Actualité brûlante

Salons prévus...

Plus de salons prévus jusqu'à nouvel ordre. Ce n'est pas que je les boude, mais je ne dois pas me fatiguer. Parce que, si, si, rester assis, écouter et signer, c'est épuisant.


Avant d'entrer ou de sortir

Pour une lecture plus structurée, cliquez juste en dessous : pavé "pages" ou pavé "catégories".

Pour des informations pérennes, impitoyablement classées, allez faire un saut sur mon site d'auteur

Il vient d'être entièrement remanié. Tout y est très beau, très chic. Même le chien.

(Excellente) présentation

Recherche

Des attaches et des liens

Des blogs que je fréquente souvent ou parfois, mais avec plaisir, sans forcément y laisser de commentaires, des blogs dont le tenancier vient parfois faire un coucou en dessous de mes billets, des blogs qui aiguillent vers le mien, des blogs qui ont donné un coup de pouce à un ou plusieurs de mes livres, tout cela crée des liens.

Si vous pensez que votre absence dans cette liste est un scandale, faites un scandale. Ou, plus simple, faites-moi signe.

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813
Actu du noir (Jean-Marc Laherrère)
Actualitte.com, Nicolas
Alex (Mot à mots)
Amanda Meyre
Annick Dor
Antigone (Les écrits d’Antigone)
Armande 22,  Les livres-bonheur
Aude (Mots dits)
Balmeyer
Biblioblog (Laurence)
BibliObs
Bibliophagie (Sybilline)
Bibliosurf
Biffures chroniques
Blog de Thomas Clément
Bloghotel
Blog-o-book
Boojum
Bookingdom
Bric à book, Leiloona
Brigit Hache
BSC News
C’était demain, Dominique Boudou
Cabinet de curiosités d’Eric Poindron
Cafebook (Emma)
Calipso,
Calibre 47 (Claude Mesplède)
Calou, L’Ivre de lectures
Carnet de lectures
Carnets de Pierre
Carnets de sel (Essel)
Caro[line] 5ème de couverture, 
Catherine (La culture se partage)
Cathulu
Chaperlipopette
Chez Lo
Chiffonnette
Chimère (A livre ouvert)
Choupynette (Y'a d'la joie)
Chroniques littéraires
Clair et net
Clarinesse (L'œil du vent)
Claude Le Nocher
Clopin-clopant (Clopine)  
Comme dans un livre
Cozop
Critico-blog
CulturesFrance
Cunéipage (Cuné)
Daniel Fattore
Danielle, Maux d’auteurs
Dasola
De livres en livres
Digressions (Joseph Vebret)
Ecrivains-voyageurs
Eireann (Yvon)
Eloah (À lire, à croquer)
Emmanuelle Urien
En lisant, en voyageant, (Keisha)
Encres vagabondes, Patricia Châtel
Enna lit, Enna vit
Eric Fouassier
Espaces, CNES
Eulalie
Evene
Extra-ball, (Dorham)
Fabelire
Fabula Bovarya,
Flof 13 (Lire et délires)
Florinette, Les lectures de Florinette,
Fluctuat.net
Forum A vos plumes
Forum Tir Na N’Og et Cie
Frédérique Martin
Gaëlle Pingault
Géothèque
Géraldine (Les coups de cœur)
Gwenaelle (Skriban)
Happy Few, Fashion Victim
Hautefort, club Littérature
Hebdo des notes,
Indications
Initiales
Interlignage
Jean Calbrix
Journal  d’une lectrice (Papillon)
Kalistina
Kathel, Lettres exprès
Kheops
La bibliothèque du dolmen
La caverne d'Ankya
La cuisine des mots (Ciorane)
La Factory
La liseuse (au fil de mes lectures)
La Mère Castor
La Péniche.net ( Bureau des Arts de Sc. Po )
La pile à lire d'Hécléa
La plume et le citoyen
La Revue Littéraire (Blog Leo Scheer)
La scribouillarde
La tête dans les pages
Labyrinthes avec vue
Le bibliomane
Le blog d’Ameleia,
Le goût des livres (Aifelle)
Le retour de l'être aimé
Le Scribe
Lechoixdesbibliothécaires
Lecture & Ecriture
Lectures et autres (Sylvie)
Leo Scheer (La revue littéraire)
Les chroniques de Mandor
Les jardins d’Hélène
Les lectures de Martine,
Les livres de l'Arrajou
Les penchants du roseau
Levraoueg (La tourneuse de pages)
Librairie des voyageurs, Les 5 continents.
Lignes de fuite
L'île, la petite île
Lili (Des livres et moi)
Liliba
Lily et ses livres
Lire et délires (Flof13)
Litote en tête
Livres pour vous
Livres et Cinéma (Yohann)
Lou, My Loubook 
LVE, Lire Voir Entendre
Lyvres (Yv)
Magali Duru
Maïté Bernard (sur Bibliosurf)
Malice
Manu Causse
Marc Sefaris
Mary's colors
Maud et les mots
Mercedes G.F.
Mes lectures (Phil)
Mille et une pages (Stephie)
Miss Orchidée 
Monde du livre.com,
Mot Compte Double (Françoise Guérin)
Mots en bouche
N.U.L.L.E., Erzebeth
Nicolas Ancion
Nuit blanche
Obiwi
Oceanicus in folio
One big day
Pages à pages
Parfum de livres
Pascal, Le disque 
Pickendorf (Qui hodie agisti)
Pimprenelle
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Pralineries (Pralines)
Pr'Ose (Emma Bovary)
Prudence
Quichottine,
Quoi de 9 Cécile ?
Roseau
Rue des Livres
Salondulivre.net
Saxaoul
Scriptural (Schlabaya)
Serial lecteur
Site de Brigitte Niquet
Stéphane Laurent
Sylire
Tamara (Tamacultire)
Thaïs, Arc-en-ciel, 
Turquoise (Un moment Turquoise)
Valérie (Un fil à la page)
Vers Minuit, Franck Garot
Voyage au bout de la lettre (Pitou)
Voyager, lire (Cryssilda)
Yves Mabon, Prix Orange du Livre
Zoé Lucider
Zoridae

