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Mercredi 14 mai 2008

 

 Ce lundi 12 est une journée historique : pour la première fois, la barre des 100 visiteurs uniques a été franchie sur ce blog. Vous vous rendez compte ? 101 personnes, des vraies personnes, sont venues me lire, alors que je n’avais écrit que des platitudes bougonnes.  Il y a un mois, quand je venais de créer ce blog, il n'y en avait que 31. C’est l’effet Lundi de Pentecôte. Désormais, toutes les journées où, sur ce blog, le cap des 100 visiteurs uniques sera franchi seront décrétées jours fériés.
     Les requêtes par lesquelles on arrive sur ce blog m’apportent d’inépuisables bonheurs. Aujourd’hui : « Lumière d’août, Etude Faulkner ». Je ne veux décevoir aucun de mes 101 visiteurs uniques :  c’est promis, après l’interview d’Ellroy, donnée au Club Méditerranée d’un pays de l’Est (voir épisodes précédents), j’écrirai une étude sur Faulkner à la lumière d’août.
     J’ai reçu ce soir un mail très émouvant : celui d’une jeune femme, bientôt enseignante. Il y a trois ans, c’est elle, en stage au Castor Astral, qui a fait une fiche de lecture très positive sur le manuscrit du « Vertige des auteurs » et l’a recommandé à la lecture de J.Y. Reuzeau. Elle a complètement quitté le monde de l’édition, elle vient de découvrir que Le vertige des auteurs a été publié. Quelle tristesse de la voir partir vers l’enseignement ! Faut-il que l’édition fasse peur pour qu’on lui préfère la jungle des collèges !
     A propos de jungle, le Vertige des auteurs part jeudi en finale du Prix du premier roman où il fraiera avec treize autres meilleurs premiers romans de l’année . Il en est tellement intimidé que je vais l’accompagner. Quatre jours sans visiteurs du blog, ce sera terriblement long. Mais quatre jours avec des lecteurs qui m’auront lu, c’est un plaisir qui me fait rougir d’aise. Voulez-vous des renseignements sur ce Festival du premier roman à Chambéry ? C’est ici. Les quatorze finalistes ne sont pas des tâcherons, ce sera très intéressant. Là, j’accepte d’avance toute défaite honorable. Et même toute victoire.
     J’ai commencé les corrections sur le recueil « Qui comme Ulysse ». Ça se passe bien : je découvre que chaque nouvelle est perfectible, même après des mois de re-lecture.
     Les secrets que nous cachent les people ? Je ne les connais pas, par définition. Mais comme, à chaque création de billet, je dois cliquer sur « autres » dans les référencements thématiques du logiciel over-blog, j’ai voulu changer un peu, et cliquer sur « people ». Pour ne décevoir personne, j’ai donc traité le sujet people. Avec un peu de légèreté, comme tout le monde.

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Lundi 12 mai 2008

 

Deux leçons d’humilité cette semaine. Une bonne et une mauvaise.

 La mauvaise est déjà derrière moi, je l’ai laissée à Nîmes : cette fois encore, je rentre du Prix Hemingway les mains vides, comme les autres finalistes. Et consterné comme eux ? Je ne m'autorise pas à parler en leur nom.
 C’était le premier prix littéraire auquel je participais cette année, et je n’en envisage que deux autres. En couronnant un texte, le jury donne toujours un modèle, qu’il le veuille ou non. Quand on est défait à un concours ou à un prix littéraire, il faut toujours lire le texte du gagnant, sans haine et sans chagrin. Il faut le lire en se disant : « C’est cela qu’il fallait écrire pour gagner ». Et il faut se demander : « Ai-je envie d’écrire comme cela ? En suis-je capable ? ». Dans le cas présent, la réponse est double : oui, j’en suis capable, la chose m’aurait  demandé une heure ou deux. Mais non, je n’ai aucune envie d’écrire comme ça. Aucune. Je n’aime pas les textes reposant sur des artifices. Surtout quand les artifices craquent de partout. 
Si
je suis un jour tenté d'écrire comme ça, j'arrête et je me fais torero.

 La bonne, ce sera le début des corrections du manuscrit de mon prochain recueil de nouvelles « Qui comme Ulysse », chez Anne Carrière. La correction du manuscrit peut constituer un moment difficile pour l’ego d’un auteur, quand il est confronté aux interrogations que son texte peut susciter. La réponse la plus simple, presque primale est le classique « C’est mon style ! ». Réponse idiote : le style n’est pas destiné à repousser le lecteur, à rendre sa lecture désagréable. Un style peut se travailler.

