Lundi 12 mai 2008

 

Deux leçons d’humilité cette semaine. Une bonne et une mauvaise.

 La mauvaise est déjà derrière moi, je l’ai laissée à Nîmes : cette fois encore, je rentre du Prix Hemingway les mains vides, comme les autres finalistes. Et consterné comme eux ? Je ne m'autorise pas à parler en leur nom.
 C’était le premier prix littéraire auquel je participais cette année, et je n’en envisage que deux autres. En couronnant un texte, le jury donne toujours un modèle, qu’il le veuille ou non. Quand on est défait à un concours ou à un prix littéraire, il faut toujours lire le texte du gagnant, sans haine et sans chagrin. Il faut le lire en se disant : « C’est cela qu’il fallait écrire pour gagner ». Et il faut se demander : « Ai-je envie d’écrire comme cela ? En suis-je capable ? ». Dans le cas présent, la réponse est double : oui, j’en suis capable, la chose m’aurait  demandé une heure ou deux. Mais non, je n’ai aucune envie d’écrire comme ça. Aucune. Je n’aime pas les textes reposant sur des artifices. Surtout quand les artifices craquent de partout. 
Si
je suis un jour tenté d'écrire comme ça, j'arrête et je me fais torero.

 La bonne, ce sera le début des corrections du manuscrit de mon prochain recueil de nouvelles « Qui comme Ulysse », chez Anne Carrière. La correction du manuscrit peut constituer un moment difficile pour l’ego d’un auteur, quand il est confronté aux interrogations que son texte peut susciter. La réponse la plus simple, presque primale est le classique « C’est mon style ! ». Réponse idiote : le style n’est pas destiné à repousser le lecteur, à rendre sa lecture désagréable. Un style peut se travailler.

Une bonne correctrice, c'est une chance, pour un auteur. Certaines maisons s'en privent, et c'est une perte pour elles, pour leurs auteurs, pour leurs lecteurs. Les corrections, ce sont des interrogations que l’on pointe du doigt. L’auteur n’est pas obligé de SE corriger, car c’est lui qui en décide, sauf quand l’erreur est flagrante, indiscutable. Dans beaucoup de cas, la correction est une occasion de porter plus haut un texte existant. Et, j’insiste sur ce point, de le porter plus haut sans le dénaturer. J’ai relu il y a peu de temps les nouvelles de La Diablada : j’ai été incapable de repérer les phrases que l’on m’avait demandé de modifier. Les corrections, c'est le peaufinage du tableau avant de passer le vernis.

Tous les auteurs ont en tête la fameuse réponse de Céline, à qui son éditeur avait proposé quelques modifications sur son « Voyage au bout de la nuit » : « Pas une virgule ! Vous n’y toucherez pas une virgule ! ». Mais tous les auteurs ne sont pas Céline. Et, tout bien réfléchi, il y a des passages du Voyage d’une qualité inférieure, moins rythmés, je dirais presque poussifs. Ce sont sans doute ces passages-là que le correcteur proposait de revoir.  

publié dans : Actualité littéraire, vos ??? et vos !!!
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Commentaires

Rien que le titre me plaît , une citation tronquée, parfait ! je sens que je vais craquer sur ce coup là !
commentaire n° : 1 posté par : cathulu (site web) le: 12/05/2008 09:03:29

Si le titre vous plaît déjà, la carrière de ce recueil est assurée, merci Cathulu ! Le titre du recueil est aussi le titre d'une des nouvelles. Je n'ose pas dire éponyme, car je ne sais jamais
si c'est le recueil qui est éponyme de la nouvelle, ou le contraire. Il est trop tard pour aller vérifier, la nuit tombe et moi aussi.


réponse de : (site web) le: 12/05/2008 22:54:19
"Il faut le lire en se disant : « C’est cela qu’il fallait écrire pour gagner ». Et il faut se demander : « Ai-je envie d’écrire comme cela ? En suis-je capable ? ». Dans le cas présent, la réponse est double : oui, j’en suis capable, la chose m’aurait demandé une heure ou deux. Mais non, je n’ai aucune envie d’écrire comme ça. Aucune."
C'est ce qui m'est arrivé les rares fois où j'ai participé, donc c'est inutile de perdre son temps avec ces choses-là, me suis-je dit.
commentaire n° : 2 posté par : Pascale (site web) le: 12/05/2008 13:55:18
Bonjour, voilà donc un nouvel auteur à découvrir ! Passionnant ! A bientôt sur la toile.
commentaire n° : 3 posté par : céline (site web) le: 12/05/2008 21:32:51

A bientôt, Céline. Revenez souvent.


réponse de : (site web) le: 12/05/2008 22:50:53
Bon à savoir! Je garde le prix Hemingway sous le coude, mais j'ai l'impression qu'il s'adresse avant tout à des auteurs confirmés - et je suis assez loin du sujet de la tauromachie, même si je suis conscient que ça peut donner de beaux textes, indépendamment de ce qu'on en pense. Alors...
commentaire n° : 4 posté par : Daniel Fattore (site web) le: 12/05/2008 22:06:45
Bonsoir Daniel : nous nous sommes parfois croisés sur quelques blogs, et je vous remercie pour les encensements dont vous avez couvert mon "Vertige des auteurs", il en sort tout suffocant.
Quelques précisions concernant ce prix : 1. Il faut être auteur publié pour y participer (je croyais que c'était simplement recommandé). 2. Il est indispensable d'être aficionado pour espérer une place en short list de la finale. 3. Pour le gagner, il semble préférable d'être une personnalité, un notable des arènes, si l'on en juge le palmarès. C'est agaçant, mais puisque c'est comme ça, il faut se faire une raison. Bref, ne fatiguez pas votre coude pour rien.
NB : Je viens de découvrir votre blog, qui mérite la visite. Je le mettrai demain en lien, sauf opposition de votre part.
réponse de : (site web) le: 12/05/2008 22:50:06
Est-ce que tu pourrais en dire plus sur les "artifices" dont tu parles ?
commentaire n° : 5 posté par : loïc (site web) le: 12/05/2008 23:40:02

