Deux leçons d’humilité cette semaine. Une bonne et une mauvaise.
La mauvaise est déjà derrière moi, je l’ai laissée à Nîmes : cette fois encore, je rentre du Prix
Hemingway les mains vides, comme les autres finalistes. Et consterné comme eux ? Je ne m'autorise pas à parler en leur nom.
C’était le premier prix littéraire auquel je participais cette année, et je n’en envisage que deux autres. En couronnant un texte, le jury donne toujours un modèle, qu’il le veuille ou non.
Quand on est défait à un concours ou à un prix littéraire, il faut toujours lire le texte du gagnant, sans haine et sans chagrin. Il faut le lire en se disant : « C’est cela qu’il
fallait écrire pour gagner ». Et il faut se demander : « Ai-je envie d’écrire comme cela ? En suis-je capable ? ». Dans le cas présent, la réponse
est double : oui, j’en suis capable, la chose m’aurait demandé une heure ou deux. Mais non, je n’ai aucune envie d’écrire comme ça. Aucune. Je
n’aime pas les textes reposant sur des artifices. Surtout quand les artifices craquent de partout.
Si je suis un jour tenté d'écrire comme ça, j'arrête et je me fais torero.
La bonne, ce sera le début des corrections du manuscrit de mon prochain recueil de nouvelles « Qui comme Ulysse », chez Anne Carrière. La correction du manuscrit peut constituer un moment difficile pour l’ego d’un auteur, quand il est confronté aux interrogations que son texte peut susciter. La réponse la plus simple, presque primale est le classique « C’est mon style ! ». Réponse idiote : le style n’est pas destiné à repousser le lecteur, à rendre sa lecture désagréable. Un style peut se travailler.
Une bonne correctrice, c'est une chance, pour un auteur. Certaines maisons s'en privent, et c'est une perte pour elles, pour leurs auteurs, pour leurs lecteurs. Les corrections, ce sont des interrogations que l’on pointe du doigt. L’auteur n’est pas obligé de SE corriger, car c’est lui qui en décide, sauf quand l’erreur est flagrante, indiscutable. Dans beaucoup de cas, la correction est une occasion de porter plus haut un texte existant. Et, j’insiste sur ce point, de le porter plus haut sans le dénaturer. J’ai relu il y a peu de temps les nouvelles de La Diablada : j’ai été incapable de repérer les phrases que l’on m’avait demandé de modifier. Les corrections, c'est le peaufinage du tableau avant de passer le vernis.
Tous les auteurs ont en tête la fameuse réponse de Céline, à qui son éditeur avait proposé quelques modifications sur son « Voyage au bout de la nuit » : « Pas une virgule ! Vous n’y toucherez pas une virgule ! ». Mais tous les auteurs ne sont pas Céline. Et, tout bien réfléchi, il y a des passages du Voyage d’une qualité inférieure, moins rythmés, je dirais presque poussifs. Ce sont sans doute ces passages-là que le correcteur proposait de revoir.
Ce que j'appelle "artifices", c'est ajouter un emballage au texte comme un restaurateur ajouterait des épices à un plat mal cuisiné, pour le faire avaler par un gogo de client. Deux exemples classiques
- le déplacer dans le temps. L'histoire est peu intéressante ? On va lui offrir un petit voyage temporel. Hop, on la situe cinquante ou cent ans plus tôt, sans pour autant modifier l'intrigue ! On la raconte avec un langage suranné pour faire plus vieux, même si ledit langage n'est pas celui de ladite époque, c'est tout de suite plus ancien, non ?
- le délocaliser. Si le récit est vraiment trop tarte, on le change de cadre, en choisissant une ville dont le nom sonne bien, joliment exotique aux oreilles du pigeon. Bien entendu, inutile de se documenter pour lui donner de vrais marquants locaux. C'est là-bas, c'est loin, pff...
Mais l'histoire, les personnages restent ce qu'ils sont : oubliables. Et tant mieux.
Qu'est-ce qui vous a plus particulièrement déçu dans les concours, Nathalie ? La réponse m'intéresserait (mais ne vous y sentez pas obligée).
Je sors de ma première séance de corrections, et je vous rejoins là où vous me rejoigniez : oui, c'est bénéfique. Peu de personnes lisent aussi attentivement, aussi empathiquement, un texte qu'une bonne correctrice. J'ai eu parfois, ce matin, l'impression de redécouvrir certaines de mes nouvelles.
Si le titre vous plaît déjà, la carrière de ce recueil est assurée, merci Cathulu ! Le titre du recueil est aussi le titre d'une des nouvelles. Je n'ose pas dire éponyme, car je ne sais jamais
si c'est le recueil qui est éponyme de la nouvelle, ou le contraire. Il est trop tard pour aller vérifier, la nuit tombe et moi aussi.