Une bonne correctrice, c'est une chance, pour un auteur. Certaines maisons s'en privent, et c'est une perte pour elles, pour leurs auteurs, pour leurs lecteurs. Les corrections, ce sont des interrogations que l’on pointe du doigt. L’auteur n’est pas obligé de SE corriger, car c’est lui qui en décide, sauf quand l’erreur est flagrante, indiscutable. Dans beaucoup de cas, la correction est une occasion de porter plus haut un texte existant. Et, j’insiste sur ce point, de le porter plus haut sans le dénaturer. J’ai relu il y a peu de temps les nouvelles de La Diablada : j’ai été incapable de repérer les phrases que l’on m’avait demandé de modifier. Les corrections, c'est le peaufinage du tableau avant de passer le vernis.

Tous les auteurs ont en tête la fameuse réponse de Céline, à qui son éditeur avait proposé quelques modifications sur son « Voyage au bout de la nuit » : « Pas une virgule ! Vous n’y toucherez pas une virgule ! ». Mais tous les auteurs ne sont pas Céline. Et, tout bien réfléchi, il y a des passages du Voyage d’une qualité inférieure, moins rythmés, je dirais presque poussifs. Ce sont sans doute ces passages-là que le correcteur proposait de revoir.  

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Jeudi 8 mai 2008
 
 

Bon, ça commence bien : la première partie de ma lumineuse conférence a fait exploser le compteur des visites, avec pourtant un nombre de commentaires resté calme. C’est bien la preuve que c’est si neuf, si intéressant, qu’il n’y  a plus rien à dire ensuite. Avant non plus : si les visiteurs sont venus si nombreux, c’est que les 22.890 réponses apportées sur Google leur ont paru bien légères. Et Sartre, hein ? Même Sartre. Si je le mets sur cette page, c’est par simple déférence, mais il laisse apparemment sur leur faim des milliers de lecteurs. Futurs bacheliers, ne cherchez plus. Appuyez sur "ctrl + P", cachez la feuille dans votre manche de chemise, et vous êtes sauvés si le sujet de cette année est :

Qu’est-ce que la littérature ?


Je ne vais pas chercher tout seul de définition visant à l’universel, je suis bien trop individualiste. Je ne vais pas non plus commencer à piocher dans Google, à faire du copié-collé, c’est bien, mais pour les étudiants. Je donne juste ma perception, très personnelle, sujette à débats, et vous l’accrocherez où bon vous semble. Disons que c'est le point de vue qui me guide quand je me demande : " Est-ce que j'ai fait de la littérature ? " Je me le demande tout le temps quand j’écris. C’est dire si je n’en suis pas sûr. 

 Qu’est-ce que la littérature ?

 C’est d’abord un travail. J'en bave, surtout quand ça paraît facilement écrit. Les textes pondus en « cadavre exquis » sont amusants, mais ce n’est pas de la création. Ce doit même être un travail gravement accompli. Rimbaud qui jouait les gamins surdoués avait raison de citer Baudelaire : "II y a dans le mot, dans le verbe, quelque chose de sacré qui nous défend d'en faire un jeu de hasard. Manier savamment la langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire ». Je n’ai pas cherché cette phrase dans Google, elle m’est chère depuis l’année du bac. La sorcellerie évocatoire, j'y pense chaque fois que je commence une nouvelle, un chapitre de roman. Et tant pis si l'invocation n'attire pas les esprits. 

  
C’est un travail de création. Il y a dans chaque œuvre littéraire un apport de fiction, une vision ajoutée à la réalité. Un constat d’huissier peut être écrit par un académicien, ce ne sera pas de la littérature. En revanche, le récit d’un voyage par Gérard de Nerval, c’est de la littérature. Lisez-le, vous verrez. 

 
C’est un travail qui prétend changer le monde. Ou un tout petit morceau du monde, ne serait-ce que le monde littéraire, ou le changer juste un peu. Ne serait-ce même que la vision de l’auteur (je suis moins ambitieux que Sartre). Chaque œuvre littéraire doit prétendre apporter quelque chose de nouveau, dans les idées ou dans la forme. Si infime soit-ce, si illusoire soit le changement. Un essai de Paul Valéry, c’est de la littérature. Il m'arrive d'être juré dans des concours de nouvelles, et je suis consterné par la quantité de textes qui ne créent rien, qui n'apportent rien. Longue succession de paragraphes déjà vus quelque part, d'idées fortes usées jusqu'à la déchirure par des imaginations faibles. Ou, simplement, accumulation de mots dont on devine celui qui suivra.