Ce que j'appelle "artifices", c'est ajouter un emballage au texte comme un restaurateur ajouterait des épices à un plat mal cuisiné, pour  le faire avaler par un gogo de client. Deux exemples classiques
- le déplacer dans le temps. L'histoire est peu intéressante ? On va lui offrir un petit voyage temporel. Hop, on la situe cinquante ou cent ans plus tôt, sans pour autant modifier l'intrigue !  On la raconte avec un langage suranné pour faire plus vieux, même si ledit langage n'est pas celui de ladite époque, c'est tout de suite plus ancien, non ?
- le délocaliser. Si le récit est vraiment trop tarte, on le change de cadre, en choisissant une ville dont le nom sonne bien, joliment exotique aux oreilles du pigeon. Bien entendu, inutile de se documenter pour lui donner de vrais marquants locaux. C'est là-bas, c'est loin, pff...
Mais l'histoire, les personnages restent ce qu'ils sont : oubliables. Et tant mieux.

réponse de : Georges F. (site web) le: 13/05/2008 15:10:33
Excellent article, et j'aime beaucoup votre liberté de ton.
commentaire n° : 6 posté par : Marco (site web) le: 13/05/2008 10:42:48
Merci, Marco. Venant de vous, ce commentaire me touche, car "la liberté de ton" s'épanouit à chaque page de votre blog. Je constate d'ailleurs avec désolation que je ne l'avais pas encore mis en lien. Ce sera fait dare-dare.
réponse de : Georges F. (site web) le: 13/05/2008 13:49:08
Les concours, j'ai essayé, mais j'ai très vite lâché.
Je me suis tournée vers les appels à textes. Encore qu'en ce moment, je ne trouve plus le temps de participer.
Je souhaite bon vent à ce nouveau recueil en préparation. Je vois moi aussi la période des corrections comme extrêmement bénéfique, enrichissante.
commentaire n° : 7 posté par : nathalie (site web) le: 13/05/2008 10:46:04

Qu'est-ce qui vous a plus particulièrement déçu dans les concours, Nathalie ? La réponse m'intéresserait (mais ne vous y sentez pas obligée). 

Je sors de ma première séance de corrections, et je vous rejoins là où vous me rejoigniez : oui, c'est bénéfique. Peu de personnes lisent aussi attentivement, aussi empathiquement, un texte qu'une bonne correctrice. J'ai eu parfois, ce matin, l'impression de redécouvrir certaines de mes nouvelles.
réponse de : Georges F. (site web) le: 13/05/2008 15:07:01
Les prix, il ne faut pas s'en occuper. Ecrire, voilà ce qui compte. Quant aux correcteurs chez les éditeurs, heureusement qu'il en reste, oui.
Merci de ce que vous dites de mon blog.
commentaire n° : 8 posté par : Dominique Boudou (site web) le: 13/05/2008 20:21:48
Ecrire, voilà ce qui compte. J'en suis bien d'accord, Dominique. Mais, avec une dotation de 4.000 €, je suis prêt à dénoncer tous les accords, surtout ceux passés avec moi-même. Ma cupidité me perdra. En tout cas, elle ne me fait pas gagner grand-chose !
réponse de : Georges F. (site web) le: 13/05/2008 22:47:23
@Georges Flipo: merci pour le lien (je viens de créer un lien réciproque), et aussi pour vos informations sur le fameux concours! Je viens de reparcourir le règlement du concours et, effectivement, avoir été publié est une condition. Rude, même s'ils ont l'air assez flexibles sur la nature de la publication. Reste que le sujet est original, et mérite d'être traité. Etant en Suisse, je suis plutôt loin des questions liées à la tauromachie; mais la problématique qu'elle pose me semble digne d'intérêt. Donc, si une bonne idée me vient... mais je ne vais pas "écrire pour écrire", simplement pour le concours.

A noter que l'existence de ce prix m'aura déjà permis de renouer avec Hemingway et de découvrir un tant soit peu l'univers des corridas, ce qui n'est pas le moindre des bienfaits. Gagner sans participer, en quelque sorte...
commentaire n° : 9 posté par : Daniel Fattore (site web) le: 13/05/2008 23:12:34
Oh non de grâce ne devenez pas torero.
Et quand sera publié ce recueil, que j'aille faire un beau voyage jusque chez mon libraire?
commentaire n° : 10 posté par : Aude (site web) le: 14/05/2008 11:36:49

OK, Aude, je vous entends, je renonce, mais c'est uniquement pour vous faire plaisir. Et je dois confesser que j'avais du mal à enfiler l'habit de lumière. Le toro l'a échappé belle !


réponse de : Georges F. (site web) le: 20/05/2008 19:13:06
Je suis d'accord, un écrivain peut et doit confier son livret à un correcteur. Le fait de corriger un manuscrit n'enlève en rien à la valeur et à la créativité de son auteur.
commentaire n° : 11 posté par : Nina (site web) le: 16/05/2008 22:15:19

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