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Lundi 16 novembre 2009

Ceci n’est pas une amende honorable, ni un reniement. Encore moins une concession. Je viens sans me couvrir la tête de cendres, sans me vêtir de robe de bure. Je viens dire quelques mots d’un livre que j’ai beaucoup aimé : « Abbés » de Pierre Michon.

 

« Les Onze » m’avait (oui, bizarre, ce singulier ») agacé par la décoration « Grand Prix du roman »  dont l’Académie française l’avait affublé, alors que ses quelques chapitres n’avaient rien de romanesque.

 

« Abbés » m’a enchanté : ce livre ne ressemble à rien. Ce qui est, pour moi, la première des qualités en matière artistique. Et s’il ressemble à quelque chose, c’est au Satyricon de Fellini, à quelques films de Kurosawa. Car il y a dans ce livre de la brume, du silence, du temps qui s’écoule par sursauts. Et de l’ironie très douce, presque respectueuse. Il y a des abbés qui voudraient incarner en même temps le sacré, l’histoire, et accepter le poids de la chair. Il y a donc des femmes. Et des manants, des pêcheurs qui mettent la main à la charrue.

 

Il y a des non-dits que l’auteur laisse flotter avec une subtile maîtrise. Un admirable laconisme. Ce qu’il y a de plus beau, dans ce livre, c’est ce que l’auteur n’écrit pas.

 

Je ne voudrais pas terminer ce billet sans citer l’auteur, sans mentionner ce qu’il dit de son livre : « C'est un truc qui a été écrit en quinze jours. (...) C'est l'inverse exact des Onze. Pour l'écriture, j'avais très peu de documentation et je l'ai fait en trois coups de cuiller à pot. »

Un truc ! Marco avait raison de me le glisser à l’oreille :  Pierre Michon est un farceur.

 

Je remercie les visiteurs qui, par leurs commentaires, m’ont empêché de m’enfermer trop vite dans une vision tronquée de Pierre Michon.

 

Si ce billet vous a donné faim, lisez la série de chroniques que William Irigoyen (Arte) consacre à Pierre Michon sur son blog « Le poing et la plume » ou lisez simplement celle qui parle d' « Abbés ».  

Par Georges F. - Publié dans : Qu'est-ce qu'ils ont de plus que moi ?
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Samedi 14 novembre 2009

L’horoscope des visiteurs de ce site est formel : votre week-end du 14 et 15 novembre sera un bide total. Votre conjoint sera acariâtre, vos enfants invivables. Il fera froid et humide, la chaudière tombera en panne. Votre sœur passera déposer chez vous son vieux chat (juste deux jours, je t’en supplie, rends-moi ce petit service, je pars à Monte-Carlo avec un joueur de castagnettes). L’affreux animal perdra ses poils, vomira et déféquera un peu partout pour exprimer sa contrariété. Le repas prévu chez votre meilleur ami sera mémorable, il va inviter un couple de copains odieux : elle, jeune retraitée, passera le repas à vous raconter ce qu’elle a vu à la télé cette semaine. Lui s’est mis à la poterie : il tourne et décore des plats à couscous, il en a offert un au maître de maison et vous parlera des techniques de cuisson de la céramique avec l’enthousiasme d’un militant ségoliste. Et le dimanche, quand vous irez faire le tour des blogs littéraires pour vous changer les idées, ils parleront tous de Marie N'Diaye.

 

Mais souriez quand même. Gardez l’espoir : le prochain week-end, celui du 21 et du 22 sera doux et joyeux comme un avis de dégrèvement fiscal. Surtout le samedi 21, car vous irez au salon du livre d’Ozoir-la-Ferrière.

 

C’est à une encablure de Paris, disons vingt-huit minutes. Vous arriverez à 10 H 00 pour ne pas perdre une miette de bonheur de cette inoubliable journée. Il n’y aura personne sur l’autoroute de l’Est, les anges auront aplani et dégagé le chemin. Vous débarquerez sans aucune difficulté * à la Ferme Pereire**, en un lieu tellement beau que vous serez tentés de faire demi-tour « C’est trop chic pour nous, on rentre ». Non avvete paura…

 

Restez. Entrez. Respirez. sentez-vous cette intelligence littéraire qui flotte de stand en stand dans les allées où de délicieux auteurs vous présentent le meilleur de leur production artisanale. On se croirait au marché des fromages à Saint-Saturnin-le-Vieil.

 

Il y a là tant de bons auteurs que je ne sais lesquels citer, tant je risque un impair. J’en recommanderai quand même plus particulièrement une dizaine : Régine Deforges, Madeleine Chapsal, Atiq Rahimi, Emmanuelle Urien, Alain Emery, Karine Fougeray, Georges-Olivier Châteaureynaud,  les illustres frères Fouassier (Eric et Luc-Michel),  Jean-Claude Dunyach. La dizaine * est atteinte, si j’avais la place, je citerais aussi ceux pour lesquels j’ai de l’admiration, ceux pour lesquels j’ai de l’amitié, celles pour qui j’ai de la gratitude (elles ont voté pour moi). Mais ce serait trop long, voyez donc le dossier de presse :

 

De 10 heures à 19 heures, le bel esprit coulera à flots, le champagne aussi, car il y aura, en milieu d’après-midi la remise du Prix Ozoir’Elles, qui portera à la connaissance du public le nom de l’heureux gagnant. Ce sera l’un des moments forts de la journée. Je me demande bien qui ce sera, et vous aussi, bien sûr. Je vais quand même venir en chemise blanche et je me ferai un shampoing pour les photos, on ne sait jamais. Et je vais aussi préparer un petit discours de remerciement improvisé, au cas où.

 

A cela s’ajoutent flopées de rencontres et tables rondes entre auteurs, d’interviews publiques des uns et des autres (le public y participera donc. Si, si, même vous !).

 

J’allais oublier de parler de moi, ce qui est indispensable dans un bon blog d’auteur : je serai présent, et je dédicacerai mes livres gra-tui-te-ment (le livre, lui, reste payant). Mieux encore, sans supplément de prix, mon dernier recueil, Qui comme Ulysse, vous sera proposé avec un bandeau rouge du meilleur effet.

J’offrirai même, en tiré à part, une nouvelle inédite à toutes les jolies femmes.  Et toutes les femmes qui me demandent une dédicace seront jolies, c’est comme ça les jours de fête. En ce qui concerne les hommes, je ne sais que dire, ni que faire, c’est moins mon truc. Le plus simple, c’est qu’ils viennent avec une jolie femme. S’ils sont vraiment seuls, qu’ils en abordent une dans les allées, ah, ça c’est un bon alibi.