 
C’est un travail esthétique.
Il peut y avoir de la beauté partout, même dans la description de l’horreur. Il y a de l’esthétique chez Céline, il y en a dans « Ma petite guerre » de Louis-Paul Boon (Ah, celui-là, qui l’a lu ? C’est pourtant le plus beau roman de guerre que je connaisse. Depuis, je ne veux plus la faire). Il y en a dans Une Charogne, de Baudelaire (oui, encore lui, je sais, mais je n’en ai pas beaucoup d’autres en stock).

Tiens, je vous le donne le début ici, ça remplira : si vous voulez l’intégrale, cliquez ici,  ça en vaut la peine.

 
Une charogne

 
Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme, 
Ce beau matin d'été si doux: 
Au détour d'un sentier une charogne infâme 
Sur un lit semé de cailloux, 

 
Le ventre en l'air, comme une femme lubrique, 
Brûlante et suant les poisons, 
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique 
Son ventre plein d'exhalaisons. 

 
Le soleil rayonnait sur cette pourriture, 
Comme afin de la cuire à point, 
Et de rendre au centuple à la grande Nature 
Tout ce qu'ensemble elle avait joint; 


 
Et le ciel regardait la carcasse superbe 
Comme une fleur s'épanouir. 
La puanteur était si forte, que sur l'herbe 
Vous crûtes vous évanouir.

 Vous aussi vous vous êtes évanouis ? C’est beau, non ? Le jour où je ponds ça, j’écrase mon disque dur et je jure de ne plus jamais rien écrire. Je me crève les yeux, je me coupe les mains et la langue, et je me laisse mourir de vanité.

  
J’ai été un peu long, mais jusqu’ici, je suis d’accord avec ce que j’écris.
J’ajoute un dernier point, essentiel, qui a été un jour relevé par mon ami Stéphane Laurent (je l'intronise ami, même si je ne l’ai jamais rencontré, il comprendra). La littérature, c’est ce qui va au-delà du récit. Stéphane comparait excellemment l’excitation du nouvelliste débutant, impatient de dérouler son récit, à la précipitation des films pornographiques, qui veulent arriver le plus vite possible au cœur du pitch, si on peut dire.

On touche là à l’âme de la littérature, telle que je la vois : il faut un récit intéressant, mais il n’est qu’un prétexte qui intéressera le lecteur à autre chose. Une vision du monde, ou de l’intérieur d’un personnage, ou la puissance d’évocation du langage.

 
Je ne suis pas un littéraire, mais j’ai eu la chance de découvrir la littérature très jeune. Anecdote déjà relatée sur Mot Compte Double, remarquable blog, bonjour Françoise.
Après m’avoir vu lire avec passion « L’Odyssée » en version pour enfants, reçue à une distribution des prix, mon père m’a proposé la version intégrale (traduite en français, je vous rassure, je ne vais pas vous faire le coup du petit génie).
Je commence à le lire avec encore plus de passion, et je remarque une image récurrente, souvent en tête de chapitre : « Dans son berceau de brume, l’aurore aux doigts de rose… »  Je reviens voir mon père :

-  Papa, qu’est-ce que ça veut dire ?
-  C’est pour décrire le matin.
-  Mais on aurait pu dire simplement le matin ?
-  C’est pour faire plus joli. Ça évoque plus de choses, ce n’est pas juste le matin.

 
Découverte bouleversante, qui m’a marqué pour toujours. On peut évoquer, et pas seulement raconter. On peut joliment ou fortement évoquer. Donc on doit.

J’avais compris ce qu’est la littérature. J’ai été un peu long, j’aurais pu arriver directement à l’anecdote, mais vous auriez pu croire que je ne voulais pas traiter le sujet. Dernière remarque : ce billet n'est pas de la littérature. Il ne dit que ce qu'il a à dire.

 
Ai-je répondu à toutes vos questions ? Eh bien, nous allons maintenant passer au bar et boire ensemble le verre de l’amitié. De l’eau, pour moi. Pas trop forte, je suis fatigué. Ah oui, ce tuba, vous avez raison, j’ai oublié de l’ôter, où ai-je la tête !

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Mardi 6 mai 2008

  N.B. Ce tableau fait l'objet d'un copy-right. Voir en bas de ce billet.

 Qu’est-ce que la littérature ?

