Mardi 29 avril 2008


Je ne participe quasiment plus aux concours de nouvelles, qui constituent pourtant un agréable revenu d’appoint quand on les prépare sérieusement. Ces concours m’ont beaucoup apporté quand je débutais, il y a quelques années, mais il me paraît normal de laisser la place aux nouveaux venus dans ce petit monde.

La situation est assez curieuse : ces concours sont souvent considérés comme destinés aux amateurs, et leur permettent de faire lire leurs travaux de façon délicieusement anonyme par des lecteurs attentifs qui parfois les couronneront. Mais les lauréats de ces concours sont fréquemment les mêmes, et les plus goulus peuvent y devenir de vrais professionnels, gagnant plus que beaucoup d’auteurs publiés. J’en parle par expérience, et d’autres excellents auteurs maintenant édités y ont vendangé de plus belles grappes que les miennes.

Il est pourtant un prix littéraire auquel je continue à participer régulièrement, c’est le Prix Hemingway.  Il a plusieurs particularités :

1. C’est le concours de nouvelles le mieux doté en France : 4.000 euros au vainqueur.

2. Il attire beaucoup d’auteurs publiés : cette année, 90 participants,  puis 20 finalistes, dont 18 sont des auteurs publiés. Le point 1 explique-t-il le point 2 ?  Attendez d’avoir lu le point 3.

3. Le thème des nouvelles est chaque année le même : la corrida.

4. Le recueil des nouvelles finalistes est chaque fois d’excellente qualité. On y a vu passer des plumes telles que Pierre Bordage, Jean-Paul Didierlaurent, Magali Duru, Françoise Guérin, Antoine Martin, Céline Robinet. Je mets par ordre alphabétique, et je m’y glisse d’ailleurs avec délice entre Magali Duru et Françoise Guérin. Les auteurs sont rémunérés : cela me paie les homards du début des vacances, à chaque participation.


Ce Prix a été créée par Marion Mazauric, fondatrice des Editions du Diable Vauvert, et fana de corrida. Quand vous verrez entrer dans l’arène les alguazils à la corrida de la feria, regardez bien la cavalière sur le cheval gris pommelé, c’est Marion.

 

Faut-il être fana de corrida pour participer ? Non, et c’est une autre caractéristique de ce prix. La liberté de pensée va, chez les jurés, jusqu’à la liberté de penser contre. Certains des textes primés ne sont nullement des hymnes à la corrida. Dans chacune de mes nouvelles taurines, le toro sort de l’arène indemne, et cela donne des nouvelles qui plaisent au jury. Je n’ai pas fait exprès, c’est maintenant que je le remarque. Je préfère occire les homards plutôt que les toros. 

 Je serai, comme lors des éditions précédentes, présent pour les différentes opérations d’animation littéraires prévues du 8 au 12 mai, pendant toute la feria de Nîmes. Peut-être y rencontrerai-je certains des passants de ce blog. Prenez-contact avec moi par mail.

En attendant, allez faire un tour sur la page du site du Diable Vauvert qui présente ces animations : 
http://avocatsdudiable.free.fr/ph_anim.htm

 L’animation qui m’intéresse le plus se passera dans l’arène, le vendredi soir. Mais ce ne sera pas une corrida, ce sera la remise des prix. Un vainqueur, dix-neuf battus. Si c’était une corrida, le vainqueur sortirait avec 19 banderilles plantées dans l’échine.

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Vendredi 25 avril 2008

  Attention, ce tableau fait l'objet d'un copy-right. Site-galerie de l'artiste : ici.

 
J’écris une nouvelle, une des plus importantes de ma vie. Et personne ne le saura.

En cinq ans, j'ai déjà pondu, outre les romans, une septantaine de nouvelles pour l’édition, une cinquantaine d’autres pour la radio. Dans cet empilage, il y a, pour moi, trois ou quatre nouvelles essentielles, et rares sont ceux qui le perçoivent.

Ces trois ou quatre ne sont pas forcément des nouvelles graves, des nouvelles longues. Ce sont des nouvelles qui traitent de sujets auxquels j’ai longuement pensé, cherchant la forme dans laquelle je pourrai les emballer. La plupart des lecteurs les avalent en les trouvant simplement amusantes, ou étranges. Et je suis peut-être le seul à savoir que j’y ai déposé une partie de moi, partie que j’ai laissé le texte emporter parce qu’elle devenait trop encombrante.