 

Et à 19 heures, tout s’arrête. Moi aussi, j’arrête là, c’est n’importe quoi, ce billet. Lisez plutôt le tract.


* Je ne suis pas certain qu'Annie Saumont soit présente. Si elle est là, ne manquez pas de la rencontrer : il n'est pas d'auteur plus charmant. Ni d'auteur plus talentueux. Que les dix me pardonnent.


Par Georges F. - Publié dans : Billets sur "Qui comme Ulysse"
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Lundi 9 novembre 2009

Assez, assez, je vais rougir ! Ma modestie légendaire est au plus mal : les médias, magazines, radios, télés, et toutes les trompettes de la renommée ont tellement parlé du Prix Ozoir’Elles de la nouvelle qui m’a été attribué, l’ont tellement célébré, commenté, louangé, qu’ils en ont presque passé sous silence le pauvre petit Grand prix du roman de l'Académie française qui a été attribué à Pierre Michon pour "Les Onze".

Je considère donc que c’est à moi de réparer cette carence.

 

Ce sera facile : au vu de ce que j’ai lu comme critiques, dans les blogs comme dans la presse, je sais que chacun est tenu de s'extasier. Pour m'extasier à bon escient, j’ai poussé la conscience littéraire jusqu’à le lire, sans sauter une page, pas même une ligne, avant de participer à l’éloge de la nation. J'en conviens donc :  il faut s’extasier. Reste à savoir sur quoi.

 

 Je m'extasie mais je pleure :  en lisant Pierre Michon, j’ai compris que je n’aurai jamais le grand prix du roman de l'Académie française.

 

Je me suis senti revenir à l’époque, pas si lointaine, des concours de nouvelles auxquels je participais quand j’étais auteur amateur. Il m’arrivait de gagner ces concours. Il m’arrivait aussi, plus souvent, de les perdre. Notamment quand je croisais en finale Emmanuelle Urien, Françoise Guérin, Éric Fouassier, Jean-Paul Didierlaurent, Magali Duru ou Joël Hamm. J’en oublie d’autres valeureux, qu’ils me pardonnent.
Dans ces cas-là, il me restait à applaudir et à me remettre au travail. Il m’arrivait aussi d’être défait par d’illustres inconnus qui avaient pondu un excellent texte. J’allais jusqu’à leur écrire pour les féliciter.

 

J’avais quand même un principe : je lisais toujours attentivement la nouvelle gagnante en imaginant les commentaires du jury. Je me posais la question « Si c'est ça qui plaît au jury, s’il faut écrire ça pour gagner, ai-je envie d’écrire ça ? Y suis-je prêt ? ». Et il advenait que la réponse soit un non, un énorme NON. Un non dégoûté, voire effaré. Le test n’était pas gratuit : c’étaient parfois des concours très bien dotés auxquels je me sentais tenu de renoncer. Des pages royalement rémunérées. Beaucoup mieux que la publication d’un roman ou d’un recueil chez un éditeur : il y avait, il y a encore, des concours où l’on attribue 3.000 euros, 4.000 euros au vainqueur.

 

Mais en lisant le texte couronné, je pensais que ce ne pouvait être que de l’argent honteusement gagné. Je ne me sentais pas prêt à enfiler les clichés, à déployer les nobles sentiments, à me livrer aux afféteries que semblait apprécier le jury. J’écrivais alors aux organisateurs pour leur exprimer ma consternation et ma ferme intention de ne plus jamais concourir. C’est ainsi que j’ai fini par prendre mes distances avec le Prix Hemingway, le Prix Albertine Sarrazin, le Prix de la Nouvelle gourmande, le Prix Gérard de Nerval, et quelques autres. Je n’avais aucun mérite : il était patent que je ne les gagnerais jamais.

 

J’ai remué ces tristes souvenirs, ces fiertés empoussiérées, en lisant le dernier livre de Pierre Michon, Les Onze, qui a reçu le Grand prix du roman de l'Académie française. L'Académie considère donc que c'est un roman. On se demande où elle est allée chercher ça.

 

La langue est superbe, le vocabulaire est raffiné, la documentation est impressionnante, mais ce n’est pas un roman. Et l'histoire, où est l’histoire ?

 

Je sais, je sais « La littérature, c’est ce qui reste quand on enlève l’histoire ». Et j’ai un certain mépris pour les romans qui ne sont que récit sans regard. Mais affirmer que « La littérature, c’est ce qui reste quand on enlève l’histoire » c’est induire qu’il doit quand même y avoir une histoire à enlever, non ? 

 

Qu’est-ce que raconte ce livre ?
Il y 136 pages, légèrement remplies, toujours moins de 1.500 signes par page.
 C'est donc facile à raconter. Ily a deux histoires pour le prix d'une. Plus exactement deux moitiés d'histoires. Deux débuts de moitié d'histoires, car aucune n'a de fin.

La première moitié narre l’enfance du héros, il y a plus de deux siècles. Comme cela ne suffit pas, on ajoute la vie du papa, celle de la maman, du grand-papa. Toujours bien contées, mais un arbre généalogique, ça ne fait pas un roman. Et puisque ça ne suffit pas, on y glisse d’admirables pages sur les Limousins qui, dans l’infâme gadoue noire, curent le canal, s’y épuisent, s’y engloutissent.

Entre la première moitié et la seconde, pas de vraie transition. Sans doute trop compliquée à poser. Une bonne ellipse, et hop, nous voilà à la seconde moitié.  

Cette seconde moitié est consacrée au tableau des Onze, les onze meneurs révolutionnaires du Grand Comité de l’An II. Pas à la peinture du tableau, juste à sa description, puis à sa commande. On commande l’œuvre au héros. Comme le tableau ne suffit pas, on fait aussi le portrait de chacun des onze, on remonte parfois à leur enfance - là, j’ai craint qu’on n’ait droit encore au papa, à la maman, au grand-papa de chacun, mais la documentation manquait. Alors, pour remplacer on commente les commentaires de Michelet sur la révolution, et même sur le tableau. On est arrivé aux 200.000 signes, on peut terminer par un joli paragraphe :

« Et les puissances dans la langue de Michelet s’appellent l’Histoire. »


Cela m’amuse qu’on finisse par invoquer l’histoire après l’avoir oubliée pendant tout le euh, j'allais dire le roman. Le livre.