 J'ai répondu hier soir à cette question par un magnifique exposé que je croyais être le seul à pouvoir lire jusqu'au bout. Une amie, charitable et littéraire, me signale par mail (merci pour cette délicatesse, qui m'évite toute humitaion publique), me signale, disais-je, que mon billet est beaucoup trop long pour un billet de blog. Je le saucissonne donc en deux billets, pour le rendre moins indigeste. Attention, il ne sera pas plus intelligent pour autant. C'est juste du vécu : pourquoi faudrait-il que le vécu soit intelligent ?

Qu'est-ce que la littérature ? Pourquoi faut-il que ce soit à moi qu'on pose une question aussi indiscrète ?  C’est ma faute, j’ai commis une grave imprudence. J’ai confessé que le polar que je venais d’écrire n’était peut-être pas de la littérature. Aveu d’échec, ou excès d’humilité, mais je l’ai écrit. La prochaine fois, j’écrirai que ce sera de la littérature, je serai tout de suite pardonné.

Mon billet a suscité diverses réactions, sur ce blog et par mail :

Réaction 1. « Mais si, un polar peut être de la littérature ». J’en suis malheureusement bien d’accord. J’avais donné quelques exemples d’auteurs qui avaient réussi à faire le grand écart polar-littérature. On m’en a cité de nombreux autres – certains, je le confesse, m’étaient inconnus. Je m’en suis remémoré quelques ultimes excellents aussi  (Chesterton, par exemple). 
J’en suis d’accord, mais d’autres pas. Dans l’édition, par exemple.

Je vous suggère un test dans cet univers. Pendant le Salon – je ne dis pas « du livre », ça ferait du tort à mon image, voir ici . Je disais donc, allez au Salon, avec un tapuscrit de polar sous le coude. Un bon et vrai polar avec un titre du genre « Les cadavres se mettent à table », et un sous-titre « Roman policier », car on ne sait jamais. Et vous demandez à un interlocuteur à tête de responsable :
-  Bonjour, je voudrais savoir à quel directeur littéraire de la maison je peux proposer ce  manuscrit ?
-   Eh bien (après avoir regardé la couverture du polar), à Monsieur Zwffplzwff.
-  Monsieur Zwffplzwff, il dirige bien le département Littérature ?
À votre avis, lequel des deux va regarder l’autre d’un air inquiet ? Vous voyez ce que je veux dire ?

 
Réaction 2. « Un polar, c’est de la littérature ». Non, pas forcément, là, je n’en démordrai pas, hé, ce serait trop facile : ô auteurs, si vous ne savez pas écrire de romans, écrivez un polar, ce sera de la littérature. Non, non, un polar ce n’est pas forcément de la littérature.


 
Réaction 3. «  Tout livre est par définition de la littérature ». Oui, je connais. Et le mec qui a tagué ma boîte aux lettres peut revenir, tout gribouillage est de la peinture, etc. Désolé, mais je n’accepterai jamais ce postulat, j’ai mes élans démagogiques, mais pas sur des sujets aussi graves. Ou alors, il faut trouver un autre mot pour distinguer ce qui est écrit par Borges de ce qui est écrit par Arthur.   


 
4. Enfin, réaction/question ultime « Et d’abord, qu’est-ce que la littérature ? » Là, je reste bouche bée, car j’ai manqué des cours. Je n’ai fait aucune fac de lettres, j’ai toujours lu sans ordre ni méthodes, je sais juste faire semblant d’avoir lu et aimé quelques auteurs indispensables (voulez-vous que je vous parle de l’œuvre complète de Jane Austen ?)

En clair, je ne suis pas un littéraire, j’ai d’ailleurs commencé à écrire tard et par hasard, et à la suite d’un pari. Ça a marché, j’ai continué (« marcher » pour moi, c’est écrire des livres qui trouvent preneurs chez les éditeurs et bon accueil chez les critiques et blogueurs). Mais je ne suis pas un littéraire. J’en garde d’ailleurs un délicieux sentiment d’imposture.

 Qu’est-ce que la littérature ? Je croyais que la question était résolue depuis longtemps. Je sais que Sartre est passé par là pour embrouiller les choses, mais il n’y a pas que lui : tapez Qu’est-ce que la littérature ? et  vous trouverez quand même 228.000 réponses sur Google, et ça ne vous suffit pas ? Des réponses érudites, concoctées en congrès par des tas d’agrégés qui avaient tout lu sur le sujet (peut-être un peu comme moi avec Jane Austen ? Allez savoir…).  À quoi bon écrire une 228.001ème  page, personne ne la lira.