Et parfois, dans un salon, une visiteuse inconnue arrive, me disant « Cette nouvelle-là, on sent que c’est terriblement vous ». Je lui dis qu’elle a raison, je me sens tellement proche d’elle, je comprends  que je vais laisser filer une amie exceptionnelle. Mais que lui dire d’autre ? Je rédige ma dédicace, et je la regarde partir.

C’est le privilège du nouvelliste : se déposer où il veut, par fragments. S’exposer discrètement au regard de chacun.
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Mardi 22 avril 2008

 

  Un polar, est-ce de la littérature ? C’est une des plus vieilles tartes à la crème qui traînent sur la blogosphère. Je connais toutes les références qu’on s’échange à longueur de débats sur le sujet, un peu comme un joueur d’échecs connaît les réponses possibles dès qu’on ouvre du pion de la reine. Oui, oui, je sais, Simenon, d’accord,  Bioy Casarès et Poe, et Balzac, hein…

 

Mais le jour où l’on écrit son premier polar, on découvre que cette question est une vraie question, qui vous taraude dès le premier chapitre et qui ne vous lâche pas avant le mot « fin ». Et encore : il y a huit jours que j’ai achevé mon premier polar, et je continue à me demander : « Un polar, est-ce de la littérature ? ».

 

En fait, cette question n’est une vraie question que pour chaque auteur. Elle n’est importante que pour lui, et lui seul en détient la réponse.

 

Je n’avais jamais imaginé écrire un polar il y a six mois. Mais il est arrivé une drôle d’histoire à mon roman précédent, le second, que j’avais la faiblesse de considérer comme « littéraire ». Quelques lecteurs, après avoir officié, m’ont fait remarquer que j’aurais pu en faire un polar. J’en ai d’abord été outré, un peu comme si on proposait à Fellini de transformer son œuvre en téléfilm, à peine donné le clap de fin. Mais l’idée m’est restée. Et si j’écrivais un polar ?

 

Le « vrai » roman est parti, il vivra sa vie, il sortira en fin décembre au rayon littérature. Et l’idée était toujours là. J’ai donc voulu écrire un premier  polar comme j’ai écrit mon premier roman : juste pour voir si j’en étais capable.

 

Mais j’ai quand même voulu écrire un polar qui soit de la littérature. Pour me donner toutes mes chances, le héros du polar est même un sonnet. Je viens de finir ce polar, je ne sais pas ce qu’il vaut, je n’en ai pas honte, mais je sais que ce n’est pas de la littérature.

 

La marge de manœuvre m’a paru trop étroite, les possibilités de casser les codes trop restreintes, les exigences de rythme trop particulières. Et l’impératif de vraisemblance, d’exactitude policière trop pesant. Ce sera donc un polar, mais ce ne sera pas de la littérature. Chacun son rayon, ne serait-ce que chez le libraire.

 

Je vous expliquerai prochainement ce que va devenir ce manuscrit.   

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Dimanche 20 avril 2008




« Nul n'aura de l'esprit hors nous et nos amis »

 

C’est Armande qui dit ça, dans la scène 2 de l’acte III des Femmes savantes.
Elle est bien, Armande.

Cette petite phrase m’a toujours enchanté, tant elle résume la mentalité du monde des lettres, mais elle résume encore mieux celle des blogs.
Est-ce une bonne idée de créer une telle catégorie ? Vais-je brouiller l'image de ce blog qui est suffisamment confuse, ne serait-ce que dans ma propre vision ?
Je me suis posé la question avant d'ouvrir une nouvelle catégorie, celle des billets où je dirai du bien des autres.
Et puis j'ai pensé qu'un blog qui ne dirait que du bien de moi serait vite à court d'idées, vite lassant. Surtout pour moi.
Voici donc cette nouvelle catégorie.
Afin que les choses soient claires, je n'y dirai du bien que de mes amis :

- certains dont j'ai déjà lu et relu et relu encore les oeuvres. J.L. Borges, Kipling, F.S. Fitzgerald, Mrozeck, par exemple. Oui, ce sont d'excellents amis, mais ils ne le savent pas.  Il y en aura d'autres moins connus, ne vous inquiétez pas.

- certains dont je connais le talent, même si je n'ai pas encore lu leur dernière oeuvre. Mais c'est toujours chic, pour un blog, d'être le premier à célébrer un livre qui émerge sur le marché. Et il est parfois bon d'envoyer ses visiteurs en découvreurs, surtout quand il n'y a aucun risque. C'est une façon de les associer à ce blog.