 

J’allais oublier de parler du style : il est ample, délié, coquet. On sent là un énorme travail. Mais ce style est comme les trop beaux gâteaux de communion à la vitrine des pâtissiers : on admire, mais on n’est guère tenté d’entrer. Je me relis et je m'arrête :  je n'ai pas fait exprès, mais c’est exactement ça. Ce style est une vitrine du talent de l’auteur, il est conçu comme une démonstration. Ce n’est plus un style, c’est un exercice de style. Un admirable exercice de style.


Pierre Michon a beaucoup travaillé ce style, il en est fier. Il en parle d’ailleurs très bien dans l’interview accordée au Nouvel Obs :

" Et j'ai tâté le terrain pour une seconde partie, mais je n'y suis pas arrivé. C'était la scène de la commande. [Le banquier Proli demande au peintre Corentin de représenter les onze membres du Comité de Salut public] Il y a une phrase que dit Proli à Corentin, qui était : «Veux-tu honorer une commande, citoyen peintre?» Ca ne marchait pas. Alors que : «Tu veux honorer une commande, citoyen peintre?», là, oui. Là, ça y était."
Roooh, une trouvaille, cette non-inversion de la question dans le dialogue, non ? Vous voyez, le mal qu’il se donne ! Cela m’arrive d’en faire autant, et  je ne savais pas que c’était intéressant. Je vais désormais en parler à chaque interview,

 

Pour les descriptions, il se donne encore plus de mal, hé, il faut ça quand on veut faire littéraire. Je vais vous citer une phrase. Pas un paragraphe, une simple phrase. Je suis allé la chercher au hasard, juste à la moitié du livre, là où l’on devrait trouver la transition. Paré ? Envoyez !

 

 « Et c’est là peut-être, en juillet, avec des cris de femmes et des glaïeuls, que je peux disposer le cadre d’une de ces anecdotes que nous connaissons tous, qu’on trouve dans toutes les biographies écrites de Corentin, les gentilles et les graves, dans les tartines vite-fait du Louvre comme dans les études savantes, et qu’on pourrait trouver aussi bien à propos de cette poignée de peintres qui ont été élus on ne sait pourquoi par les foules, ont bondi dans la légende quand les autres demeuraient sur le rivage, simplement peintres — et eux, ils sont plus que peintres, Giotto, Léonard, Rembrandt, Corentin, Goya, Vincent Van Gogh ; ils paraissent plus que peintres, ils sont plus qu’ils ne furent. »

 

Voilà, ce n’est qu’une phrase. C’est beau. C’est un peu long — il y en a de plus longues, je n’avais pas la patience de recopier. Cela fait un beau gâteau, un livre couronné par le Grand prix du roman de l'Académie française, mais ça ne fait pas un roman.


Je reviens sur cet extrait : vous avez remarqué la technique ? Pierre Michon s'adresse continuellement au lecteur. Et il le flatte, le lecteur. il tient pour acquise son érudition. En fait, il le rabaisse : comme le lecteur n'est jamais aussi cultivé que le suppose l'auteur, que fait-il en lisant ? Il baisse la tête et continue humblement la lecture. Il est quand même vexé. Tellement vexé qu'il ne faut pas s'étonner s'il publie ensuite des billets pefides sur son blog d'auteur : il se défoule comme il peut, le lecteur.

Voilà, j'ai fini de me défouler. C’est publié chez Verdier, un éditeur que j’apprécie (mais moins que les trois avec qui je travaille). Un éditeur qui semble avoir un faible pour les auteurs au style un tantinet suranné, mais irréprochablement élégant. Un faible pour les textes en gabardine.

 

Si vous croisez des académiciens dans vos dîners en ville, ou à la cantine, vous les entendrez certainement  s'étonner de mon absence en short-list au prochain Grand prix du roman de l'Académie française, : pouvez-vous leur expliquer mes états d'âme ? Merci. Mais rassurez-les, je ne méprise pas l’Académie française, j’accepte d’y siéger un jour. Une partie de mon prochain roman se situe d’ailleurs à l’intérieur et à l’extérieur de l’Académie. Mais ce sera quand même une histoire.

Par Georges F. - Publié dans : Qu'est-ce qu'ils ont de plus que moi ?
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Mercredi 4 novembre 2009

Avez-vous écouté France-Inter entre 9 h 30 et 10 h hier (mardi 3 novembre) ? C’est parce que vous n’étiez pas debout dans votre cuisine. Ou en train d’éplucher vos courgettes - dans ce cas-là vous avez le droit de vous asseoir. Tous les visiteurs qui ont écouté France-Inter hier étaient dans leur cuisine. Toutes les visiteuses pour être encore plus précis. Toutes les deux visiteuses pour être plus précis. L’une en a témoigné par commentaire sur ce blog, l’autre, celle des courgettes, par mail en messagerie privée.

Elles ont eu bien raison. Pour les autres, qui n’ont pas témoigné, pour celles qui n’étaient pas dans leur cuisine, pour ceux qui n’y mettent jamais les pieds (jetons leur la pierre), pour ceux et celles qui n’ont pas la radio, voici ce qu’il fallait écouter. C’était dans l’émission littéraire « Comme on nous parle ».

http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/comme-on-nous-parle/

J’espère que le lien sera encore valable aujourd’hui. A défaut, je vous raconte :


Elsa Boublil recevait trois invités :

- François Busnel, qui dirige la revue Lire, et qui présente l'émission "La grande librairie" sur France 5, le jeudi à 20h35 (rediffusion le dimanche à 8h55).

- Eric Naulleau, qui produit l'émission "Star Mag" sur TPS Star, et qui joue le méchant chroniqueur littéraire dans "On n'est pas couché", l'émission de Laurent Ruquier, le samedi à 23h sur France 2.

- Et Anne Carrière, l’éditrice.

 

Il y a eu deux passages très intéressants, entre la 10ème et la 20ème minute.

 

Premier passage. Anne C. a d’abord parlé des auteurs qu’elle publie. Au risque de provoquer la colère rageuse (in english, wrath) de certains, elle a parlé des manuscrits qui lui arrivent par la poste. Elle a indiqué qu’elle en publie entre 10 et 15 par an, sur les 40 livres qu’elle sort chaque année. Naulleau lui a reproché son imprudence : avec une déclaration pareille, elle allait être submergée de manuscrits. Anne a dit qu’elle en était bien consciente. Elle acceptait ça avec le sourire. Chère Anne.