Copinage éhonté.

Voici une rubrique dans laquelle je présente des livres écrits par des auteurs avec lesquels j'entretiens d'amicales relations. Bien entendu, il ne s'agit pas ici d'emplacement publicitaire. C'est beaucoup plus honorable, c'est du copinage. Les livres présentés dans cette rubrique ne seront pas toujours les mêmes : à défaut de renouveler mes copains, mes amis, mes relations, je vais renouveler leurs parutions.


Livre-Magali-Duru.jpgLe tout dernier de Magali Duru

tous-nos-petits-morceaux.jpg

      Le tout dernier d'Emmanuelle Urien

Fouad.jpg

Dominique-Guerin.jpg

 

Quatre carnages..

 

 

 

  Teignes

 

 

 

 

Un escarpin de soie bleue

 

 

Est-ce ainsi

Dimanche 6 mars 2011 7 06 /03 /Mars /2011 06:40

Le dimanche, c'est le meilleur jour pour lire le journal. Surtout le soir.


"La commissaire n'a point l'esprit club" est sorti jeudi. Les premiers articles dans les médias sont parus : le roman bénéficie dès maintenant d'un prodigieux accueil dans d'innombrables médias français et internationaux : un article en France, un autre en Belgique. Jusqu'ici, c'est bon. C'est bon dans Le Soir, le grand quotidien belge. Pierre Maury lui accorde même les deux étoiles (les * * à côté du titre, ce sont des étoiles). Et c'est bon dans Livres-Hebdo, le magazine des libraires et de l'édition. 


Je mets déjà en ligne l'article du Soir, et je prépare le montage de l'article de Livres-Hebdo. Je l'avais fait, mais je l'ai perdu dans mon P.C. Ce sera en ligne demain.

 

Je vous laisse, c'est l'heure de mon premier café noir Ricoré.


Le-Soir--club.jpg


Par Georges F. - Publié dans : "La commissaire n'a point l'esprit club"
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Jeudi 3 mars 2011 4 03 /03 /Mars /2011 09:13

Il est sorti !

Ce matin, je me suis levé tôt, je savais qu'il serait là.

Effectivement, il était sorti, il m'attendait. comme s'il voulait que je sois le premier à le découvrir.

J'ai, de loin, admiré sa belle couleur un peu flashy.

Je me suis penché sur lui, j'ai caressé tendrement ses feuilles, une à une, j'ai humé sa fragrance.

Et je me suis senti envahi par un bonheur tout bête et doux.

C'était un grand jour : un crocus était sorti.


 


crocus.jpg

Par Georges F.
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Jeudi 3 mars 2011 4 03 /03 /Mars /2011 09:04

 

Ce soir, vous allez sortir ; et je vais même vous dire où : vous irez au vernissage de l'exposition du sculpteur Gilles Blanchard, à Paris. Cela se passera à la galerie Images de fer, tout en bas de la rue de Seine, donc côté Seine. Gilles Blanchard a créé la superbe sculpture en couverture de Qui comme Ulysse. Il vous montrera bien d'autres merveilles lors de cette exposition. 

Vous trouverez une invitation sur son blog, en rubrique "Quelques nouvelles" (http://www.gillesblanchard-artiste.com/)

Il vous faudra un solide alibi pour ne pas y aller. Du genre "Je suis en train de lire un roman policier, je veux savoir comment ça finit ". En tout cas, je vous souhaite un bon soir.

 .Blanchard 3

Par Georges F. - Publié dans : Divers, vos ??? et vos !!!
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Mercredi 2 mars 2011 3 02 /03 /Mars /2011 05:59

Club couv"La commissaire n'a point l'esprit club" sort demain, jeudi 3 mars, en librairie. Ainsi se terminera une année douloureuse. Je ne sais pourquoi, je n'ai jamais été aussi impatient de connaître les réactions de la planète blog.


Puisqu'on parle de réactions, j'ai reçu hier deux mails de fidèles de ce blog. Il et elle trouvent dommage de proposer, comme je le fais, quelques extraits de ce livre, en zakouski, avant sa sortie. Quelques commentaires, sur ce blog, vont dans le même sens. D'autres semblent apprécier. Le tout est dit très gentiment, merci.


Que leur répondre ? Que je ne sais pas ? C'est à peu près ça. Je le fais simplement parce que c'est un usage dans l'édition, c'est ce qu'on appelle les "bonnes feuilles". On envoie ça aux journalistes pour les mettre en bouche avant la sortie. Je ne vois pas pourquoi les blogs devraient être moins bien traités que les médias classiques. C'est comme les zakouski, ils ne sont pas obligés de les avaler.