Ce sera le cas aujourd'hui pour Eric Fouassier qui vient de publier un recueil de nouvelles "Petits désordres familiers", aux éditions d'un Noir si bleu. J'ai déjà lu une douzaine de nouvelles d'Eric Fouassier, et j'en ai toujours été impressionné. Notamment quand je le voyais arriver devant moi aux concours de nouvelles, dans ma vie antérieure.
Je me demandais d'ailleurs pourquoi il y participait si rarement, en ajoutant un léger petit ouf !
Maintenant, je sais : il donnait priorité à l'écriture de "vraies nouvelles", pondues spécialement pour l'édition.
Les nouvelles d'Eric Fouassier ont plusieurs particularités : il choisit de bons sujets, et n'écrit que pour intéresser. C'est dire si c'est piégeux. La construction est également surprenante : il y a toujours une vraie histoire, forte, avec un début, un milieu et une fin, le tout dans le bon ordre. C'est très déroutant, mais on s'y fait vite. Le style est propre, sans fioritures, avec juste ce qu'il faut d'effets littéraires pour relever la page, comme des brins de coriandre dans une sauce.
Je vous recommande donc la lecture de ces Petits désordres familiers et je serai ravi d'accueillir ici vos commentaires avant les miens, qui ne devraient pas tarder (mais actuellement j'ai quelques travaux qui brûlent). Si vous ne le trouvez pas encore en librairie, il est déjà disponible sur fnac.com.

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Jeudi 17 avril 2008


L’autre jour, sur ce blog, Pascale Arguedas (Calou), critique littéraire, parlait de l’écrivain Éric Faye, et signalait l’interview qu’il lui avait donnée :

   http://pagesperso-orange.fr/calounet/interview/fayeexclusivite.htm

J’ai lu cette interview, et je vous la recommande : elle est excellente. Elle donne envie de connaître cet auteur et même ses livres. Suis-je passé par les bonnes portes ? Je commence par « Le syndicat des pauvres types » et j’ai du mal à entrer, je ne le retrouve pas. C’est peut-être une question de moment mal choisi, je reviendrai cet été.

Dans une de ses conférences, J.L. Borges expliquait à ses étudiants qu’ils ne devaient jamais se forcer à lire un livre : si un livre ennuie, il faut le refermer sans se fâcher sur lui, lui dire au revoir. Peut-être ne sommes-nous pas mûrs pour sa lecture.

Peut-être ne suis-je pas le bon lecteur de Faye, peut-être le trouvé-je simplement plus captivant dans ses interviews. Il n’y aurait là rien de déshonorant. Certains auteurs fuient les interviews, les considèrent comme une certaine mise sur le trottoir de leur pensée, de leur œuvre. Dans toute sa vie, Julien Gracq n’a donné qu’une interview – très intéressante d’ailleurs. Et je repense à cette interview de Yasmina Reza à propos des interviews :

 

Q. Vous trouvez qu’aujourd’hui on interroge trop les artistes ?

Y.R. Un artiste n’a pas à répondre de sa création. Elle devrait se suffire à elle-même.

 

C’est oublier qu’une interview peut aussi être une création. À condition qu’elle ne cherche pas à vendre.

Les interviews de J.L. Borges (décidément, j’y reviens) sont, par exemple, captivantes. Je pense à celles menées par Osvaldo Ferrari qui sont parues aux Éditions de l’Aube (collection Regards croisés), ou celles racontées par Alberto Manguel. Passionnantes aussi, celles qu’il a données conjointement avec Ernesto Sabato (très vite, elles tournent au dialogue). La Fnac les mentionne d’ailleurs comme « roman », elle n’a pas tort.

Ce qu’il y a de fascinant dans ces interviews, c’est que J.L. Borges ne répond pas à la question. Il commence par la répéter, ou la reformuler, puis dérape, passe de Cervantes à Shakespeare, nous noie dans les sagas scandinaves, s’arrête sur Voltaire. On a l’impression de voir folâtrer la pensée créatrice en liberté, en direct. Associations d’idées, comparaisons, tout est bon pour sortir du sujet.

J’ai eu la chance exceptionnelle de le voir répondre publiquement à une telle interview/conférence, à la Sorbonne, alors que j’étais un de ses jeunes lecteurs. Il était supposé parler de Martin Fierro et de la littérature gauchesca. Le seul qui en ait parlé est l’intervieweur, universitaire parisien, qui ne se résignait pas à le voir divaguer si librement. Le plus étrange était qu’il cherchait à capter le regard du vieil aveugle, pour mieux lui exprimer son inquiétude. Et chaque fois, il ne rencontrait que les yeux délavés du conteur qui semblaient sourire avant de l’entraîner vers L’Iliade, Goethe, et Kipling. La voix avait la douceur traînante des Argentins de Buenos Aires, l’articulation était celle d’un vieillard fatigué, mais la pensée était aussi enthousiaste et zigzagante que celle d’un adolescent qui, à la rentrée, veut parler de tous les auteurs qu’il a découverts pendant les vacances.