Entre 10 et 15 sur 40 * ! Le chiffre mérite d’être signalé à l'attention de tous les candidats à la publication. Et je suis là pour attester de sa véracité. Ce n’est d’ailleurs pas à ma gloire : je ne suis qu’un petit quinzième de ses découvertes annuelles.

 

Cela suffit à mon bonheur. Ou presque, car il y a eu un second passage, quelques secondes plus tard.

 

Après avoir confirmé qu’elle m’avait découvert par la poste (La Diablada en 2004), Anne a mentionné que moi aussi, j’avais cette année un prix littéraire, avec Qui comme Ulysse, le Prix Ozoir’Elles Et elle en a dit le bien qu’elle pensait. Je ne me lasse pas d’écouter penser Anne quand elle pense à Ulysse.

 

Et là, et là... François Busnel, tranquillement, confirme et renchérit. Oui, oui, Qui comme Ulysse était un excellent recueil, il en est bien d’accord. Il est désolé de l’avoir lu un peu trop tard, sinon Ulysse aurait eu droit à son émission télé. « C’est un de mes regrets... » ... « Je l’ai raté... ». Je n’invente rien, il l’a dit, c’est enregistré. Dans les archives de France-Inter. Et surtout dans la tête du récipiendaire.

 

En entendant un compliment pareil, dans la bouche de François Busnel, je me suis presque senti sur un nuage. Presque. J’aurais aimé entonner alors le psaume 126, celui qui ouvre le Requiem allemand de Brahms : « Ceux qui sèment dans les larmes, moissonneront dans l'allégresse. Ils vont, ils vont en pleurant, portant et jetant la semence; ils reviendront avec des cris de joie, portant les gerbes de leur moisson. » En allemand, c’est plus chic, mais en français c’est plus clair.

 


Ils vont, ils vont en pleurant.
Le psaume était de circonstance. Car une mise en avant à « La Grande Librairie », c’était l’assurance d’une encore plus belle mise en avant dans tous les librairies, petites ou grandes. C’était aussi probablement le droit à une belle critique dans Lire, dans L’Express. Bref, c’était la gloire, la renommée, les enflures de cheville, les gonflements de tête, je serais enfin devenu imbuvable.

 


Moi aussi, cher François Busnel,
« C’est un de mes regrets... » ... « Je l’ai raté... ». Bien sûr, il y a eu tout le reste, et je crois qu’Ulysse a eu plus que sa part dans les médias lors de la rentrée littéraire 2008. Seulement voilà, c’est comme la tarte normande, ce qui est bon, c’est d’en avoir un peu plus que sa part.

 

Mais... ils reviendront avec des cris de joie, portant les gerbes de leur moisson. Ce sera pour la prochaine fois. Peut-être aurai-je droit alors à une critique dans Lire. C’est très important pour moi, car c’est très important pour une personne que j’aime bien. Elle lit Lire. Et elle n’arrive pas à croire que je suis devenu vraiment écrivain, elle en est restée à mon époque des concours de nouvelles. Pour elle, tant que je ne suis pas dans Lire, je ne suis pas vraiment écrivain.

 

Il faudrait que j’explique ça à François Busnel. Dans le rôle du pleurnicheur, je suis très à l’aise. D’un naturel terrifiant. « El que no llora no mama » dit le proverbe argentin ( Celui qui ne pleure pas ne tête pas ).

* Rappel mathématique : entre 10 et 15 sur 40, cela ne signifie pas qu'on a entre 10 et 15 chances sur 40 d'être publié. Anne reçoit des centaines de manuscrits chaque année. Et la lecture de beaucoup ne va pas au-delà du premier chapitre, ou de la première page. Mais l'espoir est permis.
Par Georges F. - Publié dans : Billets sur "Qui comme Ulysse"
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Vendredi 30 octobre 2009

 

Je complète, en quelque sorte, la série des chroniques sur les cent façons de trouver un éditeur. Euh, cent façons, c’est peut-être optimiste : je n’en connais encore que deux, car je n’ai trouvé comment me faire éditer que depuis quelques années. Depuis six ans et demi, très exactement. Avant, je ne cherchais pas car je n’avais rien à leur proposer : je n’écris que depuis sept ans.

Les deux façons, ce sont toujours les mêmes : par la poste, ou par réseau. Les deux sont honorables : il n’y en a pas une plus chic ou plus inavouable que l’autre, elles sont simplement plus ou moins efficaces selon les contextes. Car les deux sont efficaces.

La poste m’a toujours paru préférable, même pour un auteur édité. C’est d’ailleurs par la poste que je suis, arrivé, au fil des ans, chez chacun des trois éditeurs avec lesquels je travaille : Anne Carrière, Le Castor Astral, et La Table Ronde.

 

Précision : quand j’écris « par la poste », c’est pour simplifier. On peut aussi déposer son manuscrit, comme un simple coursier anonyme, directement chez l’éditeur, sans rendez-vous, sans ôter son casque pour se présenter : cela coûte moins cher quand on habite la région parisienne. J’appelle quand même cela « par la poste », car rien ne distingue le tapuscrit lambda ainsi parvenu de celui déposé par le facteur. Il est ajouté à la même pile.

 

Je suis placé pour le savoir, c’est ce qui s’est passé avec mon premier roman « Le Vertige des auteurs ». Passé et même très mal passé. Aujourd’hui, j’avoue tout :

 

Voici la véridique et affligeante histoire du Vertige des auteurs.

 

Elle n’est pas très glorieuse, et je l’ai longtemps celée.

Avec mon premier recueil, La Diablada, tout s’était trop bien passé. Je l’avais envoyé par la poste à une vingtaine d’éditeurs. L’un avait dit « peut-être », une autre avait dit « oui », c’était Anne Carrière (chantons son nom jusqu’à la septième génération). Le temps de corriger le manuscrit (il en avait diantrement besoin, l’infâme), le recueil était dans le pipe-line, programmé pour une sortie neuf mois plus tard (avril 2004).

 

Et j’en avais conclu qu’il était assez facile de se faire publier. Ha, ha, ha !

 

Mon éditrice m’ayant proposé « Et maintenant, pourquoi ne pas écrire un roman, en, attendant la sortie de la Diablada ? », je m’y suis lancé en chantant. Le sujet, je l’avais : c’était le roman d’un premier roman. Un thème dangereux, usé, rebattu, on m’avait prévenu. Mais j’avais en tête un traitement original : c’était l’histoire du moi que je n’avais pas voulu être, de mon fantôme noir, c’était l’histoire d’un ahuri qui ne parvient ni à écrire ni à se faire publier. Je rêvais d’en faire le roman archétypal du candidat à l’édition, sans savoir que j’allais cauchemarder.