Alors, pour ceux qui aiment ça, je repasse un dernier service avant la sortie du livre. Pour changer des zakouski, antipasti et tapas, je vous propose des mezze. Ne vous goinfrez pas, gardez une petite place pour le plat principal. N'oubliez pas que c'est censé vous donner faim. 


Les mezze de la photo, juste en dessous, je n'ai pas la recette. Pour les extraits, en dessous du dessous, je suis prêt à vous donner toutes les explications, dès la sortie du livre. Je les donnerai de préférence une fois que vous l'aurez lu.


Mezze_libanais.jpg


* * *

Viviane s’était arrêtée pour lire les consignes de sécurité figurant sur l’étiquette collée au dernier barreau.

  Vous savez compter, lieutenant ? Poids maximum : 150 kilos, mais seulement 120 kilos en position de rallonge, au-delà de quatre mètres. 120 kilos, c’était le poids de King, nous a précisé Reine. Et quatre mètres, c’est la hauteur des murs. Votre assassin aurait pesé 30 kilos au maximum ? Un petit hercule, le gars, 30 kilos de pur muscle, pour réussir à hisser 120 kilos sur une échelle.

Le lieutenant ne répondit pas ; il boudait. Viviane aussi avait envie de bouder. Elle aurait aimé une solution avec l’échelle. Une belle solution, ingénieuse comme les jeux de logique pour enfants. Les histoires de seaux de cinq litres et de trois litres, ou de barque avec un loup, une chèvre et une salade, elle avait toujours adoré ça.

 

 (La commissaire n’a point l’esprit club)

* * *

 

Coco L’Anime apporta un panier de pommes et en remit une à chaque couple. Le jeu était simple : ils devaient danser, les mains derrière le dos, la pomme serrée entre leurs deux fronts, et la faire descendre sans qu’elle tombe. Les premiers à tenir la pomme coincée entre leurs nombrils seraient les vainqueurs.

On lança un slow gluant et la danse commença. À quelques mètres, Willy ondulait avec application. Sa pomme était déjà au niveau des bouches. La brune semblait heureuse, et Viviane éprouva une obscure jalousie. Fredo, lui, se trémoussait contre la commissaire. Elle sentait son haleine mêlée d’ail, de pastis, et les odeurs indiscrètes de son corps. Il tentait de faire rouler la pomme contre la joue de Viviane en la maintenant avec sa langue. Il semblait à la commissaire qu’elle dansait avec tous les hommes de l’Esprit Club, que toutes leurs panses venaient s’échauffer contre son ventre, c’était atroce. Elle pensa à Reine, dans le lit conjugal, et aux cent vingt kilos de King qui s’affairaient contre elle. Comment une femme pouvait-elle supporter cela, pas une soirée, mais des années ?

La langue de Fredo lui effleura la joue. Elle ne put contenir un sursaut de dégoût. S’écartant brusquement, elle laissa rouler la pomme à ses pieds. Elle remonta les gradins quatre à quatre. Il fallait absolument qu’elle quitte les lieux avant qu’on ne la voie pleurer.

Elle se coucha en larmes. Demain, elle appellerait Monot. Demain, tout irait mieux.   

 

 (La commissaire n’a point l’esprit club)

* * *

 

Kiki Muscule annonça que c’était l’heure du step, et Viviane lui emboîta le pas, pour découvrir avec effroi qu’elle aurait droit à une leçon particulière. Jamais elle ne sentit aussi seule que durant la demi-heure d’exercice que la jeune femme lui infligea. La commissaire monta sur son plateau, descendit, monta, un, deux, très bien, devant, derrière, et deux V step, sur le côté, à droite, à gauche, trois, quatre, voilà, comme ça, deux basic, deux, avec les genoux, cinq, six, twist, sept, huit, en se promettant de ne plus jamais manger de frites, en tout cas pas avant le lendemain. Elle termina la séance chancelante, et eut à peine la force de sourire lorsque Kiki Muscule lui lança :

— Demain matin, je t’attends à la séance abdos-fessiers !

Viviane était allée vers les autres, et cela lui faisait mal partout.

 

 (La commissaire n’a point l’esprit club)

* * *

 

Alcools n’est pas ce que je préfère chez Apollinaire, lâcha enfin Augustin Monot. J’aime mieux les Poèmes à Lou. Toutefois, je ne sais pas si ça vous plairait, les vers sont parfois assez audacieux, voire érotisants.

Elle se sentit rougir, son cœur battait bizarrement. De l’autre côté de la fenêtre, elle voyait arriver Willy, en grande conversation avec un Hétoilà, mais cela n’empêchait rien, au contraire. C’en était encore plus drôle.

 Oh, je ne suis plus une oie blanche. Érotisant, c’est quoi, par exemple ? Vous en connaissez un par cœur ?

— C’est un peu gênant, commissaire, ce que vous me demandez là.

Devant le silence insistant de Viviane, il comprit qu’il n’avait guère le choix.

— Il y a celui que je récitais souvent à une copine. Je me souviens de quelques vers, attendez, voilà :

Corps délicieusement élastique je t’aime

Vulve qui serre comme un casse-noisette je t’aime

Sein  gauche si rose et si insolent je t’aime

Sein droit si tendrement rosé je t’aime

Monot reprit son souffle et conclut, sur un ton léger :

— Ensuite, il y avait des histoires de mamelon couleur de champagne, de fesses et de toison, vous voyez...