Quand on a entendu cela, quand on l’a lu, on a du mal à s’intéresser aux interviews de soixante secondes que la télévision concède aux écrivains. Mais il est déjà si rare qu’elle les concède…

Avez-vous trouvé sur internet d’autres belles interviews (je précise interviews non promotionnelles) à nous signaler ? Ne soyez pas égoïstes, faites-en profiter les passants.

 

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Mardi 15 avril 2008
 
 

 

Si j'en juge les commentaires, ou mails qu'on m'a directement adressés, mon récent billet sur le roman régional a pu heurter certains. Et j'en suis désolé : ce billet n'en méritait pas tant, le roman régional non plus. Ou régionaliste, ou régionalisant. Car il y a au départ un problème de définition. En France, il ne peut y avoir de débat littéraire sans controverse préalable sur les définitions.
Je sais ce qu'est une diffusion régionale : ça n'a rien de déshonorant. Mon second recueil, "L'Etage de Dieu" n'a été diffusé que dans le Nord - Pas-de-Calais et en Belgique car il était édité par le Furet du Nord. Cela ne l'a pas empêché de faire autant de ventes que le premier (La Diablada).
Je sais ce qu'est un éditeur régional. Ce peut être un éditeur simplement installé en région, mais avec une vocation nationale ou plus : Actes Sud est un éditeur régional. Le Diable Vauvert aussi. Le Castor Astral aussi (partiellement). Ce n'est pas moins chic que d'être installé rue des Saints-Pères. Beaucoup de bons auteurs ont d'ailleurs commencé leur carrière chez des éditeurs régionaux, plus ouverts, plus preneurs de risques. L'éditeur régional peut aussi avoir une spécialité régionale : livres sur le patrimoine de la région, qu'il soit architectural, historique ou culinaire. Il y en a d'excellents, vendus dans toute la France.
Mais un roman régional, ou régionaliste, ou régionalisant ? Là, je ne suis pas sûr de savoir.
Giono, Quefellec, Mauriac ou Pagnol ont écrit d'excellents romans, profondément ancrés dans leur région. Jorge Amado (Brésil) ou Hernan Rivera Letelier (Chili) aussi.
Etaient-ce des romans régionaux -régionalistes-régionalisants ? Non, c'étaient simplement d'excellents romans. Avec d'abord des personnages forts, des intrigues travaillées, un style personnel.
Et même d'excellentes régions.
Je ne considère pas la région comme un simple décor, elle peut être au coeur du roman. Elle peut être le terreau qui donne sa force aux personnages. Les quelques romans de Simenon qui se passent sur les canaux, près des écluses, se déploient vraiment au rythme des écluses : la région n'est pas là pour faire typique.
On peut trouver chez les éditeurs régionaux d'excellents romans qui se passent dans leur région. Et heureusement, puisque je connais de bons auteurs et même de bons amis qui publient ainsi leurs oeuvres. Oeuvres dont je ne critique pas la qualité.

Alors, qu'est-ce qui me fait grincer des dents, quand je vais dans les salons régionaux, sur les stands de certains éditeurs régionaux, en feuilletant leurs romans ? C'est cette avalanche de romans guidevertisants. On va le dire comme ça pour éviter les incompréhensions. Ce sont les romans aux personnages simplistes, aux intrigues minimales, au style laborieux, qui cachent leur absence de qualité derrière l'alibi régional.
C'est l'effet "C'est arrivé près de chez toi".
Pour capter le lecteur, on remplace le travail de romancier par celui de documentaliste. On multiplie les descriptions d'huissier : rues des villes, villages, et couleur du bétail. On glisse un maximum de recettes régionales, d'expressions régionales, de clins d'oeil historiques. Ce qui permettra, dans les salons du livre, d'interpeller le chaland "Regardez, vous êtes dans le livre ! ". Stratégie marketing défendable, certes. Mais...