Il n’y avait pourtant aucun risque que le lecteur y voie une autobiographie, puisque tout allait bien pour le jeune et vaniteux auteur que j’étais. Et c’est là que le cauchemar a commencé : le roman a rejoint ma vie, je suis devenu la biographie du roman. 


J’ai apporté à Anne ce « Vertige des auteurs », tout chaud de 9 mois de travail, peu avant la sortie de La Diablada. Une des lectrices d’Anne Carrière (celle qui avait sorti La Diablada du sac postal) l’a détesté, l’autre l’adoré. Et, à ma grande surprise, Anne l’a finalement refusé : elle le trouvait vraiment trop méchant. Mais elle m’a rassuré : ce roman était bon, il allait facilement trouver preneur ailleurs.


J’ai cherché.


Et j’ai commencé à vivre le chemin de croix de mon héros entièrement imaginaire : je lui ai ressemblé de plus en plus, tous les éditeurs refusaient ce manuscrit. Souvent avec des paroles encourageantes (du genre « C’est bien écrit, drôle, mais vraiment trop noir, nous ne voulons pas avoir de suicide sur la conscience »). Mais entre un refus encourageant et un refus, la seule différence c’est l’espoir, « le sale espoir » qu’on entretient sadiquement. Après avoir collectionné pendant 7 mois les lettres de refus, j’ai fini, comme mon héros, par me faire une raison : je n’avais pas les tripes d’un romancier, j’ai classé le dossier, et je me suis remis aux nouvelles.

C’est alors que j’ai reçu l’appel de Jean-Yves Reuzeau, directeur éditorial du Castor Astral : « Je viens de retrouver votre manuscrit, je l’avais commencé il y a quelques mois et je l’avais perdu. Est-il encore disponible ? » 

Comme mon héros, j’ai minaudé « Euh, il est encore en discussion avec trois autres décideurs, mais rien n’est signé, on peut encore en causer ». On en a vite causé, on a signé, on a bu la Blanquette de Limoux  (plus adaptée à mes droits d’auteur), et j’ai respiré : pour la petite histoire, Le Castor Astral avait été... un des premiers éditeurs auxquels j’avais écrit !

 

J’ai longtemps gardé la conviction qu’il y avait là une vengeance des dieux : j’avais osé me moquer de l’acte sacré de l’écriture, il avait gagné le droit se moquer de moi. Je garde un affreux souvenir de ces mois de galère et de leur fin burlesque.

 

L’histoire s’est bien terminée : le roman a obtenu un bel accueil dans les médias puis dans les blogs. Et, pour se faire pardonner, il a même fini lauréat du Prix du Premier Roman.  Mais j’ai toujours gardé pour lui une tendresse suspicieuse, douloureuse, comme un adolescent envers une petite amie qui l’aurait trompé.

 

J’en ai aussi gardé une grande confiance envers la poste. Lorsque j’ai cherché, en 2009, un nouvel éditeur pour mon premier polar, c’est, une fois encore, en jouant, au facteur que je l’ai trouvé. Mais ceci est une autre histoire...
Par Georges F.
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Mercredi 28 octobre 2009

Dans un vrai blog littéraire, il est de bon ton d'afficher des liens. Surtout quand on est auteur : un écrivain sans amis, c'est suspect.
J'avais dans mon blog, il y a quelques mois, une magnifique liste d'amis que le Tout-Paris m'enviait. Ma maladresse a voulu que je l'écrasasse en modernisant ce blog. J'ai promis de réparer ça un jour, puis j'ai oublié. Je devais être fait pour un destin d'auteur isolé, d'Ecrivain Crusoé.
Mais de charitables collègues m'ont incité à plus de sociabilité, et j'obtempère.
Avec un peu de travail, j'allais bien trouver une vingtaine de blogs à citer. J'ai dû trop travailler, j'en ai trouvé un peu plus de 100. C'est beaucoup trop.
J'imagine déjà la mine froissée des tenanciers de blogs avec lesquels j'ai de vrais liens de fidélité, d'amitié, d'accoutumance : "Quoi, comment, je suis dans la liste entre ce pignouf de ... et cette tarte de ... , c'est n'importe quoi cette liste !".
Oui, c'est n'importe quoi : c''est comme le Salers, Kipling et Borges, les oeufs en neige, les choeurs orthodoxes, le jogging au petit matin, Le Caravage, le whisky des îles au goût fumé, les plages normandes toutes vides et bêtes en octobre, ce sont des choses que j'aime bien.

Avec beaucoup de ces blogueurs ( -euses surtout, mais pas toujours), j'ai eu des échanges de mails chaleureux, amicaux, des rencontres dans des salons.
Avec d'autres, ce sont de simples passages de voyeur dans leurs chroniques.
Avec d'autres encore, c''est une affection née d'une belle critique qu'ils ont consacrée à un de mes livres.
Mais il y a aussi dans cette liste des blogs qui ont flingué l'une ou l'autre de mes oeuvres : quand c'est fait avec talent, avec arguments, avec sincérité, ça m'intéresse.
Il y a également des blogs qui m'ignorent superbement. Je les aime bien quand même.
Il y en a de très connus. Dois-je les ignorer pour autant ?
Il y en a d'autres très discrets, dont je suis peut-être le seul visiteur.
Dans la plupart de ces blogs, je passe sans laisser de commentaires : certaines âmes malveillantes considèrent qu'un auteur qui commente, c'est forcément pour se faire de la publicité. Et elles l'écrivent en fronçant les sourcils ! Du coup, je n'ose plus commenter. Je sais, c'est bête...


Voici donc la liste des 100 blogs que j'aime bien. Et ça commence mal, il y en a déjà plus de 100. Trop d'amis, et pourtant pas assez : il m'en manque, j'en ai la certitude. Si votre blog a jadis fait partie de ma liste de liens et n'y figure plus aujourd'hui, c'est sûrement un oubli, une erreur, envoyez-moi un discret petit message peiné, en cliquant en bas sur "contact". J'essaierai d'arranger ça un de ces jours.