Viviane affirma gaiement qu’elle voyait. Elle ne voyait rien du tout, elle voyait trouble, elle ne voyait plus que Willy qui passait innocemment la tête par la porte pour l’arracher aux moiteurs de la chose littéraire.

— Je vous laisse, Monot, on m’attend. Elle est très jolie, votre poésie. Quand la mémoire vous sera revenue, vous me réciterez la fin.

Elle marchait, rêveuse. À son côté, Willy ne disait plus un mot. Il semblait deviner qu’on venait de livrer à la commissaire un élément nouveau, dérangeant.

Oui, c’était une révélation importante qu’elle ressassait en son for intérieur : il y avait eu un poète qui, un siècle plus tôt, avait pu écrire de tels vers à la femme qu’il aimait. Il y avait eu un lieutenant de police qui avait pu les réciter à sa copine. Et à elle, pourquoi ne disait-on jamais rien ?

 

 (La commissaire n’a point l’esprit club)

* * *

Par Georges F. - Publié dans : "La commissaire n'a point l'esprit club"
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Lundi 28 février 2011 1 28 /02 /Fév /2011 14:11

 

 

Je vois souvent arriver sur ce blog des visiteurs ayant tapé "zakouski" dans la zone de recherche Google. Je n'ai jamais su pourquoi Google s'obstinait à me les envoyer : ils doivent, chaque fois, repartir consternés, en proie à la plus noire des solitudes, celle du grand désert internet. Ils vont désormais se sentir moins seuls, ils repartiront en compagnie des amateurs de tapas, de kemia, d'antipasti, et d'apéritifs (je sais, je sais, en italien, antipasti, ce sont des hors d'oeuvre, et pas des trucs pour apéritifs).

antipasti--tapas--kemia--zakouski.jpg

Tout ça pour vous dire que, juste avant la sortie de "La commissaire n'a point l'esprit club" (prévue dans 60 heures, ce jeudi 3 mars matin), je vous en sers quelques extraits pour vous mettre en bouche. Attention, ces tapas, kemia, antipasti, zakouski et apéritifs sont pour vous, mais défense de les emporter : il faut les consommer sur place. Ces textes sont interdits de diffusion. Ils sont protégés par un copy-right, un ©, ça ne rigole pas. 

Ne vous empiffrez pas, il y en aura d'autres très bientôt, si vous y prenez goût. Ensuite, il y aura le livre.

Et avec ça, qu'est-ce que je vous sers ? 

 

* * * 

  Quelques jours, dans une île grecque, celle de Rhodes. Avec le décoré de ce soir, votre lieutenant Monot. Je dois vous préciser, ajouta le Tout-Puissant, l’œil fripon, qu’il s’agit d’une enquête complexe, que vous mènerez dans des conditions inhabituelles : vous partirez tous deux incognito. L’idéal serait d’ailleurs que vous passiez pour un couple. Pour la crédibilité de la chose, il faudrait que vous partagiez la même chambre, avec lits séparés, je vous rassure. Cela vous paraît-il envisageable ?

   Viviane ne répondit pas. Elle envisageait. Oh, c’était si doux, Monot et elle dans la même chambre... Quelle tenue allait-elle choisir pour la nuit ? Un pyjama, façon copain-copain. Noir pour l’amincir. Et puis non, une nuisette, ce serait plus naturel : elle était femme, après tout. Rose et à mi-cuisse. Jusqu’à mi-cuisse, elle avait de belles jambes. Et lui, le cher ange, que porterait-il ? Un pyjashort en coton, vert pâle, assorti à ses yeux ? Et quand il ferait très chaud ? Ah, sous les draps, quand il ferait très chaud... Elle envisageait aussi la petite salle de bains qu’ils partageraient. Les frôlements exquis quand ils s’y croiseraient. La porte qu’elle laisserait distraitement mi-close quand elle prendrait sa douche, le petit courant d’air qui ferait bien les choses, oh, excusez-moi... Et le soir, après la plage. Il devait avoir la peau fragile, ce bêta, il allait rentrer avec des coups de soleil. Augustin, dans quel état vous êtes-vous mis... Ôtez-moi ce tee-shirt et allongez-vous sur le ventre, que je vous passe de la crème hydratante, n’ayez pas peur, je ne vous mangerai pas, là, vous voyez comme ça fait du bien, décontractez-vous, je ne fais que vous effleurer, comme ça, tout doucement... Et maintenant, tournez-vous, que je vous en mette aussi sur le devant des épaules. Oooh, quel gamin vous faites...

 

(La commissaire n’a point l'esprit club © )

* * *

 

   Des corps. Elle ne vit d’abord que des corps. Des corps et des chairs de toutes les nuances, du blême mortuaire au rouge thermidor. Hébétée, elle se planta sur la terrasse qui surplombait les deux piscines cernées par la masse humaine. Que venaient faire là tous ces Chéris ? Rien. Ils étaient venus  avec un objectif précis : ne rien faire. Ils ne nageaient pas, ne s’agitaient pas. Ils étaient. Viviane les contempla, inquiète : comment les humains étaient-ils devenus si laids, les corps si relâchés, si difformes depuis ses dernières vacances  ? Bien sûr, il y en avait de beaux, elle voyait passer des seins fermes, des ventres plats, mais ils semblaient encore plus sinistres, « Voilà ce que vous avez été, repentez-vous », rappelaient-ils aux défaits, aux avachis. La commissaire sentit tomber sur ses épaules une étrange honte, celle de la solidarité : elle était nuement comme eux, elle pouvait, sans crainte, quitter son paréo.