Alors, qu’est-ce que la littérature ?

Je vais quand même répondre, mais ce sera dans la prochaine chronique. Je reviens.

 PS : Si vous aimez le tableau qui illustre ce billet, vous avez bien raison. Ne l'importez pas, ne le copiez pas, les droits sont réservés. Vous pouvez le regarder, mais sans respirer trop bruyamment. Il s’appelle « L’inspiration ». Il aurait pu s'appeler "Qu'est-ce que la littérature ? "
Cliquez ici pour accéder au site-galerie de l’artiste (c'est un peu long à ouvrir, hé, c'est de la peinture, pas du baratin). Elle tient justement les 17 et 18 mai ses « Journées Portes Ouvertes » à Clamart. Cliquez
ici  pour me demander des précisions.

par Georges Flipo publié dans : Actualité littéraire, vos ??? et vos !!!
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Mardi 6 mai 2008

Désolé, pas de chronique aujourd'hui, pas même de réponse à vos commentaires si sympa, je suis en plongée.
Je dois faire face à une légère accélération de planning.
Je me suis levé à 5h45, les oiseaux chantaient, mais pas moi. Je ne chante jamais en bossant, encore moins quand je suis en plongée. Le tuba qui émerge du flot de dossiers et documents, c'est moi.
Quand la chose sera rendue, je m'occuperai de littérature. Je dirai ce que j'en pense. C'est dire si ce sera extraordinaire.
J'écrirai tard s'il le faut, mais j'écrirai le message sur la littérature après lequel plus aucun message sur la littérature ne sera possible. Vous pourrez dire plus tard "J'y étais".
A demain, si vous le voulez bien. 

publié dans : Mon site, ce blog, vos ??? et vos !!!
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Vendredi 2 mai 2008
 
 Voici maintenant un mois que j’ai ouvert ce blog.

 

En fait, j’en avais d’abord ouvert un autre, sur Technikart, l’espace de quelques jours, et je l’ai quitté précipitamment : ce passage m’avait suffi à me faire référencer sur Google (quand on tape mon nom « Georges Flipo ») sur trois recherches assez cracra (je cite mot pour mot) : « Recherchez : site grosse mamelle sur les blogs Technikart.com » ça ce n’est que la première, en hors d’œuvre, puis en plat principal  « Recherchez : mot de passe site de cul sur les blogs Technikart.com » et en dessert, beurk, «  Recherchez : sites-porno-avec-animaux sur les blogs Technikart.com ». Très chic, n’est-ce pas ? Je ne sais qui je dois remercier pour cette plaisanterie pleine de finesse. Et je n’arrive pas à imaginer ce que ça aurait donné comme recherches Google si j’avais gardé ce blog huit jours de plus.

Sur le nouveau blog over-blog où vous me lisez, quel bilan ?

J’avais ouvert ce site « en réceptif », afin que les visiteurs de mon site d’auteur puissent déposer leurs commentaires, leurs questions. Paradoxalement, ce blog a déjà reçu en un mois presque autant de visiteurs uniques (1.222) que mon site en vingt mois. Vais-je devoir utiliser ce blog comme plate-forme vers le site ? Ces stratégies bloguesques me dépassent. J’ai l’impression de toucher à l’infini. Tous les conseils sont les bienvenus.

Puisque j’ai des visiteurs (et je ne vous dirai jamais assez le plaisir que me font ces visites, ces commentaires), il faut les recevoir avec des plats qui ne sentent pas le moisi : je suis surpris de voir que je n’ai guère de problèmes de renouvellement (reste à savoir si c’est intéressant). Mais je ne veux pas dépasser la cadence de deux billets par semaine, car j’ai aussi du vrai travail, et même du vrai travail d’auteur.

Reste à savoir d’où viennent ces visiteurs. Il y en a que je connais de longue date (on ne se dira jamais assez bonjour), ils viennent de chez eux. D’autres viennent de quelques blogs d’amis qui m’ont référencé en lien, merci. Pour les autres, c’est un délicieux mystère : ils viennent de « communauté plateforme », je ne sais pas ce que c’est, je ne suis inscrit à aucune communauté, je suis le type le moins communautaire que je connaisse. Ils viennent de « provenance externe », ce qui me paraît assez logique, je n’héberge aucun visiteur clandestin chez moi. Ils viennent même de « moteurs de recherche », et je mets à part les amateurs de grosses mamelles. On me trouve en tapant « James Ellroy interview » ou « Club Med Europe de l’Est ». J’espère que ces visiteurs-là n’auront pas été trop déçus. Pour les consoler, je vais préparer une interview imaginaire de James Ellroy, je situerai ça dans un village du Club Med d’un pays de l’Est.

