MARCHANDS AU MARCHÉ..."

Du coup, il m’est resté un peu de temps pour observer les collègues. C’est agaçant, eux aussi, ils signaient beaucoup. Pas tous, mais presque. J’aurais préféré qu’ils signassent très peu, pour être vraiment heureux. Mais non, ils signaient impudemment, abondamment. Comment faisaient-ils ? Plusieurs stratégies peuvent être distinguées.

 

Première stratégie (1) : venir habillé de la même façon que dans la grande photo accrochée au-dessus de chaque auteur. Afficher la même expression, genre « oui, c’est bien moi ». Et attendre, impavide. Quand on est une star, l’effet est immédiat. Les gens se ruent. Ils demandent quand même, sait-on jamais, « Vous êtes bien Amélie Nothomb ? ». Un hochement de tête, un stylo que l’on dégaine, et on signe. Mais si l’on est pas une star, ça ne marche pas. Moi, j’ai essayé le matin, pendant un quart d’heure, et on est venu me demander « Vous n’êtes pas Monsieur Graziani, par hasard ? ». Je fais ici un appel à Monsieur Graziani : « Monsieur Graziani, arrêtez de me ressembler, même par hasard. Ne prenez pas de look écrivain, c‘est réservé aux écrivains assermentés, genre moi ». J’ai très vite adopté une autre stratégie, je vous l’expliquerai plus loin.

 

Seconde stratégie (2) : appeler le chaland « Venez voir mon livre comme il est beau le livre que j’ai fait tout seul avec un vrai éditeur ». Et ça marche. Ils sont sympa les Fuvéliens, non ? Moi, j’ai essayé, mais je n’avais plus de voix au bout d’un quart d’heure. Heureusement, j’avais une autre stratégie. Je vous expliquerai plus tard, plus tard.

 

Variante 2 bis. Dire à chaque passant, avec un bon sourire ingénu : « Voulez-vous que je vous parle de mon livre ? ». Les Fuvéliens sont polis, ils n’osent pas dire non. Mais ils sont retors, ils font semblant d’être sourds et pressent le pas.


Stratégie 3
, réservée aux auteurs fidèles du salon. Interpeller le passant « 
Ah, bonjour, je vous reconnais. Nous avions eu une discussion très intéressante l’an dernier ». Le passant s’approche, interloqué, très désireux de savoir ce qu’il avait pu se dire de si intéressant, surtout quand il n’est pas venu l’an dernier. La conversation se noue, le poisson est ferré.

 

Stratégie 4, très audacieuse. Fondée sur le vieil axiome « La foule attire la foule ». on fait venir des copains, des amis, qui se pressent devant le stand. Rien de tel pour attirer le visiteur : il va jouer des coudes pour savoir ce qui se passe, il parviendra jusqu’au premier rang, seul face à l’illustre Jules Frangipane. Trop tard pour s’enfuir : la foule des copains est là aussi pour le coincer. Il est condamné à acheter un livre de jules Frangipane, le moins cher, pour s’enfuir.

 

Stratégie 5, la régionaliste. Je l’ai déjà évoquée à la création de ce blog. Elle est réservée aux auteurs écrivant des fictions ou des documentaires ancrés dans la région. Ici, c’était la Haute-Provence. On interpelle le passant : « Vous êtes de la région ? Où habitez-vous ? » Effectivement, à Fuveau, peu de visiteurs viennent de Belfort. Ils vont lâcher un « Euh, près d’Aubagne ». L’auteur le tient, il remonte la ligne : « Aubagne, oh, c’est amusant, justement je parle de vous, là, dans le livre, regardez… ». Le passant approche, alléché. Hop, l’épuisette, le poisson n’a plus aucune chance.

 

Vous l’aurez compris, un salon du livre, c’est comme un marché. Et un salon du livre provençal, c’est comme un marché provençal. Plus gai, plus bruyant, d’accord. Mais il faut savoir y vendre sa production ; sinon, à quoi bon y venir ? Rectificatif : on ne dit pas vendre, on dit présenter. Sinon, c‘est pareil.

 

Ah, j’allais oublier la stratégie 6 !

 

Stratégie 6, la mienne. Mais finalement, je ne vais pas en parler. Elle marche, j’ai signé tout mon stock à Fuveau. Mais je vais me la garder pour Lauzerte, dans 15 jours. Si vous voulez la connaître, venez vous faire piéger à mon stand. Vous me laisserez un chèque signé, je vous laisserai un livre signé, ce sera un moment formidable. Nous nous quitterons avec de grands sourires.

Si vous la connaissez, n’en parlez pas. Tenez-vous à l’écart de mon stand, et observez, de loin. Vous verrez comme c’est bon. Nous boirons ensuite une bière ensemble, ce sera le prix de votre silence.


LAUZERTE

 
Il y aura à Lauzerte d’autres auteurs très bien. Je les aime encore plus que moi, c’est vous dire l’affection que je leur porte. Il y aura Françoise Guérin et Emmanuelle Urien, immenses talents, nous nous connaissons depuis notre plus tendre enfance littéraire. Nous avons gribouillé nos premiers textes ensemble, nous étions pleins de promesse. C’était le meilleur moment de notre vie d’auteur. Ensuite, nous sommes devenus riches et célèbres. La vie est trop facile. Emmanuelle, Françoise, notez bien :
nous sommes devenus riches et célèbres, mettez-vous ça bien en tête. Le succès va au succès, l’argent à l’argent.