 

 (La commissaire n’a point l'esprit club © )

* * *

   Viviane resta pensive. La situation était ridicule : elle, à genoux en nuisette, son lieutenant debout, torse nu, la fille dévêtue couchée entre eux. Tant pis, elle avait besoin de réfléchir. Elle finit par se relever.

  Je ne sais pas qui a maquillé cette mort, mais il a eu raison. Il s’est simplement trompé d’endroit : tout le monde va la découvrir trop tôt. Pas de trouble à l’ordre public, vous vous souvenez ? Vous allez la porter tout au bout de la plage, au pied de la falaise, celle de la boîte de nuit. Vous la déposerez au bord des vagues, en laissant ses vêtements sur le sable. Et faites semblant de la découvrir durant votre jogging matinal. Vous irez demander qu’on appelle un médecin. J’espère qu’il ne sera pas trop féru de médecine légale.

  Vous ne voulez pas m’aider, commissaire ?

  Pas question. Vous m’imaginez faire du jogging en nuisette ? Je vais me changer et aller expliquer la situation à Reine.

Elle le vit partir, portant la défunte dans ses bras. Elle se dit brièvement que la jeune morte avait bien de la chance.

 

 (La commissaire n’a point l'esprit club  ©)

* * *

 

  Et vous étiez déjà venus, ici ? leur demanda-t-il.

   Ah oui, répondirent-ils en chœur, ils connaissaient déjà Lindos. Mais le club avait changé. Il y avait eu la mort de King, il y avait l’ambiance, plus pesante, moins festive. Sans parler de Coco Clown, un peu moins drôle, ajouta une blonde frisottée. Avant, qu’est-ce qu’il pouvait nous faire rire, celui-là, avec son fameux toast !

  Santé ! lança le plus âgé de la table en levant son verre.

  Mais pas des pieds ! répondit la tablée.

  Sentez, mais pas des pieds ! répéta la frisottée. Coco Clown nous faisait la blague chaque fois qu’il venait s’installer à une table. On ne s’en lassait pas.

Ils semblaient effectivement ne pas s’en lasser. Chacun répéta à son tour l’impérissable toast. Viviane lança un regard effaré à son lieutenant qui l’ignora. Il n’en avait pas fini.

 

(La commissaire n’a point l'esprit club © )

* * *

 

   Reine traduisait les questions, mais Viviane avait à peine besoin d’elle pour les réponses. Le Turc les accompagnait de gestes, de mimiques très expressives, il se traduisait tout seul : il avait commencé à planter des fleurs le long de l’escalier menant vers l’amphi, en attendant son tour.

  On pourrait lui dire d’arrêter son sous-titrage, c’est perturbant, proposa le lieutenant à Reine.

   Impossible, il parle toujours comme ça, à cause de son fils sourd-muet. Et, pour nous, au club, c’est bien pratique.

 

(La commissaire n’a point l'esprit club © )

* * *

Par Georges F. - Publié dans : "La commissaire n'a point l'esprit club"
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Vendredi 25 février 2011 5 25 /02 /Fév /2011 11:57

" Puisqu'il semble que vous soyez en train de le lire, il est bien, ce roman ? " demande Keisha. J'ai une réelle affection d'auteur pour Keisha, qui est une lectrice très stimulante. Elle lit bien, elle chronique bien, ce qui ne veut pas dire qu'elle applaudit n'importe quoi, même quand c'est moi qui l'écris.

La politesse voudrait donc que je prenne la peine de répondre quand elle me pose une question d'une impitoyable clarté.

 

J'en suis hélas incapable. 

Je ne sais jamais si un roman est bien, même quand je le lis, enfin édité. Je suis toujours très content de moi, donc de mes oeuvres. Stupidement content, c'est probable : celui de mes romans que j'ai préféré, et dont je suis le plus fier ("Le film va faire un malheur") a été bien accueilli par la critique, mais a frôlé le bide chez les libraires et dans le public. Parmi les quatre nouvelles dont je suis le plus content, en tout cas celles que j'ai le plus travaillées (plus de six mois chacune), ( "Le parfum des profondeurs", "Rapace", "Le passage du Sphinx" et "La partie des petits saints" ) les trois premières sont passées presque totalement inaperçues lors de leur publication.

Je suis un peu supertitieux, je vais donc me garder de dire du bien de ce septième livre, cela pourrait me valoir quelques tonitruances des puissances tutélaires de l'écriture.

 

Ce que je peux en dire, sans trop me risquer, c'est que j'ai beaucoup travaillé. J'aime bien cet argument, ça sent son élève besogneux qui vient solliciter une notation "AB" du professeur.

 

J'ai beaucoup travaillé l'intrigue. Plus encore que pour le premier roman policier. En l'écrivant, je l'ai simplifiée : c'était si complexe que je m'y perdais. En la relisant, je l'ai re-compliquée : c'était vraiment trop simple. 

J'ai beaucoup travaillé sur la relation entre Viviane et son lieutenant. Je suis le seul à savoir ce qui se passe vraiment dans la tête de la commissaire, car j'ai finalement supprimé tous ces passages : ils alourdissaient l'histoire.