En fait, je ne sais pas ce qu’il faut faire pour recevoir des visites. Il y a sur les pages de configuration des tas de cases et mentions du type « Syndication, RDF, Atom, RSS » auxquelles je ne clique que pouic. Faut-il en chercher ? Comment bien les choisir ? Y a-t-il un site magique où les blogueurs littéraires présentent leur blog ? Est-ce différent dans le cas de blogs d’auteurs ? Là encore, les conseils sont les bienvenus.

Devenu blogueur, je blogue chez les autres pour connaître le petit monde dans lequel j’ai ouvert mon stand, et je découvre qu’il est immense : j’ai répertorié plus de 300 blogs purement littéraires. Dont plusieurs sont très bons, et même excellents. Écrits sans faute d’orthographe, parlant bien de livres intéressants, donnant des aperçus de qualité sur l’actualité littéraire. Bref, "valent le clic", et je vais certainement les répertorier dans la rubrique jointe. A ce propos, comment connaître les blogs où l'in est répertorié en lien ? Encore une énigme. Les blogs, c'est comme les prophéties de Malachie en moins bien classés.

Cela se visite facilement, on est tenté de déposer un commentaire ici ou là, et, à la fin des visites, on découvre qu’on passe plus de temps à lire et écrire sur les blogs qu’à lire des livres ou à écrire des manuscrits (j’ai de la chance, jusqu’ici mes manuscrits deviennent des livres, mais je commence par écrire un manuscrit). Le pire, c’est que ça n’est pas désagréable. Merci à tous ces blogs qui m’accueillent et m’ouvrent les yeux sur tant d’auteurs.

C’est l’inconvénient de ces blogs : plus on les visite, moins on se sent cultivé. On découvre des dizaines d’auteurs parfaitement inconnus que plein de blogueurs semblent avoir lus. Alors, pour avoir bonne conscience, on laisse un billet  affirmant qu’on ajoute tel roman, tel auteur sur sa LAL (vous voyez, je fais des progrès, je parle blog couramment). C’est un mensonge de velléitaire : au mieux, je relirai le billet du blog, au pire je relirai la LAL.

Je vais essayer, dans les prochaines semaines, de revenir un peu plus à l’objet initial de ce blog : parler plus souvent de mon actualité littéraire. Car elle va être assez agitée. J’essaierai de garder le même ton, sans tomber dans l’auto-glorification. Si ça m’arrive, n’hésitez pas à me le faire savoir. 

Les blogs d’écrivains, ce sont jusqu’ici les plus décevants (à part ceux que je mentionne ci-contre, en  liens).  Mon blog est-il en train de découvrir un blog d’écrivain ? J’ai peur.

P.S. Et pour répondre à mon visiteur qui voulait mon blog rank : ça y est, je l'ai,  c'est 67. C'est correct ? Ca vous va ? Je peux continuer ?

 
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Mardi 29 avril 2008


Je ne participe quasiment plus aux concours de nouvelles, qui constituent pourtant un agréable revenu d’appoint quand on les prépare sérieusement. Ces concours m’ont beaucoup apporté quand je débutais, il y a quelques années, mais il me paraît normal de laisser la place aux nouveaux venus dans ce petit monde.

La situation est assez curieuse : ces concours sont souvent considérés comme destinés aux amateurs, et leur permettent de faire lire leurs travaux de façon délicieusement anonyme par des lecteurs attentifs qui parfois les couronneront. Mais les lauréats de ces concours sont fréquemment les mêmes, et les plus goulus peuvent y devenir de vrais professionnels, gagnant plus que beaucoup d’auteurs publiés. J’en parle par expérience, et d’autres excellents auteurs maintenant édités y ont vendangé de plus belles grappes que les miennes.

Il est pourtant un prix littéraire auquel je continue à participer régulièrement, c’est le Prix Hemingway.  Il a plusieurs particularités :

1. C’est le concours de nouvelles le mieux doté en France : 4.000 euros au vainqueur.

2. Il attire beaucoup d’auteurs publiés : cette année, 90 participants,  puis 20 finalistes, dont 18 sont des auteurs publiés. Le point 1 explique-t-il le point 2 ?  Attendez d’avoir lu le point 3.