Il y aura aussi deux nouvellistes que j’admire, elles aussi. Encore ? Oui, il y a beaucoup de gens admirables à Lauzerte. Là, je veux parler de Claude Pujade-Renaud et Annie Saumont.

Je viens de lire La Chatière, de Claude Pujade-Renaud . Un recueil écrit il y a quinze ans. Sa description du monde des vieux, des malades, est impressionnante, et il n’y a pas que ça. Comment fait-elle ? Des détails, que des détails. Chaque fois, une histoire entière avec des détails savamment entremêlés. L’histoire bascule au fil de ces détails, on ne s’en rend même pas compte. Et à la fin, on reste K.O. debout. Les détails ont fait mouche. De la belle ouvrage.

Annie Saumont; vous l’avez lue si vous aimez les nouvelles. Si vous ne les aimez pas, c’est que vous ne l’avez pas lue. Annie écrit avec une technique assez  différente de celle de Claude : des dialogues, une énorme part de dialogues. Et on se demande : comment des dialogues aussi simples peuvent-ils aussi bien camper un décor qu’elle n’a pas brossé, installer des personnages qu’elle n’a pas décrits. Je n’ai toujours pas compris : c’est pour ça que je continue à lire Annie. Pour comprendre.

 

C’est comme ça, à Lauzerte, on croise plein de nouvellistes qui portent en eux des secrets, des savoir-faire, et qui en parlent aussi tranquillement que s’il s’agissait de tartes aux pommes. Ils n’en parlent pas entre eux, ils en parlent avec le public. Loin des modes, loin des fureurs et fracas des 676 romans de la rentrée qui déferlent.


Bientôt ici, billet démagogique
 

 

Cela dit, les déferlements, je ne suis pas contre, tant que je surnage. C’est ce qui se passe en ce moment, et les blogs y sont pour beaucoup. Les blogs, vos blogs (séquence démagogique). Mais c’est vrai, ce sera d’ailleurs le thème du prochain billet.  

 

 

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Samedi 16 août 2008

 

Un bide, un succès, un bide, un succès. Ah, un bide, aussi !

 

Bide. Cette grande opération de remise des premios du weblog brillante est un bide. Votre modestie, ô passants, me déçoit ! Votre pacifisme aussi. J’attendais un concours de la plus grosse souche apportée au bûcher des vanités, dans un climat de haine, au milieu de salves de fiel. Rien du tout : quelques propos pernicieux, quelques gentillesses. Puisqu’il en est ainsi, je repars avec mes sept diplômes de weblog brillante, je trouverai bien une occasion de les décerner. Tiens, ce pourrait être à l’occasion de la sortie de mon recueil  "Qui comme Ulysse". Le 20 août, je me tue à le répéter.

 

Succès. J’ai lu cet été le Cantique de l’apocalypse joyeuse, d’Arto Paasilinna. Il y a beaucoup de bien à dire de ce roman, et je le garde en réserve pour en faire un billet. Dans l’immédiat, je le recommande sans réserves, notamment pour l’habileté avec laquelle Paasilinna construit (littérairement) une société. C’est un des défis les plus fascinants pour un auteur : construire peu à peu, avec ses personnages, une société, en partant de zéro (je ne parle pas de ceux qui vous la livrent ou vous la font découvrir progressivement, toute construite, comme dans les grands classiques de la science-fiction). Paasilinna s’applique à échafauder, très habilement, (car il faut déposer tous les éléments sur lesquels on pourra ensuite tirer pour faire avancer le roman), une joyeuse société écologiste. Il s’y amuse, car il y a de l’ingénieur et même du démiurge chez cet homme. Et son amusement est contagieux. C’est une des plus belles réussites dans le genre. Les autres ? Je pense à « Tocaïa Grande », de Jorge Amado. Et à « La terre demeure » de George Stewart. 

 

Bide. Je lis « Mansfield Park » de Jane Austen. C’est mon premier roman de Jane Austen. Il y a dans Mansfield Park tout ce que j’aime : des personnages contrastés, une société finement décrite, avec humour et méchanceté, une belle intrigue rapidement déposée, un joli style, travaillé sans que cela ne puisse se voir. Bref, tout pour m’enchanter. Mais le cocktail ne me grise pas. Je le sais bien, je suis le seul coupable : je ne comprends pas pourquoi je ne suis pas emballé. Je vais, tout piteux, rendre le livre à la médiathèque, et le reprendre dans six mois. Ce doit être une question de saison.

 

Succès : je ne saurais assez vous recommander la lecture du magazine « Femmes ». C’est très réussi, surtout les pages « Le Journal du Livre ». Ce qui est encore plus réussi, c’est cette page 208, la grande colonne. Je l'ai lue, et j'ai bredouillé "Femmes, je vous aime". Pour les lecteurs masculins qui auraient honte de demander « Femmes » à leur libraire (sait-on jamais), voici un lien qui fait plaisir à ouvrir : http://www.femmes.com/culture/lecture/litterature-francaise-aout-2008-5074

 

Bide : il faut que je le perde. Ça devient urgent, je ne rentre plus dans aucun déguisement d’écrivain, et la saison des salons commence. Bon, tant pis, je serai le seul auteur en bermudas et en débardeur (orange, si vous me cherchez ; je vais peut-être m’en acheter un noir, ou un kaki, pour faire quand même un peu plus écrivain).

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Samedi 9 août 2008

 

Grrrande quinzaine de la Chine et du sport : appel aux  chroniqueurs !

Les jeux du cirque olympique risqueraient de nous faire oublier deux sujets littéraires bigrement intéressants : le sport, et la Chine.