J'ai beaucoup travaillé la documentation : j'ai vraiment passé huit jours au Club Lookea Princess Sun de Lindos, dans l'île de Rhodes. Mais ce que j'en raconte est une falsification malhonnête : les animateurs sont plutôt sympathiques, plus dévoués, plus passionnés que dans le livre. En ce qui concerne le public, c'est malheureusement d'une terrible vérité, c'est presque un constat d'huissier.

J'ai beaucoup travaillé aussi les descriptions : le vieux village de Lindos, c'est exactement comme ça. Je ne le décris pas pour faire joli, mais parce que la description joue un rôle dans le récit. Tout ce qui s'y passe aura son importance. Les ânes, le Captain's house, et l'Acropole.

 Bref, j'ai beaucoup travaillé, sans parler des corrections. A ce propos, le correcteur s'est permis, en dernière heure, une correction inopportune, une correction qui change le sens d'une phrase. C'est en page 127, je vous laisse la chercher et la trouver. Le correcteur a été sévèrement puni : il devra passer 8 jours au club Lookea.

Le premier visiteur qui aura repéré la phrase ainsi dénaturée et rétabli la ponctuation d'origine gagnera un livre dédicacé, celui qu'il voudra, à choisir dans ma bibliographie. Il suffit de répondre ici, en commentaire. Ca, c'est du jeu promotionnel, autrement plus intelligent que les jeux téléphoniques de TF 1.

Je vous donne, juste en dessous, quelques photos de Lindos pour que vous puissiez mieux imaginer le cadre quand vous lirez ce polar. Il n'y a pas de photos du soleil, mais on ne voit que lui. Il n'y a pas non plus de photos du village-club, car il n'existe pas. Mais, si vous voulez, j'ai le plan.

 

Lindos-Acropole.jpg lindos-anes.jpg lindos-captains-s-house.jpg lindos-vue-generale.jpg lindos-vue-de-la-colline.jpg

Par Georges F. - Publié dans : "La commissaire n'a point l'esprit club"
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Jeudi 24 février 2011 4 24 /02 /Fév /2011 16:20

Voilà, c'est arrivé. Et ça m'arrive une fois par an.  

pour-blog-lecture-commissaire.JPG

 

Je continue ce billet demain. Le choc émotif est trop violent. Il faut que j'aille me reposer. C'est peut-être tout ce champagne, aussi.

Par Georges F. - Publié dans : "La commissaire n'a point l'esprit club"
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Dimanche 20 février 2011 7 20 /02 /Fév /2011 19:10

Je reçois fréquemment des mails charmants de visiteurs de ce blog qui me gênent. Après quelques gentillesses sur tel ou tel billet, ils me proposent joyeusement la lecture d’un de leurs textes : nouvelle ou roman. Les plus prudents m’annoncent un envoi de quelques pages, en m’assurant qu’ils m’enverront aussitôt la suite dès que j’aurai manifesté mon enthousiasme pour le premier chapitre.

Je réponds toujours non. J’essaie d’exprimer ce refus avec courtoisie et gentillesse, car leur démarche est louable. Il se trouve simplement que je ne suis pas le bon interlocuteur.

 

 

La démarche est louable. Un auteur a toujours intérêt à soumettre son manuscrit à quelques regards Banville 2. extérieurs avant de l’envoyer aux éditeurs. Une observation n’est pas forcément significative. Mais quand elle est exprimée par trois ou quatre lecteurs, elle devient un signal pour l’auteur. On ne perd jamais son temps en faisant lire son manuscrit par autrui. C’est plutôt ce brave autrui qui perd souvent le sien.

Si l’on sent qu’on embête le volontaire, on peut lui proposer la simple lecture du premier chapitre, ou même des trois premières pages – puisque, chez l’éditeur, le lecteur professionnel n’ira généralement pas plus loin.

Curieusement, la plupart des auteurs candidats à l’édition manifestent une réticence proche de la pudeur vis-à-vis de cette démarche. Ils sont prêts à soumettre leur œuvre aux plus exigeants des regards, ceux de Gallimard, Grasset et autres, mais pas à celui de leur voisin de palier.

 

Les plus finauds proposent cette lecture à ceux qu’ils considèrent comme des semi-professionnels : les auteurs. L’idée n’est pas absurde, elle n’est pas non plus très originale, si j’en crois la fréquence avec laquelle on vient me proposer ces lectures en avant-première, parfois de façon très plaisante (salut à vous, A.M. !).

 

 

Mais je ne suis pas la bonne cible. Je peux, les jours d’ivresse, me considérer comme un auteur professionnel, mais je n’ai aucune vanité de lecteur. Je crois atteindre les sommets de la nullité en ce domaine.

Quand je suis juré dans un concours de nouvelles, mon vote ne converge jamais avec ceux de mes collègues, qu’ils soient vieux instituteurs ou jeunes écrivains à la mode. Je m’emballe pour des nouvelles qui laissent mes voisins indifférents. Je les défends avec un enthousiasme qui les gêne. Et quand vient leur tour de défendre un texte, j’ai toujours l’impression qu’on me monte un canular quand je les vois présenter leurs favoris.