3. Le thème des nouvelles est chaque année le même : la corrida.

4. Le recueil des nouvelles finalistes est chaque fois d’excellente qualité. On y a vu passer des plumes telles que Pierre Bordage, Jean-Paul Didierlaurent, Magali Duru, Françoise Guérin, Antoine Martin, Céline Robinet. Je mets par ordre alphabétique, et je m’y glisse d’ailleurs avec délice entre Magali Duru et Françoise Guérin. Les auteurs sont rémunérés : cela me paie les homards du début des vacances, à chaque participation.


Ce Prix a été créée par Marion Mazauric, fondatrice des Editions du Diable Vauvert, et fana de corrida. Quand vous verrez entrer dans l’arène les alguazils à la corrida de la feria, regardez bien la cavalière sur le cheval gris pommelé, c’est Marion.

 

Faut-il être fana de corrida pour participer ? Non, et c’est une autre caractéristique de ce prix. La liberté de pensée va, chez les jurés, jusqu’à la liberté de penser contre. Certains des textes primés ne sont nullement des hymnes à la corrida. Dans chacune de mes nouvelles taurines, le toro sort de l’arène indemne, et cela donne des nouvelles qui plaisent au jury. Je n’ai pas fait exprès, c’est maintenant que je le remarque. Je préfère occire les homards plutôt que les toros. 

 Je serai, comme lors des éditions précédentes, présent pour les différentes opérations d’animation littéraires prévues du 8 au 12 mai, pendant toute la feria de Nîmes. Peut-être y rencontrerai-je certains des passants de ce blog. Prenez-contact avec moi par mail.

En attendant, allez faire un tour sur la page du site du Diable Vauvert qui présente ces animations : 
http://avocatsdudiable.free.fr/ph_anim.htm

 L’animation qui m’intéresse le plus se passera dans l’arène, le vendredi soir. Mais ce ne sera pas une corrida, ce sera la remise des prix. Un vainqueur, dix-neuf battus. Si c’était une corrida, le vainqueur sortirait avec 19 banderilles plantées dans l’échine.

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Vendredi 25 avril 2008

  Attention, ce tableau fait l'objet d'un copy-right. Site-galerie de l'artiste : ici.

 
J’écris une nouvelle, une des plus importantes de ma vie. Et personne ne le saura.

En cinq ans, j'ai déjà pondu, outre les romans, une septantaine de nouvelles pour l’édition, une cinquantaine d’autres pour la radio. Dans cet empilage, il y a, pour moi, trois ou quatre nouvelles essentielles, et rares sont ceux qui le perçoivent.

Ces trois ou quatre ne sont pas forcément des nouvelles graves, des nouvelles longues. Ce sont des nouvelles qui traitent de sujets auxquels j’ai longuement pensé, cherchant la forme dans laquelle je pourrai les emballer. La plupart des lecteurs les avalent en les trouvant simplement amusantes, ou étranges. Et je suis peut-être le seul à savoir que j’y ai déposé une partie de moi, partie que j’ai laissé le texte emporter parce qu’elle devenait trop encombrante.

Et parfois, dans un salon, une visiteuse inconnue arrive, me disant « Cette nouvelle-là, on sent que c’est terriblement vous ». Je lui dis qu’elle a raison, je me sens tellement proche d’elle, je comprends  que je vais laisser filer une amie exceptionnelle. Mais que lui dire d’autre ? Je rédige ma dédicace, et je la regarde partir.

C’est le privilège du nouvelliste : se déposer où il veut, par fragments. S’exposer discrètement au regard de chacun.
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Mardi 22 avril 2008

 

  Un polar, est-ce de la littérature ? C’est une des plus vieilles tartes à la crème qui traînent sur la blogosphère. Je connais toutes les références qu’on s’échange à longueur de débats sur le sujet, un peu comme un joueur d’échecs connaît les réponses possibles dès qu’on ouvre du pion de la reine. Oui, oui, je sais, Simenon, d’accord,  Bioy Casarès et Poe, et Balzac, hein…

 

Mais le jour où l’on écrit son premier polar, on découvre que cette question est une vraie question, qui vous taraude dès le premier chapitre et qui ne vous lâche pas avant le mot « fin ». Et encore : il y a huit jours que j’ai achevé mon premier polar, et je continue à me demander : « Un polar, est-ce de la littérature ? ».

 

En fait, cette question n’est une vraie question que pour chaque auteur. Elle n’est importante que pour lui, et lui seul en détient la réponse.

