
Pourquoi cherché-je à me faire éditer ? me demande-t-on dans les commentaires du précédent billet. J'ai répondu que je ne me posais jamais la question, et c'était totalement
sincère. On me relance.
Je ne voudrais pas que cette réponse passe pour une esquive, ne serait-ce que vis-à-vis de moi-même. Aïe, cela commence mal, me voici en pleine réflexion proustienne, on se croirait à la fin du
Temps retrouvé, à quelques subjonctifs imparfaits près. Tant pis, je continue, pour ne plus jamais avoir à en parler.
J'ai réfléchi, je crois avoir trouvé la réponse.
Elle ne me paraît guère intéressante, trop personnelle, tant pis, il ne fallait pas me poser la question.
Pour commencer, cette question est biaisée : je ne "cherche pas à être édité". Je veux l'être, j'en fais un principe quand j'écris : j'écris en me disant
que je serai édité, j'écris POUR être édité. Ce n'est pas une vanité, c'est une astreinte.
C'est comme ça, même si, au tout départ, je ne l'ai pas voulu.
En fait, j'ai commencé à vouloir me faire éditer comme j'ai commencé à écrire, plus par impulsion que par motivation profonde : lors de remises de prix, en concours, on m'avait
suggéré "de me faire éditer" (formulation piégeuse, il faudrait suggérer aux auteurs de "chercher à se faire éditer"). J'ai donc envoyé un manuscrit de recueil, assez imparfait, juste pour voir,
aux éditeurs, et l'un d'eux m'a dit oui. C'était Anne Carrière. Point important, elle m'a dit oui à condition que je re-travaille mes textes. Je les trouvais pourtant très bien. C'est
après les avoir longuement retravaillés avec une correctrice que j'ai compris la différence entre le "très bien" pour un auteur fréquentant les concours et le "très bien" pour un auteur
prétendant être édité. Je n'ai jamais oublié cette étape qui fut pour moi une révélation.
Je crois que c'est resté ma vraie motivation. Un peu confuse, mais authentique : si je veux que chacun de mes manuscrits soit édité (et, oui, je "m'y acharne") , c'est pour m'obliger à une certaine exigence d'écriture. C'est pour avoir la confirmation que j'y suis parvenu. Si un éditeur est prêt
à investir de l'argent sur un manuscrit, c'est qu'il considère que l'auteur est allé au bout de ses possibilités. Sur mon prochain recueil, Qui comme Ulysse, par exemple, Anne C.
est en train d'investir plus qu'il n'est habituel chez d'autres éditeurs, et cela me comble de bonheur : j'avais donc suffisamment travaillé.
Si un jour mes manuscrits ne trouvent pas preneur sur le marché, j'en tirerai la conclusion la plus évidente : c'est que mon maximum n'est plus suffisant pour les éditeurs. Il ne
faut pas "s'acharner à se faire éditer", il faut "s'acharner à bien écrire". Et si je n'y parviens pas, je reviendrai alors dans le petit monde des concours, plus rigolard et
permissif : on y met la barre moins haut, mais c'est quand même du sport. Et on s'y amuse plus souvent.
Et si ça ne m'amuse plus, je commencerai à lire. C'est bien aussi. Il me reste encore à lire tout Faulkner : j'ai commencé, c'est prometteur. Ah, il a eu raison de chercher à se faire
éditer, ce petit Faulkner !
Et voilà, le quart d'heure proustien touche à sa fin, je vous promets de ne plus jamais traiter ce sujet, sauf sous la torture. Vous n'allez quand même pas me torturer pour si
peu.
La prochaine rubrique traitera d'un sujet moins intimiste : elle parlera de la recherche du bon éditeur. Rien à voir, rassurez-vous : il y aura des noms, des chiffres. Des trucs
objectifs.
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