Banville-1.jpg Pour les romans, c’est encore pire. Je referme définitivement, au bout de 50 pages, les deux tiers des romans (je précise, des vrais romans, publiés, vendus, parfois connus) dont j’entame la lecture. Je m’enflamme pour des oeuvres mineures de grands écrivains, ou pour des auteurs de seconde zone. Et c’est pareil pour la poésie : j’ai une grande admiration pour Théodore de Banville, et, quand j’essaie de la partager, on m’approuve avec un petit sourire, comme s’il s’agissait d’une coquetterie d’auteur un peu snob.

 

Vous l’aurez compris, je suis le plus mauvais des lecteurs. Je n’ai aucune vocation de coach : je risque de vous donner de fausses espérances, et je vais vous donner de mauvaises pistes de correction. Je ne pratique cet exercice qu’avec quelques rares écrivains que je connais de longue date. Je les fréquente suffisamment pour savoir en quelle optique mon regard peut les intéresser, je sais qu’ils filtreront mes commentaires.

 

Tout cela pour dire que je suis trop jeune pour apprendre à lire. J’ai bien assez de mal à écrire. J'en suis désolé. Que cela ne vous empêche pas de persévérer. 

 

La statue et le portrait sont ceux de Banville. J'ai toujours rêvé d'être un jour immortalisé dans la même attitude, sur un piédestal. Ce serait dans le parc d'une petite ville. A côté d'un saule. Il faut toujours avoir une grande ambition qaund on s'obstine à écrire.

Par Georges F.
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Jeudi 17 février 2011 4 17 /02 /Fév /2011 10:09

"inventer un text de présentation dans la 4émé couverture de antigone"

 

Parmi toutes les requêtes qui ont mené hier à ce blog, celle-là ne m'a pas fait rire. Mais vraiment pas du tout.

 

Antigone, de Jean Anouilh, est un beau texte. Peut-être un peu pompier, par sa gravité, par le maniement habile de grandes idées, par la brillance de ses phrases, mais un beau texte qui ne peut laisser indifférent lorsqu'on dix-huit ans et qu'on se prend à réfléchir sur le monde.

Un texte qui se lit facilement, plus facilement que l'Antigone de Sophocle ou de Brecht. Et je ne parle pas de l'Antigone et de son journal façon Henry Bauchau, puisque je ne l'ai jamais lu ce livre. Je n'avais jamais entendu parler de son auteur avant de commencer ce billet, merci Wikipedia.

L'Antigone d'Anouilh est un texte moderne, qui continue à trouver son public. C'est chaque année une des meilleures ventes de mon éditeur, La Table Ronde. 70.000 exemplaires par an, m'a-t-on dit. Il les mérite.

J'ai vu cette requête, et j'ai imaginé le jeune prof de lycée, courageux, idéaliste qui a voulu encourager ses élèves goguenards à lire intelligemment. Il s'est dit que le devoir proposé, dans son aspect ludique, moderne, allait les stimuler. Il allait les inciter à lire en se posant d'incroyables questions telles que "De quoi ça parle ?", "Quels sont les grands problèmes que ça pose ?", "En quoi est-ce actuel ?" "Pourquoi cette pièce me plaît-elle ?". Il allait peut-être créer chez eux une vocation de lecteur.

Et le lycéen est rentré chez lui, pensif. Pas facile, ce devoir. Il n'a même pas ouvert son cahier de textes pour voir le libellé exact de la question, il s'en souvenait à peu près. Il est allé au plus simple, il a ouvert son P.C. il a tapé dans google "inventer un text de présentation dans la 4émé couverture de antigone" et il a vu apparaître mon blog dans la liste. Il est arrivé chez moi, il a fouillé partout en pestant "Nul, ce blog, fait chier", et il est reparti. Peut-être est-il reparti chez Antigone '("Les écrits d'Antigone"), bon blog littéraire donc trop intelligent pour lui. Je ne sais pas où il est parti butiner maintenant. Il doit courir sur la toile, en faisant des bzz bzz comme une grosse mouche verte contre une vitre.

Et je me sens un peu sali par sa visite.

Cette grande feignasse est en train de casser une vocation de prof de lettres. 

Je voudrais simplement dire à ce jeune prof de tenir bon. Peut-être, parmi les trente-cinq élèves de sa classe, va-t-il trouver une ou deux copies d'élèves qui préfèrent trouver les réponses dans leur tête plutôt que dans celle des autres. C'est pour eux qu'il fait vraiment cours.

Ce billet n'a apparemment rien à voir avec mon roman "La commissaire n'a point l'esprit club", que j'aurai entre les mains dans moins d'une semaine. Pourtant, quand j'ai commencé ce billet, il y avait un rapprochement, je l'avais en tête. Et maintenant, je ne vois plus lequel. Seraut-ce que je  n'écris mes livres que pour un visiteur sur trente-cinq ? Je pars faire le calcul, mais ce ne serait guère stimulant. Il y aurait même de quoi briser une vocation.

Le visuel, c'est Antigone arrêtée par les gardes alors qu'elle vient d'ensevelir la dépouille de Polynice. J'aime bien, l'ambiance est très grecque. C'est comme dans mon roman. Ah, ça y est, je l'ai retrouvé, le rapprochement. C'était idiot, comme si ce roman allait rester enfoui !

Antigone-et-le-cadavre-de-Polynice.jpg


 

Par Georges F. - Publié dans : Mon site, ce blog, vos ??? et vos !!!
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Mardi 15 février 2011 2 15 /02 /Fév /2011 11:46

 

Malsaines habitudes...