 

Je n’avais jamais imaginé écrire un polar il y a six mois. Mais il est arrivé une drôle d’histoire à mon roman précédent, le second, que j’avais la faiblesse de considérer comme « littéraire ». Quelques lecteurs, après avoir officié, m’ont fait remarquer que j’aurais pu en faire un polar. J’en ai d’abord été outré, un peu comme si on proposait à Fellini de transformer son œuvre en téléfilm, à peine donné le clap de fin. Mais l’idée m’est restée. Et si j’écrivais un polar ?

 

Le « vrai » roman est parti, il vivra sa vie, il sortira en fin décembre au rayon littérature. Et l’idée était toujours là. J’ai donc voulu écrire un premier  polar comme j’ai écrit mon premier roman : juste pour voir si j’en étais capable.

 

Mais j’ai quand même voulu écrire un polar qui soit de la littérature. Pour me donner toutes mes chances, le héros du polar est même un sonnet. Je viens de finir ce polar, je ne sais pas ce qu’il vaut, je n’en ai pas honte, mais je sais que ce n’est pas de la littérature.

 

La marge de manœuvre m’a paru trop étroite, les possibilités de casser les codes trop restreintes, les exigences de rythme trop particulières. Et l’impératif de vraisemblance, d’exactitude policière trop pesant. Ce sera donc un polar, mais ce ne sera pas de la littérature. Chacun son rayon, ne serait-ce que chez le libraire.

 

Je vous expliquerai prochainement ce que va devenir ce manuscrit.   

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Dimanche 20 avril 2008




« Nul n'aura de l'esprit hors nous et nos amis »

 

C’est Armande qui dit ça, dans la scène 2 de l’acte III des Femmes savantes.
Elle est bien, Armande.

Cette petite phrase m’a toujours enchanté, tant elle résume la mentalité du monde des lettres, mais elle résume encore mieux celle des blogs.
Est-ce une bonne idée de créer une telle catégorie ? Vais-je brouiller l'image de ce blog qui est suffisamment confuse, ne serait-ce que dans ma propre vision ?
Je me suis posé la question avant d'ouvrir une nouvelle catégorie, celle des billets où je dirai du bien des autres.
Et puis j'ai pensé qu'un blog qui ne dirait que du bien de moi serait vite à court d'idées, vite lassant. Surtout pour moi.
Voici donc cette nouvelle catégorie.
Afin que les choses soient claires, je n'y dirai du bien que de mes amis :

- certains dont j'ai déjà lu et relu et relu encore les oeuvres. J.L. Borges, Kipling, F.S. Fitzgerald, Mrozeck, par exemple. Oui, ce sont d'excellents amis, mais ils ne le savent pas.  Il y en aura d'autres moins connus, ne vous inquiétez pas.

- certains dont je connais le talent, même si je n'ai pas encore lu leur dernière oeuvre. Mais c'est toujours chic, pour un blog, d'être le premier à célébrer un livre qui émerge sur le marché. Et il est parfois bon d'envoyer ses visiteurs en découvreurs, surtout quand il n'y a aucun risque. C'est une façon de les associer à ce blog.

Ce sera le cas aujourd'hui pour Eric Fouassier qui vient de publier un recueil de nouvelles "Petits désordres familiers", aux éditions d'un Noir si bleu. J'ai déjà lu une douzaine de nouvelles d'Eric Fouassier, et j'en ai toujours été impressionné. Notamment quand je le voyais arriver devant moi aux concours de nouvelles, dans ma vie antérieure.
Je me demandais d'ailleurs pourquoi il y participait si rarement, en ajoutant un léger petit ouf !
Maintenant, je sais : il donnait priorité à l'écriture de "vraies nouvelles", pondues spécialement pour l'édition.
Les nouvelles d'Eric Fouassier ont plusieurs particularités : il choisit de bons sujets, et n'écrit que pour intéresser. C'est dire si c'est piégeux. La construction est également surprenante : il y a toujours une vraie histoire, forte, avec un début, un milieu et une fin, le tout dans le bon ordre. C'est très déroutant, mais on s'y fait vite. Le style est propre, sans fioritures, avec juste ce qu'il faut d'effets littéraires pour relever la page, comme des brins de coriandre dans une sauce.
Je vous recommande donc la lecture de ces Petits désordres familiers et je serai ravi d'accueillir ici vos commentaires avant les miens, qui ne devraient pas tarder (mais actuellement j'ai quelques travaux qui brûlent). Si vous ne le trouvez pas encore en librairie, il est déjà disponible sur fnac.com.

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