C'est peut-être imprudent, cette liste : on croit se faire une centaine d'amis, on est en train d'en perdre beaucoup plus. Tant pis, j'y vais :




Tournée des blogs
 
Actualitte.com , Nicolas
Amanda Meyre, 
Antigone (Les écrits d’Antigone)
Armande, 
Aude (Mots dits),
Balmeyer
Biblioblog (Laurence) 
Bibliophagie (Sybilline) 
Blog de Thomas Clément, 
Blog-o-book
Bric à book, Leiloona 
C’était demain, Dominique Boudou
Cabinet de curiosités d’Eric Poindron
Cafe Book (Emma) 
Calipso, 
Calou, L’Ivre de lectures
Caro[line] 5ème de couverture,  
Cathulu, 
Chaperlipopette,  .
Chez Lo, 
Chiffonnette
Chimère (A livre ouvert)
Choupynette (Y'a d'la joie)
Clair et net
Clarinesse (L'œil du vent) 
Clopin-clopant (Clopine)  
Cozop, 
Culturofil
Cunéipage (Cuné)
Daniel Fattore, 
Danielle, Maux d’auteurs
Dasola 
Ecrivains-voyageurs
Eireann (Yvon)
Emmanuelle Urien
En lisant, en voyageant, (Keisha) 
Encres vagabondes, Patricia Châtel
Enna lit, Enna vit 
Eric Fouassier
Esprits libres
Evene
Extra-ball, (Dorham) 
Fabula Bovarya, 
Florinette, Les lectures de Florinette, 
Fluctuat.net 
Forum A vos plumes,   
Frédérique Martin
Géothèque
Happy Few, Fashion Victim
Hautefort, club Littérature
Hebdo des notes, 
Journal  d’une lectrice (Papillon) 
Kalistina
Kathel, Lettres exprès, le 13/09/08
L'île, la petite île
La Mère Castor
La Péniche.net ( Bureau des Arts de Sciences Po )
Labyrinthes  avec vue, 
Le bibliomane, 
Le blog d’Ameleia, 
Le goût des livres (Aifelle)
Lecture & Ecriture
Lectures et autres (Sylvie)
Leo Scheer (La revue littéraire), 
Les jardins d’Hélène
Les lectures de Florinette, 
Les lectures de Martine, 
Levraoueg (La tourneuse de pages)
Librairie des voyageurs « Les cinq continents »
Lignes de fuite
Liliba, 
Lily et ses livres 
Litote en tête
Livres et Cinéma (Yohann) 
Loïs de Murphy, biffures chroniques
Lou, My Loubook  
LVE, Lire Voir Entendre, 
Lyvres (Yv) 
Magali Duru
Malice 
Manu Causse
Marc Sefaris
Medium 4 You Belgique
MERCEDES
Mille et une pages, 
Miss Orchidée  
Monde du livre.com, 
Mot Compte Double (Françoise Guérin)
Mots en bouche, 
My Lou Book, Lou,  .
Nicolas Ancion
N.U.L.L.E., Erzebeth, 
Nouvelle Donne, 
Oceanicus in folio,
Pages à pages
Parfum de livres, 
Pascal, Le disque,  
Posuto, 
Pralineries (Pralines)
Quichottine, 
Rue des Livres, 
Scriptural (Schlabaya), 
Sucrez, salez, lisez (Eloah) 
Tamara,  .
Thaïs, Arc-en-ciel,  
Turquoise (Les lectures de Turquoise)
Vers Minuit, Franck Garot
Voyager, lire (Cryssilda)
Zoridae
 

Par Georges F.
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Samedi 24 octobre 2009

L’obtention du Prix Ozoir’Elles pour mon recueil « Qui comme Ulysse » me plonge dans l’allégresse, il serait indécent de le cacher. Je suis content aussi pour mon éditrice qui mérite un grand coup de chapeau. Si Ulysse n’avait les deux mains encombrées des valises qu’il transportera pour l’éternité, il se serait déjà associé à ce lever de chapeau :  il doit beaucoup à Anne Carrière.

 

L’histoire de ce recueil est presque trop belle : il a été retenu par mon éditrice alors qu’il me restait encore à écrire la moitié des nouvelles.

  Ayant croisé Anne Carrière par chance, alors que je passais en ses bureaux pour un dossier qui n’avait rien à voir, je lui avais proposé de lire une nouvelle, "Un éléphant de Pattaya" qui abordait un sujet qui me tenait particulièrement à coeur, celui de la prostitution enfantine. Je craignais que le traitement de ce sujet puisse prêter à équivoque, et je voulais connaître sa réaction : elle a toujours eu une bonne vista en ce domaine.

 Je lui ai donc envoyé cette nouvelle, avec quatre autres, qui donnaient la tonalité d’un recueil que j’envisageais alors assez confusément. Toutes ces nouvelles devaient être ancrées dans l’univers du voyage.

  La réaction d’Anne a été chaleureuse. Il ne me restait plus qu’à écrire les nouvelles qui manquaient (le recueil en comporte finalement quatorze). Je rentrais alors du sud de l’Inde, et je suis reparti pour l’Amérique du Sud, continent qui m’est cher. J’y ai donc écrit plusieurs nouvelles, dont certaines n’ont rien à voir avec le cadre, notamment « La route de la soie » (Asie) et « La marche dans le désert » (Afrique). Je ne sais pourquoi, les idées et l’écriture me viennent bien plus facilement quand je suis devant mon PC à Buenos-Aires.

Au retour, le paquet de nouvelles était presque prêt. Après discussions, trois nouvelles ont été exclues du recueil, trois autres ont été créées, et le recueil était prêt. Presque prêt.

  Anne et son équipe souhaitaient une couverture forte, évocatrice et ont fait pour cela le maximum : le visuel représente une sculpture "L’Homme aux valises", oeuvre de Gilles Blanchard, talentueux artiste. Il aime autant que moi les voyages.

Tout cela aurait dû suffire à mon bonheur.

Mais Anne a voulu faire encore mieux pour donner toutes ses chances à ce recueil auquel elle croyait fort. Dès juin, elle en a fait faire un tirage numérique pour envoi aux médias, et à un petit panel de libraires. Ce qui a beaucoup facilité l’obtention de belles critiques en septembre, malgré le flot des 676 nouveaux romans lancés pour la rentrée littéraire. La belle et ample vague des blogs littéraires a pris le relais, déroulant son flot durant des mois.

Un an plus tard, Anne était très émue de recevoir ce prix qu’elle a mérité autant que moi. Dans son interview *, elle a eu quelques mots très gentils pour l’auteur. J’étais à Rome, un peu loin de Paris, je n’ai pu prononcer les exquises paroles auxquelles elle avait droit. Aujourd'hui, il m’a paru normal de les écrire.

 

* Allez donc  sur le blog de Mandor, vous y entendrez cette interview et quelques autres, vous y trouverez les photos des jurées, vous saurez comment se passe une délibération de jury littéraire. Vous aurez l’impression d’y être, il ne vous manquera que le champagne.