J’ai toujours éprouvé une certaine fascination pour la laideur. Il y a longtemps, presque dans une vie antérieure, je fréquentais volontiers les salles des ventes pour y acquérir les toiles d’amateurs  les plus laides qui soient. Cela ne coûtait rien, deux ou trois euros, et je me faisais un plaisir de les offrir à mes amis lorsque j’allais dîner chez eux.

Leur mine embarrassée lorsqu’ils déballaient le cadeau m’enchantait. Mais mon plus grand bonheur m’attendait quelques mois plus tard, lorsque je revenais pour un autre dîner : je n’offrais bien sûr pas de nouveau chef-d’oeuvre. La vue de mon cadeau précédent, extirpé du placard à la cave et courtoisement accroché au-dessus de la cheminée pour l’occasion, suffisait à mes ravissements artistiques.

Ce goût pour la laideur n’étais pas seulement altruiste : chez moi, je collectionnais les statuettes de chiens en plâtre – ceux peints en argenté ou en doré de préférence. Une statue de berger allemand toute seule, ce n’est pas très beau, j’en conviens. Mais quand il y en a plusieurs, il se dégage de l’ensemble une trouble harmonie, une esthétique, n’ayons pas peur du mot.

J’ai renoncé à ces malsaines habitudes le jour où j’ai épousé une artiste-peintre. Il lui arrive de faire figurer sur ses toiles des personnages laids, grotesques ou grimaçants pour lesquels j’ai une tendresse particulière. Ce ne sont pas ceux qui se vendent le mieux, j’ai donc la chance de les croiser longtemps sur mes murs.

 

Cranach

Je repensais à cela en réservant hier mes billets pour l’exposition Cranach. Certains lui trouvent une cranachperverse sensualité, moi pas. Je vois d’abord dans ses tableaux le triomphe d’une certaine laideur : même quand les corps et les visages sont beaux, on sent chez eux une laideur intérieure, une hideur de l’âme qui plane sur le tableau et semble effleurer le visiteur. Il y a aussi de la laideur chez certains personnages de Velazquez, de Goya, mais elle est naturelle, attendrissante, elle a une certaine pureté. Dans la laideur de Jérôme Bosch, elle touche à la spiritualité. Celle des toiles de Cranach est plus dérangeante. Elle est si insidieuse qu’elle semble morbide, et plus exactement mortuaire. Tous les personnages de Cranach sont pour moi de futurs cadavres. La camarde est dans leur ombre, elle corrompt déjà les chairs. On pourrait presque en sentir l’odeur. La peinture de Cranach est un culte de la mort. Après l’avoir visitée, j’écouterai le Requiem allemand, de Brahms.

 

Peut-on avoir semblable démarche en littérature ? J’éprouve une grande admiration pour l’habileté avec laquelle Baudelaire nous fait partager sa fascination pour la laideur. Relisez donc «  Une charogne ». Verlaine et parfois Rimbaud, notamment dans sa « Vénus anadyomène », sont dans la même mouvance. Les personnages laids de Victor Hugo sont différents : comme chez Velazquez, L’Homme qui rit ou Quasimodo incarnent une certaine pureté.

 

 

Et moi, et moi...

Tout cela pour dire que le laid peut être beau, c’est possible. Quand c’est moi qui écris, la chose devient plus malaisée. J’aime décrire la laideur vue par mes héros. J’aime que leur regard se pose, avec dégoût ou causticité, sur la hideur de certaines rencontres. Mais, curieusement, beaucoup de lecteurs (y compris d’excellents lecteurs, à l’oeil affûté) me le reprochent aussitôt : ils considèrent que ce regard est trop vrai, trop méchant, ce doit être le mien, forcément. « On sent bien que vous n’aimez pas les gens, que vous les méprisez », me dira-t-on quand, dans mon prochain roman, la commissaire contemple avec répulsion le troupeau des vacanciers aux chairs flasques, qui s’alanguit autour de la piscine, ou quand elle participe aux consternantes soirées du club de vacances où elle enquête.

 

 

Que dois-je faire ?

Publier une note en bas de chaque page fleurant la misanthropie pour rassurer les lecteurs inquiets, pour me désolidariser de Viviane Lancier ? Emma Bovary, c’est moi mais là ce n’est pas moi...

Traverser ces situations sans les décrire ? Je n’écris pas de thrillers façon U.S., j’aime décrire les cadres et le regard du héros sur ces cadres, c’est là que je dépose ma maigre participation à la littérature.

Décrire les mêmes scènes avec un bel enthousiasme humaniste, un regard débordant d’amour universel et de fraternité multipolaire ? Je n’ai pas assez d’imagination pour cela.

 

Voilà les pensées qui m’envahissent depuis que j’ai réservé, hier, mes billets pour Cranach. Tout bien réfléchi, j’aurais mieux fait d’aller voir Tony Cragg

 

Pour illustrer ce billet, j’ai choisi deux tableaux de Mercedes Gómez-Flipo. Certains crieront au copinage, mais les Velazquez et les Goya n’étaient pas libres de droits. Et je n'en ai pas sur mes murs.

 

Les-comediens--gravure--cadre-noir.jpgLe-maitre-de-ballet--cadre-noir.jpg

Par Georges F. - Publié dans : Actualité littéraire, vos ??? et vos !!!
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