Ces romans-là, on en voit de plus en plus. Certains lecteurs s'en réjouissent, les lisent en jubilant "Enfin des livres qui nous ressemblent !". Moi, cela me chagrine : j'aime bien les romans qui dérangent, ceux qui ouvrent les yeux. Ceux qui prétendent parler à des inconnus. Tout le contraire du marketing.

Voilà ce que j'ai pensé et mal dit dans mon précédent billet. L'ai-je mieux dit cette fois-ci ?

J'y pensais encore en voyant le film "Bienvenue chez les ch'ti". Mais c'est une autre histoire...


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Jeudi 10 avril 2008

 

 

Dans le Figaro Littéraire de ce matin, deux pages de Mohammed Aïssaoui sur les missions Stendhal sont bigrement intéressantes. 

 

L’idée est affriolante : offrir à un auteur un voyage lointain pour y  trouver l’inspiration, ou la documentation vivante, afin d’écrire un livre. Les quelques exemples donnés, par les auteurs élus eux-mêmes, ont une bonne odeur de passeport et de pages aux odeurs d’épices : Jean Echenoz, Jean-Luc Coatalem, Gilles Leroy, Brina Svit, Olivier Todd. C’est amusant, je prolonge sans y prendre garde le débat sur la littérature « régionaliste ». Je continue quand même, au risque de la contradiction. Pourquoi le voyage à l’étranger est-il source de tant de belles pages ?

 

Entendons-nous bien : je ne parle pas des récits de voyage (ceux de Gérard de Nerval, par exemple, sont pourtant presque aussi beaux que ses sonnets). Simplement de l’envie d’écrire qui gagne l’auteur dès qu’il débarque dans un décor où il n’est que voyeur. Je ne sais pas si c’est pareil pour vous, mais l’effet est immédiat. Le lendemain d’une arrivée à Mexico ou à New Dehli, j’ai l’impression de voir des sujets de nouvelles à chaque coin de rue. Suis-je normal ?

 

Bien sûr, à Buenos Aires ou Montevideo, on a plus fatalement des idées de nouvelles qui se passent à Buenos Aires ou Montevideo. On y rencontre des personnages moins policés, des décors moins prévisibles. Et quand on les raconte, on a besoin de les ancrer. Est-ce tomber dans une sorte de régionalisme exotique ? Disons de folklorisme ? Je ne crois pas : l’important, ailleurs comme ici, c’est de raconter de vraies histoires, de vraies émotions. Elles peuvent être plus étonnantes dans des emballages exotiques.

 

Dans mon cas, les nouvelles ancrées à l’étranger sont toujours des nouvelles de voyageurs, de touristes à l’étranger. Ce sera d’ailleurs le thème de mon prochain recueil, qui sortira fin août. Mais je me sens incapable de raconter l’histoire d’étrangers chez eux. Là, j’aurais l’impression de faire du folklorisme. Et surtout l’impression d’imposture. Au mieux, la vague culpabilité de piller le fonds de commerce des auteurs locaux.
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Lundi 7 avril 2008

 

 
  Certains de mes propos sur le roman régional pouvant être mal interprétés, je vais les passer à la ponceuse lustrante.
A bientôt.
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Vendredi 4 avril 2008

Appel aux passants pleins de savoir :


Pour écrire un billet sur la nouvelle, je cherche à donner, en exemple, une nouvelle qui n'aurait qu'un seul personnage, et ce personnage serait un (=un seul) animal .

Il faudrait que ce soit un auteur réputé, français ou étranger.
Le seul exemple que j'aie en tête, c'est une nouvelle... dont je suis l'auteur. Ce qui manquerait singulièrement de modestie.
Je sais que de telles nouvelles existent. Qui peut m'aider ?
Je crois même qu'il existe quelques nouvelles dont le héros est un objet, sans personnages mis en action. Mais là je suis moins sûr. Qui peut m'aider ?
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Mercredi 2 avril 2008


J'erre seul sur ce blog depuis trois jours, et c'est enivrant : je passe de rubrique en rubrique, et n'y trouve aucune trace de pas, aucun commentaire. Merveilleuse impression de visiter une île déserte sortie des flots. Robinson Crusoë n'était qu'un rigolo.
Il paraît que c'est normal, dixit Mr Over-blog, ce blog n'est encore répertorié nulle part. Dans un mois, il sera gougueulisé, tagué, fluxé, syndiqué, multilié et tout ce genre de choses. Dans un mois, il faudra mettre un portillon pour filtrer la foule.
En attendant, j'écris cet article que je serai le seul à lire.
J'offre un diplôme de Vendredi à la première personne qui déposera un commentaire sur ce blog.
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