 

Sur cette photo, de gauche à droite :

Victoria Bedos,
Luc-Michel Fouassier (organisateur du prix),
Macha Méril,
Euh...,
Annie Saumont,
Emmanuelle Urien,
Véronique Genest.

gine Deforges, présidente du jury, était absente en raison d'un deuil familial, mais elle a voté par téléphone. Très bien voté, je crois, mais cela reste entre vous et moi.

Par Georges F. - Publié dans : Billets sur "Qui comme Ulysse"
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Vendredi 23 octobre 2009

Le Prix Ozoir’Elles couronne chaque année un recueil de nouvelles. Un bon recueil de nouvelles. Mais cette année, je ne vais pas applaudir son lauréat.

 

Ce que ce prix a d’intéressant, c’est son vote féminin : les femmes lisent plus que les hommes, elles ont le droit d’avoir leur prix bien à elles.

 

Ce que ce prix a d’intéressant, c’est que le vote du jury est double :

> un vote des lectrices d’Ozoir-la-Ferrière, des lectrices comme vous et moi, plutôt comme vous, en fait. Des lectrices qui, après avoir lu tous les recueils finalistes, élisent leur préféré.

> ce vote est ensuite agrégé (j’ai choisi ce participe passé pour faire littéraire, c’est quand même plus chic qu’un besogneux « incorporé ») au vote d’un jury de femmes écrivains. Je sais, j’aurais pu écrire écrivaines ou auteures, mais une femme écrivain, c’est plus troublant, plus sensuel, plus féminin. Ces femmes écrivains savent lire et écrire. Il suffit de citer leurs noms pour s’en convaincre : Régine Deforges (présidente), Victoria Bedos, Véronique Genest, Simonetta Greggio, Macha Méril, Annie Saumont et Emmanuelle Urien.

 

Le lauréat du Prix a bien de la chance, il doit se sentir bien élu. Mais je ne l’applaudirai pas. Non, non, pas question, j'ai le sens du ridicule.

 

Dans un mois, ce lauréat sera présent au Salon du Livre d’Ozoir-la-Ferrière. Un grand salon dont je parlerai prochainement. Il y signera son recueil, tout content de lui. J’imagine déjà son petit air faraud. Mais je ne lui demanderai certainement pas de dédicace, ah ça non ! Ce n’est pas mon genre.

 

Il montera sur l’estrade pour recevoir son chèque de deux mille euros. Il sourira, benêt, et tout le monde l’applaudira. Tout le monde sauf moi : j’ai le sens du ridicule. Tout le monde lui posera plein de questions sur son recueil. Tout le monde sauf moi : je ne vois vraiment pas de questions à lui poser.

 

Je relis ce billet, et j’ai une crainte : vous allez croire que je fais la gueule. Mais non, j’allais oublier de le préciser, le lauréat, c’est moi. C’est plus exactement « Qui comme Ulysse ».

 

Et cette bonne nouvelle me fait un bien que vous n’imaginez pas. Elle arrive au moment où je peine en écriture. Elle m’encourage à peiner encore plus, c’est comme ça que ça marche.

 

Vous l’avez compris, je suis heureux. Pour un peu, je m’applaudirais.

 

Je vais avoir beaucoup de gens à remercier, dont les critiques qui ont fait un bel accueil à ce brave Ulysse. Mais aujourd’hui, j’aimerais commencer par les blogs littéraires. Merci les blogueuses, merci les blogueurs : vous avez beaucoup contribué au décollage de ce recueil. Et pardon à ceux ou celles que j’aurais oublié de mentionner dans cette liste : il est encore temps de me le signaler pour une mise à jour.

 

 

Par Georges F. - Publié dans : Billets sur "Qui comme Ulysse"
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Lundi 12 octobre 2009

La rédaction en chef de l’excellent mensuel « Notes bibliographiques » [Vous ne connaissez pas ? C’est que vous n’êtes pas bibliothécaire, ou que votre bibliothèque n’est pas pour tous. Dans ce cas, découvrez-en au moins la version en ligne ], m’a récemment appelé pour me demander si j’étais d’accord pour qu’elle publie un extrait de mon blog pour un numéro consacré à la nouvelle.


Je n’allais certainement pas dire non à cette revue qui m’a fait la douceur de présenter « Qui comme Ulysse » lors de sa sortie, avec mille gentillesses, laus et jubilatio. Elle m’avait même consacré « Livre du mois » en octobre, devant un certain Syngué Sabuor qui reçut le Prix Goncourt. Moi, j’aime encourager les auteurs étrangers, j’aurais consenti à échanger les places avec Atiq Ramini, mais il ne me l’a pas proposé, tant pis pour lui.

 

Car du coup, c’est mon blog, pas le sien, désolé Atiq, qui se trouve ainsi mis en presse. Et l’effet est curieux quand je me relis, 18 mois plus tard. Le style qu’on adopte, sans réfléchir, quand écrit en blog paraît soudain un peu fabriqué. Une page de  blog est généralement pondue au fil du clavier, avec peu de retouches : le naturel prime. Mais quand ce même texte apparaît sur une double page, ce ton relâché, presque parlé, semble le fruit d’un long travail artificieux et d’une transpiration qui se remarquent un peu trop (excusez la métaphore un peu pataude, j’écris au fi du clavier, vous dis-je). Pour vous, est-ce pareil ? Je parle ici de vos textes qui passeraient du blog au print, pas des miens

 

Le sujet ? J’y expliquais la façon dont on crée la compilation d’un recueil de nouvelles (je ne parle pas du recueil proprement dit).

 

Je ne renie rien de cet article : le fond reste vrai, je n’en retire pas un mot. J’en ajouterai même un, c’est « Carrière ». J’ai eu la familiarité d’y appeler mon éditrice « Anne C. », comme je le fais dans mes mails quand j’échange avec des amis. Là, j’aurais pu faire un effort, c’était la moindre des politesses.

 

Cet article est publié au bon moment : Qui comme Ulysse est actuellement en finale du Prix Ozoir’Elles. J’espère que les jurées (oui, ées, ce sont toutes des Elles, renseignez-vous, enfin, !) sont toutes abonnées aux Notes bibliographiques. 

 

Pour ne pas les influencer, je ne vais rien écrire sur ce blog avant la fin de leur délibération. Rien avant le 22 octobre soir. Vous en connaissez beaucoup des auteurs aussi respectueux ?  Mais si vous, vous voulez les influencer, ah, ne vous gênez pas, lâchez-vous dans les commentaires, dites tout le bien que vous avez pensé de Qui comme Ulysse. Encouragez vos amis à venir déposer leurs quelques lignes élogieuses, faites circuler cet appel dans les blogs, la littérature a besoin de vous (la mienne en tout cas), ne reculez devant aucune flatterie. Si vous ne l’avez pas lu, ce n’est pas grave, dites-en du bien quand même, vous le lirez plus tard, après le prix.  

 

Et si je n’ai pas le prix, je relirai vos commentaires, j’en humerai la bonne odeur d’encens pour me consoler. Décidément, rien ne se perd, dans ce blog.

Par Georges F. - Publié dans : Billets sur "Qui comme Ulysse"
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Vendredi 9 octobre 2009

Billet dédié à ma voisine sur le trajet Lille-Paris, TGV du Jeudi 8, (16 h - 17 h 02)

 

Comme beaucoup d’auteurs, j’ai chez moi, en permanence, une petite réserve de chacun de mes livres. Pour des cadeaux, pour des envois obséquieux, ou pour des ventes à des lecteurs qui souhaitent l’envoi d’un livre dédicacé.

Mon stock personnel de « L’Étage de Dieu » était à zéro depuis la semaine dernière. L’Étage de Dieu, c’est mon recueil de nouvelles, paru en 2006, qui traite de la vie des cadres dans les grandes entreprises. C’est un recueil qui m’est cher, car il m’a valu mon premier prix littéraire, le prix Furet du Nord « Découverte d’un écrivain du Nord - Pas-de-Calais ». A ce titre, il a été co-édité par Le Furet du Nord et Jordan (Belgique). Paragraphe d'auto-glorification dont vous comprendez l'objet à la fin de ce billet.

Pour ceux qui ne savent pas, Le Furet du Nord, c’est comme la Fnac, mais en plus grand, en plus beau, plus présent, dans la région Nord (14 librairies - celle de Lille est la plus grande librairie d’Europe). Et Jordan, c’est un éditeur belge qui ne mérite aucune publicité.

Ce livre n’est proposé qu’en diffusion régionale. Je suis donc allé hier à Lille, pour en chercher une double douzaine, après avoir prévenu.

C’est toujours drôle, pour un auteur, d’acheter son livre. Là, ce fut encore plus drôle : je n’ai pu en acheter que 16 car il n’y en avait plus. Même en faisant remonter les réserves des treize autres Furet, il ne restait plus que 16 exemplaires. Tous les autres exemplaires ont été vendus au fil de ces trois années.


Le tirage était de 2.000, je remercie donc les 1.984 lecteurs qui, par le bouche-à-oreille, ont lancé dans le Nord le jeune auteur que je suis. Mille neuf cent quatre-vingt-quatre exemplaires vendus (en lettres, ça fait plus impôrtant), ce n’est pas mal, pour un livre qu’on ne trouve que dans une seule région. Certes, il été bien mis en avant par les Furet, mais c’est un beau chiffre. Nouveau paragraphe d'auto-glorification dont vous comprendez l'objet à la fin de ce billet.

Le plus beau chiffre, c’est ce zéro. C’est la première fois qu’un de mes livres est épuisé, et j’en étais tout ému. Le sentiment est complexe, un mélange de nostalgie et de fierté scolaire : le livre a réussi, il a fini sa carrière, il n’existe plus (mais je peux récupérer les droits).


Je suis reparti pour Paris avec mon sac Furet du Nord bien rempli. Ma voisine dans le train était bavarde, elle a regardé mon sac rouge plein à craquer :

- Eh bien, vous en avez acheté, des livres, au Furet ! 

La suite s’est passée exactement comme je le craignais. Je lui ai fait un bon sourire, sans répondre, pour éviter toute relance de dialogue, mais rien n’y a fait, elle a poursuivi :

- Et qu’est-ce que vous avez acheté de beau, si ce n’est pas indiscret ?

Evidemment, que c’était indiscret, mais comment le lui dire ? J’ai sorti un exemplaire de mon livre, je le lui ai montré, modeste.

- Et les autres ?

- C’est le même, seize fois le même.

- Ah, vous êtes enseignant ?

Pourquoi devais-je être enseignant ? Parce qu’ils sont les seuls à imposer la lecture d’un même livre à un troupeau de lecteurs appliqués ? J’ai hésité à dire oui, oui, je suis enseignant, mais je voyais mal le mensonge à construire ensuite, j’ai préféré être honnête :

- Non, je suis écrivain.

J’ai pris le petit air arrivé que j’affiche toujours dans ces cas-là, mais ça n’a pas suffi. Elle m’a regardé, soupçonneuse :

- Georges Flipo, c’est vous ?

J’ai hoché la tête, et j’ai vu dans son regard une immense compassion. Peut-être un peu de mépris aussi : le pauvre, il en est réduit à acheter ses propres livres  pour faire croire qu'ils se vendent bien ! Elle a ouvert son magazine, Psychologie, et ne m’a plus rien dit. Peut-être y cherchait-elle un article sur « La psychopathologie de l’échec », ou « Comment parler à un naufragé de la réussite sociale », je ne sais.

Moi, je n’avais pas acheté de magazine. Alors, faute de mieux, j’ai sorti un exemplaire de mon livre, et je l’ai lu pendant tout le voyage. Je l’ai trouvé très bon (si, si !) et il m’est arrivé de sourire en le lisant : je n’osais lever les yeux, car je devinais son regard.

Je me demande comment elle a raconté l’histoire à son mari quand elle est rentrée chez elle. Peut-être qu’elle a cherché mon nom sur Google. Peut-être a-t-elle trouvé mon blog. Peut-être est-elle en train de lire ce billet. C’est pour elle, juste pour elle, que je l’ai écrit, histoire de sauver la face.
Madame, si vous me lisez, laissez un commentaire pour me dire que, maintenant, vous comprenez. Un commentaire pour me rassurer, pour me débarrasser de cette humiliation qui pèse sur mes épaules depuis hier soir. Et, ô madame ma voisine, si vous le voulez, je vous enverrai en remerciement un exemplaire dédicacé*. 

* Euh, remerciement, c'est trop vite dit :  attention,  c'est 11,50 € plus 3,07 € de frais de port. Hé, remerciement mais pas de cadeau, je ne suis pas assez fortuné pour jouer les mécènes.

Par Georges F. - Publié dans : Billets sur "L'Etage de Dieu"
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